Humeurs taurines et éclectiques

mardi 20 novembre 2012

ARTE DE LIDIAR


Je lisais récemment l’abrégé d’un cours de l’Université San Pablo de Madrid («Elementos técnicos del arte de torear» de Rafael CABRERA BONET, Curso academico 2008-2009, CEU Ediciones) dont l’objet porte sur l’historique de la lidia et son évolution depuis les origines, ainsi que sur les traités ou écrits de toreros, sur la question.

Plusieurs points m’ont frappé dans cette étude, qui peuvent se rapporter à un seul élément central: la raréfaction progressive de ces écrits de maestros sur le sujet depuis les années 80 et la disparition correspondante de toute réflexion et de toute théorisation, de tout descriptif technique sur l’«arte de torear».
Domingo ORTEGA, le seul maestro historique que je regrette vraiment  n'avoir pas vu toréer... 
S’il existe de nombreux «témoignages» ou allusions dans la presse, la littérature spécialisées ou dans quelques hagiographies ou entrevues avec des gloires présentes ou passées, la dernière œuvre marquante traitant exclusivement du sujet est la relation de la conférence donnée en 1950 à Madrid par le maître es-dominio Domingo ORTEGA.

D’où vient ce tarissement d’un genre pourtant jadis fort couru, celui du «traité technique»? Est-ce à avancer que tout a été dit, tout est maîtrisé?
L’un des postulats de base de l’épistémologie (la «science des sciences») repose sur la constatation que toute technique tend à se complexifier en évoluant. La tauromachie obéissant à cette règle, comme toute autre technique, il devrait s’ensuivre un enrichissement progressif des savoirs et savoir-faire qui devrait donner immanquablement lieu, dans notre société de l’écrit (d’autres civilisations procèdent par d’autres modes de transmission) à une production écrite correspondante. Ce n’est apparemment pas le cas. Pourquoi?
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Il est une idée reçue d’origine journalistique et mundillesque qui tend à faire accroire que «l’on n’aurait jamais aussi bien toréé qu’aujourd’hui».
Réalité ou illusion?
Tout dépend ce qu’on appelle «toréer» et tout dépend de «ce que l’on torée».
Pour en revenir aux grands fondamentaux, faut-il rappeler la dichotomie établie depuis plus de cinquante ans par de grands aficionados tels que Bergamin entre le fait de «toréer»et celui «donner des passes»?
On relèvera ensuite la vague de critiques montant de l’afición la plus diverse sur l’insignifiance notoire d’une majorité des toros actuels et subséquemment, la stagnation et l’ennui qui gagne les ruedos.
En conséquence, est-il encore besoin de savoir vraiment «toréer» pour «donner des passes» à ces bestiaux là?
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Je déplorais il y a peu de temps, le comportement de certains toros –notamment lors de la récente «apothéose» nîmoise- en relevant combien leur comportement benoît et collaborateur de soeur de la charité, permettait à peu prés tout et n’importe quoi à ceux qui les utilisent (car il convient ici de parler d’utilisation).
J’entends ça et là évoquer «des toreros qui s’aventurent sur des sitios inexplorés», des «faenas millimétrées», des «compositions créatives» et je me demande à quelle vertu il convient d’attribuer cette tauromachie paraît-il exemplaire: à un toreo surpuissant ou à un toro surdomestiqué?
Eriger, comme les égyptiens antiques, des pyramides à la main,  sans l’usage de la roue, avec le seul et piètre outillage de cuivre relève infiniment plus de l’exploit que de les construire de nos jours avec toute la puissance et la capacité de la technologie moderne, avec des grues, des lasers, des camions, que sais-je. De même, sculpter dans le marbre est autrement plus commode que dans la craie.
Ce sont le défi, l’opposition et l’épreuve qui font la grandeur et le prix de la réussite. Dominer un «grand toro» mobilise obligatoirement toutes les ressources de la volonté, du courage, de l’art et de la technique et demande d’autres vertus et acquis préalables que de réciter son toreo de salon devant le Desgarbado standard.
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La question posée est donc celle de la disparition de la technique parce que devant les toros modernes, la technique n’est plus aussi indispensable.
Idée choquante, présupposé gratuit?
Sûrement pas pour ceux qui fréquentent les novilladas et constatent festejo après festejo, l’indigence du bagage des aspirants contemporains. Dés qu’une difficulté ou un défaut surviennent: toro encasté, gazapón o andarín, querencioso, codicioso, manso, con hachazos o derrotes, etc. nos apprentis ont le choix entre pâtir, capituler ou s’en prendre au gêneur, à sa lignée, au ganadero et en général à ces cons d’aficionados qui exigent des toros qui «ne devraient plus exister».
A ce compte, il serait donc exact d’affirmer qu’«on n’a jamais aussi bien toréé qu’aujourd’hui des toros aussi facile et maniables», mais aussi qu’«on n’a jamais aussi mal toréé qu’aujourd’hui des toros encastés et complexes».
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Tout cela ne pourrait résulter que d’une mode, que d’une défaillance conjoncturelle, que de l’un de ces mouvements de balancier dont l’histoire détient le secret. Malheureusement, il faut craindre qu’il n’en soit rien, car tout cela résulte d’une dégradation à l’œuvre depuis deux décennies.
Et que l'on n'aille pas nous raconter que cette constatation relève d'une vue de l'esprit, d'un malséant recours à la «décadence». Pour peu que l'on s'écarte des «archives de l'excellence», des grands moments filmés et conservés, pour accéder à l'ordinaire des films super 8 des années 60 ou 70 ou des vidéos plus tardives, on touche un ordinaire taurin émaillé de toros qui régulièrement sautent les tablas, de mansos con casta, de têtes baladeuses, de cornes assassines, de toros en querencias, etc. affrontés quotidiennement par des Paquirri, des Viti, des Ordoñez, des Puerta, des Dámaso González et consorts, dont la plupart triaient pourtant leurs ganaderias.

