Humeurs taurines et éclectiques

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lundi 15 février 2010

On est toujours le barbare d’un autre...

Enfant des rues. Boukhara (Ouzbékistan) (photo XK)
La vérité absolue ne saurait exister dans le monde des Hommes. Il n’est au mieux que des vérités relatives en fonction du temps et de l’espace.
Juger d’un phénomène ou d’un événement du passé avec des yeux contemporains est aussi stupide et vain que de juger de ce qui se passe dans les favelas cariocas ou les bazars ouzbeks avec une perception «européo-centrée».
Ceci ne signifie nullement, au contraire, que nous devions nous abstenir de toute opinion. Ceci signifie seulement que la vérité d’ici ou de maintenant ne peut être celle d’ailleurs ou d’hier.
C’est au nom de ce même principe que je conteste aux «zantis» le droit de juger et à fortiori de condamner, le phénomène taurin. De quel droit un danois ou un picard devraient-il se prononcer sur ce qui ne les concernent nullement, dont il ne connaissent aucunement les tenants et aboutissants, au nom de morales ou de vérités qui n’appartiennent qu'à eux?
C’est au nom du même principe que je me méfie du droit d’ingérence et de la prétention de l’homme occidental à imposer SES valeurs, qu’il justifie en les qualifiant d’universelles.
Chaque société humaine vit sa vie, évolue différemment, selon son rythme. Un rythme qui doit être respecté. Derrière le jugement porté, se tapit souvent un sentiment de supériorité qui ne dit pas son nom. Pour grossir le trait: «Voyez ces sauvages qui couvrent leurs femmes de burka, qui excisent leurs filles, etc.». Comme en d’autres temps on disait: «Voyez ces sauvages qui se prosternent devant des idoles, qui exhibent les mamelles de leurs femmes, etc.». Que cela nous choque, que nous en ayons une opinion est légitime et justifié, mais avant que de juger et condamner, essayons de comprendre. Et surtout respectons l'évolution de ces sociétés et leur droit à marcher à leur pas en fonction de leur histoire et de leur culture.
Ce sentiment de supériorité, cette licence que l’homme européen se donne de juger et de condamner se fonde sur la croyance que ses idéaux, son système de valeurs sont supérieurs et sont universels. CE QUI N’EST NULLEMENT LE CAS.

Pour autant, nous ne devons nullement abdiquer les progrès moraux et sociaux de NOTRE civilisation et nous battre pour les défendre, y compris lorsqu'on essaie de nous convaincre qu'il faut y renoncer pour être «compétitifs». Réduire la condition du travailleur français, belge ou espagnol à celle du chinois ou de l'indien: quelle magnifique victoire!
André VIARD aborde ce problème en évoquant (VOCATION PRÉCAIRE, http://www.terrestaurines.com/forum/actus/01-02-10/15-02-102.php) l’indignation soulevée par la multiplication des «enfants toreros» aux Amériques.
Pour une fois et sur ce point précis, je suis d’accord avec lui. Juger de ce phénomène avec nos yeux et nos normes européens est totalement abscons.

Qu'on se rassure, je divergerai ensuite sur le reste du raisonnement.
A.V. postule «que l'on ne "pousse" personne à aller dans l'arène. Personne ne devient torero à l'insu de son plein gré, et personne n'est obligé à aller au toro.».
Ce disant, ce cher André fait fi de réalités qui n’échapperont nullement à l’immense majorité des professionnels qui s’occupent d’enfants.
Certes, depuis les jeux du cirque, on n’a jamais vu d’enfants conduits de force dans l’arène. Ce serait absolument inconcevable, tant dans l’idée que dans la mise en œuvre.
Pour autant, notre homme ignore totalement, comme la majorité de nos contemporains d’ailleurs, certaines données (absolues et universelles pour le coup) du monde de l’enfance et de l’adolescence.
Pour résumer très schématiquement, au début, le petit d’homme (on devrait plutôt dire le «petit de femme») est totalement dépendant et confondu avec la mère et avec son désir. Tout le processus d’éducation (ex ducare= conduire en dehors) vise justement à l’accession à l’autonomie puis à l’indépendance.
Ce processus ne s’opère nullement en un jour, mais évolue, selon des rythmes et des schémas variés, selon les cultures, les individus, leur histoire et le mode d’éducation de leurs parents.
L’idéal est de parvenir chez l’adulte à un «désir conscient et décidé», ce qui malheureusement ne concerne que très peu d’individus.

