Humeurs taurines et éclectiques

mardi 20 avril 2010

MUGRON 2010


Quelques photos de la novillada de Mugron, sans prétentions, comme dab.
Juste ces détails qui me tirent l'oeil... et le coeur, et la tentative de saisir sur les visages et à travers les traits et les corps, l'infinie palette des sentiments et des émotions.
La concentration, la fatigue, la satiété, le soulagement, et sur les gradins le récital ubuesque d'un hautbois mélancolique réclamant la lumière là où d'autres se réjouissent de l'ombre.
Un grand merci à l'organisation de Mugron de m'avoir autorisé le callejon pour saisir ces tranches de vie.

NOTA: Je ne fais pas profession de la photographie, mais je souhaiterais que contrairement à de fâcheux précédents, ceux qui voudraient utiliser celles-ci aient la gentillesse et la courtoisie de me le demander, ce que je ferai avec plaisir et gratuitement.






































lundi 19 avril 2010

Meilleurs souvenirs d'AIGNANS

Une bien sympathique virée au coeur de la Gascogne profonde, au confluent des délices, Armagnac, Madiran, garbure, clochers aux allures moraves et surtout bonne franquette sans prétention.
La novillada sans piquée de Malabat avec un nouveau rejeton de la dynastie Leal, fort plaisant.


Un salle des fêtes fort animée avec quelques accents trianeros


Sous l'oeil enjoué du Maestro Marc ROUMENGOU
Les brunes s'y mettent aussi... pourtant Monsieur Delon était absent

et quand le duende surgit, alors...
En revanche, question duende, c'était pas le jour pour Valverde



Ni pour le beau Serge

Un oubli, sans doute!
Ce que c'est que l'usure naturelle quand même!
Muy asaltillado, isn't?
Le grand moment de la journée, une énorme estocade de Bolivar

jeudi 15 avril 2010

Qu’est-ce que le bon toreo? SUITE

" Albayde" (1884) Alexandre CABANEL

Lorsqu’on use et abuse pour défendre la tauromachie, des concepts de culture et de tradition, il paraît parfaitement absurde, dans le même temps, de tenter de promouvoir à toute force celui de modernité.
L’antinomie des termes est toujours destructrice d’un discours.

C’est une évidence tellement limpide qu’on ne peut que s’étonner qu’elle ne saute aux yeux de tous.
Est-ce à dire que la corrida doit demeurer un phénomène immobile, hors du temps, figée dans un carcan de normes éternelles et intangibles?
Ce serait bien entendu stupide et utopique. Et cela serait aussi la dénégation de tout ce qui a pu évoluer depuis les origines.
Pour autant, toute évolution peut-elle être envisagée et surtout légitime?

La question est complexe.

