Humeurs taurines et éclectiques

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dimanche 23 janvier 2011

Le superprédateur ultime

«Les Noces de Cana» de Véronèse

Saviez-vous que vous étiez un chimioorganohétérotrophe? Moi aussi d’ailleurs. Tout comme la plupart des habitants de la planète.

Chimioorganohétérotrophe, fils de chimioorganohétérotrophes (pardon Papa!), petit-fils de chimioorganohétérotrophes, descendant de chimioorganohétérotrophes et fier de l’être.
C’est en triant de vieux papiers que je suis tombé sur mes cours d’écologie –et oui, avant que d’être une voie politique, l’écologie est une science, il conviendrait d’ailleurs de parler d’écologisme- que j’ai pris conscience de cette réalité transcendante.
En fait, il s’agit de préciser que notre organisme forme sa matière organique à partir d’organismes vivants, qui tirent eux mêmes leur matière organique de composés chimiques ou organiques (d’autres la tirent de la lumière par la photosynthèse). C’est la résultante de 3 axes:
SOURCE D’ENERGIE           SOURCE DE LA REDUCTION           SOURCE DE CARBONE
Pour préciser, nous sommes non seulement chimioorganohétérotrophe, mais de surcroît, omnivores, c’est à dire que notre alimentation naturelle est d’origine animale et végétale.
C’est d’ailleurs cette caractéristique qui a vraisemblablement permis aux hominini (hominiens) d’accéder au niveau très élaboré d’évolution où ils se trouvent.
En effet, l’apport protéinique des aliments carnés a permis non seulement le développement d’une activité cérébrale très consommatrice de calories, mais aussi la possibilité de la survie d’un être qui, a priori, n’avait guère d’atouts physiques de défense ou d’agression (il ne court pas vite, ne monte pas aux arbres, n’a pas de carapace, pas de griffes ni de crocs, etc.).
De charognard, l’homo est devenu chasseur, ce qui l’a obligé à développer des techniques, des outils, des comportements sociaux, indispensables à sa fonction prédatrice.
Un autre destin était-il possible, à partir du végétarisme? Nul ne sait, notre parent le plus proche, le chimpanzé, qui a conservé un régime alimentaire quasiment végétarien, n’a pas évolué, lui.
Mais le fait est, que c’est par la consommation d’aliments carnés que l’humanité a vu le jour.
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Depuis, l’alimentation humaine est devenue un phénomène avant tout culturel. Ce que l'on mange, ce qu'on ne mange pas est largement dicté par des considérations culturelles globales ou familiales, par l'environnement géographique et économique où l'on est né et où l'on vit, et par dessus tout par des interdits qui trouvent leurs sources dans les croyances ou les religions.
Né musulman (ou de culture musulmane) on se passera de porc et d'alcool car c'est haram (illicite, non permis, non hallal).
Né aredim (juif orthodoxe) les contraintes de la cacherout vous mèneront dans un parcours du combattant kafkaien, où vous devrez même employer des ustensiles et des réfrigérateurs différents selon les aliments.
Jaïn, non content d'être végétarien strict, vous vous passerez en plus de toute racine ou tubercule, d'ail et d'oignon.
Témoin de Jehovah, les produits à base de sang (boudin, saucisson) vous seront proscrits.
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La visée universelle du christianisme, l'a conduit dés ses origines à proscrire tout interdit alimentaire. Il ne demeure que des recommandations ultérieures qui relèvent de ce que l’on appelle la «tradition». Ainsi en est-il de l’usage du poisson les vendredis ou de l’incitation au jeune et à l’abstinence et la proscription de la viande durant le carême, qui depuis Vatican II, ne sont plus d’actualité.
Toutefois, la boustifaille joue un rôle fondamental dans les Ecritures.
On y passe son temps à évoquer le rôle central de la nourriture, voire à festoyer, comme c’est le cas pour les noces de Cana, le retour de l’enfant prodigue où l’on tue le veau gras ou le miracle de la multiplication des pains et des poissons.
L’ensemble de la «pédagogie» christique passe par la multiplicité des images, symboles ou paraboles qui se rapportent à la nutrition, jusqu’au paroxysme de la Cène où le Christ, l’Agneau de Dieu, s’offre en sacrifice.
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Que l’on soit croyant ou non (ce n’est pas le problème), la culture occidentale est imprégnée au plus profond de ces racines et de ces signifiants là qui ont modelé sa civilisation.