Dans la plupart des cas, en Europe, on approche (plutôt moins que plus) de cet objectif à la fin de l’adolescence. Dans certains cas, on ne l’approche d'ailleurs jamais (salut les Tanguys). Mais DANS TOUS LES CAS, le désir reste toujours déterminé (en réalisation ou en opposition) par rapport à celui des parents.
«L’enfant torero» est donc toujours poussé dans l’arène, non par son propre désir «conscient et décidé», mais par le projet plus ou moins conscient de réaliser (ou non) le désir de ses parents. Cela, tous les professionnels de l’enfance le savent.
En doutez-vous?

Ma responsabilité professionnelle est de conduire des adolescents à des choix d’orientation à la fin du collège, en 3°. C’est une tache d’une immense complexité, où l’enjeu est justement que le projet d’un enfant SE DETACHE, autant que faire se peut, du désir de ses parents (ou de ce que l'enfant en perçoit), afin qu’il parvienne à définir SA voie, et non celle qui satisferait consciemment ou inconsciemment (ou insatisferait) ses parents.
«L’enfant torero» jusqu’à la fin de l’adolescence n’a pas de choix, parce que psychologiquement il ne peut avoir la maturité et les éléments d’un choix. C’est une illusion dangereuse que de croire le contraire. On ne «pousse donc pas l’enfant torero», MAIS IL Y EST POUSSE.
La deuxième objection majeure que l’on peut formuler tient à la conception de ce qu’un «enfant torero» a à faire dans une arène, et par delà à ce qu’un torero fait dans une arène.
Elle tient à la définition même de l’acte taurin.
Soit toréer, c’est combattre, et par là assumer un risque majeur (blessure, invalidité, mort), et l’on ne saurait exposer un enfant à ce RISQUE qu’il ne peut ni mesurer, ni prendre en pleine connaissance de cause.
Soit toréer, représente un aimable divertissement avec un adversaire-collaborateur accomodant. Le toreo moderne quoi! Ce qui entraîne les dérives scandaleuses que l’on a constaté: choix de bétail approprié au jeune prodige, complètement découplé de la réalité de l’acte taurin, et qui mène à la mascarade.
Le public qui se prête à ce que je qualifierai d’exhibition de monstre (au sens étymologique du mot= curiosité que l’on montre) justifie alors parfaitement le procès en perversité des «zantis». On est pleinement dans le voyeurisme sans limites.
«L’enfant torero» expose donc à deux dérives: l’irresponsabilité ou la pantalonnade.
La troisième objection résulte de la deuxième. Si «l’enfant torero» «est poussé» (et nous avons vu que d’une manière ou d’une autre, il l’est), est-il moral de justifier d’une motivation, qui serait surtout fondée sur la misère intellectuelle ou surtout économique? Cet argument est INDEFENDABLE, à moins de justifier pêle-mêle la prostitution infantile, les trafics d’organes d’enfants, le travail des mineurs, les enfants-soldats, etc.

Il contrevient ABSOLUMENT dans le fond et dans la forme à la Déclaration Universelle des Droits des Enfants * (http://www.droitsenfant.com/cide.htm).

