Humeurs taurines et éclectiques

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vendredi 12 février 2010

LE BAL DES CHACALS

"Quand le lion saigne, les chacals reprennent courage"
Proverbe arabe
L’inconséquence de nombre de nos compatriotes ne laisse jamais de m’étonner.
Récemment, je me trouvais à «batailler» sur un coin de zinc avec trois citoyens qui devisaient gaillardement sur les «marchés» conquis de haute lutte (et petites vilenies) par les entreprises françaises à l’étranger. On évoquait fièrement les pays où d’ex-entreprises françaises nationalisées (dans les domaines de l’eau ou de l’énergie) avaient mis la main sur les marchés. Cocorico!
La chose s’avérait d’autant plus savoureuse que deux des intervenants avaient été licenciés par des entreprises qui délocalisaient par le biais de leurs filiales.
Que voulez-vous le cocu heureux est une figure emblématique de notre civilisation gauloise! Généralement, le franchouillard est généreux et partageur (tant que ce n’est pas avec un black ou un beur…).
Je n’ai nullement l’esprit cocardier, surtout quand la cocarde ne recouvre pas la nation mais un conseil d’administration et des actionnaires, voire des fonds de pension.
Je tentais donc désespérément de faire remarquer que ce qui m’importait surtout, comme me semble t-il à la plupart de nos compatriotes, était de disposer des éléments vitaux que constituent l’eau, le gaz, l’électricité, les transports publics, etc. au meilleur prix et avec les meilleures garanties. Et de rajouter que ces badineries qu’on nommait, il y a déjà des lustres, de l’appellation désuète de «services publics» ne devaient pas constituer des objets économiques et des sources de profits ou de spéculations.
Qu’en conséquence de quoi, je me foutais pas mal qu’E.D.F., Suez ou Dieu sait qui, s’assurent du monopole du marché dans les Carpathes, mais que par contre, il m’importait beaucoup qu’ils assurent leur fonction à Orthez, sans que je contribue, involontairement, à l’acquisition du réseau électrique serbo-croate dont je me contrefous.
J’aime bien les serbo-croates. Les rhododendrons aussi d’ailleurs! Et comme je les aime bien, je ne leur souhaite nullement que des hyènes, fussent-elles estampillées françaises, aillent jouer chez eux les charognards.
Qu’on fasse du blé avec le superflu ne me gène pas particulièrement: on est libre d’acheter le dernier home cinéma à la mode ou la panoplie rouge et blanche made in China, indispensable pour ne pas être harcelé par les pékins durant certaines ferias. On ne l'est pas de boire ou de se chauffer.
Ce qui me heurte, c’est qu’on tire profit de l’indispensable (énergie, santé, éducation, etc.).
Alors vous comprendrez que de disserter pour savoir quel chacal a pris le pouvoir et mène la horde dans les plazas de Barcelone, Valence, ou de Trouduculos de las Hermanas, JE M’EN BATS LES FLANCS AVEC UNE NOUILLE.
Et d’être confondu par la fascination que ce genre de non-évènements exerce sur l’acicionado, à en croire la place qu’on leur réserve dans les tabloids et les sites taurino-pornographiques.
Le ridicule ne tuant plus, et depuis belle lurette, les mêmes qui grenouillent abondamment dans ces magouilles de bas étage à but hautement lucratifs, nous exhibent à foison les frêles cache-sexes d’un discours sur la tradition, l’art, les «valeurs», le «patrimoine immatériel….», alors qu’il ne s’agit que d’OSEILLE (pas celle dont on farcit les aloses, qui est respectable et utile, elle).
Qu’on ne vienne pas s’étonner ensuite que quelques esprits rebelles, qui n'entendent nullement renoncer à un usage raisonnable et régulier de leurs neurones, ne veuillent nullement marcher dans la combine.
Qu’on ne s’étonne pas non plus d’offrir aux «zantis», qu’ils soient français ou ibériques, des arguments de choix. Ils auront beau jeu d’appeler un chat, un chat (normal pour les défenseurs des «zanimaux»), et de condamner AVEC RAISON une tauromachie qui ne devient plus qu’une opération économique et une source de profit comme les autres.
Autrement dit, je ne reproche nullement aux grands fauves d’être ce qu’ils sont, aux capitaines d’industrie de vouloir «faire de la thune». Ce que je n’accepte pas, c’est qu’ils n’assument pas ces objectifs réels, c’est qu’ils les enrobent d’arguments fallacieux, c’est enfin qu’ils sollicitent notre soutien pour leurs projets foireux.
Affirmant tout cela, je ne me réfugie en rien dans un angélisme découplé des réalités. La tauromachie, comme toute activité dans un monde moderne, ne saurait ignorer les contingences économiques. Et elle les a intégrées depuis ses origines. Là comme ailleurs il convient de n’être ni naïf, ni béat, et de ne pas prendre des vessies pour des lanternes.
Pour autant, on peut vouloir garder l’emprise économique «a su sitio» et appliquer la formule des Ecritures: «L’argent est un bon serviteur mais un mauvais maître».
Affirmer ainsi que l’économie et l’argent sont des outils et non une fin, des moyens et non un but, est une prise de position MORALE, PHILOSOPHIQUE et POLITIQUE, certes démodée dans nos temps de libéralisme exacerbé, mais qui n’en demeure pas moins parfaitement honorable.
En tous cas, placer le débat sur ce plan lui donne un relief, une acuité et une portée tout autres.
La tauromachie n’est ni de gauche, ni de droite. Par contre, la manière dont elle s’organise relève authentiquement de choix éminemment politiques.


Il conviendrait de ne pas l’ignorer, ni l’oublier.


Xavier KLEIN

jeudi 21 janvier 2010

LE MOT QUI TUE

«Il ne s'agit pas, avec la psychanalyse, d'endormir la souffrance, mais d'éveiller à sa vérité. La découverte de Freud est que cette vérité est celle du désir.»
Pierre KAUFMANN


Adagio rubato
Je termine en ce moment la lecture passionnante –et passionnée- d’un bouquin tout à fait remarquable: «Le mot qui tue. Les violences intellectuelles de l'Antiquité à nos jours» sous la direction de Patrick Boucheron et Vincent Azoulay (collection Epoques chez Champ Vallon) Confere critique en fin. Dans cet ouvrage collectif les divers auteurs décrivent et commentent comment à travers les siècles, la plume vient souvent remplacer l’épée. Il ne s’agit pas là que d’une image. A la Renaissance, la structure du discours, du débat ou de la controverse s’inscrit dans la même logique que celle du duel, les techniques de combat de l’un se voient transposées explicitement dans le champ de l’autre.
Ce genre de lecture évidemment plus ardue et moins affriolante que celle du Midi Olympique –encore que!- nous laisse toutefois moins sots, moins vains et moins naïfs, à la condition toutefois d’y trouver un miroir de ses propres travers, et pas seulement de ceux des autres.
Il me semble qu’en général on «commence à grandir», lorsque l’on sort d’une vision manichéenne et infantile d’un monde bipolaire partagé entre «bons» et «méchants», bien et mal, vérité et erreur, etc.
Ce m’est un motif de satisfaction que de constater qu’en règle générale, les intervenants sur ce blog se placent dans la même perspective et qu’ils ont suffisamment bourlingués sur leurs sentiers intérieurs, pour «par delà le bien et le mal», comme dirait le précieux Friedrich, prendre de la hauteur et deviser, sinon sereinement (pourquoi d’ailleurs…) du moins sans les bassesses et les platitudes des discours convenus.
Non pas qu’il faille entretenir un quelconque sentiment de supériorité ou d’élitisme à l’endroit d’un vulgum pecus supposé trivial et méprisable, mais parce qu’il me semble nécessaire d’entretenir des espaces de parole où l’on puisse s’exprimer en vérité et sans dénis.