Depuis ces maîtres, la chaîne de la transmission des savoirs et savoir-faire a semble t-il été irrémédiablement rompue et ils demeurent bien rares ceux qui savent encore l’immense patrimoine du noble art de lidier. Et quand bien même voudraient-ils léguer celui-ci, que peu des éventuels récipiendaires seraient en situation et en désir de l’humblement recevoir.
Car pour les jeunes générations, le résultat importe plus que la manière, et le but que la voie pour y parvenir. Si les pèlerins de Saint Jacques de Compostelle comprennent plus ou moins rapidement que «l’on ne fait pas le chemin, mais que c’est le chemin qui vous fait», allez faire entendre à nos jeunes assoiffés de «triomphes» à bon compte que la grandeur naît de l’adversité!
L’essentiel étant devenu de s’embarrasser le moins possible avec des partenaires compatissants et bien élevés, pourquoi s’encombrer des exigences d’une technique devenue inutile puisque si un toro venait par mégarde à la requérir, c’est qu’il serait –pour ainsi dire- l’anomalie, l’anormalité, le vilain petit canard à rejeter impitoyablement de l’espèce?
En outre, il faut considérer combien l’aspect technique demande de travail d’apprentissage, de polissage, de risques et de confrontation en situation réelle. En tauromachie plus qu’ailleurs, la technique s’éprouve et se paie au prix de la sueur et du sang, sans compter bien entendu l’intelligence et des capacités de questionnement et d’auto-évaluation (l’intelligence quoi !) qui ne sont malheureusement pas l’apanage du commun des mortels.
On voit combien, dans la médiocratie contemporaine, on requiert par là des vertus devenues obsolètes pour ne pas dire ringardes.
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Le «toro domecqtiquisé» fonctionne t-il encore selon les canons de la race «brave»?
On le voit désormais charger avec une sempiternelle et inoxydable équanimité dans tous les terrains, et dans toutes les situations: il «passe» et comme les blanchisseuses «repasse» sans que le torero standard dût particulièrement se préoccuper des sagesses du Popelin.
Le drame, c’est qu’il en va ainsi depuis les classes juvéniles, de sorte qu’on peut désormais envisager de faire carrière sans qu’on ait pu jamais être importuné par les mauvaises manières que confère la caste, et par la nécessité d’y remédier. Demandez à Manzanares Junior, il vous expliquera le cursus…
Sans doute est-ce également un problème générationnel, voire sociétal. Celui d’une société où saumon fumé et foie gras sont passés du statut de produits confidentiels et luxueux à celui de produit de consommation quasi courante.
Le luxe de jadis est devenu le commun du présent.
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Il y a une quarantaine d’années, lorsqu’avec les copains nous courions tientas et capeas, l’ordinaire était à ces vaches ou ces becerros blanchis sous le harnois et abonnés à l’exercice. Connaissant le grec, le latin et même le serbo-croate, les aimables bestioles s’intéressaient infiniment plus à nos postérieurs qu’à la muleta qu’on s’évertuait à leur présenter selon les canons. Quand d’aventure un torero confirmé les prenait en main, on voyait immédiatement l’avantage d’une technique éprouvée. Et si, par extraordinaire, pouvait nous échoir un animal «neuf» ou noblissime, on se sentait Joselito, Belmonte et Ordoñez réincarnés. Cependant la chose relevait toutefois de l’exceptionnel et nullement de la normalité.

En tous cas, nous touchions du doigt, dans sa crudité, la difficulté de toréer. La réalité des terrains s’impose d’elle même, on sent d’instinct le refuge des planches et le danger du centre, on appréhende la distance où l’arrancada peut se déclencher, le sitio, on expérimente la difficulté d’adapter le mouvement de la muleta à la vitesse de la charge, de «sortir les bras», de se croiser, de se replacer, de lier les passes, etc. On comprend immédiatement, sans théorie et sans long discours où est son intérêt et où est sa sauvegarde.
Et cela, c’est le becerro qui vous l’apprend, rudement, par des cogidas. Aucunement en se pliant à votre volonté et à vos exigences, mais tout au contraire en les contrariant.
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La dernière fois que j’ai donné de la muleta, c’était il y a une demi-douzaine d’années, avec des vaches de Jandilla.
Je me suis trouvé fort habile…
A moins -c’est infiniment plus certain- que la bonté naturelle et les dispositions particulièrement bienveillantes de mes interlocutrices y aient trouvé leur part. Ces sympathiques bestioles ne considéraient que la muleta, à l’exclusion de toute autre détail, dont mon physique pourtant rebondi et volumineux.
Avais-je tant progressé?
Nullement, au contraire! Ce sont les vaches qui avaient changé. Des vaches qui par la candeur qu’on exigeait d’elles, ne requerraient plus les mêmes recours et les mêmes précautions qu’antan.
Ce jour là, et tous les jours où je vois ce type de bétail, avec tant de facilité et de complaisance, «permettre», j’assiste à l’agonie de la technique taurine, à la mort de la lidia…
Xavier KLEIN


BIBLIOGRAPHIE succincte et non exhaustive des traités écrits ou inspirés par des maestros:
«Noche phantastica, ideático divertimiento, que demuestra el methodo de torear […]» de Eugenio GARCIA BARAGAÑA, 1750 (http://bibliotecadigital.jcyl.es/i18n/consulta/registro.cmd?id=14629&formato=ficha&aplicar=Aplicar)
«Tauromaquia completa, o sea, el arte de torear en plaza tanto a pie como a caballo» de Francisco MONTES «PAQUIRO», 1836
«La Tauromaquia» sous la direction technique de Rafael GUERRA «GUERRITA », 1896
«El arte del toreo» Domingo ORTEGA, conférence de l’Ateneo de Madrid du 29 mars 1950
«El toreo puro» Rafael ORTEGA, 1986
«La Tauromaquia de Marcial Lalanda» Andres AMOROS, sous la dictée de Marcial LALANDA, 1987
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vendredi 16 novembre 2012

«Grand torero»? «Grand toro»?

«Un héros se révèle dans l'adversité et non dans la facilité.»
«Alexandre et Alestria» SHAN SA


A la réflexion, et après ces discussions si savoureuses qui rythment la vie aficionada, une conclusion m'apparaît de plus en plus évidente dans le débat actuel.
A l'issue d'une faena, si un «grand toro» peut exister sans un «grand torero», l'inverse relève le plus souvent de l'imposture et du battage médiatique.
On parle alors de l'admirable virtuosité de Trucmuchito qui aurait «créé un toro»...
Créer un toro!!! Quelle fumisterie et quel dévoiement des valeurs du combat! Si l'on peut «créer un toro», c'est qu'il n'existait pas, c'est qu'on envisage une tauromachie sans toro, c'est à dire du «toreo de salon» en quelque sorte...
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Combien en avons nous connu de ces fauves de grande caste, dont les qualités guerrières s'imposaient d'elles mêmes, y compris lorsque les hommes qui les affrontent n'étaient que rarement à la hauteur! Très frustrant d'ailleurs!
Ils sont de ceux dont on prétend qu'ils remettent «cada uno en su sitio» (chacun à sa place). Ils persistent dans la mémoire des aficionados de verdad, alors même que l'on a depuis longtemps oublié qui les avait affrontés.
Je n'ai pas grande mémoire, mais je me souviens bien de ces Miuras de Dax en 1975 ou 76, de ces Yonnet de Saint-Sever, des lots de Fraile de Bayonne, alors que je n'ai plus qu'une faible réminiscence des cartels qui leur étaient opposés. Je revois leur image, leurs charges, leur furie alors que le reste, le visage des hommes, la fugacité des passes, s'est effacé.
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Le nec plus ultra consisterait bien sûr à allier les «grands toros» et les «grands toreros», mais de nos jours, une telle proposition n'a guère de sens. Car si les «grands toreros» actuels -ou prétendus tels- sont aujourd'hui à la place où ils sont, ce n'est sûrement pas à cause des «grands toros» qu'ils auraient rencontrés, mais par le fait bien plus prosaïque des dithyrambes concoctés par des medias spécialisés et d'un public de spectateurs abusés.
Si parmi un G10 en décomposition avancée (Ponce, Morante de la Puebla, César Jimenez, El Juli, El Fandi, Manzanares, El Cid, Perera, Cayetano et Talavante), il se trouvait des maestros qui, jadis, avaient pu se confronter avec des toros sérieux (Ponce, El Cid), pour le reste, aucun des autres n'a vraiment apporté la preuve avérée et répétée -j'exclus les «gestounets» exceptionnels tel le mano a mano de Morante/Le Cid devant des Victorino à Séville- de leur MAÎTRISE devant tout type de bétail, ce qui est pour moi la condition sine qua non pour évoquer une authentique maîtrise.

