1°) La tauromachie connaît depuis 3 ou 4 ans une évolution générale rapide dont on n’a pas pris la mesure et dont on n’a pas envisagé concrètement les répercussions locales.
L’émergence du «G10» qui impose ses normes en terme de bétail, d’émoluments, etc., l’affadissement du bétail qui en résulte, le rétrécissement du nombre de spectacle (surtout en Espagne), les répercussions de la crise économique, la mutation des publics qui deviennent spectateurs plus qu’aficionados et qui «s’élitisent socialement» du fait du renchérissement des places, la multiplicité et la conjugaison des facteurs bouleverse profondément la donne actuelle et appelle des adaptations.
2°) La crise qui se déroule actuellement à Dax, loin d’être un débat de clocher, intéresse l’ensemble de l’afición, car elle stigmatise une situation globale. Dans le registre torerista, il faudrait avoir l'honnêteté de reconnaître qu'ON NE FAIT PAS MIEUX NI DIFFEREMMENT AILLEURS… On voudra bien se souvenir des critiques acerbes formulées -à juste raison- à l'issue de la Madeleine, dans la Préfecture des Landes.
3°) Crise existentielle et subjective plus que crise structurelle: la plaza de Dax remplit et génère des bénéfices.
Le «modèle dacquois» en tant qu’organisation autonome de gestion directe n’est pas en cause. Il a fait ses preuves et doit absolument persister en dépit des convoitises.
Par contre, le «modèle dacquois» en tant que ligne artistique d’une «tauromachie-champagne», atteint ses limites. Des limites qui ne lui sont pas propres mais qui résultent directement de l'évolution précitée et du diktat exorbitant imposé par les figuras du G10 qui posent des exigences croisées sur leurs émoluments, les élevages, les toros retenus et leur présentation, les compagnons de cartel. Le beurre, l’argent du beurre et …
4°) Le problème n’est pas les 50 kg de poids supplémentaire et les 5 cm de cornes mieux affûtées qui donnent le change et servent d’alibi. Le problème de fond se trouve dans le déficit en caste, en piquant, en force des «ganaderias du G10». Le problème est celui du «toro moderne», seul consenti par les «toreros modernes» pour un «toreo moderne». A CELA, DAX ET SES RESPONSABLES NE PEUVENT RIEN.
5°) La France qui traditionnellement est souvent en pointe sur les mutations taurines, et Dax qui fut souvent en pointe en France sur des concepts taurins (tout à fait contestables et contestés par ailleurs!) ne représentent que la pierre de touche et –dirons-nous- le catalyseur du malaise actuel.
6°) L’ampleur du mouvement d’insatisfaction manifesté «à la dacquoise» lors de Toros y Salsa résulte de la jonction de deux types de critiques:
D’une part, la critique récurrente d’une afición de verdad qui manifeste une traditionnelle exigence éthique. C’est la critique de l’AFICIONADO.
D’autre part, la critique émergente d’un public de SPECTATEURS qui prend conscience de la caricature à l’œuvre d’un toro trop commode et trop collaborateur qui génère d’autant moins d’émotion que ses mensurations deviennent misérables.
7°) Le problème, c’est que les revendications de ces deux types de public divergent sur le FOND. Les uns viennent voir un combat quand les autres viennent voir des passes. Il convient donc de ne pas se tromper quant à la réponse pour éviter de s’asseoir à côté de la chaise.
8°) La satisfaction des attentes des SPECTATEURS ne comblera nullement celles des AFICIONADOS. Et, en règle générale, vice-versa. On l’a vu avec la corrida de Dolores Aguirre, passablement incomprise, malgré qu’elle fût à porter au crédit de l’empresa. Bizarrement, personne ne l'évoque ces jours-ci, alors qu'elle témoignait d'un réel infléchissement.
9°) Il sera quasiment impossible de satisfaire SIMULTANEMENT les deux types de public, à part l’exception miraculeuse dont toute empresa rêve. L’harmonie doit donc émerger, non de compromis boiteux (élevages abusivement qualifiés de «toristas»), mais d’un juste dosage dans la programmation, afin que chacun des publics y trouve son compte. Elle dépend également d’un intense travail de formation et d’information mené par la presse, l’empresa et les peñas. Pour ce faire, il faut renoncer à la «réclame», à la pub, pour communiquer intelligemment sur un champ plus pédagogique et informatif et ne pas leurrer le public sur ce qu’il va voir.
10°) Il faudra également choisir, sur certaines corridas, entre remplir les arènes à tout prix (mais pourquoi faire et où se situe alors la défense de la culture et de la tradition?) et organiser des festejos de qualité, dont certains, pouvant être déficitaires (je pense à la corrida-concours) en équilibreront d’autres plus … clinquants. Tout cela procède de choix politiques et éthiques.
Il est assez ironique de constater que la majorité des protestations et les critiques les plus virulentes proviennent du pôle «SPECTATEURS» et des auteurs-compositeurs-interprètes qui en font la promotion. Des spectateurs qui ont tout subi et tout admis sans rien dire (jusqu’à Desgarbado), sans que cette atonie ne gêne grand monde, jusqu’à ce qu’on leur casse leur jouet.
Si les SPECTATEURS constituent le fond de l’arène, les AFICIONADOS en sont l’honneur et en entretiennent la réputation.
C’est dans les termes de ces multiples et complexes ambiguïtés, de ces contradictions difficilement compatibles, que l’organisation dacquoise devra composer une partition de haute tenue.
Elle en a les moyens financiers et de prestige.
On se trouve à Dax au milieu du gué (normal avec les ondes fugitives de l’Adour…), non au bord du précipice.
Il n’est que de regarder ailleurs pour constater le pire.
On considèrera avec humour, qu’en matière de prise de conscience et de réaction, Dax est aussi leader…
Laissons donc les dacquois travailler sereinement.
Xavier KLEIN

