Andante grazioso
Hier nuit (le soir était copieusement dépassé), quand j’ai pris quelques temps pour mes dévotions à Saint Internet, je fus stupéfait du nombre d’interventions qui poireautaient gentiment, attendant mon imprimatur (dont je rappelle que je n’exclus que les insultes, propos diffamatoires ou attentatoires à l’honneur).
Ma doué, mais c’est que ça tombait comme à Gravelotte! Feux croisés et nourris, shrapnels et chevrotines à foison, corps à corps à la baïonnette, offensives, contre-offensives, choc au centre, débordement par l’aile, déploiement, enveloppement, c’était tantôt le Chemin des Dames, tantôt la charge des cuirassiers de Murat à Eylau.
Au milieu de tout cela Monsieur J.P.R. (Jean Paul RICHIER) tel Nelson à Trafalgar sous sa dunette envoyait les fanions: «PETA and CRAC expect that every man will do his duty». En face, les Cambronnes taurins rétorquaient fièrement que «La garde meurt mais ne se rend pas», assortis d’une variation sur «le mot».
Sans jouer les Fabrice Del Dongo ou les Comte Bézoukhov et me réfugier dans le rôle du témoin distancié, la mêlée en cours avait quelque chose d’assez surprenant.
Comment et pourquoi tant de passion réciproque?
Certes, il y a la provocation imprécatrice du cher Jean-Paul, et la jouissance profonde, seul contre tous, d’alterner le masochisme de se voir ainsi conspué et le sadisme d’aller porter le fer. Le reste n’étant que rationalisations : il ne faut pas nous la faire!
Mais il y a aussi la palette des réactions, de l’agacement à la fureur, qu’il suscite chez des interlocuteurs pourtant avisés (y compris votre serviteur), qu’il convient de ne pas négliger comme objet d’observation.
A ce stade, je ne voudrais pas passer pour un méticuleux sodomisateur de diptères, pratique zoophilique hautement réprouvée par les zamis des zanimaux. Mais lorsque quelque chose m’irrite, j’ai plutôt tendance à considérer qu’il faut s’y confronter plutôt que de le fuir ou de l’évacuer.
Le problème dans le débat en cours, c’est la dérivation répétée vers des conflits périphériques par des digressions incessantes vers d’autres questions, politiques, religieuses, etc., qui permettent d’échapper à la question. Ces échappatoires ne seraient-elles pas inévitables, si, comme je l’avance, nous nous trouvons dans le domaine de la croyance et de la foi, et non dans celui de la rationalité ?
Le problème, c’est la représentation culturelle du rapport de l’homme à l’animal qui diffère. Le problème, c’est le rapport et la représentation divergente quant à la souffrance et à la mort.
Il n’est nullement insignifiant de prendre compte du fait que Maître J.P.R. est psychiatre ET psychanalyste. Il ne peut ignorer, nous ne pouvons ignorer, qu’à l’instar d’autres métiers, c’est une orientation qui n’a rien d’anodin. De même que pour être chirurgien et aller trancher dans la chair, il faut une solide dose de sadisme plus ou moins assumée et consciente. De même que pour être historien ou policier, il faut être en quête du «secret» caché (réel ou supposé). De même pour être psychanalyste, il faut être et avoir été préoccupé de ses propres démons, de son sadisme, de son masochisme, d’autant que le psychanalyste est lui même passé par le divan.
Pourquoi J.P. s’intéresse t-il à ce qui se dit ici? Voilà une question qu’elle est intéressante. Il est bien trop fin pour envisager sérieusement, ou bien il serait légèrement parano, la «convertion des pêcheurs». Ce qui l’intéresse donc est l’objet et la confrontation, une confrontation qu’à mon sens il vit dans ses propres instances intérieures.
Quelle particularité marque ce blog? C’est que la plupart des intervenants se différencient du discours taurin conventionnel par un refus marqué du déni. Il n’y a pas de déni de la souffrance, de la mort, des pulsions sous-jacentes, d’une problématique morale, philosophique.
La souffrance? Et alors!
La mort? Et alors!
Le sadisme ou le masochisme? Et alors!
Assumer? Et alors!
J.P. se trouve ainsi confronté à une splendide collection de névrosés qui, autant qu’ils le puissent, s’assument tel quel, sans trop de complexes. Du pain béni pour le psychanalyste, dont la névrose constitue le fond de commerce et le terrain de prédilection (et de succès).
Or, J.P. postule généralement que l’addiction taurine procède surtout de la perversion, c’est à dire, en l’espèce, du déni de la souffrance infligé à l’autre. Mais quel autre est le toro? Est-il un autre?
Ce n’est pas le cas ici. C’est là qu’est l’os hélas ! J.P. vient donc titiller ici, ce qui le gratouille aussi, comme les copains. Le pire, c’est qu’il le sait sans nul doute, mais qu’il préfèrerait monter à l’échafaud que de le reconnaître. Vous avez dit déni?
Allegro vivace
Je postulerai donc que le cher J.P. est en fait un aficionado qui veut s’ignorer. Peut-être un repenti. Fasciné par la chose mais encombré par son surmoi pour caricaturer.
Comment expliquer autrement le temps, l’investissement et la connaissance tout à fait extraordinaires pour un «zanti», consacrés à un débat somme toute très périphérique?
Voyez comme il tire un plaisir évident à la lutte, sans espoir d’une victoire finale. Il est vrai qu’il est trop subtil et trop sophistiqué pour trouver quelque attrait à la littérature simplette tant de la plupart des blogs taurins que «zantis». Ces derniers pêchent notamment par l’indigence de la pensée, du raisonnement, de l’esprit et surtout de l’humour. Les déclarations sommaires des groupies véganiennes sont d’un ennui et d’une platitude mortels dans l’expression de leur symptôme d’identification empathique.
Rien qui puisse séduire notre homme. Non, il lui faut matière à prédation au garçon, du solide, du consistant, du "qui se traque", se défend, résiste. Son désir de dominio intellectuel, sa volonté de poder sont l’expression d’une attitude authentiquement taurine. Il veut châtier, faire baisser la tête, il cite, aguante et se croise, charge la suerte en en remettant une couche, sans jamais lâcher le terrain.
Quel torero certes, mais quel toro il ferait! Le nirvana d’un torista.
Il part de loin, s’engage sous le fer, négligeant sa morsure, en engageant les reins. Il revient inlassablement et répète, vous poursuivant jusqu’aux tablas.
Con sentido y genio, il n’humilie pas, ne renonce pas, et si l’on se découvre hasarde un coup de corne de derrière les fagots.
Un tio vous dis-je… de mucha casta… Allons osons: un miura de la grande époque, de ceux qui vous niaquaient de derrière les burladeros.
Soyons à la hauteur chers amis d’un tel opposant. Gardons humour et courtoisie de gentilhommes. Ne nous réfugions pas dans la facile banalité des invectives et noms d’oiseaux.
Déployons les ailes éthérées du duende et de la finesse.
Comme le patriarche Jacob, J.P.R, comme nous tous, lutte avec l’ange, il ne faudrait pas qu’il ignore cette réalité, ou plutôt qu’il pense que nous l’ignorions.
Allons J.P., lachez-vous et faites-nous un peu tomber ce masque qui ne trompe que vous.
Comme dit mon tavernier préféré, tenancier du bistrot "Le Pitchoun": «Ici tu ne parles pas à ta mère».

Xavier KLEIN


Il existe mille et une façons de domestiquer les intellectuels. L'une des plus courantes consiste à fustiger leurs tendances brutales, leur fascination pour la violence, voire leur essentielle férocité. En temps normal, dit-on, ces arrogants s'attribuent une position de surplomb, ils s'autorisent de leur science pour dynamiter le sens commun, tracer de nouvelles frontières entre le vrai et le faux, régenter nos conceptions du monde. En temps de crise, ces pyromanes multiplient les discours incendiaires, ils mettent le feu aux esprits, ils préparent le pire des embrasements.
Tout cela n'est pas faux. En atteste le riche volume collectif qui paraît sous la direction de Vincent Azoulay et Patrick Boucheron. A coups d'"anachronismes contrôlés", une vingtaine d'historiens y décrivent les formes de la violence intellectuelle depuis l'Antiquité jusqu'à nos jours, et de l'exécution de Socrate jusqu'à "l'affaire Sokal". Mais si l'on trouve dans ce livre quelques exemples de l'abjection dont se sont rendus coupables, au fil des siècles, certaines femmes et certains hommes d'idées, on y repère également une entreprise plus discrète, plus originale : la remise à l'honneur de la pensée comme geste offensif, du champ intellectuel comme champ de bataille.
Née dans le fracas de l'affaire Dreyfus, la notion même d'intellectuel implique l'urgence du combat à mener. Et par-delà les situations où un engagement ouvertement politique s'impose, toute théorie digne de ce nom constitue en tant que telle un passage à l'acte. Quiconque tient à une idée sait que sa victoire implique nécessairement un coup de force. Bien sûr, les savants aiment à se présenter comme les membres d'une communauté policée, où les échanges obéissent à une éthique du dialogue respectueux qui remonterait à l'humanisme classique.
Or l'humanisme fut tout sauf une révolution de velours. Son héros, Pétrarque, définissait le théâtre des opérations comme une "arène poussiéreuse et bruissante d'injures". Lui-même prisait l'intimidation, l'invective, l'attaque ad hominem, jusqu'à en faire des armes de destruction massive, comme le rappelle Etienne Anheim. "Te craindre, toi, avec ton cerveau engourdi, ta plume émoussée, ta langue qui fait des noeuds ?", lançait Pétrarque à l'un de ses détracteurs en 1355.
Quant aux philosophes de la Renaissance, ils pratiquaient souvent l'escrime, et réglaient leurs affrontements sur le modèle du duel. Soulignant les liens qui unissaient alors passion du vrai et "sentiment du fer", Pascal Brioist cite ces mots du mathématicien milanais Jérôme Cardan : "Je maniais le poignard en même temps que l'épée, la pique ou la lance (...). Sans armes je savais arracher à mon adversaire un poignard dégainé."
Parce qu'il exige une confrontation des thèses et des arguments, le monde des idées est un univers impitoyable. Il arrive que ces face-à-face sécrètent des procédés indignes, quand le polémiste nourrit un pur déchaînement de haine : il s'en prend au corps de l'adversaire, il fait des jeux de mots sur son nom... bref, il se déshonore. Mais il est aussi des cas où la plus virulente des joutes provoque une avancée de l'esprit. Jérémie Foa avance l'exemple des disputes théologiques qui opposèrent catholiques et réformés durant les guerres de religion. D'une cruauté implacable, ce conflit n'en favorisa pas moins "un essor remarquable de la connaissance érudite". Surtout, il mit en lumière cette fonction des bagarres intellectuelles : "par elles se découvrent ceux qui ont la grâce et ceux qui ne l'ont pas", ceux qui peuvent s'affranchir des règles établies et ceux qui y resteront à jamais enfermés.
LA FRANCHISE PROSCRITE
De ce type de "grâce", notre société semble ne plus vouloir. D'un côté, elle célèbre les pamphlétaires venimeux, qui ne souhaitent rien d'autre qu'anéantir leur cible, ayant tout autre chose en tête que le triomphe de la Vérité. De l'autre, elle chasse les esprits critiques, ceux qui estiment encore assez leurs contemporains pour tenter de les convaincre, quitte à leur dire les choses en face. De là ce phénomène angoissant : dans les colloques académiques comme sur la scène médiatique, la franchise se trouve désormais proscrite. Exprimez le début d'un désaccord avec tel "cher collègue", l'esquisse d'une divergence avec tel "cher confrère", et vous passerez aussitôt pour une brute.
"Dans l'état actuel des choses, constate le sociologue Bernard Lahire dans sa postface, celui qui exerce son sens critique est souvent soupçonné d'agressivité, de méchanceté ou de dureté, et ce, indépendamment de la justesse de la critique. La rigueur intellectuelle est, pour certains, un simple signe de rigidité morale ou psychique, et l'exercice de la critique est réduit à une entreprise malveillante, voire terroriste."
Le «Monde des livres» du 2/05/09

dimanche 10 janvier 2010

l'«UNION SACREE»

