Humeurs taurines et éclectiques

vendredi 16 septembre 2011

Le syndrome dacquois


Pour clore momentanément des débats qui deviennent stériles et malsains et revenir aux données essentielles du problème, une contribution explicative.

1°) La tauromachie connaît depuis 3 ou 4 ans une évolution générale rapide dont on n’a pas pris la mesure et dont on n’a pas envisagé concrètement les répercussions locales.
L’émergence du «G10» qui impose ses normes en terme de bétail, d’émoluments, etc., l’affadissement du bétail qui en résulte, le rétrécissement du nombre de spectacle (surtout en Espagne), les répercussions de la crise économique, la mutation des publics qui deviennent spectateurs plus qu’aficionados et qui «s’élitisent socialement» du fait du renchérissement des places, la multiplicité et la conjugaison des facteurs bouleverse profondément la donne actuelle et appelle des adaptations.
2°) La crise qui se déroule actuellement à Dax, loin d’être un débat de clocher, intéresse l’ensemble de l’afición, car elle stigmatise une situation globale. Dans le registre torerista, il faudrait avoir l'honnêteté de reconnaître qu'ON NE FAIT PAS MIEUX NI DIFFEREMMENT AILLEURS… On voudra bien se souvenir des critiques acerbes formulées -à juste raison- à l'issue de la Madeleine, dans la Préfecture des Landes.
3°) Crise existentielle et subjective plus que crise structurelle: la plaza de Dax remplit et génère des bénéfices.
Le «modèle dacquois» en tant qu’organisation autonome de gestion directe n’est pas en cause. Il a fait ses preuves et doit absolument persister en dépit des convoitises.
Par contre, le «modèle dacquois» en tant que ligne artistique d’une «tauromachie-champagne», atteint ses limites. Des limites qui ne lui sont pas propres mais qui résultent directement de l'évolution précitée et du diktat exorbitant imposé par les figuras du G10 qui posent des exigences croisées sur leurs émoluments, les élevages, les toros retenus et leur présentation, les compagnons de cartel. Le beurre, l’argent du beurre et …
4°) Le problème n’est pas les 50 kg de poids supplémentaire et les 5 cm de cornes mieux affûtées qui donnent le change et servent d’alibi. Le problème de fond se trouve dans le déficit en caste, en piquant, en force des «ganaderias du G10». Le problème est celui du «toro moderne», seul consenti par les «toreros modernes» pour un «toreo moderne». A CELA, DAX ET SES RESPONSABLES NE PEUVENT RIEN.
5°) La France qui traditionnellement est souvent en pointe sur les mutations taurines, et Dax qui fut souvent en pointe en France sur des concepts taurins (tout à fait contestables et contestés par ailleurs!) ne représentent que la pierre de touche et –dirons-nous- le catalyseur du malaise actuel.
6°) L’ampleur du mouvement d’insatisfaction manifesté «à la dacquoise» lors de Toros y Salsa résulte de la jonction de deux types de critiques:
D’une part, la critique récurrente d’une afición de verdad qui manifeste une traditionnelle exigence éthique. C’est la critique de l’AFICIONADO.
D’autre part, la critique émergente d’un public de SPECTATEURS qui prend conscience de la caricature à l’œuvre d’un toro trop commode et trop collaborateur qui génère d’autant moins d’émotion que ses mensurations deviennent misérables.
7°) Le problème, c’est que les revendications de ces deux types de public divergent sur le FOND. Les uns viennent voir un combat quand les autres viennent voir des passes. Il convient donc de ne pas se tromper quant à la réponse pour éviter de s’asseoir à côté de la chaise.
8°) La satisfaction des attentes des SPECTATEURS ne comblera nullement celles des AFICIONADOS. Et, en règle générale, vice-versa. On l’a vu avec la corrida de Dolores Aguirre, passablement incomprise, malgré qu’elle fût à porter au crédit de l’empresa. Bizarrement, personne ne l'évoque ces jours-ci, alors qu'elle témoignait d'un réel infléchissement.
9°) Il sera quasiment impossible de satisfaire SIMULTANEMENT les deux types de public, à part l’exception miraculeuse dont toute empresa rêve. L’harmonie doit donc émerger, non de compromis boiteux (élevages abusivement qualifiés de «toristas»), mais d’un juste dosage dans la programmation, afin que chacun des publics y trouve son compte. Elle dépend également d’un intense travail de formation et d’information mené par la presse, l’empresa et les peñas. Pour ce faire, il faut renoncer à la «réclame», à la pub, pour communiquer intelligemment sur un champ plus pédagogique et informatif et ne pas leurrer le public sur ce qu’il va voir.
10°) Il faudra également choisir, sur certaines corridas, entre remplir les arènes à tout prix (mais pourquoi faire et où se situe alors la défense de la culture et de la tradition?) et organiser des festejos de qualité, dont certains, pouvant être déficitaires (je pense à la corrida-concours) en équilibreront d’autres plus … clinquants. Tout cela procède de choix politiques et éthiques.

Il est assez ironique de constater que la majorité des protestations et les critiques les plus virulentes proviennent du pôle «SPECTATEURS» et des auteurs-compositeurs-interprètes qui en font la promotion. Des spectateurs qui ont tout subi et tout admis sans rien dire (jusqu’à Desgarbado), sans que cette atonie ne gêne grand monde, jusqu’à ce qu’on leur casse leur jouet.
Si les SPECTATEURS constituent le fond de l’arène, les AFICIONADOS en sont l’honneur et en entretiennent la réputation.
C’est dans les termes de ces multiples et complexes ambiguïtés, de ces contradictions difficilement compatibles, que l’organisation dacquoise devra composer une partition de haute tenue.
Elle en a les moyens financiers et de prestige.

