
Ô douleur! Ô douleur! Le Temps mange la vie,
Et l'obscur ennemi qui nous ronge le coeur,
Du sang que nous perdons croît et se fortifie.
Charles Baudelaire «Les Fleurs du mal»
Il est certaines informations dont il convient de différer le traitement.
C’est en général une sage précaution qui, non seulement permet d’éviter les bévues, mais surtout autorise une mise à distance de l’émotion.
«L’affaire» de la blessure de José Tomas, et tout le tapage qu’elle a suscitée ne manquent pas de poser quelques questions procédant de l’éthique journalistique ou de la problématique sinon philosophique, du moins morale.
La résurrection miraculeuse au troisième jour du torocide, après qu’on eût avec force détails de plus ou moins bon goût (litrage variable de l’hémoglobine transfusée, photos du père éploré, etc.), annoncé son état critique ne laisse pas d’entretenir quelques questions déplaisantes quant à la réalité de ce qui est véritablement advenu.
C’est en général une sage précaution qui, non seulement permet d’éviter les bévues, mais surtout autorise une mise à distance de l’émotion.
«L’affaire» de la blessure de José Tomas, et tout le tapage qu’elle a suscitée ne manquent pas de poser quelques questions procédant de l’éthique journalistique ou de la problématique sinon philosophique, du moins morale.
La résurrection miraculeuse au troisième jour du torocide, après qu’on eût avec force détails de plus ou moins bon goût (litrage variable de l’hémoglobine transfusée, photos du père éploré, etc.), annoncé son état critique ne laisse pas d’entretenir quelques questions déplaisantes quant à la réalité de ce qui est véritablement advenu.
«Tout autre que lui en serait mort» semble constituer le mot d’ordre qu’on se plait ici ou là à asséner.
Un mot d’ordre qui participe de la création ou de l’entretien d’une légende dorée, qui, à défaut de refléter la réalité, sera à tout le moins exploitable et surtout monnayable, en particulier par ceux qui la véhiculent.
C’est ainsi qu’on peut éventuellement faire monter une cote, quand, rappelons le tout de même, les prestations de l’intéressé ne donnaient pas depuis quelque temps des résultats à la hauteur de ses cachets.
On ne manquera pas de relever que je fais là preuve, comme à l’ordinaire, d’un mauvais esprit endémique.
C’est ainsi qu’on peut éventuellement faire monter une cote, quand, rappelons le tout de même, les prestations de l’intéressé ne donnaient pas depuis quelque temps des résultats à la hauteur de ses cachets.
On ne manquera pas de relever que je fais là preuve, comme à l’ordinaire, d’un mauvais esprit endémique.
Pourtant, cette dramatisation intensive en rappelle bien d’autres, et l'on connaît des «mauvais esprits» qui à l’usage se métamorphosèrent en visionnaires. Que ce soit ceux qui doutaient du bien fondé de certaines guerres pétrolières ou ceux qui prédisaient des catastrophes banquaires ou l'éclatement des bulles spéculatives.
En l’occurrence, je ne voudrais en rien donner dans le procès d’intention. Mais demeure en dépit de tout, une alternative dont les termes, de quelque manière qu’on les retourne, dégagent des fumets nauséabonds.
1°) Ou bien on a délibérément grossi le trait en exagérant la gravité des faits et leurs conséquences, et l’on se trouve alors confronté à une magnifique opération de désinformation et de manipulation, dont on peut (et on doit) se questionner quant aux bénéfices et aux bénéficiaires.
2°) Ou bien J.T. est réellement passé à deux doigts du costume en sapin, et tout cela pose d’autres problèmes.
Si l’on adhère à la seconde hypothèse d’une blessure gravissime telle que les dégâts commis ont été copieusement exposés, on ne peut que s’inquiéter.
Certes la médecine a fait des progrès foudroyants, mais le corps humain, nonobstant les recours et les avancées techniques, n’en demeure pas moins ce qu’il a toujours été, le contraire d'une machine dont on peut disposer en refaisant la vidange-graissage, ou en changeant la pièce usagée ou défectueuse en cas de panne ou d'avarie.
Perdre des litres de sang, subir une anesthésie, refaire la «plomberie» d’une zone fémorale ne sauraient dans tous les cas de figure être sans conséquences. Sans parler du «trauma» psychologique dont il faudrait être complètement abruti pour l'ignorer.
La fatigue, la rémanence des drogues employées, l’impact traumatique, y compris chez l’être d’exception que l’on se plait à évoquer, ne peuvent pas effacer les traces de cette violence faite à un corps.
En l’occurrence, je ne voudrais en rien donner dans le procès d’intention. Mais demeure en dépit de tout, une alternative dont les termes, de quelque manière qu’on les retourne, dégagent des fumets nauséabonds.
1°) Ou bien on a délibérément grossi le trait en exagérant la gravité des faits et leurs conséquences, et l’on se trouve alors confronté à une magnifique opération de désinformation et de manipulation, dont on peut (et on doit) se questionner quant aux bénéfices et aux bénéficiaires.
2°) Ou bien J.T. est réellement passé à deux doigts du costume en sapin, et tout cela pose d’autres problèmes.