«Dîtes-vous bien que quand un mauvais coup se mijote, il y a toujours une république à sauver»
Simenon/Audiard «Le Président»
Non le barbu, c'est pas moi. Peut-être qu'au dessus c'est l'oracle boucalien s'apprétant à estoquer un "zanti", mais alors chapeau pour le maquillage! Encore un talent méconnu...

Quand le 4 août 1914, le Président de la République, Raymond POINCARE invoque l'«UNION SACREE» contre l'agresseur allemand, il a quelque légitimité à le faire. Détenteur légal de la souveraineté populaire, élu par l'Assemblée Nationale (les 2 chambres), il incarne l'unité de la Nation. C'est dans une circonstance exceptionnelle et par un accord quasiment unanime de l'ensemble des politiques et des syndicats, de toutes les forces vives de la société, que le Président se voit ainsi fondé d'en appeler à l'union des français pour une guerre défensive. La réussite de cette Union Sacrée, de 1914 à 1919 a pu se réaliser aux conditions suivantes:
  1. Péril extérieur gravissime, identifié, assuré et inévitable.
  2. Légitimité de l'instance fédératrice (un Président issu du suffrage populaire).
  3. Adhésion spontanée, libre et consentie de la totalité des acteurs (partis et syndicats).
  4. Respect d'un contrat moral.

Cet événement constitue un fait presque unique dans l'histoire de notre pays. Les conflits antérieurs et postérieurs (y compris la guerre de 1939-45) ne virent et reverront jamais une telle cohésion nationale. L'Union Sacrée est donc un phénomène mythique, qui ne s'est produit qu'une fois dans notre histoire, à la faveur de circonstances très particulières. Mais les mythes ont la vie dure et il ne manque pas de rêveurs, de démagogues ou d'ignorants pour s'y référer périodiquement, en évitant évidemment d'en remémorer les circonstances et les conditions.

En fait la loi du genre dans les évènements tragiques de notre histoire fût souvent la division. Une division qui tenait par dessus tout, dans la plupart des cas, à l'absence d'un consensus ou l'inexistence des conditions énoncées ci-dessus.

Des guerres révolutionnaires où l'outrance des sans-culottes parisiens provoqua des révoltes (dont les guerres de Vendée), aux guerres coloniales, en passant par l'impérialisme de Napoléon III, et la dernière guerre mondiale (ou les communistes ne s'engagèrent vraiment, après avoir appelé aux sabotages et aux désertions, qu'après la rupture du Pacte germano-soviétique) les exemples ne manquent pas.

C'est que tous ces conflits ont sanctionné l'impuissance, l'impossibilité ou le refus d'élaborer des solutions politiques viables et concertées: on sait depuis Clausewitz que la guerre est la poursuite de la politique et de la diplomatie par d'autres moyens...

La guerre a été aussi le moyen le plus commode que beaucoup de dirigeants, et de dictateurs, aient mobilisé pour sortir d'une crise intérieure et fédérer leur camp. On voit en ce moment comment Ahmadinejad radicalise la crise iranienne pour échapper à la contestation intérieure. On aurait pu tout aussi bien citer la provocation de Sharon sur l'esplanade des mosquées, l'invasion des Malouines par la junte argentine, la guerre d'Ethiopie de Mussolini, la guerre Iran-Irak déclenchée par Sadam Hussein, etc...

Il va sans dire que l'objet principal de la guerre n'est donc plus la lutte contre l'ennemi extérieur, mais bien avant tout de réduire l'adversaire intérieur au silence, pour éviter d'avoir à rendre des comptes.

Ce faisant, au pis on prend le risque de la défaite, au mieux on ne fait que surseoir; mais la «question» finit toujours par ressurgir et l'opposition par se manifester. Ce type de stratégie ne résout en rien les problèmes, elle les diffère et les envenime. Quand on s'y oppose, on est de suite désigné comme le traître, le diviseur, attaqué avec d'autant plus de virulence que le prétendu «sauveur» veut cacher les cadavres qui trainent dans les placards ou faire oublier une batterie de casseroles encombrantes.

On aura compris que mon propos ne se réfère pas uniquement à l'histoire des nations. Et que les conditions de l'Union Sacrée de 1914 ne se retrouvent nullement sur la planète taurine, bien que d'aucuns s'en fassent les ardents propagandistes.
Où est le péril extérieur gravissime, identifié, assuré et inévitable? Où est l'instance fédératrice légitime? Où voit-on l'adhésion spontanée, libre et consentie de la totalité des acteurs? Sur quel contrat moral un consensus s'établit-il?

Que n'entend-on avec les vœux de nouvel an sur cette ritournelle faussement séduisante qui émane le plus souvent de taurinos, apparentés, ou lèche-bottes patentés qui profitent généralement du système et seraient mal venus de le critiquer. «Que cessent les divisions!». «Soyons unis!». La «grande famille de l'aficion!». Les «valeurs de la tauromachie!». La collection complète de tous ces grands mots qui de tous temps à jamais ont été mobilisés pour tromper les peuples.

Valeurs? Mon oeil (pour ne pas dire autre chose)! La seule valeur actuellement à l'œuvre, c'est le le pognon, le flous, l'artiche, le blé, les pépètes. La seule éthique, c'est celle du profit maximum, comme dans l'art, le sport ou la plupart des activités humaines. Certes il en a toujours été plus ou moins ainsi, mais jamais à ce point, depuis le triomphe d'un libéralisme décomplexé sans foi ni loi.

Car ne nous y trompons pas. Il existe dans le monde taurin en général et en France en particulier un projet non-dit, un dessein à l'œuvre. Certes, il n'est pas concerté et planifié de manière rigoureuse et systématique. Certes il n'y a pas de complot, ni de comploteurs. Seulement une convergence d'intérêts. Mais ce dessein vise la mise en place insidieuse et tenace d'un «nouvel ordre taurin», d'une organisation et d'une programmation qui favorisent l'instauration d'une tauromachie presque exclusivement commerciale. Avec ses produits normalisés et calibrés qui limitent les risques (le «toro moderne»), ses officiants (petits prêtres et grands prélats-figuras), ses pèlerinages (les grandes ferias), ses reliques, ses martyrs, sa hiérarchie vaticane, ses prédicateurs, et bien entendu ses banques Ambrosiano et ses loges P2. Et ne parlons pas de son Opus Dei, dont la branche gauloise, l'O.N.C.T. comme on l'appelle je crois, traque infatigablement les hérésies ou la tiédeur doctrinale.

Dernièrement on a décidé d'un concile, non pour instaurer le Dogme de l'Immaculée Conception, mais pour intégrer la tauromachie au Patrimoine Immatériel de l'Humanité de l'U.N.E.S.C.O. Comme pour l'Immaculée Conception, dont tout le monde non catholique se contrefout ou s'esclaffe, cet ex-futur «Patrimoine Immatériel de l'Humanité» ne concernera que les intéressés: les afionados.

Encore faudra t-il tout de même prendre en compte l'avis des "autres", ceux pour qui la tauromachie ne représente rien, ou pis une abomination barbare. Et là, le bât risque de blesser. Si l'on consulte le catalogue des divers us et traditions déjà retenus, on constatera qu'ils sont tous extrêmement consensuels. Ce serait complètement méconnaitre l'esprit et les usages de l'U.N.E.S.C.O., un milieu parfaitement feutré et convenu, quintessence de la tradition diplomatique pour envisager qu'un sujet aussi explosif puisse y être retenu. J'ai d'ailleurs eu confirmation de la chose par un ami diplomate , haut responsable de cette organisation.

On se dirige donc, vers un prévisible enterrement à la sauvette, sans tambours ni trompettes, après quelques vibrionnages et rodomontades (j'aime bien le terme).

Ne vous inquiétez pas, quand le projet aura fait long feu, ou au contraire qu'il aura provoqué le conflit espéré, cela sera toujours la faute des mauvais esprits ou des renégats.

Vous pariez?