On peut dés lors gloser à l'infini sur tel qui disposerait d'un sitio fabuleux, tel dont le temple figerait les horloges, tel dont le toreo serait «millimétré», tel dont l'«inventivité» s'affirmerait exceptionnelle et autres facéties envisageables devant tous les Desgarbados du monde. Cependant, jusqu'à preuve du contraire, le véritable exploit s'exerce devant l'impensable et la difficulté maximale.
Le héros n'est pas celui qui fait ce que tout le monde (ou la plupart) peut faire ou rêver de faire, mais celui qui fait ce que nul ne saurait envisager possible. Et la notion d'héroïsme ne saurait faire l'économie du risque, de l'action menée au péril le plus extrême, sans pour autant qu'elle fût déraisonnable.
S'il est prêt à la sacrifier, le héros aime la vie et porte la conscience de l'oeuvre utile, y compris si cette oeuvre n'a d'autre utilité que l'esthétique ou le symbole. Héraclès purge le monde des calamités, Gilgamesh le civilise, comme Perceval quête le Graal, source de vie ou Modigliani consomme ses jours à la poursuite du beau.
Que font d'autre nos modernes titans de l'arène, sinon se garnir la bourse?
Il paraît, à ce que l'on dit, que ces beaux messieurs «pourraient».
Ouais! Un peu comme le grand Sar Rabindranathduval: «Il peut le faire»:

«Tout flatteur vit au dépend de celui qui l'écoute»: cela ne me dérangerait en rien, si tout cela ne participait de la duperie majuscule dont on sait qu'elle ne profite réellement qu'à ceux qui s'en gobergent. Mais tout cela conserve t-il encore un sens quand on se dispense de l'épreuve, quand le mérite ne procède que du vent d'une éphémère et fallacieuse publicité?

En tauromachie, tout vient du toro et tout y retourne.
C'est lui et lui seul l'aune de la valeur et du triomphe. L'été dernier, les publics trop longtemps abusés de Dax ou de Mont de Marsan ne s'y sont pas trompés quand la gloire irréfragable des toros d'Escolar Gil s'est naturellement exprimée, et lorsque les hommes qui les affrontaient surent se hausser à la mesure de l'enjeu.
Il ne saurait exister de «grands toreros» sans «grands toros». Ceux qui aspirent au faîte de l'escalafón (nota: l'échelle) devraient s'en persuader, au risque de réduire l'échelle à un misérable escabeau.
Xavier KLEIN

jeudi 15 novembre 2012

Schopenhauer's trip

Arthur SCHOPENHAUER

«On transmet ce que l'on ignore avec ce que l'on croit savoir.»
«Vie Secrète» de Pascal QUIGNARD

Certains lecteurs s’interrogent et m’interrogent sur les allusions plusieurs fois renouvelées que je fais au philosophe Arthur Schopenhauer, à propos de notre cher ami de Vieux Boucau.
En fait, c’est la lecture attentive et assidue des «zopus» de Terres Taurines et notamment celle d’un éditorial récemment paru qui motive mes taquineries. Notre cher Dédé s’adonne en ce moment à une cure intensive de schopenhaurine, en ignorant sans doute les effets secondaires du produit.

Il n’y a rien de pire que la culture ou l’instruction partielles et non maîtrisées. Elles ouvrent la porte à tous les contresens, à toutes les absurdités, à tous les barbarismes et malheureusement, trop fréquemment, à toutes les barbaries.
Certes, nous nous y adonnons tous plus ou moins, mais certains avec plus d’éclat ou de succès que d’autres.
Alors pensez donc, quand on a affaire avec un champion toute catégorie, on ne peut qu'exceller dans ce domaine comme dans les autres!
Au motif que nous ne maîtrisons pas tout, devons-nous renoncer à nous exprimer? Sûrement pas!
A ce compte qui pourrait prétendre parler?
Toutefois, la Connaissance peut être souvent comparée à un rasoir entre les mains d’un singe et lorsqu’on se préoccupe de choisir un exemple, encore faut-il s’assurer que celui-ci ne vous réserve pas quelque surprise et ne dissimule pas de cadavre dans les placards.
C’est le cas du flirt appuyé Arthur Schopenhauer/André Viard (vous me garderez un produit!). Il n’est rien de plus profitable à notre ermite taurin, que de s’instruire.
Louable intention!
Louable pratique!

Comme le prétend si joliment le proverbe chinois:
«Celui qui sait qu'il ne sait pas, éduque-le.
Celui qui sait qu'il sait, écoute-le.
Celui qui ne sait pas qu'il sait, éveille-le.
Celui qui ne sait pas qu'il ne sait pas, fuis-le.»

Le problème, c’est qu’Arthur n’est sans doute pas le meilleur mentor qu’un défenseur de la tauromachie en général et que Viard en particulier puisse adopter.
D’une part, le Teuton neurasthénique a été l’un des premiers chantres de la compassion animale, jusqu’à instituer comme seul héritier après sa mort son caniche Atma. S'il vivait encore, il émargerait sûrement à tous les mouvements «zantis».
D’autre part, parce qu’il y a quelque ironie (involontaire?) à prendre pour modèle le spécialiste de la dialectique éristique, l’auteur de «L’art d’avoir toujours raison» (sous titre: «et de se faire détester de tous»), dont tout un chacun devrait se livrer à la lecture prompte et approfondie pour déguster les débats politiques en général et réussir son diplôme universitaire de viardologie appliquée en particulier.
Selon Arthur -mais qui songerait à le démentir?- il est intéressant de considérer comme causes essentielles de la dialectique les travers de l’âme humaine suivants:
                    * la malhonnêteté.
                    * la vanité.
                    * le fait de parler avant de réfléchir.
                    * l'obstination dans l’erreur.