On se trouve à Dax au milieu du gué (normal avec les ondes fugitives de l’Adour…), non au bord du précipice.
Il n’est que de regarder ailleurs pour constater le pire.

On considèrera avec humour, qu’en matière de prise de conscience et de réaction, Dax est aussi leader…
Laissons donc les dacquois travailler sereinement.
Xavier KLEIN

jeudi 15 septembre 2011

L’afghanisation taurine.

Pendant que le nouveau chef des talibans fondamentalistes, le mollah Oviard, s’est réfugié dans les territoires tribaux pour distiller ses fatwas en ralliant les mécontents de toutes extractions, les seigneurs de guerre confèrent (http://www.sudouest.fr/2011/09/15/dax-a-mal-a-sa-corrida-499848-727.php#commentaire_marqueur_position).

Barratchart Shah, dont la clairvoyance est proverbiale (il avait jadis déclaré qu’Orthez avait une politique taurine absurde qui ne répondait en rien aux goûts du public) n’a nullement empêché que cette année Bayonnabad connaisse des déficits abyssaux. Devant une telle déconvenue, on en connaît qui auraient fermé leur clape-merde, mais il faut croire que le ridicule ne tue pas, ou que le cher Olivier bénéficie comme les shahs de plusieurs vies.

«Momo» Behro Khan, «journaliste» (sic!), «éleveur taurin» (re-sic!), caravanier bien connu dans les tractations interlopes, virtuose du cirage de babouches, squatteur de callejon à Dax où il bénéficie d’un diwan à demeure, soutien actif de la Peña Enrique Ponce défend les intérêts du mundillo, des fois qu’il y aurait quelques avantages ou quelques dinars à glaner.

On ne sait ce que vient ramer dans cette félouque, Beuglot Bey, sinon proposer l’impensable à Dax: la privatisation des arènes. Etranger aux coutumes locales, Beuglot Bey vient porter ce parfum exotique de néo-libéralisme dérégulateur qui manquait tant dans le souk ambiant.

Quant à mollah Oviard, pressé par la traque des aficionados de verdad, il tendait à déserter les terres taurines françaises et à se réfugier avec sa pétrolette dans des lieux où sa funeste renommée était encore inconnue et où il pouvait encore faire passer ses vessies pour des lampes magiques. Or donc, le grand fakir, apprenti sorcier rescapé des flammes, s’empresse de voler, en tapis persan, au secours des victimes du djihad du «toro moderne», qu’il a si puissamment contribué à déclencher. Histoire de se rallier quelques sectateurs à l’occasion…


On attend avec impatience la Loya Jirga (Grand Conseil) qui doit se réunir en octobre. Dans le genre panier de scorpions, on pourra difficilement faire mieux, d’autant que les intérêts et les contextes divergent, entre sunnites bayonnais, chiites dacquois, salafistes vicois, etc.
On célèbrera bien entendu, la main sur le caftan, avec force enthousiasme théologique les piliers de la foi:
Figuras tu engageras.
Par leurs caprices tu passeras.
Gogos tu satisferas.
Trophées et indultos tu dispenseras.
Arènes tu combleras.
Tiroir-caisse tu rempliras.
De l’afición tu te contrefoutras.
Galimatias tu débiteras.
Et puis après la grande prière du vendredi, chacun s’en retournera dans son fief faire ce qui lui plait et convient au mieux à ses intérêts bien compris.
On connaît ce genre de truc avec les réunions de la Ligue Arabe où l’on parle d’autant plus fort qu’on est bien décidé à ne rien faire.

Tout cela me fait penser à une partie de rugby durant ma jeunesse.
Un match amical qu’ils disaient: les pires pour les initiés!
Les choses avaient débuté façon coupe-gorge. Fourchettes, cuillères, essuyages de crampons, tout l’ordinaire du ménage rugbystique y passait.
A l’issue d’un énième relevage de mêlée, l’arbitre lassé des taquineries convoque les deux capitaines, les mettant en demeure de tenir leurs troupes.
Le nôtre, nous réunit, sis à l’arbitre pour en être bien entendu, et nous passa une semonce terrible -nous appelant à la grandeur et au fair-play- que nous reçûmes, penauds et contrits. Puis repartant vers nos sitios, laissant un arbitre ravi et rasséréné, de rajouter hors de portée, avec un geste de chicorne pleinement significatif: «Et maintenant, «a matia»! (au boulot)».
La rouerie gasconne et la distance entre le discours affiché et la réalité opérante est une tradition qu’il conviendrait de ne pas ignorer.
On se rappellera, pour les plus vieux, les joutes épiques des Intervilles zitronnesques où l’on faisait assaut entre Dax et Bayonne des entourloupes les plus clochemerlesques.
On n’en finira jamais de savonner en douce le mat de cocagne du voisin. Cela fait partie du charme de notre doux pays de Gascogne.