Xavier KLEIN

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samedi 2 janvier 2010

LETTRE OUVERTE

Notre compadre El Chulo, nous fait parvenir cette lettre ouverte tout à fait explicite qui résume assez bien l'opinion d'un nombre croissant d'aficionados, qui ne se contentent plus de gober le gentil discours fédérateur à la mode, mais se préoccupent d'en saisir les tenants et aboutissants soigneusement dissimulés.


André, Monsieur le Président,

Je viens de lire ta dernière production, où avec une certaine complaisance, tu emboites le pas de la «casa Domecq» via Mundotoro.
Je comprends fort bien qu’aujourd’hui, quelqu’un qui veut vivre de l’industrie taurine et de ses multiples produits dérivés a tout intérêt à montrer patte blanche. Tout de même!
J’avais bien compris à la lecture d’une précédente publication, que tu en avais après les O.N.G. qui avaient fait capoter Copenhague. Il faut, disais-tu «laisser faire ceux qui ont le pouvoir et l’argent, à savoir les états, au risque d’être accusés» d’irresponsabilité.
Dont acte.
Ceci dit propager, dans le sillage de la casa Domecq l’hypothèse d’une conspiration internationale, avec en tête de proue Greenpeace est attaquable sur deux optiques:
* La première, la thèse du complot extérieur, surtout en Espagne a été utilisée en d’autres temps avec succès, si on peut dire. Et peut être qu’en plus, il y a des communistes et des francs maçons à Greenpace, si tu vois bien ce que je veux dire.
* La seconde car elle témoigne de cette incapacité chronique des «taurinos», ceux qui comme toi «taurinean» à accepter de faire le moindre semblant d’autocritique.
Ce ne sont pas les «irresponsables» qui conduisent la corrida dans son impasse suicidaire actuelle, mais bien les taurinos, qui, au nom de leur immense savoir, en s’extasiant des exigences de nos toreritos figuras, financières surtout, en s’extasiant de ces indultos tragiques, tracent la route d’une mort annoncée, avec cette nécessité de faire de la corrida un produit de consommation courante et de vider les gradins des aficionados «irresponsables».
Ainsi ce spectacle actuel est à la corrida ce que Lorie est au bel canto.
Tout ceci au nom de prises d’intérêt colossales à court terme.
Pour en revenir à Barcelone:
Ce n’a jamais été une terre d’aficion bien ancrée, même si on peut penser que l’afflux des «murcianos» au début du siècle dernier a pu en créer les conditions,
Il fallut toute la volonté et probablement une certaine aficion de Balaña père pour maintenir à flot ce monument fragile,
Le fils actuel propriétaire de la Monumental, n’a peut être pas l’aficion aussi chevillée à l’âme, et a déjà exprimé sa lassitude de faire des spectacles à perte. Au fond, on le comprend.
Selon une vieille méthode policière, cherchons à qui pourrait bénéficier ce forfait, sachant que d’ores et déjà, par exemple, la plaza de Tarragona a fermé, pour certainement se convertir en un objet mercantile. Je note que ce fut exactement la même chose pour celle de Badajoz pour d’autres raisons historiques!
Supposons que les corridas soient interdites, el señor Balaña se trouve tout à fait dédouané pour utiliser la Monumental à d’autres fins, et de plus toucherait une misérable indemnisation de 5 Millions d’Euros.
Bien peu de choses à voir avec Greenpeace, señor Dédé!
Enfin, je pense que le gouvernement Espagnol voire catalan a bien d’autres choses à traiter en Espagne ou Catalogne en ce moment.
Avec mon esprit fort mal placé, et surfant sur la tendance catalane à rejeter tout ce qui est supposé venir du reste de l’Espagne, à l’exception du fric, les «zantis» soit sont directement partie prenante dans la fabuleuse opération qui peut se dessiner derrière la «réalisation» de la Monumental, soit se font manipuler.
Je te souhaite une excellente année 2010, plein de Présidences de machins, et surtout de ne pas céder aux sirènes du moment, ou à une tendance atrabilaire, et de prendre le temps de réfléchir à qui sont les «irresponsables».
Cela ferait progresser le débat.

EL CHULO

vendredi 18 décembre 2009

LA POLITIQUE DE L’AUTRUCHE?

«Dieu n'est-il pas un extrémiste?»
Martin Luther King «Discours»
Faut-il absolument se montrer excessif pour devenir crédible?
Le paradoxe absolu de notre panorama taurin, et de la radicalisation délibérée du débat par les «faucons», c’est que les avis les plus modérés passent à leurs yeux pour être les plus extrémistes.
Je ne suis ni torista, ni torerista, je dénie ces deux étiquettes qui veulent classer caricaturalement les gens dans des catégories. J’appelle tout au contraire à valoriser la diversité d’approches différentes, et je défends ardemment la pérennité de TOUTES les formes de tauromachies (la plus en péril étant néanmoins celle qui veut présenter des élevages ou des encastes en danger de disparition...). Mais je serais extrémiste.
Je dénonce l’excès et la dérive commerciale, sans pour autant nier la réalité de la chose économique. Mais je serais extrémiste.
Je désapprouve «l’expansionnisme taurin» et les velléités d’aller susciter des débats dont, à terme, nous ne sortirons pas grandis, parce que l’opinion publique française ne sera jamais sur la même longueur d’onde culturelle que dans nos terroirs du sud, et surtout parce que je respecte ceux qui n’approuvent pas la tauromachie. Mais je serais toujours extrémiste.

J'appelle les représentants de l'U.V.T.F. à la prudence quant aux "résolutions" qui peuvent susciter des conflits dans les équipes municipales, mais je reste inébranlablement extrémiste!
Qu'on m'explique alors quel est le langage de la modération.
En revanche, je pointe aussi avec lucidité et avec vigueur, tous les faux-semblants, tous les travers, toutes les contradictions, tous les vices d’un mundillo qui prétend nous défendre, nous représenter, mais veut en fait s’approprier ce qui appartient à la communauté des aficionados.
Et c’est ce que l’on ne me pardonne pas. C’est ce qu’on ne nous pardonne pas.
De cet extrémisme là on ne veut pas: "Cachez ce sein..."
Refuser de donner dans le manichéisme, les bons (ou supposés tels) d’un coté, les méchants (ou supposés tels) de l’autre, constitue pour les esprits étriqués une faute impardonnable, pire que d’être de leurs adversaires. Ils ne pardonneront jamais qu’on dénonce leur délire et leur furie. On devient le renégat, le traitre.
Qui n’est pas avec eux est contre eux, et ils emploient alors à votre égard les mêmes manœuvres dilatoires dont ils n’hésitent pas à user avec leurs ennemis «officiels».
Pour autant, le fait de DIRE LES CHOSES n'implique pas une condamnation de l’Autre, mais plus simplement un constat.
Cela fait belle lurette que j’ai compris que la vie et les êtres (y compris moi-même) ne devaient pas se décliner en noir ou blanc, mais en nuances de gris, et que l’important était de n'être dupe ni de soi, ni des autres. A cela, clef du chemin de la sagesse, on donnait un nom: le DISCERNEMENT.
J’ai souvent souligné ici que le débat entre taurins et anti-taurins était, en fin d’analyse, voué à la stérilité dans la mesure où, fondamentalement, il ne reposait pas sur des faits mais sur des convictions, c’est à dire une logique de l’ordre de la foi.
Et je voudrais reprendre cette idée pour expliciter par une comparaison, la position qui est la mienne, et qui me semble t-il, n’a rien à voir avec la politique de l’autruche dont on se plait à m’affubler.
Je suis catholique et en tant que tel me rend à l’office dominical.
Pour autant, je respecte, je discute, je vis, j’entretiens des amitiés avec des multitudes de gens qui sont, protestants, juifs, musulmans, bouddhistes, et même athées. Il ne me viendrait nullement à l’idée d’aller les provoquer, les insulter, les convertir, au motif qu’ils ne partagent pas des idées dont je suis personnellement convaincu. Tout au contraire ils sont respectables et «aimables» dans leur différence et leur altérité.
Je crois qu’on appelle «cela» de la «tolérance», et il semble me souvenir vaguement que «cela» est garanti par une valeur qu’on appelle «laïcité.»
De même que certains veulent affirmer leur identité en allant rechercher une reconnaissance à l’U.N.E.S.CO., il m’a paru saugrenu et déplacé, de vouloir imposer dans la défunte constitution européenne une mention aux racines chrétiennes de l’Europe. Tout simplement parce que ce n’était pas opportun, et que la chose me paraissait tellement évidente qu’elle en était superfétatoire. Cela marchera peut-être, mais au bout du compte, cela sera ravageur, et les dommages collatéraux irrémédiables.
Assumer sereinement ce que l’on est ne suppose pas de l’imposer. On peut se proposer, on n'a pas à s'imposer.
Ce que je ne trouverai pas normal, ce serait que des militants de la «Libre Pensée», ou l’«Union Athéiste» viennent manifester dénudés, à la sortie de la messe, mènent des campagnes de presse, refusent l’entrée de mes enfants dans l’église, ou leur catéchisation, au prétexte que ma croyance leur déplait et qu’ils sont convaincus que la religion leur transmettrait des valeurs néfastes.
Le fait religieux, comme le fait taurin procèdent d’une logique culturelle. Il n’est pas anormal que sur la multitude d’émissions de la profusion de chaînes, une ou deux émissions leur soit affectée, comme «Trente millions d’amis», et bien d’autres, le sont aux adorateurs des animaux. Comme il n’est pas anormal qu’il existe des arènes, des temples, des mosquées, des synagogues et … des refuges de la S.P.A. C’est là aussi acte de tolérance.
Si l’on prétendait m’empêcher de pratiquer ma religion, comme d’aller aux arènes, cela romprait de facto le «contrat social» et républicain qui lie les citoyens entre eux et leur permet de vivre ensemble dans la paix. Cela me mettrait aussi très en colère, et capable d'une violence légitime pour défendre une liberté fondamentale. La résistance à l'oppression est garantie par la Constitution.
Je ne suis pas du tout persuadé que derrière la reconnaissance de la tauromachie comme Patrimoine Immatériel de l’Humanité, fausse bonne idée, ne se cache pas une volonté du «complexe taurino-industriel» pour légitimer une expansion de son activité, et une base pour s’étendre, ce que je désapprouve fondamentalement.
La corrida doit demeurer dans l’aire historique et culturelle, où elle prend un sens, et ne pas viser à en sortir.
De même, elle devrait conserver des pratiques artisanales et non dériver vers l’industrialisation et la concentration monopolistique qui sont actuellement à l’œuvre et qui la dénaturent.
Oui à l’autruche libre dans les savanes africaines,
Non à son introduction en Sibérie ou à son élevage dans le Périgord.
Refuser de même d’être agressé et d’agresser, c’est simple non, Monsieur COLEMONT?
Xavier KLEIN