On comprend dés lors le coup de foudre du grisonnant gourou pour le pessimiste germain. Tout cela explique beaucoup de choses et l’on pourra conclure avec Jean JAURES:
«On ne transmet pas ce que l'on sait, ni ce que l'on veut, on transmet ce que l'on est ….».
Xavier KLEIN

A lire d’extrême urgence: «La dialectique éristique» ou «L’art d’avoir toujours raison» d'Arthur SCHOPENHAUER
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lundi 12 novembre 2012

zantimails

Quelques petits problèmes avec le blog, ont empêché la mise sur orbite de 3 articles qui avaient été programmés, dont l’annonce du pèlerinage Saint-Séverin. Ces embarras ayant été résolus, La Brega reprend son cours.

Toutes les villes taurines sont systématiquement bombardées de courriels de pression (63 à ce jour), expédiés sur l’injonction de l’Alliance Anticorrida (avec un forte participation de flamands (verts!) de confession belgeoise, comme leur charmant député d’extrême-droite Laurent LOUIS): «Conformément à mon aversion pour la pratique tauromachique je réprouve le fait que ma famille et moi-même, subissions la vue ou l’évocation de spectacles mettant à l’honneur la violence infligée à un être vivant.
Je participe, par conséquent, à la campagne de l'Alliance Anticorrida et m'engage à éviter toutes les villes au sein desquelles de telles manifestations sont organisées.».

Certaines «pointures» jugent bon d’agrémenter la copie standard du galimatias tellement prisé par les «zantis», voire de propos désobligeants et de généreuses bordées d’injures.
Sont-ils joueurs, ces petits canaillous!

Vous connaissez mon esprit taquin, «à force d’à force», les plaisanteries les plus courtes étant les moins longues, je réponds parfois aux plus virulents par le courrier ci-dessous.
Allez savoir pourquoi, ces braves gens n’apprécient pas.
L’humour ne semble pas être une vertu anti-taurine!

On appréciera la bonne nouvelle: s'engageant à éviter nos bonnes cités, sans doute serons-nous enfin débarrassés de leurs manifestations et de leurs avanies... 

«Cher Monsieur, chère Madame,
C'est avec beaucoup de difficulté -mais rassurez vous, nous y parviendrons- que nous nous priverons de votre précieuse présence, et de celle des vôtres que vous semblez avoir converti à votre credo bestialiste.
Au demeurant, parfaitement conscients, mais néanmoins satisfaits de notre état de barbarie et de sous-développement civilisationnel, nous n'en changerions toutefois pour rien au monde.
Nous ne sacrifierons jamais nos convictions, nos valeurs et notre culture au bonheur de vous connaître et accessoirement à la pression et au chantage.
Nous sommes au regret, cher Monsieur, chère Madame, de n'avoir aucun goût de vous ressembler et d'adhérer à votre foi animaliste, fût-elle fanatique.
Veuillez agréer cher Monsieur, chère Madame, l'expression de nos sentiments aficionados.

PS: Pourriez-vous avoir l'amabilité de répandre encore plus largement votre mailing, afin que nous puissions être véritablement assurés qu'aucun de vos pareils ne viennent inutilement s'aventurer sur nos terres taurines»

jeudi 18 octobre 2012

Montagnes Pyrénéééééées, vous êtes ....

Quand on y pense, c’est bizarre et déconcertant une montagne.
D’abord, ça ne sert rigoureusement à rien, sinon au plaisir quelque peu vicelard des tordus qui aiment à la dévaler planches au pieds l’hiver (dont je fais partie) et à l’escalader en suant l’été.
A part ça, c’est d’un chiant! Surtout quand –et c’est souvent le cas- elles se mettent à plusieurs pour emmerder le monde.
Voyez les Pyrénées par exemple! Enfin, moi je les vois à l’instant où je vous écris…
C’est qu’elles nous empêchent de reluquer peinard l’Espagne ces connes!

Pour aller d’Orthez à Pamplona, c’est à peine 130 kms à vol de mouette rieuse ou de gypaète barbu, soit une heure d’autopista virtuelle, mais en fait, sans le secours des volatiles, faut se cogner 3 heures par Roncevaux et le Basquistan (ou 2h30 et 200 kms par Béhobie).
Donc, la cause est entendue, la montagne, c’est con, chiant et inutile.
Néanmoins, on ne sait pas trop pourquoi, ça existe!

Mais ça n’existe pas de la même façon d’où qu’on la regarde.
Un aragonais ou un navarrais vous soutiendront mordicus que leurs putains de montagnes sont arides et fauves, quand un ossalois ou un aspois les tiendront pour des trucs plutôt humides et verdoyants.
Ils ont tous raisons, et pourtant ce sont les mêmes montagnes qui, au plus fort de l’hiver sont enneigées à l’ubac et rocailleuses à l’adret.
Tout est une question –à tous les sens du terme- de point de vue.

Je me suis longtemps figuré Dieu -mais pour ceux que cela gêne, on pourrait tout autant le remplacer par «Vérité Ultime», «Principe Suprême», «Amour infini», «Harmonie complète», «Grand Horloger», «Architecte de l’Univers», «Bing Bangueur Fou», «Chaos sublime», «Néant Total» ou «fumeur de Farias»- comme une montagne.
Une montagne assaillie par la multitude des humains qui empruntent qui la face sud, qui la paroi nord, qui la déclivité ouest, etc.
Ainsi, il existerait un versant mahométan, un versant chrétien, un versant juif, etc. qui appartiendraient à la même montagne mais vue sous des angles différents.
Il y a même des agnostiques qui ne savent pas exactement si la montagne existe ou non, des athées qui prétendent qu’elles n’existe pas et que c’est une création des hommes, mais également des chamanistes, des animistes, des panthéistes, et toutes sortes de petits sentiers, certains même ouvrant des pistes nouvelles.
Ceux du sud sont prêts à guerroyer contre les nordistes, aux motifs que leur montagne est blanche quand les autres iraient au martyre pour plaider sa verdeur.
Mais là aussi, c’est toujours de la même montagne qu’il est question.

En fait, la montagne seule  sait ce qu’elle est, la montagne seule peut embrasser la plénitude de son être et de ses apparences, comme un humain perçoit aussi bien la globalité de son corps, de sa silhouette que les détails de son orteil ou du lobe de son oreille, ce qu’une puce ne pourrait jamais envisager depuis son millimètre carré d’épiderme.
La montagne pyrénéenne par excellence, c’est le Vignemale, double fois montagne puisque l’étymologie de son nom provient de deux racines pré-indo-européennes vin et mal signifiant toutes les deux … «montagne».
Vignemale face nord
Partagée entre le Parc National français et la réserve espagnole d’Ordesa, on serait bien en peine de dire si la réalité de ce géant est mieux appréhendée depuis Bielsa ou depuis Luz Saint Sauveur.

Vignemale depuis le sud
Il y a 500 ans, si l’on avait montré à des autochtones des deux versants, des clichés du coté opposé, chacun aurait nié farouchement qu’il s’agisse de la même montagne. Et pourtant!
Il y a d’autres manières d’interpréter la montagne.
Les poètes la chanteront, les aéronautes la survoleront, les naturalistes la peupleront de faune et de flore, les topographes la planifieront et les géologues la dissèqueront, la découperont en tranches, l’expliqueront, restitueront son histoire, y compris sans jamais y avoir mis les pieds, attestant d’une réalité irréfutable que les berger installé sur ses pentes peuvent méconnaître complètement.