On la retrouve posée, dans les mêmes termes, pour d’autres pratiques culturelles ou artistiques (cinéma, peinture, danse, littérature, etc.). Elle s’annonce comme d’autant plus complexe que pour la même activité, plusieurs traditions ou écoles peuvent coexister.
Andy Warhol, expression d’une culture américaine délibérément détachée de ses racines européennes cohabite avec Dali ou Picasso, qui bien qu’inscrits dans une modernité incontestable, se rattachent toutefois profondément à la grande tradition de la peinture espagnole, et se reconnaissent comme héritiers du Greco, de Velazquez ou de Goya.
En tauromachie, cette diversité existe, entre trémendisme, classicisme, «flamenquisme», etc., entre l’art de Joselito et celui de Belmonte, entre celui de Rafaël de Paula et celui de Paco Ojeda.
Ces différentes traditions ou écoles se fondent sur l’accent porté sur un aspect ou une sensibilité particulièrement traités ou développés par un courant. L’esthétisme chez les toreros artistes, le spectaculaire et la prise de risque chez les trémendistes, la lidia technique chez les classiques, etc. Toutefois, ces différenciations de perception ou de traitement du sujet, n'altèrent en rien, où ne devraient pas altérer ce qui constitue le corpus central du "message", c'est à dire la confrontation conflictuelle entre l'homme et le toro, entre culture et nature, même si cette confrontation se voit sublimée par le moyen de l'art. Art qui ne devrait demeurer qu'un moyen, et non une fin.
La singularité de la corrida provient de la persistance d’un cadre rigide et inchangé, d’impératifs incontournables qui la définissent avec persistance depuis quasiment ses balbutiements originels. Et c’est en cela que la corrida se caractérise avant tout comme un phénomène avant tout RITUEL.
De la dynamique ternaire omniprésente dans tous ses aspects, et surtout dans son organisation en 3 tercios, jusqu’à la rigidité du cérémonial, en passant par la vesture même des acteurs, tout persiste intemporellement en tauromachie.
Et cette intemporalité est consubstantielle à son essence même.
La persistance d’un traje de luces, quasiment inchangé depuis 150 ans est, à cet égard symptomatique. Une persistance qui ne doit rien, ou pas grand chose, à l’objet réel de la corrida.
Imaginons par exemple que par un coup de baguette magique ou par l’effet de quelque filtre d’éternelle jouvence, un Antoñete retrouve ses 20 ans. Et qu’il surgisse dans un cartel du cycle sévillan, pratiquant la même tauromachie épurée et lumineuse, mais vêtu et casquetté de cuir, chaîné et clouté d’or, fanfreluché et santiaguisé à souhait comme un biker californien.
Scandale sans nul doute, car non respect des dogmes, codes et usages.
Pourtant l’essentiel serait préservé, l’art et la manière seraient bien là! Mais ce serait définitivement inconcevable.
Et c’est là, me semble t-il, que gît tout le problème.
On semble en ce moment accorder plus d’importance à l’accessoire, au décorum, au paraître ou au (faux) semblant, qu’à l’essence même, à l’âme de la tauromachie.
Certes, je suis de ceux qui accordent une attention sinon égale du moins aussi intense au fond qu’à la forme, mais justement, cette préoccupation ne saurait qu’être contrariée par la dénaturation croissante du fond, qu’on sent subrepticement se développer depuis quelques années.
HARMONIA: équilibre, tout est là. Ou plutôt tout devrait y être.
L’âme de la tauromachie c’est le toreo.
Et qu’on le pratique d’or, de jean, en string latex à paillettes ou en tenue d’Adam, l’essentiel demeure la confrontation d’un homme et d’un toro, dans un ballet de mort qui débouche sur la vie.
Encore faut-il qu’il y ait confrontation… Et cela dépend entièrement du toro, de quel toro on parle, quel toro on combat.
Tout en découle et tout prend sens à partir du toro. Sans toro digne de ce nom, la pique ou les banderilles perdent toute signification, et deviennent des simulacres, voire des parodies. Or, toute la tauromachie actuelle tend à s’organiser autour de l’homme, de ses attentes (pour le public), de ses besoins (pour les toreros). On n’est plus dans l’équilibre mais dans la satisfaction de la commodité.
Or le toreo c’est la résolution de l’incommodité.
Le toro est un mystère et une équation qu’il s’agit de déchiffrer.
Par delà le simple bestiau, c’est la représentation de l’énigme de la Nature (celle extérieure à l’humain), et sa propre nature intérieure à laquelle l'Homme se doit de se confronter dans un conflit et une tragédie éternels. Nature et culture…

Que penserait-on d’un chercheur en mathématiques qui ne se frotterait exclusivement qu’aux problèmes qu’il sait résoudre?
C’est pourtant la pratique des figuras modernes qui évacuent toute possibilité d’embarras, pour répéter à l’infini, ce qui n’est plus une quête ou une recherche du dépassement, mais l’aménagement des divers possibles de la facilité.
La plupart des courants artistiques ont connu de tels dérapages, sous des vocables divers: maniérisme, rococo, académisme, pompiérisme. Ils recouvrent les périodes de dégénérescence entre deux mouvements puissants et s’avèrent souvent des stades de gestation annonciateurs d’innovations futures.
On entend parfois prétendre qu’on n’a jamais mieux toréé qu’en ce moment, on entend aussi parler d’âge d’or. Je suis totalement en désaccord avec ces analyses.
Tout au contraire, et la désaffection des arènes l’atteste: pour l’heure, la décadence est là, même si la plupart des commentateurs officiels, engoncés dans leurs certitudes se refusent à l’admettre.
Les commentateurs officiels! Ceux qui de toute éternité ont porté et soutenu l’art académiste et qui n’ont jamais rien compris aux mouvements en cours. Ceux qui ont ignoré les impressionnistes, les cubistes, les abstraits, ceux qui n’ont pas su ou pu voir les Van Gogh ou les Modigliani, parce qu’ils bousculaient les goûts conformes du bourgeois.
L’art officiel dans la tauromachie d’aujourd’hui a ses idoles: Ponce, Pereira, Talavante, Castella et même depuis 3 ou 4 ans J.T., l’E.T.

Que restera t-il d’eux dans 20 ans?
On parle toujours de Rafaël de Paula ou de Curro Romero, mais combien de fois les a t-on produits dans les grandes ferias françaises, et que reste t-il des gloires moultes fois répétées dans les cartels festifs de l’époque?
Qui se souvient aujourd’hui d’Auguste TOULMOUCHE, d’Alfred AGACHE, de William BOUGUEREAU ou d’Alexandre CABANEL, barbouilleurs tous très en vogue et bien mieux cotés et vendus dans le XIXème siècle finissant et bourgeois que des trous du culs comme COURBET, MONNET ou MANET.
Faut-il pour autant parler de «fin de la tauromachie», comme on parlait il y a peu, de la «fin des civilisations»? Rien de moins sûr! Le balancier ne tardera pas à repartir dans l’autre sens.
Enfin, si on le laisse libre de son mouvement!
Xavier KLEIN
A SUIVRE

"L'origine du monde" (1866) Gustave COURBET

Qu’est-ce que le bon toreo?