Le christianisme peut être considéré comme une secte qui a réussi. La clef de cette réussite tient à l’universalité tant du message que du contenu.
Les apôtres et les premiers propagateurs de la foi chrétienne ont eu le génie, de comprendre que dans la fidélité au message du Christ («Le Sabbat (la Loi) a été fait pour l’Homme et non l’Homme pour le Sabbat.» Marc 2, 23-28), il convenait de faire table rase des entrelacs d’interdictions complexes qui avaient interdit au judaïsme de faire des émules. En effet, Dupondius, le citoyen romain lambda, n’aurait jamais pu adhérer à une religion qui lui aurait demandé en préalable de s’interdire ce qui constituait la base de son alimentation, pas plus que de se faire charcuter la zigounette.
La mise en acte de cette nouvelle philosophie ne s’est pas faite sans réticences. La quasi totalité de l’entourage du Christ était composée de juifs religieux et pratiquants pour lesquels la chose n’allait aucunement de soi. D’ailleurs, cette communauté originelle de judéo-chrétiens, c’est à dire de chrétiens qui pratiquaient l’intégralité de la loi mosaïque a survécu pendant deux siècles, avant de s’éteindre définitivement avec la conquête musulmane.
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Pierre, le premier pape, un ex-pécheur du lac de Tibériade, celui que le Christ avait chargé de la communauté, a beaucoup atermoyé avant de se décider après une vision extatique où il voit descendre des cieux une grande nappe dans laquelle se trouve toutes les bestioles de la terre, et qu’une voix lui enjoint: «Debout, Pierre! tue et mange.» (Actes des Apôtres 10-13).
Pierre en bon juif pratiquant répond : «Oh ! non, Seigneur, car jamais je n'ai rien mangé de souillé ni d'impur.». Et la voix de nouveau, l’interpelle : «Ce que Dieu a déclaré pur, toi, ne l'appelle pas souillé.»
De même que dans la messe, le sacrifice symbolique de l’Agneau de Dieu, par le pain et le vin, se substitue aux sacrifices d’animaux que le peuple d’Israël pratiquait au Temple, cet épisode signifie la rupture avec le judaïsme qui suppose la soumission à une Loi de Moïse considérée comme restrictive et marque l’accès à l’universalisme. C’est une étape essentielle dans l’histoire des religions et donc indirectement dans celle de l’humanité par la libération de contraintes d’observances rituelles.
Les Ecritures ont bien souvent le sens de la formule et cette injonction puissante et hors du commun: «Debout, Pierre! tue et mange.» retentit dans la Chrétienté, comme un acte à la fois fondateur et fondamental.
Contrairement aux cultures issues de religions «végétariennes», la culture occidentale, issue du christianisme, place l’Homme dans la situation de CE QU’IL EST: un prédateur, LE PREDATEUR ULTIME, auquel s’inféode le règne animal, un point de vue qui peut être certes critiqué, mais qui constitue une réalité de fait..
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Exposant ces attendus, je ne justifie en rien le bien fondé de ce paradigme occidental. Je rappelle seulement ses fondements culturels et ce à quoi ils ont abouti. Pouvait-il d'ailleurs en être autrement dans la logique évolutionniste et le struggle for life qui place les espèces dans la compétition?
Pour ceux qui voudraient nous faire accroire, dans ce grand mouvement d’auto-contestation et de repentance systématiques de nos valeurs, qu’ailleurs c’est mieux et que l’herbe y est plus verte, je constate seulement que les civilisations ou cultures végétariennes ne se sont pas particulièrement distinguées par des pratiques moins barbares que cet occident si systématiquement vilipendé.
L’exemple de la partition de l’Inde ou les massacres d’extrême-orient (invasion japonaise, khmers rouges, etc.), zones pourtant bouddhistes-végétariennes-non-violentes, comptabilisent quelques légers millions de victimes humaines dans le lamentable livre noir de l’horreur. Comme quoi la «compassion» à l’endroit des zanimaux n’induit en rien une plus grande sagesse.
La vraie sagesse ne consiste t-elle pas à reconnaître ce que nous sommes: des SUPERPREDATEURS ULTIMES, et d’apprendre à gérer cette réalité, sans pudibonderie ni faux-semblants.
En cela, la corrida est nécessaire, car elle nous montre comme nous sommes et non tels que nous aimerions nous voir.
«¡De pie, Pedro! mata y come.»
Injonction sublime!
Xavier KLEIN