lundi 14 décembre 2009

«Mentez! Mentez! Il en restera quelque chose.»

«En politique, ce qui est cru devient plus important que ce qui est vrai.»
Talleyrand

Le bon Docteur Joseph Goebbels, Reichsministerium für Volksaufklärung und Propaganda (ministre du Reich à l’Éducation du peuple et à la Propagande) du IIIème Reich a fait bien des émules, de son pendant contemporain Staline, à Nicolas Sarkozy, en passant par Jacques Séguéla, et toute l'école de marketing politique de Boston, tous lecteurs attentifs de ses «Discours», et de son «Journal».
Il semblerait que certain «inénarrable» taurin compte au nombre des adeptes de ces méthodes toujours très actuelles que sont la désinformation, l'amalgame, la citation tronquée, quand ce n'est pas le mensonge et la calomnie.
Encore une fois, l'«inénarrable» n'a pas su se cantonner à l'observation et à la réserve que lui aurait imposée sa présidence du «machin» pour mélanger les genres et se livrer à son passe temps favori: la bassesse.
A moins, ce qui n'est pas totalement à exclure, qu'aveuglé par la haine, la vanité ou plus simplement la connerie, il ne soit, de manière permanente ou occasionnelle, dans l'incapacité d'entendre et encore plus de comprendre ce qui se dit, surtout lorsque la chose suppose de la subtilité.
Au congrès de l'Union des Villes Taurines de France, Monsieur François Zumbiehl s'est livré à un remarquable et brillant plaidoyer pour porter l'idée que la (ou les) tauromachie(s) soi(en)t reconnue(s) comme Patrimoine immatériel de l'Humanité par l'U.N.E.S.C.O.
Cette démarche, qui comporte certainement des aspects positifs, demande toutefois à être réfléchie, et non adoptée sur un coup de tête, après une intervention aussi brillante et convainquante soit-elle.
Pour ce faire, il serait entre autres prôné que les municipalités adhérentes adoptent une «résolution» favorable à la défense des cultures taurines, voire à leur valorisation.
Et c'est là que le bât blesse.
Le délégué d'Orthez (votre serviteur) a fait remarquer que s'il était parfaitement en sympathie avec l'intention, la mise en oeuvre posait tout de même quelques problèmes.
En effet, les élus locaux (et nos concitoyens) sont loin de tous adhérer à la tauromachie, y compris dans les villes taurines. On serait sans doute surpris si l'on y organisait des referendum sur le sujet.
En outre, cet intérêt fluctue selon les villes, et n'est nullement le même à Dax ou Mont-de-Marsan, en pleine zone d'influence taurine, et dans des lieux plus aux marges, ce qui est le cas d'Orthez.
Ces élus nous font la bonne grâce d'une neutralité passive. Il ne faudrait pas pousser le bouchon trop loin en leur demandant, en plus, de voter un texte de soutien.
Bien entendu, mes observations ne constituent sans doute que des subtilités byzantines, aux yeux de notre croisé d'un nouveau genre. Elles résultent pourtant du quotidien d'un élu de base qui se doit d'entendre ses collègues et ses concitoyens: la démocratie quoi!
On voulut donner dans le frippon en suggérant de noyer la chose dans un remaniement du règlement, ce qui dénote un certain état d'esprit pour le moins macchiavélique et peu porté à la transparence.
Dans la foulée on s'enthousiasma derechef pour des panneaux «Ville de tradition taurine» qu'il convenait de placer d'urgence aux portes des cités. Ce qui ferait un support parfait pour les taggueurs du voisinage. Ou bien pour le dernier avatar de l'affaire de la pique, c'est à dire l'intitution d'une pique française, pour sans doute remplacer la pique andalouse, sans qu'elle en ait le nom. Une pique Canada Dry en quelque sorte. Et de rêver au marché ainsi ouvert à nos entreprises tricolores qui pourraient les fabriquer...
Le comble de la démagogie fut la réponse de Madame le Maire de Mont-de-Marsan qui déplora que certains eussent ainsi «l'aficion honteuse». Le comble du ridicule impartissant à celui qui évoquait le classement «terroriste» du P.E.T.A. (association animaliste qui organise les réjouissances devant nos arènes) par le «gouvernement OBAMA»: en dépit des propensions atlantistes et libérales de nos gouvernants, on n'est pas encore obligé de suivre les «States» dans leurs délires maccarthistes!
Tant d'amabilité m'a ému. Et je laisse juge l'habitué de ce blog au sujet de mes honteux penchants.
J'adore tous ces braves gens qui se lamentent sur la disparition de certaines ganaderias mais au pis les descendent, au mieux les évitent, qui déplorent le prix excessif des places tout en ayant les tarifs les plus chers, qui parlent culture mais pensent gros sous, qui, qui, qui...
La tartufferie a de beaux jours devant elle.
Pour ma part, je demeure excessivement réticent à l'endroit de tout ce vacarme.
En effet, j'ai souvent dit ici que je me refusais à une «aficion défensive», celle qui se croit obligée de porter le fer contre la S.P.A. et de harceler ces braves andouilles pour se persuader qu'on sert à quelque chose, et entretenir son fonds de commerce. Cet affaire du Patrimoine immatériel de L'Humanité me semble aussi procéder d'une REACTION à l'autre, de la même nature que ce débat actuel sur l'identité nationale, et dénoter beaucoup plus la crise interne que la réponse à une question réelle et urgente.
En ce qui me concerne, j'ai plutôt «l'aficion sereine» et ne me crois nullement obligé de justifier, de quelque manière que ce soit, auprès de qui que ce soit, mon désir et mon plaisir. De même que je ne me sens nullement obligé d'aller provoquer des réactions hostiles en «affirmant notre identité taurine». Tout ce que je demande c'est le droit inaliénable à l'indifférence, qu'on nous foute la paix.
Mais peut-être peut-on également lire l'évolution actuelle comme une retour de bâton.
Certains se sont abondamment livrés ces dernières décennies à des surenchères hasardeuses. Il fallait absolument organiser des spectacles taurins sur des terres où l'usage en avait disparu, provoquant des réactions de rejet. Cet expansionnisme, à mon sens, n'avait rien d'innocent pour les tenants d'un «marché» en développement. Sans doute la corrida, enjeu économique et touristique, paye t-elle sa marchandisation croissante et son découplage d'une véritable culture populaire proposée à tous.
Et de cela, qui constitue pour moi le vrai débat, on ne parlera jamais à l'U.V.T.F., pas plus que de ce qui mine la corrida de l'intérieur. Faudrait pas pousser tout de même!
Pour clore cette affaire et résumer parfaitement ma pensée, une gentille citation du regretté Pierre Desproges: «Jacques Séguéla est-il un con? De deux choses l'une: ou bien Jacques Séguéla est un con, et ça m'étonnerait quand même un peu; ou bien Jacques Séguéla n'est pas un con, et ça m'étonnerait quand même beaucoup!»
Xavier KLEIN
RAJOUT ULTERIEUR: Il n'y a pas d'élus écologistes dans le Conseil Municipal d'Orthez. Quand on vous parle de désinformation!!!
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dimanche 4 octobre 2009

EVIDENCES

Por Fernando Corella.
Puisque certains paraissent apprécier les dessins humoristiques, une récente importation du site d'Andrés Verdeguer Taléns (http://cornadasparatodos.blogspot.com/2009/10/una-vineta.html )
Traduction: "C'est bien que les enfants ne voient pas de corridas, ils pourraient devenir des personnes dépourvues de sensibilité comme Goya, Picasso, Lorca, etc."
En dessous de la colonne: Aux bons aficionados de Catalogne qui sont nombreux.