Ne prétendant nullement au doctorat es tauromachie, je me cantonne le plus souvent à traiter de problèmes de fond qui me semblent rattacher le phénomène taurin à l’universel.
La dissection de l’épiphénomène que représente la corrida, épiphénomène au regard d’une infinité de thèmes autrement plus essentiels dans notre vie, permet toutefois d’aborder des problématiques fondamentales (la vie, la mort, la souffrance, le risque, etc…).
Pour une fois, je voudrais me risquer à émettre une opinion sur un sujet certes technique, mais qui n’en recèle pas moins des enseignements plus généraux.
Ma réflexion part d’un constat sur lequel d’aucuns peuvent s’accorder. Que ce soit du point de vue statistique (l’ensemble des corridas toristas) ou au vu d’une après-midi taurine, on constate un sacré différentiel entre la foison de trophées récoltés par des toreros toreristas et lors de corridas toreristas, et l’indigence qui est de règle pour les toreros et pour les corridas toristas.
Est-ce à dire que les uns sont plus mauvais que les autres?
Certes, qu'on le déplore ou non, on devient malheureusement torero torista plutôt par l’échec. C’est à dire parce qu’on ne parvient pas à s’imposer (et à imposer «ses toros») dans le cercle très fermé des figuras, et que l’on tore dans ce répertoire à défaut d’être reconnu dans l’autre.
C’est éminemment regrettable, mais c’est ainsi.
Je me suis plusieurs fois amusé à demander à mes interlocuteurs quelles étaient pour eux les figuras du moment. Sur la dizaine de noms généralement énoncés, très rarement paraît celui d’un torero torista (tel qu’El Fundi par exemple). Pourtant, le bagage technique d’un Fundi, d’un Espla, d'un Damaso Gonzalez ou d’un Ruiz Miguel n’a rien à envier à celui des figuras en vogue. Et ce n’est pas pour rien que ces dernières ne se confrontent guère avec des toros de respect qui ne les autoriseraient probablement pas à la répétition des «prodiges» qu’ils nous servent à l’ordinaire devant les pensionnaires de J.P.D. auxquels ils sont abonnés.
Pourtant, c’est un fait, on ne pense jamais, ou si peu, à ces honorables belluaires lorsqu’on évoque «una figura».
Le public torista se montre t-il infiniment plus attentif à une juste rétribution des trophées? Le public torista, plus exigeant serait-il donc plus sévère, moins demandeur de trophées?
Il est vrai qu’en général, pour apprécier une corrida torista, il convient de mobiliser infiniment plus de savoirs et de connaissance du toreo, que pour jouir béatement de l’esthétique, immédiatement perceptible par n’importe quel quidam, du «toreo moderne» qui, par définition est conçu pour la masse.
J’avance «en général», parce qu’il me semble que sur ce terrain là, nous assistons également à une perte considérable de compétence.
En témoignent les réactions aberrantes que j’ai pu constater dans une plaza comme Vic où l’on réclamait par exemple des vueltas pour des mansos qui avaient connu la bonne fortune de multiplier les piques, y compris sans bravoure.
De même, il faut déplorer l’absurdité d’un public qui réclame que l’on torée un bétail de respect selon les mêmes canons qu’on exige devant les animalcules domecquisés.
Dernière explication, les toros de respect ne «permettraient» pas, par leur «incommodité», les triomphes auxquels s’attachent leurs cousins plus civilisés et urbains?
A voir... De quelque manière que l’on retourne la chose, l’ensemble de ces interrogations se rapporte à deux questions fondamentales:
QU’EST-CE QU’UN BON TORO?
Et par voie de conséquence:
QU’EST-CE QU’UN BON TOREO?
Il y a paraît-il des gens qui sont extrêmement savants et qui sauraient définir ce qu’est et doit être un bon toro.
Personnellement l’entreprise me semble pour le moins hasardeuse et en tous cas parfaitement affective et subjective.
Tout d’abord parce qu’elle se rapporte à des présupposés et à des goûts: qu’est-ce qui touche ou émeut dans un toro?
Ensuite parce que la compétence du torero influe considérablement sur la mise en valeur de son adversaire.
On sait ces dilemmes d’après-corrida où l’on en est à se demander si le problème venait du toro ou du torero, et en tous cas du toreo.
Parmi ces présupposés, le principal tient à l’idée que l’on se fait de la tauromachie. Pour ma part, la tauromachie est un combat, donc un toro digne de ce nom est pour moi un toro qui combat, un toro qui charge, et non un toro qui passe.
Toutefois cette définition exhaustive ne saurait satisfaire, et j’en connais certains qui recherchent tout particulièrement la sauvagerie ou le genio, quand d’autres n’accepteront que le «son» ou la fijeza.
Adepte du paradoxe et de la loi apollinienne d’harmonie, j’oserai avancer que le toro idéal, donc inexistant, doit être le produit de l'union des contraires, et comme les médicaments peuvent être aussi des poisons, doit unir et marier le «ying» et le «yang».
Certes de la bravoure (au sens classique du terme, c’est à dire l’instinct offensif), de la noblesse, mais également une once de genio, un soupçon de sentido (pour lui éviter d’être idiot), une bonne dose de sauvagerie et une pincée de nervio. En fait tout ce qui fait qu’un toro sera «de combat», pleinement adversaire et nullement collaborateur, mais que pour autant il consentira au «jeu» ou plutôt au défi, avec cette qualité qui résume tout: le «piquant».
Tout cela bien évidemment sans parler, ce qui va de soi, d’une présentation intègre et dans le type, et des ressources physiques qui lui permettent le combat.
On me répondra que c’est là le désir général.
Que nenni!
Ma définition exclut à priori 70% de ce qu’on voit sortir dans l’arène, et surtout l’archétype qu’on a monté au pinacle: Desgarbado.
Le toro adversaire?
Le toro partenaire?
Le toro qui permet (mais quoi?)?
Le toro commode?
Le toro-toro?
Faut-il choisir?
Comotive ou zoizillon (voir poème ci-dessous)?
L’ennui provenant de l’uniformité, peut-être devons-nous veiller à tout préserver. Après tout, le caniche toiletté et le doberman, le chihuahua et le danois coexistent sans problèmes dans l'espèce canine.