Khiva (Ouzbékistan) enfant de 10 ans au travail (photo XK)

La phrase d’André VIARD «Ensuite, jusqu'à quand pourra-t-on invoquer cette morale de pays riche pour dénier à des jeunes qui ressentent cette vocation, le droit de tenter leur chance dans cette voie atypique, ingrate, dangereuse et aléatoire, mais pas moins injuste que celle, sans issue, qui s'ouvre le plus souvent pour eux dans nos sociétés?» est scandaleuse dans la mesure où elle autorise toutes les dérives (si l’on remplace l’expression «qui ressentent cette vocation» par exemple par «qui se prostituent» ou «qui s’engagent comme soldats à 12 ans»).
Elle est également scabreuse parce qu’elle crée un parallèle entre les conditions de vie souvent intolérables de pays du 1/3 monde, et la situation des jeunes incontestablement plus favorisés dans nos sociétés. Que je sache, on ne voie pas sur les trottoirs de Paris, Bordeaux ou Mont-de-Marsan la même misère juvénile que sur ceux de Bogota ou de Manille. Dieu merci!
La fin de l’article s’avère de même inacceptable. Le mythe «cordobesien» du génie sorti du ruisseau, s’il fût jamais vrai (mais très instrumentalisé par les pouvoirs, entre autres franquistes), sent à plein nez la même idéologie qui inspira Rocky dans l’Amérique reagannienne, c’est à dire les bénéfices secondaires et bienfaisants de la misère.
Un grand rêve trompeur qui recouvre une misérable réalité et peu d’élus.
Ce n’est pas l’option des socio-démocraties d’Europe occidentale où l’on fit jusqu’aux années 90, le choix du bien-être général, ce que semble beaucoup déplorer André VIARD. Ce qui a également permis l’émergence de figuras telles que Sébastien CASTELLA ou Juan Bautista qui, à ma connaissance, ne sont pas issus du «ruisseau».
Ce n’est en tout cas pas la situation du jeune Michelito, dont les parents ne relèvent pas du lumpenproletariat des bidonvilles mexicains.
Une fois de plus, une pierre est ainsi apportée à un discours ultra-libéral en parfaite concordance avec les thèses par ailleurs avancées sur le «toreo moderne» et la marchandisation de la corrida.
Un discours fallacieux et dangereux, en ce qu’il légitimise la vocation taurine par la nécessité économique de destins sans issues: la corrida devient ainsi un sous-produit de la misère (économique et psychologique) et du sous-développement.
J’ai la faiblesse de croire qu’il peut en être autrement et que l’IDEAL, les préoccupations humanistes et sociales qui me (nous) guident peuvent gouverner les Hommes et leurs destins.

De grâce, laissons les enfants rester des enfants!

Xavier KLEIN
Photo de Ruven Afanador

* Article 321. Les États parties reconnaissent le droit de l'enfant d'être protégé contre l'exploitation économique et de n'être astreint à aucun travail comportant des risques ou susceptible de compromettre son éducation ou de nuire à son développement physique, mental, spirituel, moral ou social.
2. Les États parties prennent des mesures législatives. administratives, sociales et éducatives pour assurer l'application du présent article. À cette fin, et compte tenu des dispositions pertinentes des autres instruments internationaux, les États parties, en particulier:
a) Fixent un âge minimum ou des âges minimums d'admission à l'emploi ;
b) Prévoient une réglementation appropriée des horaires de travail et des conditions d'emploi;
c) Prévoient des peines ou autres sanctions appropriées pour assurer l'application effective du présent article.

jeudi 14 janvier 2010

MUY INKORREKT

«L'humour est l'anthropophagie des végétariens»
Francis PICABIA, «Aphorismes»

Ca risque fort d'en défriser quelques-uns de par les chaumières taurines, mais tant pis, ou tant mieux!
J'entends d'ici les cris d'orfraie des intransigeants et le ahanement des bourreaux qui chargent de fagots mon bûcher expiatoire
Pourtant ce serait un crime que de vous priver d’un bijou de prose anti-taurine, tel que malheureusement, les «zantis» sont généralement bien en peine d’en produire. Comme le chantait le regretté Boris (ou Vernon pour les intimes): «Je suis snob…» et je demeure inoxydablement sensible à des coquineries passées de mode, telles que l’intelligence, l’humour (le vrai) ou la finesse, toutes valeurs en perte de vitesse en Sarkozie Intérieure.
Je suis tombé (presque) par hasard, sur le blog de Jean Paul RICHIER, un lecteur et commentateur fidèle et critique (c’est le moins qu’on puisse dire) de la Brega, avec qui nous entretenons une riche et intensive dispute philosophico-psychatrico-ethnologico-mystico-taurine, qui doit barber la plupart des lecteurs mais qui passionne les plus pervers.
Le Docteur Jean-Paul RICHIER est un petit canaillou. Il avait omis de préciser qu’il «en était».