Ce qui ne laisse pas d’étonner, c’est qu’on contrevienne aussi imprudemment au vieil adage: «Les conseilleurs ne sont pas les payeurs.» en demandant leur avis à quatre jean-foutres qui ne savent même plus à quoi ressemble un billet de corrida et combien il peut valoir.
Sans compter que certains points de vue sont tout sauf désintéressés. Consulter Barratchart Shah sur les affaires dacquoises, c’est comme si l’on avait demandé à Ben Laden de conseiller Bush ou la CIA…

Laissons les pachtouns dacquois (dont je suis) régler leurs différends dans un débat local. Toute autre intervention est une intrusion, dont il ne peut résulter qu’un enlisement, comme nos braves pioupious en Afghanistan.
Xavier KLEIN




mardi 13 septembre 2011

Les toros profitent-ils de la manducation de la feuille de choux?

Photo "Signes du toro", revue et corrigée
Sans doute me fais-je une trop grande idée de la profession.
Sans doute entretiens-je des illusions particulièrement mal fondées sur la compétence, l’honnêteté et les intentions d’un métier souvent décrié mais toujours considéré.
J’attends du journaliste que par delà les faits –mais encore faut-il les choisir et les sérier- sa démarche, lorsqu’elle se veut critique, tende à donner du sens à l’actualité.

Evidemment, tout un chacun peut se tromper, tout un chacun, surtout en matière de tauromachie fait parler son cœur, ses appétences, ses critères. Cela n’est pas gênant tant qu’on le sait et que la démarche ne se voile ni d’hypocrisie, ni de mauvaise foi, ni d'improbité.
C’est en règle générale le cas de ce vieux forban de Zocato, dont l’aficionado quelque peu averti connaît les appétences, ou les partis pris.
On le lui pardonne d’autant plus volontiers que le bonhomme a du talent et de la verve, et qu’il n’a jamais cherché à cacher ses «péchés mignons». Dans son cas les choses sont claires, torerista il est, torerista il demeure. Julista il est, Julista il reste.
Pourquoi pas, tant qu’on le sait et qu'il ne s'en cache pas?

Dans un article de Sud-Ouest (http://www.sudouest.fr/2011/09/12/-496695-4583.php), Tonton Zocato se risque sur le terrain glissant de l’analyse d’un public dont il ne connaît vraiment que les exemplaires atypiques et généralement frelatés qui traînent dans le hall du Splendid. Un public réel dont il ne reçoit que des échos lointains et déformés depuis le callejon.

Les vilains, les affreux, les gueulards, les grognards de la Vieille Garde, ceux qui suent comme à la galère sur les tendidos sol, il les voit en face, de l’autre coté du ruedo, protégé de cette réalité là par le filtre ô combien déformant de ses congénères de l’oligarchie callejonesque.

Zocato ne peut pourtant pas ignorer la réalité. Notamment que nonobstant la présentation des toros, et hormis quelques citadelles espagnoles (Bilbao, Pampelune), l’immense majorité des corridas pour figuras sombre peu à peu dans une soseria qui explique en grande partie la désaffection croissante du public.
Zocato ne peut également ignorer, au risque de se déconsidérer, qu’un étron même bien présenté demeure toujours un étron, que l’inconsistance ne gagne guère à peser plus de 500 kg avec des cornes astifinas, qu'un beau trapio n'a jamais été gage de puissance ou de force. Ou bien que ce qui fait le toro, comme ce qui fait l’homme, ce n’est pas tant le physique que le caractère, ce qu'on vérifie à chaque comice agricole.
Zocato, grand voyageur devant l’éternel, devrait essayer de se taper la traversée des Andes en Rolls équipée d’un moteur de 2CV. Je préfèrerais personnellement le contraire, même si les fauteuils ne sont pas rabattables, le chauffage approximatif et qu’il faut manœuvrer l’essuie-glaces manuellement. Au moins on est sûr qu’elle atteigne la ligne de crête. Pour la descente, pas de problème: roue libre! La motorisation, n'est-ce pas le plus important, avec le carburant qui fait fonctionner l'ensemble?
Zocato nous joue la sorcière qui s’assoie sur le nez de Pinocchio en lui demandant de lui confirmer qu’elle est bien toujours la plus belle.

Heureux Zocato qui véhicule des questions dont à l’évidence il n’aimerait nullement qu’on formule des réponses qu’il connaît: «Salades russes commandées par qui? Choisies comment? Avec ou sous influence?».
Mais tu le sais bien cher Zocato! Pourquoi ne le dis-tu pas? Voilà qui informerait utilement le public et le porterait à changer l’objet de son juste courroux, à désigner les costards aurifiés plutôt que ceux qui subissent leurs caprices de diva.
Te vidaliserais-tu (là, peut-être que j'exagère dans l'outrage!), ô Nemrod des callejons, chrisostome des figuras? Le Pommerybas de gamme te monterait-il à la tête?

«El Cid ne comprenait rien. Il ne toréait pas si mal.»
«Que reprocher à Morante de la Puebla? Absolument rien, bien au contraire.»
«Quand à El Juli, maître-nageur-sauveteur, lui aussi s’interrogeait. Mais que se passe t-il? […] Il n’était pas coupable, encore moins responsable d’un tel calice bu jusqu’à la lie.»
Devant une telle conviction, je me prends à douter. C'est qu'il a l'air d'y croire l'animal!
Vincent Bourg «Zocato» commencerait-il à sincèrement se persuader des fadaises dont il se fait régulièrement le propagandiste? Passerait-on du commis-voyageur multicarte au sectateur aveugle et sourd? Déraisonnerait-on sans l'humour pour excuse?
Certes Zocato et Zheimer (Al), commencent comme Zorro, mais notre chère vieille chose, l’âge et les infirmités venant, perdrait-il la vue et l’entendement au point de ne plus voir que par les yeux et entendre par les oreilles de ces figuras pour qui un toro se réduit à un instrument, à un moyen et non à une fin?