Il n’existe donc pas UNE VERITE ABSOLUE que tel ou tel pourrait revendiquer, il y a DES VERITES RELATIVES et FRAGMENTAIRES, ou plus exactement plusieurs facettes parfois contradictoires d’une même et unique réalité vue sous des angles, des prismes, des méthodes, des présupposés, des histoires, des subjectivités, des sensibilités, des cultures, etc. différents.
Tout simplement parce qu’un esprit humain limité et subjectif ne saurait tout englober, y compris l’intériorité de l’objet.
Cela semble évident vu comme cela, n’est-ce pas?
Quasiment simpliste?
Indigne d’être énoncé?
De l’enfonçage vain de portes ouvertes?

Cela ne l’est nullement.
A la suite de mon divertissement nîchmois sur l’événement cosmique tomasien, l’irrévérence du propos m’a valu une bordée de commentaires injurieux d’une violence qu’en matière de tauromachie, on ne rencontre généralement que de la part des «zantis».
Pourtant la «montagne tomasiste», je l'ai vu moi aussi, non pas in situ, non pas à l'instant, mais par le filtre déformant (ou au contraire révélateur) d'un petit film d'amateur.
Et tel que je le décris, c'est une partie fragmentaire d'une certaine réalité, vu sous un certain angle, à partir de certains critères qui EN VALENT BIEN D'AUTRES.

Ce genre de truc m’amuse et me questionne: en général lorsqu’un quidam est en rogne, une petite voix me susurre toujours que c’est avant tout contre lui-même. Parce que s’il est une espèce que les gens ne supportent pas, c’est bien celle des «salisseurs de rêves», des «destructeurs d’utopie», des «anéantisseurs de jouissance».
Allez révéler à un gugusse que la nuit de volupté absolue qu’il a connu s’est déroulée avec un transexuel brésilien mais qu’il était trop bourré pour s’en apercevoir, vous m’en direz des nouvelles…

De la sorte la dissection ludique d’une faena «anthologique» qu’on a encensé à l’excès, à partir de la vidéo médiocre d’un témoin mal situé, a déclenché des fureurs hors de proportion avec le propos.
Personnellement, à leur place j’aurais réagi sur le mode: «Ah bon! Ouais! Bof!» ou « Si ça lui fait plaisir!», voire «C’est une façon de voir les choses!».
Mais, je sais être plus con que les montagnes, Dieu ou la Vérité qui, pour leur part ne disent rien de rien, puisqu’ils n’en ont rien à foutre de ce que l’on pense d’eux.
Ce qu’il conviendrait d’ailleurs d’expliquer à ceux qui s’émeuvent des caricatures ou des blasphèmes.
Car les mêmes qui s'offusqueraient à juste raison qu'on muselât la presse, qu'on censurât un caricaturiste ou un polémiste, parce qu'il aurait raillé Mahomet, le Pape ou la Vierge Marie, poussent des cris d'orfraie lorsqu'on déboulonne Jose Tomas...
Allez y comprendre quelque chose...
Heureusement que je vis en la doulce France. Plus à l’Orient, on m’aurait sans doute «taurinement fatwatisé»!
Xavier KLEIN

mercredi 17 octobre 2012

HISTOIRES de PIQUES 4

On n’arrête pas la marche victorieuse du progrès!
Sait-on que grâce aux satellites, aux drones et autres babioles électroniques, Big Brother connaît tout de nous?
Sait-on que depuis l’espace, grâce aux vertus de l’infrarouge, la moindre variation de température à la surface du globe, le moindre taliban qui fait son jogging ou fouette sa mouquère au fin fond de son territoire tribal, le plus petit barbecue organisée par Bachar el-Assad à Alep, sont immédiatement repéré par les «grandes oreilles» -qui en l’occurrence sont aussi les «grands yeux»- des «grands méchants loups» de Moscou, de Pékin ou de Washington.

Alerte maximum il y a quelques jours, lorsque l’on décela avec perplexité une intense activité calorique par 43° 47’ 14’’ de latitude Nord et 1° 24’ 11’’ de longitude Ouest, ce qui correspond très précisément aux coordonnée géodésiques d’une bourgade landaise du joli nom de Vieux-Boucau-les-Bains (http://www.tierrastaurinas.com/terrestaurines/actus/01-10-12/11-10-122.php).
Tels les rois mages bouleversifiés à l’apparition de l’étoile, on s’enquit de l’origine et de la nature du phénomène, des fois qu’un nouveau Messie fut né d’un cocu et d’une vierge...

Non, il ne s’agissait pas des feux celtiques de Beltane, ni de ceux de la Saint Jean, pas plus que de l’une de ces facéties ignées que goûtent dans ces parages certains «zantis».
Plus simplement -mais peut-on parler de simplicité en la matière- c’était la modeste contribution au réchauffement planétaire du génie local qui aime parfois à sortir de sa lampe pour associer les médiocres humains que nous sommes, si tellement peu schopenhauerisés, à ses méditations transcendantales.
Les plaisirs solitaires exigent parait-il, une grande débauche d’énergie, tous les boutonneux vous le confirmeront.
C’est apparemment le cas à Vieubouc, où l’Everest de la pensée taurine, l’inspirateur des figurasses, le suprême réformateur de la fiesta brava, tel le patriarche Moïse avec les Tables de la Loi, a généreusement condescendu à dévaler de son Olympe pour porter aux humbles mortels que nous sommes, les viatiques indispensables à la survie taurine.
***
Comme toujours, le prophète souffle alternativement le froid et le chaud, oeuvrant dans l’ambiguïté salvatrice et le discours polymorphe qui lui permettent de toujours prétendre à avoir tout déclaré, dans la mesure où ayant avancé tout et son contraire, il finit à terme par avoir toujours raison.
Les arrières-pensées du gourou étant claires comme de l'eau de boudin ou «comme la combinaison de Cléopâtre, cousue de fil blanc», on relèvera avec ironie qu’il manie la litote avec infiniment plus de virtuosité qu’il ne mania jadis les trastos.
Ainsi, à propos de la pique, avance t-il résolument : «si le problème de l'instrument est digne d'intérêt, le vrai facteur d'innovation qu'il convient d'apporter au tercio de piques concerne surtout la manière dont il convient de l'utiliser» pour mieux revenir quelques lignes après sur la pique «française» qui tout de même, faut pas déconner, c’est aut’ chose, hein.
Surtout quand c'est un copain qui la fabrique...

La litote c’est bien, mais la prosopopée, c’est mieux. Les deux premières solutions qu’il propose font, sans la nommer, la publicité d’une arlésienne, dont le nom commence par «Bo» et se termine par «ol». On se demande vraiment de qui il peut s’agir!