Je veux dire par là que loin d’être un blogueur anonyme, le Herr Doktor est une pointure.
En l’occurrence, l’un des experts scientifiques qui sont intervenus lors des rencontres «Animal et Société», vous savez cette commission réunie par le Ministère de l’Agriculture et de la Pêche en 2008, pour enterrer en grande pompe le merdier taurin naissant (http://www.animaletsociete.fr/verbatims/Verbatim-Atelier-intergroupes-Corrida-et-jeux-taurins-Reunion1.pdf)
Mais Jean-Paul RICHIER ne s’en est pas tenu à cette broutille où il dut certainement beaucoup se divertir puisqu’un certain A.V. de Vieux Boucau y officiait comme comique troupier. Il n’était pas le seul d’ailleurs à grenouiller dans la choucroute, y'en a qui aiment!
J.P. est également l’auteur d’un appel beaucoup moins rigolo, même au second degré, et qui me semble plus contestable (Les moins de seize ans ne doivent plus avoir accès aux corridas, http://margarida.over-blog.com.over-blog.com/article-dr-richier-les-moins-de-seize-ans-ne-doivent-plus-avoir-acces-aux-corridas--39535361.html).
Ce n’est toutefois pas de ce Jean-Paul RICHIER là que je veux parler. C’est de son Walter Ego, l’auteur plein de verve, d’ironie, et parfois de mauvaise foi (ce qui va avec), qui étincelle dans la rubrique subtilement intitulée «Bouchers à l’arène» de son FAQ À L'USAGE DES AFICIONADOS
C’est ma foi assez bien vu, et provoque quelques grands esbaudissements pour qui se pique de quelque humour et accepte de rire ou sourire de ses travers.
On ne saurait trop recommander cette saine, gaillarde et revigorante lecture qui vaut bien des opus.
http://zone.pazenn.over-blog.com/article-6420987.html

Pourtant, deux interrogations ne laissent pas de me tarauder :
1°) Pourquoi le cher Jean Paul a t-il choisi notre blog pour y porter la contradiction, alors que la Brega n’est que l’underground de la cave du sous-sol du net taurin avec une audience confidentielle (mais de qualité). Il y a pourtant d’autres canaux (historiques) plus porteurs et plus lus!
Certains se targuent même de centaines de milliers de visites par an, et d’éminents polyspécialistes y officient, en charge (ou aspirant à le devenir) de la défense officielle et politiquement korrekte de la tauromachie.
Ce n’est pas que je me plaigne des attentions du bon docteur. Tout au contraire.
Mais cela me turlupine (attention Docteur, pas d’interprétation psychanalytique mal placée!).

2°) Jean-Paul RICHIER aurait-il conservé quelques notes de ses débats (et dans débats il y a ébats) avec «l’Inénarrable», histoire qu’on rigole un peu avec les conneries qu’il débite en notre nom. Auquel cas il pourrait avoir l’amabilité de nous communiquer un florilège des perles de la plus belle eau, histoire que nous aussi puissions nous gausser. Pas toujours les mêmes…

En conclusion ferme et définitive, le blog de Jean-Paul RICHIER est un must à ne manquer sous aucun prétexte!
A quand le FAQ à l'usage des zantis? Nous serions-là véritablement dans l'humour: savoir rire de soi-même. Medice, cura te ipsum!
Quand je vous disais que j’étais snob...
Xavier KLEIN

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dimanche 4 octobre 2009

EVIDENCES

Por Fernando Corella.
Puisque certains paraissent apprécier les dessins humoristiques, une récente importation du site d'Andrés Verdeguer Taléns (http://cornadasparatodos.blogspot.com/2009/10/una-vineta.html )
Traduction: "C'est bien que les enfants ne voient pas de corridas, ils pourraient devenir des personnes dépourvues de sensibilité comme Goya, Picasso, Lorca, etc."
En dessous de la colonne: Aux bons aficionados de Catalogne qui sont nombreux.

jeudi 12 février 2009

UNE ÂME D'ENFANT


"L'apparence requiert art et finesse; la vérité, calme et simplicité."