Le plus grave n’est pas l’égarement, c’est l’audience d’un journaliste écouté et respecté qui fourvoie le public et le détourne des vrais causes, des vraies responsabilités, et par là même contribue activement au délitement ambiant.
Quand Zocato, à moins qu’il le méconnaisse, désignera ses chères figuras, son cher Juli, comme uniques et pleins responsables des animalcules auxquels ils daignent se confronter –si l’on peut dire- on sera sur la voie de la rédemption.
A défaut, Zocato fait œuvre de fossoyeur.
L’a pourtant pas une gueule de pompe funèbre le garçon!
Xavier KLEIN

NOTA: La remise de prix étant très tendance (et plutôt bienvenue), il conviendrait de remettre à l’honneur un prix au meilleur journaliste taurin.
Le prix Albert Madrid? Ou bien si l’on veut nuancer, le prix Albert Séville pour le journaliste torerista, le prix Albert Céret ou Albert Vic pour le torista, le prix Albert Nîmes pour le people, le prix Albert Mimizan pour Vidal, le prix Albert Olamelas pour Orthez (je m'égare), etc.

RAJOUT ULTERIEUR: Edifiant!

lundi 12 septembre 2011

Les vêpres dacquoises

L'assassinat du Duc de Guise "Il est plus grand mort que vivant!"
L’homme est un animal social, et il chasse en meute, conservant présent cette impitoyabilité de la horde qui le conduit à se retourner vers le dominant déchu ou en difficulté pour mener la curée.
Il en va de même chez les toros ou le mâle dominant se voit parfois condamné par une sentence secrète et exécuté par ses congénères dés qu’une faiblesse se manifeste.
Constatant ce principe de réalité incontournable, il n’est pas question pour autant de le justifier. L’Homme n’est pas que cela, heureusement, mais il est aussi cela, ce que veulent par trop oublier les angélistes de tous poils qui rêvent d’un monde de bisounours dont toute violence et toute agressivité serait exclue.

Hier à Dax, toute la journée, certains affûtait les couteaux en vue de l’hallali qui guettait l’empresa. Une ambiance lourde et délétère d'assassinat du Duc de Guise ou de vêpres siciliennes où la question taurine, aussi prégnante fût-elle, ne camouflait que fort mal des motivations moins avouables et fort peu aficionadas. Une banderole «Aficion indignée» ne s’improvise pas et ne surgit pas ex nihilo (ceci dit, on aurait tort d’ignorer le message…).

Le cancrelat de service avait en coulisses préparé le forfait par une campagne savamment orchestrée dont les titres évocateurs, loin d’apaiser le climat, s’employaient surtout à jeter de l’huile sur le feu pour satisfaire on ne sait quelle rancune personnelle ou se venger bassement de quelque déconvenue.
Cela ne surprendra plus personne de la part du pompier pyromane qui déplore depuis quelques mois les effets des toros modernes et d’un système gangrené qu’il s’est acharné à promouvoir activement pendant des années.

Hier à Dax, on assista au paradoxe absolu de voir sortir sous les applaudissements, les responsables mêmes de la situation que le public stigmatisa dans la foulée. On n’en est plus à une aberration près! C'est cette aberration là qu'il convient de pointer, de commenter, de dénoncer, et non les épiphénomènes qui en sont les conséquences!
Acclamer El Juli, Morante et El Cid pour beugler ensuite «Des toros!» démontre s’il en est encore besoin non seulement la versatilité ou l’illogisme du public, mais surtout sa totale inculture taurine qui le conduit à ignorer que c’est parce qu’il y a ces toreros là, QU’IL RECLAME, qu’il y a ces toros là.
Pour aller admirer Morante à Dax avec la secrète espérance de lui voir opposer des adversaires de respect et de caste, il faut être con, masochiste, ou bien comme le dit si bien l'un de mes bons amis "croire à la poupée qui pète"...
On rétorquera que tout cela n’excusait en rien la présentation pour le moins déficiente des bestioles.
Certes! Mais même si on n’est pas un spécialiste de la question, on ne saurait ignorer que le recours à la vaseline n’a jamais empêché la sodomisation. Au contraire, il la facilite!

Dans tous les cas de figure, il y a quelque chose de passablement méprisable dans la curée à l’œuvre. Surtout quand elle est tellement excessive, téléguidée et si peu motivée par des propositions alternatives. Des temporadas foireuses, des journées noires, qui n’en a pas connu? Faut-il rafraîchir les mémoires et rappeler combien s’ingéniaient jadis à maquiller de maigres succès en jours de gloire?
Christian LABORDE et le «staff» dacquois ne manqueront pas de repérer où sont leurs vrais amis.
Non pas ceux qui leur passaient la main dans le dos en attendant quelques unes de ces faveurs dont certains sont friands.
Non pas ceux qui prudemment s’éclipsent des lieux (local de la Commission) auparavant très convoités lorsque tout allait pour le mieux.
Non pas ceux qui se refusaient à la flatterie et persistaient dans une critique bienveillante et constructive.
Mais ceux qui restent à l’heure de l’épreuve et qui tiennent ferme parce qu’il en va du destin dacquois, et que ce destin exige les mutations complexes, risquées et difficiles à mettre en œuvre auxquelles on s’est refusé sous les mandats précédents.