La troisième n’est pas mal non plus. Evidemment lorsqu’on ne fréquente que les ruedos de réputation cosmique, ou la Monumental de Rion des Landes, où l’on ne court que des non-piquées (excellentes au demeurant), on ne peut appréhender que dans certains lieux mal famés, si l’on «espace les lignes de 6 mètres» on risque de se retrouver avec un cercle minuscule au centre de l’arène, une cible pour jeux de fléchettes, ce qui ferait un peu couillon au final.
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Quant à l’ultime proposition, c’est le pompon, il ne s’agit de rien de moins que de l’enterrement de première classe du tercio de piques en en inversant totalement les données.
Je m’explique:
La faena de cape et de muleta reposent fondamentalement sur la pénétration par le torero de l’«espace vital» du toro, de son terrain. C’est parce qu’il arrive à jurisdicción, c’est à dire qu’il empiète dans la zone où le toro se sent menacé, que ce dernier charge pour l’en chasser. Tout cela suppose que l’action soit décidée et menée par le torero qui se positionne par rapport au toro et non l’inverse. C’est pourquoi en début de faena, le torero s’efforce de dominer son adversaire en partant des tablas (qui est son terrain naturel) pour gagner vers le centre (qui est le terrain naturel du toro). C’est cette intrusion, déclinée selon des modalités différentes à la muleta, qui fonde élémentairement l’acte taurin.
Tout cela, ce n'est pas moi qui le formalise, c'est le maître Popelin, et avec lui la totalité des autorités incontestables en matière taurine, qu'elles fussent commentateurs ou toreros (je parle des «gens sérieux» pas des gougnafiers contemporains en mal de «com»).

Par contre, on teste et on mesure la bravoure, c’est à dire l’agressivité offensive du toro, en lui proposant de pénétrer sur le terrain du binôme cheval/piquero.
Là, ce n’est plus l’homme qui doit entrer dans son territoire, mais le toro qui doit manifester l'instinct offensif, faire l’effort de rentrer dans celui de son adversaire qui, comme par hasard, se situe dans son terrain le plus défavorable: aux tablas et face au toril, querencia «naturelle» du cornu. Ce n’est pas le cheval qui marche au toro, c’est le toro que l’on entraîne au cheval (à distance croissante).
C’est une transition tactique et psychologique, le seul moment, où le toro a l’initiative de l’action, même si l’opération n’exclut nullement le travail de la cavalerie, les cites, les croisements, une faena équestre qu’on ne voit malheureusement que trop rarement. Une initiative dont usent parfois les toros encastés qui se ruent parfois sur la cavalerie, sans qu’on puisse les contrôler. Est-il besoin de rappeler une évidence aussi criante?
Evidemment, ce processus est un idéal qu’il convient d’éventuellement emménager, notamment en cas de mansedumbre. Un toro doit être piqué, y compris par le recours à la carioca où le dépassement des tercios si nécessaires.
Ce que propose le cárdeno océanique c’est exactement l’INVERSE, c'est à dire de préconiser que le cavalier se positionne par rapport au toro et provoque sa charge, interdisant toute évaluation de la bravoure «naturellement et spontanément exprimée».
Ce n’est ni plus, ni moins que l’adaptation scandaleuse des règles à la débilité du «toro moderne» et à la décadence du «toreo moderne».
C’est la capitulation et l’acte fondateur d’une anti-tauromachie dépourvue de tout sens, le combat authentique cèdant dés lors la place à ce qu’il nomme de façon éloquente, la «mise en scène».
Le simple fait d'avoir pensé cela, de l'envisager, de le théoriser suffit à disqualifier l'auteur. Car ce qui est en jeu n'est pas seulement le respect conservateur et stupide d'une orthodoxie, mais la mutation d'un combat en spectacle.
Contrairement au Gourou, je n'ai jamais imaginé représenter une autorité en matière taurine, je me contente d'exprimer des opinions. Mais que celui qui a la prétention d'être un maître incontesté en la matière se livre à des élucubrations aussi clairement absurdes et contraires aux fondamentaux les plus élémentaires le discrédite complètement.

En fait, dans le fond, grimé sous un discours trompeur et racoleur, il n’a jamais renoncé,  à son fond de commerce: cette tauromachie «moderne» que ne pouvant imposer frontalement, il s’efforce d’introduire par la bande et par ses propositions dilatoires.
C’est à cela que vise tout le dispositif.
***
Le grand homme s’éviterait moult délires si, en lieu et place de ses divagations théoriques, il se donnait la peine d’opérer un transport de majesté et venait sur le terrain se rendre compte du travail continu et effectif de ceux qui ont vraiment à cœur la sincère réhabilitation du premier tercio. Un tercio réhabilité pour lui même et non pour faciliter la mise en œuvre de la tauromachie «moderne» à laquelle notre génie grisonnant n’a jamais vraiment renoncé qui subordonne tout au troisième tiers.

Il constaterait derechef, se soustrayant au ridicule de discours coupés de la réalité, que si ces questions «font débat sur les blogs espagnols», elles font acte dans certaines arènes françaises, qu’il ne fréquente pas et dont il ne parle jamais.
Il est vrai qu'il est plus aisé et confortable de pontifier auprès d'espagnols qui ne vous connaissent pas que de convaincre des français qui ne vous connaissent que trop.
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Pour terminer sur une note plus constructive, tant qu'à donner dans le bizarre, ajoutons au dossier quelques contributions vidéos-burlesques, propres à inspirer les prochaines élucubrations du Grand Observateur: la pique revue et corrigée par artistes et farceurs, avant que d'en admirer dans de superbes documents d'époques les fondements antiques.
A méditer, lorsque qu'on envisage d'en disserter. On s'aperçoit ainsi que ceux qui glosent sur l'importance accordée à la poussée du toro, ou sur l'effet de l'instrument devraient quelque peu réviser leur jugement. De fait, à l'origine, la rencontre était brève, intense et malheureusement définitive pour le canasson.
En la matière, la modernité a parfois du bon: on ne supporterait pas aujourd'hui, moi le premier, les premiers tercios d'antan...
Xavier KLEIN
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lundi 15 octobre 2012

«N’éveille pas le chat qui dort»



Connaissez vous Grandville?
Peut-être alors Jean Ignace Isidore Gérard?
Non plus?
Pas étonnant, le premier étant le pseudonyme du second.
Mais si, vous connaissez!
Il serait étonnant que vous ne le connussiez point, il a bercé les endormissements de tant d’enfants depuis 150 ans.
Allez, un petit effort!