Xavier KLEIN

SUITE A VENIR
Comme cela, pour changer, l’un de mes poèmes de chevet:

ELLE SERAIT LA, SI LOURDE
Elle serait là, si lourde
Avec son ventre de fer
Et ses volants de laiton
Ses tubes d'eau et de fièvre
Elle courrait sur ses rails
Comme la mort à la guerre
Comme l'ombre dans les yeux
Il y a tant de travail
Tant et tant de coups de lime
Tant de peine et de douleurs
Tant de colère et d'ardeur
Et il y a tant d'années
Tant de visions entassées
De volonté ramassée
De blessures et d'orgueils
Métal arraché au sol
Martyrisé par la flamme
Plié, tourmenté, crevé
Tordu en forme de rêve
Il y a la sueur des âges
Enfermée dans cette cage
Dix et cent mille ans d'attente
Et de gaucherie vaincue
S'il restait
Un oiseau
Et une locomotive
Et moi seul dans le désert
Avec l'oiseau et le chose
Et si l'on disait choisis
Que ferais-je, que ferais-je
Il aurait un bec menu
Comme il sied aux conirostres
Deux boutons brillants aux yeux
Un petit ventre dodu
Je le tiendrais dans ma main
Et son coeur battrait si vite...
Tout autour, la fin du monde
En deux cent douze épisodes
Il aurait des plumes grises
Un peu de rouille au bréchet
Et ses fines pattes séches
Aiguilles gainées de peau
Allons, que garderez vous
Car il faut que tout périsse
Mais pour vos loyaux services
On vous laisse conserver
Un unique échantillon
Comotive ou zoizillon?
Tout reprendre à son début
Tous ces lourds secrets perdus
Toute science abattue
Si je laisse la machine
Mais ses plumes sont si fines
Et son coeur battrait si vite
Que je garderais l'oiseau.

Boris Vian

mardi 13 avril 2010

RAUL VELASCO

Des nouvelles de Raul VELASCO, un torero pour lequel beaucoup nourrissent intérêt et affection pour sa sincérité, son aficion et son sens de la lidia "de verdad".
Un site magnifique lui est consacré.
Certains auront profit à s'y remémorer sa faena d'Orthez 2009 (http://www.raul-velasco.com/orthez20091.html), et peut-être, qui sait, à nourrir des regrets rétrospectifs.

Suerte Raul!

vendredi 9 avril 2010

ETHIQUE ET POLITIQUE

Il est rare qu’un problème humain, politique ou social n’ait qu’une cause unique, de même qu’il ne saurait procéder d’une seule solution.
Ce qui peut être vrai en mathématiques, ne l’est quasiment jamais dés que l’humain rentre en jeu.
C’est pourtant ce que l’on tend trop souvent à nous faire croire, et pour être juste, c’est ce que trop souvent nous préférons croire, parce que c’est plus commode et surtout plus confortable.