vendredi 11 septembre 2009

"Les injures sont les raisons de ceux qui ont tort" FENELON

Chers amis anti-corridas,

D'évidence, beaucoup d'entre vous fréquentent ce site.
Un récent post de Madame Claire STAROZINSKI, mais également des interventions de Madame "Jo" BENCHETRIT sont advenues, et je les ai courtoisement, loyalement, honnêtement, et intégralement conservées.
Je comprends et j'admets parfaitement votre position, qui me semble tout à fait honorable, même si, c'est un truisme, je ne la partage pas.
Vos idées ME paraissent absconses voire absurdes. J'ai bien dit ME PARAISSENT, je n'ai pas affirmé qu'elles l'étaient.
Le respect d'un autre être humain me paraît une règle civilisatrice incontournable, mais je vise à l'humanisme, et vous aspirez à l'animalisme, ce qui pourrait expliquer beaucoup de choses.
Je n'ai jamais dit non plus que vous étiez stupides ou, pire, infâmes, et je ne l'ai même jamais pensé.
La réciproque est-elle vraie?
Il ne vous aura pas échappé qu'à part une infime minorité d'excités qui s'expriment sur le net avec virulence et vulgarité à votre endroit, la plupart des "aficionados" vous manifestent de l'indifférence. Il en va de même lors de vos manifestations (provocations?), pourtant souvent très agressives, qui ne recueillent le plus souvent, et vous le savez, que des sourires narquois et des haussements d'épaules placides. Je suis resté plus de 3h à Dax l'an dernier à vous observer et même à discuter avec vous et je n'ai constaté aucune violence envers vous. Vous savez parfaitement que vous ne risquez rien, ou pas grand chose, dans des régions ou la tolérance et la pondération des idées sont de règle.
Prendriez-vous les mêmes libertés avec d'autres publics ou sous d'autres cieux?
Il ne vous aura pas échappé non plus que cette diversité d'opinion, ce regard critique porté sur soi et sur "l'objet de la passion", ce débat permanent, cet échange d'idées, cette démarche pour arriver à cerner ce que l'on aime et ce que l'on fait s'expriment librement sur ce blog.
Cette liberté de ton, cette remise en cause existe-elle dans vos rangs?
Et c'est là que réside toute la différence entre une "foi", qui ne relève en rien de la raison, et le regard lucide que nous essayons ici de développer, y compris sur nos pratiques.
Quand j'évoque une foi, j'en arrive à penser fanatisme devant la violence des propos que vous ne manquez pas de développer et qui substituent systématiquement, ou presque, l'insulte à l'argument, et la condamnation sans nuances à la tentative de compréhension de l'autre, de l'Autre, dans sa différence.
Cela porte un nom: l'INTOLERANCE.
Il me semble intéressant et positif de votre part, que vous veniez de temps à autre vous promener dans les colonnes de la Brega.
Si cette démarche est dictée par le désir de comprendre et de découvrir un autre discours, une autre réalité, un autre "ressenti" (y compris dans un domaine qui vous révolte), cela me semble tout à fait estimable.
S'il s'agit de venir y recueillir matière à vos diatribles pourquoi pas, au moins vous éviterez d'évoquer ce que vous ne connaissez pas. Je ne vous en blâmerai certainement pas, agissant de même et fréquentant vos sites, sans pour autant vous insulter.
La seule exigeance que j'aurai, sera celle de la courtoisie et du respect.
Que certains d'entre vous s'amusent à systématiquement cocher l'onglet "à oublier vite" à la fin des articles, c'est puéril certes, mais cela prête à sourire.
Que certaines y aillent de leur prêche répétitif, cela n'apporte rien, mais cela se supporte encore.
Ce qui est inacceptable ce sont les injures, qui plus est anti-sémites, que j'ai reçues récemment.
"Crève et souffre klein youpin, et tes enfants aussi, comme tu fait (problème d'orthographe) soufrir (décidément!) les animaux"
Je ne suis pas juif, mais le deviens volontiers avec les anti-sémites, par solidarité. Comme le roi de Danemark qui porta l'étoile de David le jour où l'occupant nazi l'imposa.
Mais juif ou pas, je me questionne sur cette violence intolérable, et sur ce et ceux (celles) qui par des discours excessifs, des argumentaires sommaires, des comparaisons inadmissibles lui permettre de naitre et de se légitimer.
Je ne peux penser que vous soyez à ce point irresponsables des monstruosités, qu'à votre corps défendant sans doute, vous engendrez.
Cela ne m'atteint nullement en tant que personne. Tout ce qui est excessif est méprisable.
Mais cela fait vraiment douter de l'humanité.
Si le contenu de ce blog, son mode d'expression vous déplaisent, libre à vous de ne pas le fréquenter.
Bien à vous.
Xavier KLEIN

samedi 8 août 2009

DON BULL DOZER


S'amuser avec un animal, s'amuser d'un animal, c'est bien ce que critiquent nombre de contempteurs de la corrida, et pas uniquement les anti-taurins. ET ILS ONT RAISON!
Au risque de perdre et son sens et sa légitimation, la corrida n'est pas et ne saurait être un amusement ou une distraction, ce qu'en vieux français on appelait «se desporter», qui nous a légué le mot sport. La corrida n'est pas un sport.
J'ai dit et répété ici, qu'il me paraissait fondamental de comprendre la corrida comme une cérémonie rituelle qui célèbre l'histoire et la condition de l'Humain à travers son histoire, son statut de prédateur, ses angoisses, ses faiblesses mais aussi sa grandeur, son intelligence, sa créativité.
La souffrance, la peur, la mort, la honte, mais aussi la joie, le dépassement de soi, l'émotion artistique qui constituent des éléments centraux de l'histoire et de l'expérience des hommes constituent le sens profond de l'activité tauromachique ET SA SEULE LEGITIMITE MORALE.
C'est pourquoi, je me suis toujours opposé à l'idée de TRADITION (qui peut recouvrir n'importe quoi, de l'esclavage à l'excision) pour me référer à l'idée de CULTURE.
C'est aussi pourquoi, je vilipende souvent la dérive massive et excessive vers une corrida-spectacle ou une corrida-divertissement, qui n'en retient que l'aspect aimable et esthétique et en dénature le sens et la signification profonde.
Qu'on entende bien ici, que je ne postule aucunement que cet aspect là de la fiesta brava ne doit pas exister et qu'il est a priori condamnable. J'aime aussi ces corridas toreristas où l'art est privilégié. Mais ce concept doit être relativisé et ne doit pas s'ériger en règle sous peine d'une dérive périlleuse du sens.
Ce qui est éminemment dangereux et critiquable, c'est l'excès et l'incapacité que beaucoup qui se disent aficionados ont désormais de se référer à autre chose qu'à ces corridas-spectacles. Ce qui est alarmant c'est l'engouement très largement majoritaire pour ces divertissements» là, au détriment de tout le reste, et c'est un monde, qui constitue le patrimoine taurin.
Le déficit de «culture taurine», la méconnaissance des règles fondamentales de la lidia, l'incapacité majoritaire à juger ou à évaluer un toro et son combat, dés lors que l'on sort de la norme du «toreo moderne» sont désormais affligeants et surtout inquiétants pour la pérennité de la tauromachie.
Faut-il s'en alarmer?
L'histoire de l'art nous a montré qu'elle n'opérait pas de manière linéaire, mais qu'au contraire, aux phases «maniéristes» -telle que celle que nous connaissons- succédaient bien souvent des épisodes de renouveau particulièrement dynamiques. A l'académisme ou au «pompierisme» du XIXème siècle ont succédé tous les mouvements puissants que nous connaissons (impressionnisme, fauvisme, cubisme, abstraction, etc.).
Il ne faut donc désespérer de rien.
Mes petits camarades de Campos y Ruedos s'émeuvent, à juste raison, des grenouillages de Don Bull, l'épiphénomène "lasveguien" en vogue. Ils sont bien entendu fondés à vilipender, non seulement cette mascarade, mais également de la mettre en résonance avec les discours ou théories qui, au sein même du mundillo, lui ont permis de prendre corps. Certains docteurs Folamour ou Frankenstein, au choix, doivent assumer la paternité des monstruosités que leurs errements théoriquo-modernistes ont engendré.
Toutefois, il faut également se rappeler que ce type de «curiosité» n'a rien de nouveau sous le soleil. Dans les années 60, des expériences aussi baroques ont été tentées jusqu'au Japon, avec les mêmes artifices destinés à épargner à l'honorable spectateur nippon, le désastreux et scandaleux spectacle de la souffrance animale.
Tout cela n'est que marginal.
Marginal mais révélateur de la commercialisation et de la marchandisation outrancière de l'activité et de ses acteurs.
On ne peut nier la réalité économique incontournable qui fonde la tauromachie, depuis ses origines. On peut et l'on doit en revanche la tempérer par le rappel des grands fondamentaux et de l'éthique, ainsi que lui opposer les expédients que notre tradition européenne -et notamment française- ont toujours su élaborer: l'esprit critique et l'exercice des contre pouvoirs inhérents à toute société libre et démocratique.
Fulminer contre les manigances exotiques d'un capitaine d'industrie d'outre-atlantique c'est bien, considérer les périls en notre demeure c'est mieux...

Xavier KLEIN

dimanche 15 mars 2009

FAUT-IL BRULER VAL?