Il est facile et misérable de courir le coutelas à la main pour servir l’adversaire blessé, de «tatanner» l’ennemi à terre. On en voit peu qui s’y frottaient lorsqu’il était triomphant, lorsqu’on indultait dans l’allégresse et que de s’en émouvoir vous attirait les foudres.
Il y a aussi du «Boule de suif» dans cette affaire là, de cette hypocrisie et de cette bassesse des notables de la diligence qui méprisent la prostituée qui s’est donnée au prussien pour leur sauver la vie.
On devrait créer un Grand Prix du tir sur ambulance ou un concours de mansos. Les primés se bousculeraient au portillon!
Xavier KLEIN

A lire aussi l'article de notre bon Chulo, composé sur le même thème sans concertation préalable. Les grands esprits se rencontrent: http://adioschulo.blogspot.com/2011/09/maintenant-le-pompier-pyromane.html
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samedi 10 septembre 2011

Sola gratia


Le pape Jules II par Raphael

En réaction aux excès scandaleux de la papauté, et notamment au trafic des indulgences (systématisé par le pape Jules II dés 1505 pour financer la construction de la Basilique Saint Pierre à Rome), la Réforme et notamment Martin Luther développèrent le canon des 5 solae (seules en latin), dont la plus importante SOLA GRATIA (par la grâce seule), constitua la principale différenciation entre l’Eglise catholique et le monde Protestant.

A l’Eglise Catholique qui affirmait que le salut des âmes pouvait être obtenu par les œuvres (actions méritoires), et qui exaltait la primauté et l'efficacité de l'effort personnel dans la pratique de la vertu, Luther et derrière lui le courant Protestant postulaient que seule la foi et la volonté de Dieu à travers la grâce divine pouvaient entraîner le salut.

Chacun des protagonistes s’appuyait qui sur Saint Paul, qui sur Saint Jacques, dans un débat qui n’a connu un début de réconciliation que le … 31 octobre 1999 par une déclaration commune faite à Augsbourg (lieu ou naquit officiellement le luthérianisme en 1530 avec la célèbre Confession d’Augsbourg).

Cela peut prêter à sourire pour ceux qui ne s’intéressent guère à la chose religieuse, et à fulminer pour ceux qui tiennent toute religion pour un produit opiacé vénéneux, mais cette querelle sémantique, apparemment ridicule ou sans objet pour l'Homme contemporain est à l’origine de plusieurs siècles de conflits (dont les Guerres de religion) qui firent des centaines de milliers de morts, et indirectement d’une orientation décisive de notre société.
Si l’on en croit le génial Max Weber, père de la sociologie moderne dans «L'Éthique protestante et l'esprit du capitalisme» 1904-1905, le développement et la doctrine capitaliste serait une conséquence directe de cette «dispute» théologique.

Cela confirme en tout cas, si besoin était, que ce sont les idées qui gouvernent le monde et son évolution.

Mais que vient faire Sola gratia dans un blog taurin, en dehors de l’intérêt manifeste de ses fidèles lecteurs, pour ses périodiques appels à l’élévation de l’âme (alma en spanish)?
C’est que le débat ou plutôt la dichotomie demeure toujours d’actualité et toujours transposable.

Ainsi, il en est sur la planète toros, qui sont convaincus que la salvation taurine ne peut intervenir que par quelque grâce dont le principe le plus absolu s’épanouirait dans une révélation transcendante qui a pour nom «Patrimoine culturel immatériel».

Il en est d’autres qui supposent, les fourbes, que cette même salvation ne saurait procéder d’autres causes que des œuvres des aficionados eux-mêmes, et que, ma foi, «Aide-toi et le Ciel t’aidera».

Dans le premier cas on s’en remet dangereusement à l’Autre, un «Grand Autre».
Dans le second on compte surtout sur soi-même.

On entend ces jours ci déplorer et vouer aux gémonies ces cons d’aficionados de base qui «ne s’engagent pas ou ne réagissent pas quand on leur demande» à l'inverse de l’«infime»minorité d’élus qui ont compris la parole divine.
«S'engager quand on leur demande» quelle étrange manière d'envisager les rapports humains! Comme si l'«engagement» qui porte le sens profond d'un don gratuit et spontané pouvait en quoi que ce soit s'accorder avec une «demande». Il y a là une formulation antithétique et paradoxale des plus intrigantes.

Crise des vocations? Crise d’évocation?
Crise de foi? Crise de foie?
Non, plutôt, sans doute, crise-passion!

Cet aveu d’échec d’une ligne politique qui ne répond nullement aux attentes constitue un événement passablement extraordinaire.
Un moment d’égarement sans doute ou, au contraire une incursion inopinée dans une réalité trop longtemps ignorée.

En fait, le seul engagement efficace, la seule militance opérante tiennent à l'acte le plus évident qui soit: être présent.
Ce n'est ni par des pétitions, ni par des manifestations, ni par des badges et encore moins par des inscriptions au Patrimoine machin trucmuche que la corrida se survivra, mais par le plus simple, le plus naturel et le plus vieux de tous les actes en matière de tauromachie: acheter une place, poser son fessier sur un tendido et laisser faire la nature...

La vraie question est de savoir pourquoi cette militance là est en berne et d'en comprendre les ressorts.
Mais là, on n'est plus seulement Protestant, on devient Contestataire et ce n'est pas ce que les papes apprécient le plus!
Xavier KLEIN

vendredi 9 septembre 2011

«Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme.»

J’ai souvent évoqué ici le rôle et la fonction essentiels des peñas, qui, comme les associations en général, représentent dans notre pays non seulement l’un des outils essentiels de la culture populaire, mais des rouages démocratiques inégalés.