Ainsi l’esprit humain, faisant fi de la subtilité se satisfait-il volontiers de solutions simples, voire simplistes fondé sur des analyses simples, voire simplistes. Ce penchant prononcé suscite le succès de tous les démagogues, bateleurs culturels ou camelots politiques qui proposent avec un succès toujours renouvelé de raser gratis.
Un autre travers complémentaire consiste contre vents et marées à entretenir l’illusion qu’une solution parfaite puisse exister. Grâce à quoi, on se prépare de solides désillusions, tant qu’on a pas compris qu’un choix doit se fonder sur la loi du moindre inconvénient et que lorsqu’on retient quelque chose, on perd quasiment automatiquement autre chose.
Il s’agit en fait de choisir entre ce que l’on veut privilégier et ce que l’on accepte de sacrifier.
Ces considérations peuvent sembler évidentes et pourtant ne s’imposent nullement dans la vie de tous les jours.
Pour reprendre le thème souvent développé de la «crise taurine» et précisément la question de savoir «Pourquoi les arènes se vident?», l’analyse de la situation mobilise de multiples facteurs qu’il convient d’examiner en évaluant pour chacun d’entre eux la pertinence, l’importance, et la réalité.
Le plus difficile dans cet exercice, est de considérer avec lucidité, c’est à dire sans la surestimer, ni la sous-estimer, la part de responsabilité que l’on porte dans une situation.
En effet, le réflexe inné est de reporter instinctivement la responsabilité sur l’Autre, ce qui évite le désagrément de se questionner.
Ce travers me semble particulièrement développé chez les taurins, qui se distinguent par une propension extrêmement marquée au déni et au report sur l’Autre de toute responsabilité.
Ainsi est-ce quasiment toujours de la faute du «mauvais» toro, du «mauvais» éleveur, du «mauvais» aficionado, du «mauvais» public, du «mauvais» critique, du «mauvais» blog, du «mauvais» «zanti», et quelquefois même du «mauvais» temps.
Il n’est que rarement question des «mauvais» tarifs, des «mauvais» cartels, des «mauvaises» figuras, des «mauvais» subalternes, des «mauvais» apoderados, du «mauvais» toreo moderne, des «mauvaises» stratégies, , et quand on pose la («mauvaise») question on devient cette fois ci un «bon» fossoyeur de la corrida.
J’ai beau me creuser les méninges, je n’arrive pas à trouver le rapport existant entre l’anti-taurisme et la désaffection des arènes. Quand bien même 60% de la population espagnole serait opposée à la tauromachie, cela laisse 40% qui y demeurent favorables, soit ôtés les vieillards, les nourrissons et les grabataires, quelques 15 millions d’ibères, de quoi remplir très largement et au delà, les ruedos d’outre-pyrénées.
Par contre, je saisis parfaitement le rapport entre le prix d’un abono et le revenu d’un chômeur andalou ou français, ceci expliquant cela. Et je doute que la seule proclamation urbi et orbi de la tauromachie «Patrimoine Immatériel de l’humanité» améliore suffisamment leur précarité financière pour qu’ils puissent gaillardement envisager de prendre un abono sol dans les cimes de la Maestranza. De même que je doute que la dite proclamation puisse changer quoique ce soit aux pitoyables exhibitions et prestations des toros dits «modernes» et des figuras qui les dressent, dans les ruedos de ce début de temporada.
Dois-on pousser la cruauté jusqu’à subodorer que le public ne verrait aucune retombée d’une hypothétique baisse de l’I.V.A. (T.V.A. espagnole) sur les spectacles taurins. Pas plus que le consommateur français (ou les salariés du secteur) n’aura vu la couleur de la baisse de la T.V.A. sur la restauration. Les profits des empresas ou/et des apoderados vont grossir, c’est tout.
Comment appelle t-on ce type de logique déjà? Ca commence par un «L», ça se termine par «ISME», et on trouve «IBERAL» au milieu.

Il paraît qu’on peut édifier des murailles infranchissables. La dernière en date s’appelait la ligne MAGINOT, elle a coûté très cher et fut contournée sans problème à la première offensive de la Wehrmacht.
Son promoteur se prénommait André... Fatalitas! Fatalitas!
Dans un précédent article, j’évoquais le mur des spartiates de Leonidas, infiniment plus solide que le rempart des Thermopyles.
L’âme, la force de Sparte résidaient entière dans la fidélité aux lois de Lycurgue («celui qui éloigne les loups») qui méprisait le luxe, la compromission, l’amollissement des mœurs et instaura l’éducation spartiate, toute d’exigence et de rigueur. Les spartiates méprisaient l’argent. Seul l’honneur, le bien public, l’égalité entre les citoyens (réduits aux seuls spartiates il est vrai) et le respect intransigeant des lois leur importait. Tout le contraire de ce qu’on nous propose.
Quand la corrida retournera à ses vrais fondamentaux: des toros qui soient des vrais toros, des toreros qui soient des vrais toreros qui les combattent; quand la qualité reprendra la primeur sur le profit des acteurs; quand le public viendra pour voir et non pour se montrer, quand le sens et le fond prendront de nouveau le pas sur la forme, alors nous n’aurons nul besoin d’arguties, la corrida se défendra d’elle-même, par ses seules vertus.
Elle n’aura besoin ni d’avocats, ni de pregoneros, elle attirera, comme jadis, les artistes et les poètes qui en chanteront les grâces.
Il n’est pas question ici d’une politique mais d’une éthique. Et c’est parce que la tauromachie passe du registre éthique au champ politique qu’elle se voit affaiblie et en conséquence attaquée.