Si l’on adhère à la seconde hypothèse d’une blessure gravissime telle que les dégâts commis ont été copieusement exposés, on ne peut que s’inquiéter.
Certes la médecine a fait des progrès foudroyants, mais le corps humain, nonobstant les recours et les avancées techniques, n’en demeure pas moins ce qu’il a toujours été, le contraire d'une machine dont on peut disposer en refaisant la vidange-graissage, ou en changeant la pièce usagée ou défectueuse en cas de panne ou d'avarie.
Perdre des litres de sang, subir une anesthésie, refaire la «plomberie» d’une zone fémorale ne sauraient dans tous les cas de figure être sans conséquences. Sans parler du «trauma» psychologique dont il faudrait être complètement abruti pour l'ignorer.
La fatigue, la rémanence des drogues employées, l’impact traumatique, y compris chez l’être d’exception que l’on se plait à évoquer, ne peuvent pas effacer les traces de cette violence faite à un corps.
A moins d’envisager que le sieur J.T. n'entretienne un tel tropisme masochiste pathologique, que la meurtrissure de son corps ne concoure à le dynamiser. Ce qui poserait en soi une question tout à fait dérangeante.
Ce qui me heurte et me scandalise fortement –suis-je le seul?- c’est qu’on semble s’être beaucoup plus préoccupé de l’impact économique de cette «tragédie», que de l’homme lui-même.
Il y a là des réactions qui ont frisé l’abjection. Il y a là aussi, une abjection qui n'a pas été dénoncée.
Ce qui me heurte et me scandalise fortement –suis-je le seul?- c’est qu’on semble s’être beaucoup plus préoccupé de l’impact économique de cette «tragédie», que de l’homme lui-même.
Il y a là des réactions qui ont frisé l’abjection. Il y a là aussi, une abjection qui n'a pas été dénoncée.
Certes, cauteleusement et avec tartufferie on s’inquiétait du destin du grand homme, mais en réalité la préoccupation était toute autre, de l’ordre des gros sous, et des programmations mirifiques qui tombaient à l’eau.
«Un être vous manque et tout est dépeuplé».
«Un être vous manque et tout est dépeuplé».
En dehors du fait qu’il faudrait sérieusement s’inquiéter de la dépendance démesurée de la destinée de la chose taurine par rapport à l’un de ses protagonistes, on ne peut que déplorer qu’en dépit des discours laudateurs, l’homme J.T. se voie, de fait, réduit à la dimension d’un objet économique et d’un investissement juteux.
On a vu l’an dernier comment El Fundi a pâti d’une reprise prématurée.
Désir personnel? Pression de l’entourage? Exigences des empresas?
On a vu l’an dernier comment El Fundi a pâti d’une reprise prématurée.
Désir personnel? Pression de l’entourage? Exigences des empresas?
Qui sait ce qui pousse un torero à s’acharner ainsi à retourner invariablement au champ d’honneur et à mettre en péril, par l’insuffisance de la considération portée à son corps et à son esprit (mais peut-on séparer les choses?) sa santé et sa vie.
Le torero et la figura J.T. m’importent peu, d’autant que je ne suis guère sensible à son art.
Le torero et la figura J.T. m’importent peu, d’autant que je ne suis guère sensible à son art.
Par contre, le destin et l’existence de l’homme José Tomas me concernent considérablement et je ne voudrais pas croire que pour des questions de narcissisme mal placé (un euphémisme pour pundonor) ou pis pour des motivations bassement matérielles, cet homme mette stupidement sa santé et sa vie en balance.
L’exigence est certes une vertu, mais elle doit s’accompagner de l’indulgence que l’on doit à son cœur et à son corps. La tauromachie doit reposer sur l’évaluation raisonnée du risque, non sur un jeu morbide avec la mort qui la transformerait en une ignominie malsaine.
L’exigence est certes une vertu, mais elle doit s’accompagner de l’indulgence que l’on doit à son cœur et à son corps. La tauromachie doit reposer sur l’évaluation raisonnée du risque, non sur un jeu morbide avec la mort qui la transformerait en une ignominie malsaine.
Qu'un homme prenne des risques calculés et se confronte au danger quand il se trouve en pleine possession de ses moyens est une chose. Une chose qu'on appelle tauromachie.
Qu'il ignore et contraigne son corps meurtri sans l'entendre procède, à mon sens d'un dépassement mortifère des limites. On ne va pas aux arènes pour voir mourir des hommes.
Foin des intérêts de bas étage, laissons à José Tomas prendre le temps de faire le deuil de sa blessure et de se remettre pleinement dans son corps et dans sa tête avant que de revenir dans les ruedos.
C’est tout le mal que je lui souhaite.
Foin des intérêts de bas étage, laissons à José Tomas prendre le temps de faire le deuil de sa blessure et de se remettre pleinement dans son corps et dans sa tête avant que de revenir dans les ruedos.
C’est tout le mal que je lui souhaite.
Xavier KLEIN

La succession de nouvelles laisse un tableau incandescent, halluciné et hallucinant du Mexique des années 1920 et de la guerre des cristeros.











