Rompons là l’insoutenable attente.
Jean Ignace (qui comme on le sait est un petit nom charmant) fut au début du XIXème siècle, caricaturiste et l’illustrateur de nombre de contes, fables et proverbes. Moins célèbre et moins talentueux que Gustave DORE, il fait partie de ces artistes qui ont imprégné l’imaginaire de nombre de générations de gamins, à travers ces images dont jadis, avec les bons points, on gratifiait les élèves méritants. Sans compter le bouquin remis à la fin de l’année, lors de la distribution des prix, par Monsieur le Maire.
Les plus de cinquante piges ont connu.
Récemment, j’ai retrouvé dans un carton, l’une de ces vignettes, tirée de l’opus des «100 proverbes» que j’avais dû recevoir par extraordinaire, lors d’un moment d'égarement.
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«N’éveille pas le chat qui dort». Telle est la sage maxime qu’un maître sagace avait cru indispensable de m’inculquer. Elle n’a jamais quitté mon esprit.
Lorsque je sommeille, lorsque je batifole avec le gars Morphée, où plus simplement lorsque quiet, je ne demande rien à personne, sinon qu’on me foute une paix royale, je goûte assez peu qu’on vienne –vous me passerez l’expression audiardesque- «me les briser menu».
Ce fut le cas tantôt, quand un cuistre insistant voulut à toute force me convaincre de mon infortune en me serinant avec force ironie le malheur de ne pas avoir assisté à la corrida du siècle -que dis-je du millénaire!- à Nîchmes.
J’eus beau lui répliquer sereinement que je m’en tamponnais le coquillard, le gazier, enhardi par le soutien actif de son fan club (car le cuistre peut être plusieurs) non seulement n’en démordit pas, mais poussa le bouchon jusqu’à m’expédier en triple exemplaire la vidéo qui suit. Comme le chantait Brassens, «Les braves gens n’aiment pas que, l’on suive…».
Perso, ça ne me dérange nullement que chacun trouve son plaisir où il veut (où il peut…), mais le mien ne regardant que moi, il ferait beau voir qu’on m’imposât celui d’autrui.

Quoi que j’en ai pensé, je n’avais rien écrit sur l’événement cosmique Casaso-Tomasien, ou devrait-on rectifier aux dernières news, Tomaso-casasien, parce que tant mieux si la chose a comblé un certain nombre d’aficionados, grand bien leur fasse. Mais m’envoyer des vidéos en requérant de ma part un orgasme rétrospectif obligatoire, voilà qui me «marrissait» passablement et «éveillait le chat qui dort».
***
C’est pourquoi, je livrerai au lecteur de la Brega, un exposé de mes ressentis, qu’il voudra bien imaginer en voix off au défilé des images. Bien évidemment, je parle de RESSENTIS et non de vérités révélées. Devant la dictature de la jouissance normée, on a encore le droit, il faut du moins l’espérer, de ressentir ce que l’on veut.

 



ACTE I
La bestiole terri-horrifiante pénètre en trottinant dans le redondel.
Quel trapio imposant!
Quelles cornes redoutables!
Quelle puissance!
Quelle présence!
Quelle impétuosité!
En voilà une machine à tuer!  C’est Totomamas qui a choisi esssspécialement le monstre sur le catalogue de la Redoute à Domecq?
Tiens! V’là qu’en plus de gambader, la pupuce saute la lice! On se croirait à l'hippodrome d'Auteuil pour le grand steeple chase!  En voilà de la caste qu’elle est présente!

Ah, enfin le Jose le passe de capote.
Assuré le garçon.
L’a raison, l’autre andouille à cornes ne témoigne pas du quart de la moitié du millième d’une mauvaise intention et fait ses aller et retours SNCF, se retourne tout seul, revient, sans investissement outrancier, sans humilier outrageusement, à l’économie, comme tout bon toro moderne de troisième tercio se doit de le faire.
Hop, un petit accroché du capote, faudra signaler ça au ganadero, doit y'avoir un gène pour ça (et quand y'a un gène y'a pas d'plaisir!).
 Et vas y que je recorte dans le suave et que le bestiau complaisant se stabilise de lui même pour la suite des opérations.
Bien apprivoisé le type, il va tout seul stationner devant le burladero idoine.

Mise en suerte sublime pour la cavalerie, Jose ne contrôlant rien et déviant juste la charge pour une bordée perpendiculaire à tribord amures.
On va pas tout de même pas s’emmerder avec une pique, non!
Enfin, une pique, faut le dire vite, regardons le pt’it compteur en dessous de l’écran: 3 minutes chrono de poussette avant que le doryphore ne lève la puya et que le sauvage agresseur ne se retire tout seul comme le Duc de Brunswick à Valmy. Que bravura!
Le remet ? Le remet pas? Nous voilà parti pour le quite.
Et le brave couillon qui démarre tout seul, sans qu’on le cite, et qui passe comme le métro, la tête haute et l’esprit serein, l'oeil rivé sur la ligne bleue des Allobroges, se retournant en fin de ligne pour le trajet retour, toujours sans sollicitation.

Saint Tomas ne croit que ce qu’il voit, et comme il a senti les rails sous le sable, il peut se permettre de rester impassible sur le quai, il sait que l'engin n'en sortira pas. L'assurance vient souvent de la certitude.
Un peu distrait Ingrato: faut quelque peu le solliciter un tantinet avant qu’il consente à se prêter aux voletis de capote. Faut dire que fabriqué pour la muleta, tant de cape n'est pas prévue au contrat. Faudra signaler ça aussi au ganadero: désormais 2 quites prévoiras, à une main effectueras, si rencontres Jose Tomas («Evangile selon Saint Jean Pierre chap IV-verset 10 ».

Bis repetita placent, second simulacre de pique identique au premier. Et puisqu’on en est au latin «Beati pauperes spiritu quia ipsorum est regnum coelorum» (démerdez vous avec les pages roses, j’commente moi!).
Alors là, ‘crochez vous au pinceau, Tomas enlève l’échelle, on suppute et même on subodore qu’on va voir du lourd.
A une mimine qu’il va vous la faire, comme mon neveu sur sa bicyclette. Ça horripile féroce dans les tendus d'os, les calbuts s’humidifient, la pamoison guette, on renifle l’historique.
Et Ducon qui passe et qui repasse mieux qu’une blanchisseuse écologiste.
On amidonne sévère dans les étagères. «Quoi! Qu’est-ce! Il nous fait ÇA, à nous qu’avons raqué si cher. Et Arlette qu’à loupé ça!».
Et le Tomas de Savoie, aux cimes qui s’en repart fier comme un bar tabac.

ACTE II
Ça moufte pas dans le cercle, les loufiats travaillent à l’éconocroque, que le premier qui donnera un coup de capote superfétatoire, il va manger sévère au retour à l’hôtel. D’ab, sont payés pour faire. Avec Tomas Stodonte, c’est pour rien faire: on ne se méfie jamais assez du petit personnel.
Ça ravit le péquin qui a toujours préféré le seigneur à la valetaille… «T’as vu, fait tout le gonze!».
C’est le tercio express, en fondu-enchaîné. Tant pis si les figurants n’ont pas droit au texte, si les banderilles sont toutes à corne passée.
Après tout, le second tercio, avec le premier, ne représentent que des formalités intempestives, des préliminaires abrégés avant la grande copulation muletatienne.
C'est comme ça la tauromachie moderne, foin des agaceries galantes, à l'essentiel: elle est vaginale, pas clitoridienne.
Et comment pourrait-il en aller autrement avec un bovidé spécialement programmé et conçu pour cela, qui ne requiert en rien la faena (la tâche, le travail) indispensable pour endiguer la caste d’un authentique toro de lidia?