Xavier KLEIN
*

jeudi 8 avril 2010

La tauromachie ne peut exister que dans les ruedos

«Un livre qui passe à la télévision est un livre menacé, parce que la télévision transforme le livre en spectacle»

Jean d'Ormesson
«La télévision est faite pour ceux qui, n'ayant rien à dire, tiennent absolument à le faire savoir.»
Pierre Dac
Figurez-vous que je suis affligé de quelques infirmités psychiques qui ne laissent pas de m’embarrasser.
Outre une hyperactivité chronique qui ne me laisse point demeurer en place, ni coucher avant des heures avancées de la nuit, je pâtis fortement d’une agoraphobie qui se conjuguant avec une once de claustrophobie, me porte à me détourner des lieux clos et peuplés.
C’est dire qu’à mon grand regret, j’ai quelques difficultés à fréquenter les théâtres, les salles de cinéma ou de concert, les discothèques, mais également les stades et en général tous lieux où la foule se concentre et se presse. Quand j’y suis contraint, ma première préoccupation est de repérer l’issue salvatrice, ma deuxième étant de m’en extraire.
L’arène constitue l’un des seuls endroits où la chose ne me paraisse pas insurmontable et porte quelque plaisir.
Pourquoi? Mystère…
Sans doute parce que s’y joue l’objet sous-jacent de la phobie et qu’on ne peut faire l’économie de s’y soustraire.

Mais tout aussi sûrement parce que le fait tauromachique, la «messe taurine», telle qu’il me plait de la nommer, ne peut A MON SENS n’être connue et vécue qu’en direct et en présence.
Loin de moi toute intention de critiquer ou de noircir ceux qui considèrent la chose autrement, je ne fais ici qu’exprimer ce que je ressens.
Par essence même, et dans «essence» s’entend le mot «sens», la tauromachie est un art de l’éphémère, mais c’est aussi et surtout un rituel communautaire (et non pas communautariste!) de célébration et de commémoration de notre humanité (et pour les «zantis» de notre inhumanité, ce qui revient au même…).
Qu’on veuille bien m’en excuser, mais je me refuse donc en règle générale, hormis pour des motifs de documentation, à suivre les corridas télévisées ou à regarder des D.V.D.

Pour préciser ma pensée, je voudrais évoquer l’un des plus moments taurins les plus marquants de ma vie, la faena que Francisco Rivera PAQUIRRI donna à Dax au toro Cariñoso d’Atanasio FERNANDEZ.
J’étais ce jour là enthousiaste, baigné de félicité et d’un profond sentiment de plénitude. Dans mon souvenir, cette faena me paraissait un summum, une perfection indépassable, un instant de grâce. La revoir en film super 8 fût une malédiction.
D’abord parce que depuis les années 70 la tauromachie a évolué, et que ce qui paraissait alors extraordinaire s’est ensuite banalisé. Ensuite parce que détachée du contexte et de la ferveur ambiante, on en discernait toutes les imperfections, et on n’y trouvait aucune grâce.
L’acte taurin exprime donc une émotion à un moment donné, dans un lieu et un contexte donnés. Découplé de cet instant, de ce lieu, de ce contexte, il perd selon moi toute signification, et une grande partie de sa saveur, comme ces poissons aux couleurs éclatantes qui deviennent ternes et cadavériques quand on les tire de leur lagon d’origine.

La représentation télévisuelle de la tauromachie pose d’autres problèmes dont certains furent souvent évoqués.
Le regard humain englobe tout, la caméra est limitative.
Le cerveau humain TRADUIT une image ou une scène vécue, analysant et remettant instantanément en perspective la multiplicité des informations reçues (éloignement, cadrage, angle et champ de vision, perspective, sons, odeurs, température, etc.). S’y mêle également un facteur déterminant que nos amis orientaux et notamment japonais prennent terriblement en compte et que nous avons tendance à minimiser, ce qui pourrait se traduire par «air du temps», et que nous qualifions d’«ambiance». Une ambiance qui déterminerait fortement le contexte.
A Tokyo ont été menées des études extrêmement sérieuses, sur le «ressenti» et sur les ressorts de la prise de décision par des groupes, selon les circonstances. On a notamment analysé les réactions souvent divergentes entre des groupes de cadres dont certains assistaient à une réunion in situ, et d’autres y participaient par vidéo-conférence. Les réactions, vécus et décisions s’avéraient totalement différents selon qu’on est présent ou à distance.
Paradoxalement, l’outil a priori neutre qu’est la caméra, se montre infiniment plus subjectif qu’il n’y paraît. En fait, la caméra n’est que l’œil -subjectif- de celui qui filme. Les plans retenus sont les choix du monteur. L’ensemble reflète les options du producteur. Tout cela, cette relativité, on l’apprend tant dans les écoles de photographie que dans les formations audio-visuelles où l’on insiste beaucoup sur le décryptage des images.
On voit donc la tauromachie que l’on veut nous montrer, on vit l’émotion qu’on veut nous transmettre. La vidéo est volontairement ou involontairement manipulatrice, ou tout au moins directrice. C’est d’ailleurs une critique -justifiée- des «zantis», qui n’hésitent d’ailleurs pas à procéder de même, mais au profit de leurs thèses.
Il faut également prendre en compte le décalage produit par l’image, qui relève d’un univers qu’on le veuille ou non virtuel, par rapport à la puissance du réel. C’est une chose d’assister corporellement à un drame (accident de voiture, etc.), c’en est une autre de le voir à la télé. Avoir devant soi un gamin qui meurt de faim dans le 1/3 monde est une autre expérience que de l’entrevoir distraitement aux infos.
Cette perte de la réalité par le passage d’un «monde complet» en trois dimensions (auxquelles s’ajoutent la contribution de tous les autres sens) à un monde codifié et plan en deux dimensions contribue à démystifier, à «désenchanter» un monde qui se sépare de plus en plus du magique, du merveilleux, dans la même proportion qu’il se sépare du réel.