Les peñas, un thème de discussion récurrent avec nombre d’interlocuteurs et tout dernièrement avec Jean François MOREL, dit «Fanchou», aficionado et «peñista» distingué, de longue date (il a vu s’éteindre le dernier mammouth à l’issue de la dernière glaciation, Würm, si mes souvenirs sont bons).

Fanchou a bu à la source de jouvence et conserve intacts un enthousiasme, un émerveillement, une capacité d’indignation et une libre parole miraculeusement préservés. Un DE-LI-CE!
C’est en sus un grand honnête homme, qui a toujours refusé la brigue, les prébendes, et les honneurs de pacotille pour conserver jalousement son trésor le plus précieux: sa liberté.
Fanchou me confiait tantôt son expérience de 12353 ans de vie associative taurine depuis ses débuts à la Peña Taurine Dacquoise qui jusqu’à la fin des années 70 constituait l’unique association taurine de la cité des Aguas Calientes.
Son impétuosité et son ardeur trouvaient quelques motifs de désagrément devant le désengagement croissant de nombre de ses ouailles de la Peña Campo Charro de Dax. Un constat quelque peu exagéré à mon avis au regard du dynamisme d'une peña qui multiplie activités et animations de grande qualité. 

L’analyse du phénomène et les conclusions que nous en tirâmes (issou), me semblent dignes d’intérêt dans la mesure où elles permettent d’éclairer les temps que nous vivons, notamment du point de vue taurin.

L’affaire ne concerne pas exclusivement le milieu taurin, le phénomène procédant d’une dimension sociétale.
L’évolution de nos sociétés vers un individualisme croissant (accéléré depuis 68 qui est une révolution individualiste et bourgeoise) a abouti à la parcellisation, voire à la «clanisation» du corps social qui a renoncé à une ou des cultures d’ensembles solidaires.
Auparavant on se rattachait socio-culturellement à un groupe dont on se sentait partie prenante (on était ouvrier, bourgeois, catho ou syndicaliste).
Ce n'est quasiment plus le cas.

En outre, on est passé d’une culture solidaire à une culture consumériste. On profite sans se soucier de participer.

L’ensemble du monde associatif comme le monde syndical ont vécu cette douloureuse évolution qui change totalement la donne. La relation sociale devient économique dans la proportion inverse de la désaffection du bénévolat et du militantisme.

Les collectivités doivent désormais foncer pour créer des postes de ci ou de ça (éducateurs sportifs, etc.) pour compenser par exemple la désaffection du papa qui venait encadrer les gamins à l’école de rugby, la maman qui enseignait le macramé ou le passionné qui animait le labo photo. Dans nos villages, l’éducation instrumentale était assurée par les anciens de l’harmonie ou de la batterie-fanfare quant il faut maintenant présenter diplômes et qualifications certes valorisants mais aussi très onéreux.

Qu’on le veuille ou pas, qu’on s’en plaigne ou non, les faits sont là («et le désir s’accroît quand les faits se reculent»). Impossible de revenir en arrière, d’autant que les réglementations ne cessent de s’alourdir, composant une usine à gaz kafkaienne. Toute association doit par exemple satisfaire au stage de formation d’un référent pour pouvoir ouvrir une buvette!!!
Il y a donc un désengagement général de ce type d’activité sociale qui pourtant faisait lien.

Ce mouvement s’ajoute à d’autres. Par exemple le développement de ce qu’on appelle les «réseaux sociaux», par le truchement des nouvelles technologies, mais également par l’explosion des possibilités d’informations.
En 1975, il n’existait en France qu’une revue taurine: la vieille dame, TOROS. Il fallait également s’abonner pour recevoir très imparfaitement l’unique périodique taurin espagnol de masse: Aplausos.
L’accès à l’information taurine globale ne passait que par ces canaux forcément très réducteurs. Idem pour la littérature taurine, infiniment moins développée que de nos jours où les seules nouveautés occupent un rayon entier chez un bon libraire.
Pour voir une corrida, pour rencontrer des aficionados, causer toros, développer ses connaissances, une vision distanciée ou critique, il fallait nécessairement se déplacer et partir à la rencontre de l'Autre.
Aujourd’hui, télévisions, vidéos, blogs, sites internet permettent une information instantanée dans un contexte de masse, là où tout relevait de la transmission orale et personnelle.
On est passé des maîtres (Popelin, Tio Pepe, Tolosa, Lestié, Dumont, Pelletier) aux centimètres.
L’accès même au monde des toros, à celui des toreros passait par des intermédiaires obligés et un parcours du combattant éprouvant, dans lesquels il fallait avoir ses entrées.

Tout cela n’était généralement possible que grâce aux peñas qui organisaient, capeas, sorties au campo, conférences, rencontres, tertulias, discussions de comptoir jusqu’à des heures indoues.

Ce lien social, ce monde de la transmission n’a malheureusement plus de raisons d’être. A mon sens, on ne peut que le déplorer, comme un appauvrissement de ces opportunités de relations humaines. Communiquer par fesse-bouc ou par blog interposé s’avère infiniment plus pauvre et réducteur que les pesanteurs malgré tout bien séduisantes de l’«ancien monde».
Ce brin de nostalgie accompagné d’une esquisse de «l’arme à l’œil» ne doit pas empêcher d’espérer et de considérer les aspects positifs que toute situation nouvelle suppose.