ACTE III
Le thaumaturge est tellement convaincu du résultat des courses, tellement assuré du succès, tellement mentalisé sur l'«abandon de son corps à l'hôtel» (a t-on déjà entendu expression si vide, si conne  et si propre à épater le con de base?) et si peu sur le risque qu’il ne s’embarrasse même pas de l’estoc, ni de la montera.
Impérieux et impérial, sans perte de temps (c’est de l’argent!) ni finasseries inutiles, sans toquer, il accueille l’animal parti comme un Exocet, qui se replace automatiquement à distance optimale pour répéter l’assaut, et répéter encore et encore, chaque fois en se plaçant de lui même, quelque soit la sortie donnée, dans le terrain idéal.

Certes les trajectoires sont serrées, certes le temple est là, mais on se demande qui «agit» l’autre: le toro d’une soumission, d’une noblesse et d’une prévisibilité extraordinaires ou le torero qui met ces «qualités» en scène. Car si la bestiole vire comme un stamp dans un meeting aérien, c'est par ses facultés propres autant, sinon plus, que par la conduite du toreo. Tomas Sacré profite de la trajectoire plutôt qu'il ne la mène. Il gère plus qu'il ne produit.

Les séries s’enchaînent, sans surprises, inéluctables et programmées, n’induisant d’autres variables que l’élégance, la profondeur ou la virtuosité du geste.
L’impondérable n’ayant là aucune part, le risque étant minimisé au maximum, l’émotion ne saurait émerger que de la perfection du ballet.
On est plus près de la mécanique de précision helvète, de la prestation olympique d’une gymnaste roumaine ou des exploits ressassés, techniquement parfaits, d’Holliday on Ice que de l’inspiration luxuriante, de la joie barbare, chaotique et duendée du flamenco.

Me vient à l’esprit le kōan zen (anecdote, parabole pédagogique) de ce vieux moine qui demande au jeune disciple de nettoyer le jardin du monastère.
Chaque jour, le bonzinet s’évertue à un ouvrage idéal, mais le soir venu, le maître n’est jamais satisfait. Tout y passe, y compris l’arrachage du moindre brin d’herbe à la pince à épiler, le lustrage de chaque caillou à la brosse à dent, le tamisage du sable, le filtrage de l’eau, le massage des carpes koi.
Rien n’y fait: la vieille baderne persiste à faire la moue.
L’adepte finit par craquer, jeter les gants et désespéré, au bord de s’ouvrir les tripes d’un tel déshonneur, de demander à l’ancien ce qu’il convient de faire.
L’air canaille, le kroumir se dirige vers l’érable, le secoue fortement faisant chuter une pluie de feuilles mordorées qui viennent aurifier la mousse et constate: «Maintenant, c’est parfait!».
Ainsi,  en va t-il de la faena de Jose Tomas comme du jardin du moinillon, il y manque «l’imperfection qui conditionne la perfection» et surtout, par dessus tout, telles que les traduisent les images, je n’y sens jamais cette condition impalpable, indéfinissable, indicible qu’on nomme alma (âme) ou duende (inspiration) que j’ai pu éprouver chez d’autres, y compris par le truchement de la vidéo.

Les tandas (séries de passes) succèdent aux tandas.
Pas la moindre fausse note, pas le moindre grain de sable dans la mécanique, pas le moindre de ces estraños, de ces incongruités qui, par contraste, illuminaient la grâce et le génie, humanisaient les faenas inspirées de Rafael, de Curro, ou maintenant de Morante.
Peut-on parler de domination quand le collaborateur se prête si ardemment au jeu, s’obnubile à ce point de percale au point de totalement méconnaître qu’il put n’y avoir rien derrière?
Dominer quoi?
J’hésite à choisir –et pourquoi pas concilier- entre l’idée spécieuse d’un toro si malin ou si manipulateur qu’il conduirait le torero à lui offrir ce qu’il aime et l’option d’une connerie incommensurable.
Comme sur le chemin de Damas, une vérité me bouscule, me jette à bas, me triture et s'impose, lumineuse, irréfragable: que ce bestiau est con!
Il en est obscène.

ACTE IV
On va quérir l’estoc et relancer la ronde des passes qui seraient admirables si elles n’étaient si facilement évidentes parce que certes le monsieur sait somptueusement les donner, mais que l’autre, l’abruti, sait merveilleusement et loyalement les offrir, sans pudeur, ni retenue.
Ça olète à tout va dans la cambuse, mais on commence à causer indulto, parce que «pardonner la vie» au toro, c’est le trophée suprême après les oreilles et la queue, et que cela fait fenomenal et estupendo sur le curriculum vitae du spectateur chébran qui enchâssera le billet en reliquaire.

Théâtral, le Tomas Million (tomas se traduit par «tu prends») laisse monter la bouillabaisse. C’est sans doute ce qui m’agace le plus, ce faux-culisme affecté.
Mon senseï de kenjutsu, comme tous les maîtres compétents ne cesse de me semoncer: «Quand tu t’engages dans une action, tu le fais ou tu ne le fais pas…».
Cette manière de s’engager en sachant sciemment que l’on n’ira pas au bout, cette manière de sembler céder à ce que l’on a déjà décidé qu’il soit, m’apparaissent comme l’antithèse de la sincérité.
C’est la manipulation suprême, le maniement optimal de la foule, l’envoûtement fallacieux de ceux qui, pour avoir obtenu la félicité, pensent être comblés, alors que la béatitude était sinon prévue, du moins programmée.
Le peuple est content, donc César est content et si César offre le pain, c’est que le pain était là, attendant dans les panières.

Le sésame orange tombe. Comment aurait-il pu en être autrement? Un palco ne saurait s’opposer ni à César, ni à la vox populi.
On goûtera toutefois les commentaires savoureux du voisinage, comme du reste durant toute la tragi-comédie.
***
Tout cela est-il bien sérieux?
Peut-être est-ce en fait une hénaurme galéjade provençale, une sardine qui obstrue la Porte des Consûrs.
Mon ami Batacazo y a vu l'effondrement d'un renouveau, l'apothéose torerista qui remet en cause les succès toristas de l'été.
Le problème me semble t-il, c'est surtout l'autocensure des aficionados, la peur du blasphème tomasiste, le renoncement à l'insolence salvatrice, à l'impertinence décapante, à la critique créatrice.

Nul n'est Dieu en ce bas monde, et les idoles n'existent que par la grâce de leur créateur et la foi des croyants.
Leur antidote c'est l'humour, la dérision et la lucidité.

Bonne nuit les petits!
Xavier KLEIN
***