Par delà ces «subtilités» techniques, nous abordons là le plus gros inconvénient de la retransmission télévisée qui tient à son objectif même.

Banaliser de la sorte ce qui doit demeurer de l’ordre de l’exceptionnel engendre des conséquences qu’on ne peut écarter par quelques arguments vite énoncés ou quelque revers de main dédaigneux.
Assister à une corrida procède d’une démarche, d’un désir et d’un projet construits.
Une corrida s’inscrit dans un contexte, le plus souvent festif. On se pomponne, certains revêtent même l’uniforme, on part pour la journée, on fait des kilomètres, on apéritive, on banquette, on festoie, on «bataille», on voit du monde, on paie cher, on est souvent déçu, on rebataille, etc.

Il y a l’attente, l’espérance, la consommation. Toutes choses dont on fait l’économie devant le petit écran, qui ne nécessite aucun de ces rituels préalables, aucune de ces rencontres avec l’Autre, nulle communion.
N’est-il d’ailleurs pas singulier que le passage croissant au télévisuel s’accompagne de plus en plus des rendez-vous de peñas, maigres palliatifs de l’acte festif et collectif de l’arène.
Infiniment plus inquiétante est la mutation d’un RITUEL POPULAIRE en SPECTACLE DE MASSE. Une mutation porteuse de modélisation et de concentration des formes en quelques stéréotypes normalisés de ce qui doit être beau et admirable.
La vidéo désenchante certes, mais pire transforme l’exceptionnel en ordinaire. On y voit dans les plus grandes arènes, les plus grandes ferias, pourvues des meilleurs (ou supposés tels) acteurs du système y produire leur maximum (ou supposé tel). Ce maximum devient implicitement la norme. Le luxe perd tout attrait lorsqu’il se galvaude.
Comment veut-on que le spectateur lambda s’y retrouve en partant à Parenfort, Roquetis, Airethez ou Beaucaistres et en y payant bien plus cher que son abonnement ou son DVD pour se confronter à la simple et banale incertitude de la vie taurine «ordinaire»?
La rareté ou l'absence créent le désir, la profusion l'éteint. Que l'on cesse de montrer les corridas à la télé, et l'on ira les voir dans les arènes. Parce qu'il n'y aura pas d'autres moyens. Parce que ce qui est rare est précieux et devient convoité. Un truisme tellement évident qu'il ne peut que donner à penser.
La banalisation télévisuelle de l’exceptionnel n’engendre que de la déception, et, à terme, la désaffection des arènes. LA TELEVISION ET LA VIDEO NUISENT A LA TAUROMACHIE. Tout comme elles ont nui au théâtre, à l'opéra, au music-hall, aux concerts et au cinéma. Tout comme elles ont délité le lien social entre les gens, le paseo vespéral dans les villes espagnoles, les rues animées des villes françaises les soirs d'étés avant l'apparition de la lucarne magique.
A qui cela profite t-il?
A court terme aux chaînes de TV et à quelques acteurs du mundillo.
A moyen et long terme à personne.
La corrida disparaîtra des petites plazas, cette chair et ce sang de la tauromachie.
Elle ne sera plus le rituel fédérateur et populaire de la rencontre des hommes et des femmes autour du mystère taurin. Elle ne génèrera plus cette élite de connaisseurs qui en fait un phénomène à la fois culturel et accessible à tous, fondée sur l’aficion (la passion) et la connaissance et non sur des critères sociaux ou universitaires. Il faudra se plier à la compréhension et surtout aux goûts du «tout venant».
On sait malheureusement que massification rime presque toujours avec nivellement par le bas et abaissement de l’exigence. Il faudrait en tirer les conséquences.
La première de celles-ci serait de se recentrer sur ces thématiques plutôt que d’aller chercher ailleurs la cause de la désaffection croissante des arènes.
Nos décideurs y ont-il intérêt (à court terme s’entend ce qui représente le seul intérêt qui leur importe)? Nullement, au contraire.
On entend jouer le requiem d’une pratique condamnée par avance au nom de la sainte modernité. On voudrait bien mais on n’peut point, nous serine t-on, en vouant les réticents ou les rebelles au passéisme.
Pourtant, il n’y aucune fatalité. Et l’on pourrait lister longuement les phénomènes culturels qui perdurent de par le monde, sans avoir succombés aux appâts de la modernité.
Il ne suffit que de vouloir.
Veut-on?