«Qui critique les autres travaille à son propre amendement.»
Arthur Schopenhauer, «Aphorismes sur la sagesse dans la vie»

Que faut-il penser de la charge féroce, stupide et outrancière de Monsieur VAL sur France Inter?
Il faut méconnaitre le bonhomme pour s'en étonner. Quand Philippe VAL se préoccupe de s'engager dans une cause, il ne donne pas dans la dentelle, mais oeuvre plutôt au canon de 75.
Ce qui est plus étonnant, c'est qu'on s'émeuve soudain de propos récurrents, alors que l'on ait pu rire grassement par le passé, de ce qu'il a abondamment balancé dans le même style à d'autres cibles (église, islamisme, etc.).
Tant qu'on n'était ni curé, ni barbu, ni amerloque c'était amusant, quand on se trouve concerné, cela devient insupportable.
Faut-il préciser qu'il n'est pas le seul à Charlie Hebdo à vitupérer contre la corrida? Cavanna ou Choron se sont largement exprimés à de multiples reprises sur le thème, et dans des termes équivalents.
Je n'ai jamais été un lecteur assidu de Charlie Hebdo. Tant le fond que la forme m'ont souvent fait sourire, parfois froissé. Mais jamais il ne me viendrait à l'idée que cette expression là puisse faire l'objet d'une censure.
Le problème n'est pas que Philippe VAL s'exprime, y compris violemment sur le sujet de la corrida. Comme journaliste, chansonnier et échotier il en a la prérogative imprescriptible, et la liberté de la presse doit rester un droit sacré et inviolable, y compris si ce qu'il dit ne nous plait pas.
Peut-être faudrait-il s'inquiéter au contraire de l'inflation des censeurs qui s'offusquent de toute parole qui ne leur revient pas?
Le problème c'est que cette parole, qui a le droit d'exister, ait été prononcée sur une antenne de service public, sans contradiction possible.
Quand on lit Charlie Hebdo, on sait à quoi on s'expose. On reste libre ou non d'acheter un journal dont on connait les orientations. Ce n'est nullement le cas pour France Inter où pas mal de gens ont été surpris de cette saillie matinale. Par ailleurs, nulle autre parole n'est venue contredire, tempérer, remettre en cause ou en perspective ce que venait d'asséner VAL, et c'est cela même qui vient limiter et équilibrer la nécessaire liberté d'expression, et le droit sacré du journaliste.
S'il faut s'offusquer de quelque chose, c'est de l'absence d'un droit de réponse, et en cela, ce n'est pas VAL qui est en cause, mais France Inter.
Qu'on se rassure, je ne boycotterai pas France Inter, je continuerai obstinément à écouter cette radio de grande qualité, je persisterai à entendre le billet d'humeur de Val, surtout parce qu'il vient bousculer sauvagement mes certitudes et me confronter à l'inconfort ou à l'indignation, à solliciter opiniâtrement cette vertu menacée: la tolérance. Non pas la tolérance molle d'une passivité ou d'une indifférence à l'autre, mais l'acceptation douloureuse et difficile de ce qui nous gène.
Philippe VAL n'est pas le seul, loin s'en faut, à s'engager dans le combat anti-taurin. Michel ROCARD, le chanteur RENAUD ou Philippe GLOAGUEN, directeur du Guide du Routard se font une gloire de leur activisme. On peut bien évidemment multiplier les procès, voire même les boycotts, ce qui semble à la mode, mais ce genre de batailles n'est jamais gagnée devant les tribunaux. Les idées se combattent avec des idées et des arguments, en s'appuyant sur des positions tenables. Durant l'affaire Dreyfus, Zola a perdu ses procès mais a remporté la bataille politique.
De ce point de vue, il convient de s'appuyer, non pas sur des vérités révélées, ou se bercer de douces illusions, confortées par le soutien rassurant mais illusoire de ceux qui sont d'accord avec vous, mais au contraire de s'ouvrir à ce que vous dit le contradicteur. Ce qu'il dit qui nous est insupportable, mais aussi ce qu'en disent ceux qui n'ayant pas encore choisi, entendent, jugent et se prononcent.
Quand les anti-corrida sont venus manifester à Dax durant la feria, je suis aller discuter avec eux, et notamment avec Monsieur HELY, leur porte parole.
Il n'était nullement question de ma part de polémiquer, de les convaincre ou même de les faire douter.
Simplement de juger par moi-même, sans le filtre déformant de ceux qui d'ordinaire rapportent, plus ou moins honnêtement ou caricaturalement, leurs propos.
Simplement de les écouter et de les entendre.
Simplement de voir ce qui fondait leur argumentation et justifiait un tel engagement de leur part.
J'ai conversé pendant ¾ d'heures, fort courtoisement d'ailleurs, avec Monsieur HELY. Il y avait chez lui quelque chose qui tenait du prédicateur ou du missionnaire qui ne désespèrerait jamais d'une conversion possible de son protagoniste. Ces gens là échappent au rationnel, ils sont dans une mystique, ils font croisade et sont prêts au martyre ou à toutes les extrémités, y compris celle de se dénuder en public.
Ce qui est frappant, c'est le discours rodé et formaté, qui a prévu toutes les objections et qui use de toutes les ressources de la rhétorique, de toutes les ficelles de la propagande ou de la désinformation pour s'imposer.
En fin de compte, à bout d'arguments, ce qui émerge, c'est un recours systématique aux affects et à l'émotionnel au détriment de la pensée. On en termine toujours avec cette interrogation sybiline: "Mais vous n'éprouvez donc point de compassion?". Une question morale sur un concept d'origine religieuse.
Et c'est une conclusion logique dans la mesure où tout leur système est érigé sur des postulats moraux, c'est à dire sur des convictions. On n'est plus alors confronté à un raisonnement mais à des croyances, on est dans la religion, pas dans la raison.
Que les anti-corridas soient entrés en religion pourquoi pas, c'est leur droit et leur affaire, à condition que cette religion dise son nom et s'identifie en tant que telle, pas qu'elle avance masquée, auquel cas on doit parler de secte.
Il semble donc vain de songer convaincre ou même faire douter des gens portés par une foi. En revanche, il faut trouver les idées et les mots qui portent sur un grand public, auquel, un jour ou l'autre, on demandera de se prononcer.
Cette bataille des idées sera remportée par les plus convaincants et par les plus crédibles.
Les tauromaches présentent-ils cette image?
On peut en douter au vu de la «contamination» anti-taurine que l'on constate dans l'évolution de la tauromachie et à travers les débats en cours.
La référence incessante à une justification par l'esthétique, la contestation de la sauvagerie, l'affadissement des toros, les tentations «d'adoucissement» du tercio de piques, ne constituent-ils pas un engagement sur une pente dangereuse, vers ce que d'aucuns évoquent déjà: la suppression désormais virtuellement possible des deux premier tercios et de la mise à mort que la mutation des toros actuels permet d'ores et déjà d'envisager?
L'aficionado moderne aurait-il la passion honteuse? Doit-il donner des gages de sa civilité pour espérer survivre?
La dialectique mobilisée par les avocats de la cause taurine, en France comme en Espagne, s'apparente souvent à une auto justification laborieuse et défensive. Il faut le dire, c'est une option suicidaire à terme. En Catalogne, l'initiative et l'offensive appartiennent aux abolitionnistes et les aficionados s'en remettent à des compromis politiques sans se manifester positivement et vigoureusement. En France, on était quasiment résolu à des concessions sur l'accès des mineurs aux arènes pour éteindre l'incendie.
Notre crédibilité sera déterminante et il faudrait en finir avec les dénis de réalité et les langues de bois qui infirment et pervertissent complètement notre discours.
Oui le toro souffre sous la pique! Et alors!
Essayer de persuader un quidam néophyte du contraire, en dépit des artifices argumentatifs constitue une gageure et une illusion. Il nous faut assumer cette souffrance là et lui donner un sens au lieu de la nier.
L'important pour l'aficionado n'est pas de s'en repaître, mais d'observer ce que le toro en fait (la bravoure), et en quoi elle concerne l'Homme.
C'est en assumant ce que nous sommes (le bon et le mauvais, si tant est que bon ou mauvais signifient quelque chose...), les valeurs culturelles portées par la corrida, ce en quoi nous croyons, ce que nous aimons et que nous n'avons en rien à justifier, que nous serons écoutés et respectés, pas en négociant des capitulations successives, ou en nous adaptant aux valeurs des autres.
On peut croire à l'idéal humaniste, vouloir une Europe unifiée, un monde apaisé et ne rien vouloir concéder à l'uniformité et à la standardisation des cultures et des idées. C'est là le rêve des marchands, pas celui des philosophes.
Assumons et affirmons fièrement notre différence, elle est richesse.
Xavier KLEIN

vendredi 6 mars 2009

INDULTO QUAND TU NOUS TIENS!