La nature et l’humain ont horreur du vide.

Il faut donc cher Fanchou, que tu te remettes à l’établi pour imaginer d’autres possibles, d’autres outils de convivialité et de rencontre, d'autres utilités captivantes.
Qu’est-ce qui peut intéresser dans une peña de nos jours? Quel intérêt –puisque c’est l’intérêt qui motive l’homme- à se regrouper?

La gamme des réponses me paraît longue à énumérer et recèle nombre de ferments d’espérance.
Encore faut-il se mobiliser et se retrousser les manches pour réfléchir et pour entreprendre.
C’est affaire de jeunesse d’âme, de tonus et pour tout dire de puissance vitale.

Nul doute que le vieux guerrier, blanchi sous le harnais, au visage buriné par le soleil des tendidos et les bourrasques du campo saura trouver les ressources…
Xavier KLEIN








mercredi 7 septembre 2011

«Car nous ne quitterons nos places que par la puissance de la baïonnette.»


Mister Jean Grenet, héritier de la Grenet, Grenet and Co, le clan qui préside aux destinées de Bayonne depuis 1959 (sic) se préoccupe, semble t-il, des destinées de la tauromachie (http://www.sudouest.fr/2011/09/05/des-assises-de-la-corrida-490823-716.php). Ou plus exactement, se pare de tauromachie pour défendre la politique taurine de Bayonne.
Une politique qui, du strict point de vue «artistique», a produit incontestablement la temporada la plus honorable des grandes ferias du sud-ouest 2011.
Ce faisant, le Président du groupe parlementaire taurin de l'Assemblée Nationale, convoque les  «Grands» en conclave dans des «assises» («assises», lapsus révélateur plutôt bien trouvé. N'est-ce pas l'endroit où l'on juge du crime?) qui devraient se tenir mi-octobre.
Les «Grands», vous connaissez: les empresas des 7 plazas de 1ère catégorie du territoire national.

Car les «Grands», sans doute parce qu’ils demeuraient couverts en présence du monarque de toutes les Espagnes, se font, paraît-il, des cheveux.
Découragés, dépités, déboussolés qu’ils sont nos «Grands» français. Car nonobstant leurs efforts désespérés pour racoler l’aficionaveau dans leurs enceintes, à grands coups de figuras, les déficits persistent voire se creusent.

Pour un peu on les plaindrait…
Les autres, les «Petits», doivent être affligés de quelque maladie honteuse, contagieuse peut-être, de quelque tare irrémédiable pour ainsi être bannis des agapes. Ou bien, plus probablement, ne peuvent-ils atteindre à la hauteur de pensée et de jugement des puissants.  

Je n’entends pas grand chose aux affaires budgétaires, ma vocation littéraire, conjuguée à mon implantation villageoise, m’interdisant sans doute de bien calculer, comme de bien considérer.
Mais tout de même, j’ai quelques petits idées -simplistes sans nul doute- sur la question des déficits.

En l’occurrence, celles-ci se résument immanquablement à 3 types de solutions:
          * augmenter les recettes.
          * diminuer les dépenses.
          * conjuguer les deux premières.
Ce type d’alternatives fera passablement sourire la plupart de ceux qui président aux destinées des autres plazas taurines, le «Tiers-Etat», dont l’équation ne se résume qu’à la première des solutions, dans la mesure où leurs dépenses sont au minimum et que leur problème se concentre exclusivement sur l’augmentation des recettes.

Il faut croire qu’en matière de tauromachie, à l’instar de la vie des «vrais gens», comme on dit dans les sphères supérieures, les problèmes de la «haute» n’effleurent que très virtuellement l’intelligence sommaire et rustique de la plèbe que nous incarnons.
A priori, l’abruti moyen, dont je revendique le statut, pourrait stupidement penser que de troquer une ou deux figuras, voire un Jose Tomas, contre d’excellents seconds couteaux plus motivés et bien moins onéreux permettrait aisément d’économiser les quelques centaines de milliers d’euros concernés, tout en instillant une competencia de bon aloi.
Pour exemple, avec les émoluments du seul JT, on pourrait organiser 4 corridas ortheziennes.

Le même crétin de base pourrait également postuler que la désaffection incriminée procède, peut-être, d’un mouvement de fond tout autre, et qu’il conviendrait de se poser d’autres questions, notamment sur le sens (ou plutôt l’absence de sens), véhiculé par la corrida-spectacle commerciale, où l’esthétisme sans risques tue l’émotion.
C’est sans compter avec les hautes ambitions des «Grands» et leurs desseins élevés dont la principale préoccupation est de savoir qui d’entre eux pisse le plus loin ou possède «la plus longue», obsession bien compréhensible dans un milieu, on le sait, machiste.

En tout cas on ne manquera pas de s’esbaudir devant la suffisance du corridarque bayonnais qui en convoquant un G7 de pacotille  au bal des faux-culs prétend à évoquer et à résoudre les problèmes de la tauromachie française.
Les petites plazas, très majoritaires, ne manqueront pas d’apprécier en quel peu de cas le maire bâillonneur et bayonnais les tient, dans la première plaza de France (en venant de San Sébastien…), pour prétendre conférer sans elles.
On peut aussi légitimement se questionner sur l’utilité et l’action de l’U.V.T.F. ainsi squeezée et niée par ce sommet des prétendus décideurs.