Emmanuel Kant

Avec l’ami Olivier DECK (pas DECQ), je traînais ce dimanche dans un dojo de Fontarabie où Castor TELLECHEA, maître de iaïdo (l’art de dégainer et de couper au sabre) travaille avec ses élèves.
C’est une discipline austère et interne, très loin des préoccupations de notre époque.
Que peuvent bien trafiquer ces hurluberlus, tout de noir vêtus, en hakama (jupe culotte de samouraï), qui pendant une heure, tranchent dans le vide, avec des armes d’une autre époque?
Mais on pourrait aussi bien se poser la même question à propos d’autres «anachronistes», de ces zouaves, gansés de soie surchargée d’ors, qui s’agitent devant les cornus.
Comme nous l'avons déjà abordé, tout cela procède du même esprit. Toreo de salon, katas répétés à l’infini, il s’agit là de polir et repolir sans cesse des gestes pour accéder à l’essentiel.
Quel est cet essentiel?
L’efficacité?
Elle peut être atteinte par d’autres biais. Un peon de brega digne de ce nom peut réduire un toro, le casser, le soumettre.
La beauté?
L’art pour l’art aboutit immanquablement au maniérisme, à la perte du sens et de la puissance de l’acte. On demeure à la surface des choses, dans le paraître qui, tel le vernis, s’écaille devant la force irrésistible du réel, devant le vent, le soleil ou la pluie.
La virtuosité?
Elle est à l’art, ce que l’érudition est à la vraie culture: un exercice de style, d’habileté ou de savoir-faire qui pallie trop souvent à l’indigence du talent ou de l’inspiration. La virtuosité n’est-elle pas la surcapacité et la surmémoire des gestes, sans rien nous dire de leur sens profond et de leur pertinence.
Regarder Castor brandir le sabre, suivre le schéma imperturbable des katas dans un geste qui s’impose de lui même, sans contrainte et sans affectation.
Un geste qui exprime la substance profonde des choses, une vérité incontestable, immédiate et innée.
Un geste qui vit en soi, débarrassé de la gangue du superflu, qui s’épure, se stylise, n’obéit plus qu’à sa propre volonté, et sa propre fonctionnalité.
Un geste qui accède alors aux vertus suprêmes: la simplicité et le naturel.
Simplicité et naturel, rien de moins, rien de trop, pleinement ici et maintenant, comme l’écho de l’harmonie universelle et de la respiration cosmique.
C’est le vent qui se fait brise ou tempête, la source qui sourd ou qui cascade, la vague qui déferle mollassonne ou violente selon l’humeur de l’océan.
Certes il n’y a pas ici de toros pour venir perturber l’ordonnancement parfait, il n’y a pas d’ennemis qui le cernent, même si le sabre les coupe virtuellement.
Ou plutôt si, mais pas ceux auxquels on croit. Ceux là, les vrais, on ne les terrasse jamais, on n’en vient jamais à bout. Ils s’appellent peur, honte, culpabilité, orgueil ou concupiscence, paresse ou colère.
Tous ces fantômes auxquels nous nous accoutumons, parce qu’il paraît qu’on ne peut vivre sans eux, parce qu’ils sont le fruit de la perte de notre ingénuité, parce qu’ils sont les déchets de nos cultures et de notre éducation.
Couper avec un sabre, c'est trancher son propre ego, tirer à l'arc c'est se viser soi-même.
Castor marche avec délectation dans les pas de l’enfant qu’il fût et qu’il doit redevenir pour être tout Homme.
Le naturel et la simplicité d’une âme d’enfant, voilà avec quoi il nous faut renouer. Laisser son corps penser.
Combien de toreros le peuvent?
Combien d’hommes?
Cela me rappelle un vieux peon de confiance qui apostrophait son jeune maestro du burladero: «¡Ahora, vamos de verdad! ¡De verdad, vamos de verdad! ¡Olvidate!».

Xavier KLEIN