«Il n'existe rien de plus efficace qu'une rengaine, pour obtenir la crétinisation et la docilité des masses, comme des individus.»
Francis BLANCHE

«Mais c’est la personne humaine, libre, créatrice et sensible qui façonne le beau et le sublime, alors que les masses restent entraînées dans un ronde infernale d’imbécillité et d’abrutissement.»
Albert EINSTEIN, «Comment je vois le monde», 1934


Avec un subit et très admirable désir d’entrer de plein pied dans les débats en cours, les journalistes de l’émission «Signes du toro» de Fr3, concoctent leur prochaine émission sur le thème de l’indulto de Desgarbado à Dax.
Je ne goûte guère les procès d’intention, mais on peut légitimement appréhender, étant donné les effets conjugués de la durée limitée de l’émission, des intervenants prévisibles et d'une ligne éditoriale disons pour le moins consensuelle, que les débats se limitent au mieux à la superficialité des choses, au pire à une subtile intoxication médiatique sur fond de «la majorité a toujours raison».
Pour le coup, je me sens particulièrement concerné, dans la mesure où j’ai pris position, et à plusieurs reprises, dans ce blog et sur Campos y Ruedos (
http://camposyruedos2.blogspot.com/2008/09/de-la-pitre-trivialit-dune-journe.html).
Je ne suis pas le seul, loin de là.
Et je ne sache pas que les ténors de «l’autre tauromachie», ceux qui s’expriment dans la galaxie underground du net, et que vous pouvez trouver dans la plupart des blogs signalés sur la présente page, aient été en quoique ce soit invités à participer à ce débat, alors qu’ils se sont abondamment exprimés sur le sujet, en argumentant sur le fond.
Pas plus d’ailleurs que n’y figureront vraisemblablement pas les voix critiques d’une tauromachie envahie par l’exigence commerciale (Mario TISNE, de l’ANDA par exemple:
http://camposyruedos2.blogspot.com/search/label/Dax).
En fait, tout se passe comme si, sur un sujet comme les négociations salariales par exemple, on n’invitait à débattre que des représentants du MEDEF, des journalistes de Valeurs Actuelles ou du Figaro, des politiciens de l’U.M.P., et, pour faire bonne mesure, un ou deux artistes «raisonnablement engagés» (Michel SARDOU?, Johnny?). Le tout adossé sur des interviews de «bons aficionados», pris dans la rue.
J’entends déjà le cœur des vierges effarouchées et des pudeurs outragées, qui entonneront le cantique langue-de-boitesque de l’union à tout prix des énergies aficionadas contre la menace anti-taurine, la mâle vertu des démocrates qui recourront à la caution de l’adhésion des masses, ou la cauteleuse bienveillance de ceux qui veulent bien rester d’authentiques «aficionados de verdad», sans jamais se positionner clairement et publiquement sur les dérives du système.
On connaît bien ces derniers, les tribuns de tertulias, qui dénoncent en petit comité ce qu'ils avalisent en public.
Que voulez-vous, les honneurs, les prébendes, les sièges en commissions taurines, les callejons de faveur et les palcos sont à ce prix!
Ah, je sens que je vais encore me faire beaucoup d’amis…
Peu importe, puisque depuis toujours, je n’ambitionne rien sinon que de m'exprimer librement.
La vérité profonde de cet indulto scandaleux mais logique ressortira t-elle de l’émission?
Evoquera t-elle les vrais enjeux: la consécration du «toreo moderne», cet euphémisme pour parler d’une activité surtout commerciale parée des oripeaux de l’art?
Parlera t-on des conséquences de la transgression majeure par une plaza de premier plan, de règles fondamentales?
Abordera t-on la thématique du débordement de la compétence technique, normatrice et régulatrice d’une présidence par le désir pulsionnel et irraisonné du public?
Que non pas! Sodomisation de diptères! Arguties d’intellectuels! Aigreurs de puristes que tout cela!
La masse réclame autre chose, la masse est con, et la masse a raison, plaideront les dignes successeurs des sophistes athéniens et des propagandistes totalitaires, qui, depuis toujours, préfèrent flatter la disponibilité des instincts que de solliciter les réticences de la pensée, de la raison et de l’esprit critique.
Qu’on comprenne bien, il n’est nullement choquant qu’on défende cet indulto, c’est une opinion légitime. Il le serait infiniment plus qu’on le justifie en ne convoquant pour sa critique, ceux qui en ont clairement et vigoureusement critiqué le fond comme la forme.
Mais d’évidence, il est en «aficion moderne » des gens plus ou moins fréquentables…
Entre les prises de position –respectables en soi- de l’ami Zocato, et les déclarations de Joël Jacobi, qui ne prétend qu’à «raconter des histoires», on a bien du souci à se faire: la réflexion aura sans doute la profondeur d’un derechazo de Rivera Ordoñez.
Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait la médaille!
Xavier KLEIN
Intéressante également la conférence organisée le vendredi 20 mars par la peña Alegria de Dax sur le thème: "DE VELADOR A DESGARBADO. EVOLUTION OU DERIVE DE L'INDULTO" avec la présence de Julien Lescarret, du président des sociétés taurines de France, Roger Merlin (de l'OCT) et d’André Viard (président de l'OCT, journaliste, chargé de communication, boxeur et torero retraité, etc., etc.) . Le bon, la brute et le truand, un cartel de luxe!
Président-fondateur de cette honorable institution, et n’ayant rien à dire sur cet indulto, on n’a pas cru utile de m’y inviter. A moins que ce que j’aurai pu en dire n’ait été susceptible de confondre l’innocence des consciences et de jeter le trouble dans des esprits malléables.
Il faut savoir regarder avec humour les plus misérables mesquineries, nul n’est prophète en son pays!


samedi 28 février 2009

HOMARD M'A TUER


Le monument du homard à Shediac (Nouveau Brunswick-CANADA). Dalien, n'est-ce pas?

«Comme les homards, les jeunes filles ont l'extérieur exquis. Comme les homards, elles rougissent quand on veut les rendre comestibles.»

Salvador DALI «Pensées et anecdotes»

Le 24 novembre 1933 Adolf Hitler introduit le Reichstierschutzgesetz (loi du Reich de protection de l'animal) en lançant le mot d'ordre: «Im neuen Reich darf es keine Tierquälerei mehr geben.» («dans le nouveau Reich, plus aucune cruauté envers l'animal ne sera admise») discours radio-diffusé du 1 février 1933.
Un mois plus tard, un brave pécheur de la Baltique se retrouvait embastillé en camp de concentration sur ordre spécial d'Hermann Göring pour avoir ébouillanté vivant un homard.
On sait les délicatesses et le profond respect de la vie que ces aimables philanthropes se sont évertués à promouvoir pendant la décennie qui suivit.
76 ans plus tard, il s'en trouve pour avoir les mêmes faiblesses coupables. On en pince toujours pour les homards.
Le 25 avril 2007, la lucarne magique programmait l'émission «L'arène de France», animée par le délicieux Stéphane BERN sur le thème angoissant: "les animaux sont-ils malades de l'homme?" (http://video.google.com/videoplay?docid=6495202284190884993
)
Lors de cette émission le niveau culturel atteint à des profondeurs abyssales dans l'ambiance de bordel généralisé et d'élévation de la pensée qui semble complaire à nos médiacrates contemporains. Plus on s'étripe, moins on s'écoute et mieux c'est, partant du principe que l'audimat suit la courbe des invectives.
La mauvaise foi, la désinformation, la langue de bois, le cliché ont présidé aux débats (malheureusement parfois de part et d'autres), de même que l'outrance et le ridicule.
Dans ce registre, est intervenue Mme Josette BENCHETRIT, prétendument psychanalyste (assez bizarrement une dame qui signe "Jo" Benchetrit sur son blog. Voilà qui fait symptôme comme on dit en psychalalyse! Peut-être ce qu'on appelle un "désir de pénis"?).
J'avais cru comprendre que cette digne corporation brillait par son sens de l'écoute et surtout par l'absence de jugement indispensable à l'accueil et au travail d'analyse du patient qui doit pouvoir librement et sans contrainte aborder ses peurs, ses hontes, ses souffrances, sans craindre la condamnation de celui qui l'écoute.
Effaré, j'ai vu une femme hystérique, prise par la fureur, débiter un discours d'une violence et d'une démesure inimaginables.
J'ai voulu en savoir plus sur cette thérapeute de choc et depuis, je fréquente régulièrement son site psychanalyse-et-animaux.over-blog.com.
Quelle n'a pas été ma surprise d'y tomber sur une sombre histoire de homard «indulté» par un restaurateur new-yorkais (http://psychanalyse-et-animaux.over-blog.com/article-28210251.html
).
L'histoire ne serait-elle qu'un éternel recommencement?
On pourrait le croire à entendre les douces vocalises de la virago, assez comparables aux émois walkyriens des kapos femelles d'antan: "Nous afons les moyens de vous vaire aimer les homards"
La rubrique corrida, particulièrement fournie, ménage quelques perles baroques du plus bel orient (http://psychanalyse-et-animaux.over-blog.com/categorie-259608.html
).
Avec, entre autres, des informations extrêmement instructives sur la manière dont les anti-corridas de tous poils et de toutes nationalités interviennent et s'ingèrent dans la pétition pour l'abolition de la corrida en cours en Catalogne.
Le titre élégant et très zen de l'article est extrêmement éloquent: Corridas, la catalogne dit PROU! Homme pourri sadique: crève, salope! (http://psychanalyse-et-animaux.over-blog.com/article-27948791.html
).
On ne saurait être plus subtil et délicat!
Tout un chacun peut d'ailleurs se prononcer sur le site de LA VANGARDIA ( http://www.lavanguardia.es/lv24h/51260474815.html
). Ne vous en privez pas, c'est gratuit!
Question homard et psychanalyse, il existe pourtant plus pertinent. Un merveilleux livre: «Le complexe du homard», à laisser trainer à la portée de tous les adolescents, écrit par Françoise DOLTO, sa fille Catherine DOLTO et Colette PERCHEMINIER, des authentiques psychanalystes et humanistes, elles!

Xavier KLEIN