Don Juan GRENET serait autrement plus inspiré de prêcher par l’exemple plutôt que d’aspirer à régenter l’oligarchie taurine.
Avec l’actuelle présidente montoise de l’U.V.T.F., Dame Darrieussecq, tout aussi imbue de sa supériorité supposée, les deux bourgmestres n’ont conçu aucun scrupule à modifier les dates de leurs ferias respectives en empiétant sur les copains et voisins.
Pousse toi de là que je m’y mette susurrent nos édifiants édiles en imposant l’arrogance des pots de fer aux petits pots de terre tyrossais, garlinois et ortheziens.

Du premier mercredi d’août (http://fr.wikipedia.org/wiki/F%C3%AAtes_de_Bayonne), Bayonne décide de s’avancer délibérément sur juillet, occupant désormais le dernier dimanche, et d’y organiser en outre des corridas, qui de notoriété publique et d'aussi loin que l'on en juge n’ont jamais fait bon ménage avec las hèstas de Baiona.

Quant à Mont de Marsan, on reculera désormais les fêtes (qui débutaient traditionnellement la veille du samedi le plus proche du 14 juillet à condition que le 14 juillet ne soit pas un samedi (http://fr.wikipedia.org/wiki/F%C3%AAtes_de_la_Madeleine) pour qu’elles englobent le 22 juillet, jour de la sainte Madeleine (qui fut une grande pécheresse).

Prises en tenailles, les fêtes de Saint Vincent de Tyrosse, de Garlin et d’Orthez, qui se déroulaient les 3ème ou 4ème dimanche de juillet, selon les années, ne peuvent que souffrir, voire mourir, de la concurrence que le fait des princes leur impose.
C’est sans doute ce que la grande prêtresse montoise et le mandarin bayonnais appellent la défense des cultures locales, ce dernier en rajoutant dans l’humour involontaire en revendiquant «ne pas être soumis au diktat des uns et des autres»: il a la verve ravageuse pépère…

Aux bastions avancés qui se débattent furieusement pour défendre la survie d’une CULTURE taurine, on oppose une logique méprisante, exclusivement commerciale, financière et de prestige, qui trouverait une solution facile dans un retour à la raison et à la modération de leur ligne taurine.

Décidément, comme on ne cesse de le répéter, la planète taurine est infiniment plus menacée par l’implosion interne que par la menace de l’astéroïde «zanti».
Mais de tout cela, on reparlera.

L’hiver sera chaud, il ne sera pas question de se laisser plumer sans rien faire et sans rien dire…
En 1789, la détermination du Tiers-Etat et la justesse de sa cause ont triomphé des baïonnettes, qu'on nommait à l'époque bayonnettes.
Xavier KLEIN

Saint-Perdon blues


Toujours à la hauteur les copains de Saint-Perdon!
Un lot de novillos de Baltasar Iban des plus convenablement présentés (le ruedo montois avait perdu l’habitude de l'honnête trapio) et un effort méritoire pour encourager un premier tercio de qualité (remise d’un prix), voilà qui démontre une année encore le souci de qualité et d’éthique entretenu par l’équipe organisatrice.
Et ma foi, comme à l’accoutumée pour ce genre d’exercice, ce fut le comportement encasté des pensionnaires du Cortijo Wellington qui produisit l’émotion et l’intérêt de l’après-midi. On pourra toutefois déplorer, camouflé par la caste, une faiblesse à laquelle ne nous avait pas habitué la casa Iban.

Pour les gonzes, bis repetitas placent, tant pour la composition du cartel que par leur prestation.
Pour résumer mon sentiment, voilà encore une novillada qui par son piquant et son allant eût dû se solder par un monton de trophées valeureusement remportés, mais qui se résuma globalement à ces conclaves de secrétaires abouliques qui picorent des salades diététiques du bout des lèvres avec le petit doigt en l’air tout en faisant des mines.

Le premier se pique de composer la figure sans jamais vraiment toréer (quand bien même saurait-il le faire!). Très joli devant une psyché ou dans les salons comme il faut.

Le second, sait mais ne force guère son talent. A sa décharge, il «convalesce».

Le troisième nous joue «Maciste contre les cornupèdes», oeuvrant dans la gonflette et l’épaulé-jeté façon fort des halles. 4 faroles de rodillas sur le même terrain, cela devient rare.
Du sincère certes, ce qui fait plaisir, mais du rustique. Avec tout de même cette tendance à négliger la demande d’oxygène et de grands espaces de ses opposants, pour leur coller à tout prix sa camelote porfiriesque, ce qui les porte recta à l'extinction des feux et à la grève sur le tas.

On sort avec un sentiment d’incomplétude, la frustration, non pas de ce qui aurait DÛ être fait, mais de ce qui aurait PU être réalisé avec un bétail de cette qualité. Le possible étant affreusement mutilé par la standardisation, l’assèchement drastique de la créativité, de la fraîcheur et de la fantaisie créatrice.
Tout devient si abominablement prévisible!

Il semble toutefois qu’on ait aimé.
N’est-ce pas le plus important par les temps qui courent?
Comme me l’a gentiment fait comprendre un grand chauve moustachu, néanmoins palois et journaliste: «Ich bin ein Taliban».
«Etre exigeant, c’est montrer de l’intérêt.» prétendait André Maurois dans ses remarquables «Lettres à l’inconnue».
On ne lit plus Maurois, c'est bien dommage...
Xavier KLEIN

Dimanche 28 août 2011, arènes du Plumaçon
6 novillos de Baltasar IBAN
Matthieu GUILLON
Sergio FLORES
Fernando ADRIAN

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Photos d'Alexandre KLEIN