Xavier KLEIN

mardi 6 avril 2010

ORTHEZ, l'empire du mâle.

Dédié à mon cousin et ami de la Peña Campo Charro de Dax avec mes regrets (il comprendra).

Il paraîtrait aux dernières nouvelles (http://www.terrestaurines.com/forum/actus/01-04-10/06-04-102.php) que la bonne ville d’Orthez est le berceau nauséabond de toutes les vilenies, le nid de vipères lubriques qui pollue le monde taurin, Sodome, Gomorrhe et Capoue réunies.
On y fomenterait des cabales aussi pernicieuses qu’anti-miuresques.
Foutredieu! Je savais que Gaston Fébus y avait connu quelques avanies lors de ses villégiatures, qu’on y avait défenestré quelques calottes catholiques depuis le Pont Vieux pendant les guerres de religion, et même, horreur! que l’on y a programmé des Montesinos l’année dernière, mais une «cabale nauséabonde» à Orthez???
On cabalait et je n’en savais rien!
Que font les renseignements généraux?
Et la S.P.A.?
Et les services secrets de l’O.N.C.T. ?
Heureusement qu’il reste en ce bas monde taurin quelques âmes charitables et surtout bien intentionnées pour informer «qui de droit» (ou plutôt «de droite», voire «d’extrême droite»).
Depuis deux ans, l’accumulation des désinformations ou des griefs aidant, j’aurais pu dépêcher quelque avocat pour demander un droit de réponse, c’est très mode semble t-il ces derniers temps.
Mais ce n’est guère dans mon éthique, et puis, en dépit de l’érosion du temps, je conserve quelques bribes d’un sens en perdition: celui du ridicule.

Toutefois, je dois avouer avoir été fort surpris.
D’une part, je m’étais convaincu que la plaza d’Orthez n’existait pas.
En effet, dans certains sites d’information taurine on annonçait systématiquement tous les cartels, surtout ceux des grandes ferias qui payent comptant en bonnes espèces sonnantes et trébuchantes. Il n’est de bonne tauromachie qu’onéreuse. Mais d’Orthez, on ne parlait pas. Bizarre! Bizarre!
D’autre part, lorsqu’on mit en cause la maison Miura à l’automne (ce qui est le droit inaliénable de tout un chacun en aficion et à fortiori en république), la seule voix orthezienne qui se manifesta à ma connaissance fût la mienne (cf. commentaires dans
http://camposyruedos2.blogspot.com/2009/08/miura-sinverguenza.html http://camposyruedos2.blogspot.com/2009/08/toujours-au-detour-dune-conversation.html) pour prendre la défense des intéressés et de l’organisation bayonnaise.

Y aurait-il à Orthez pire Satan que votre serviteur?
Je ne puis raisonnablement le croire.
Mais la raison a t-elle encore quelque place dans cette misérable affaire, quand la bêtise et la malfaisance en parviennent au point de se risquer à faire tort et à salir une ville pour solder des basses vengeances?
Rions donc pour ne pas avoir à en pleurer.
Xavier KLEIN

vendredi 2 avril 2010

Pour consolider l’union des cons

Un texte d'EL CHULO en complément de l'article "Quand la tauromachie est envahie par la politique" http://bregaorthez.blogspot.com/2010/03/quand-la-tauromachie-est-envahie-par-la.html



Sur la politisation de la corrida, il me semble effectivement que coté ganaderos, la chose coule de source, sans parler de celui emblématique, qui le lendemain de l'insurrection franquiste fusilla au hasard 6 hommes (ses serfs), pour «dar animo» aux autres.

C'est vrai aussi, qu'une très grande famille ganadera, les Tabernero pour ne pas les nommer, aménagea un aérodrome de fortune sur ses terres pour accueillir les généraux qui feraient de Franco le «Généralissime», chef unique des armées, un peu moins d'une semaine qu'après, cornaqué par le beau frère, et fort du désir d'Hitler de ne traiter qu'avec lui et dès début août 1936, on l'intronisa Caudillo, et chef de l'Etat, le 1er octobre 1936.

Il est également vrai, que les latifundistas (grands propriétaires terriens méditerranéens) en général ganaderos, pour n'avoir pas trop de terres à mettre en cultures, éviter de sordides problème salariaux qui gâchaient leurs séjours à Madrid, San Sébastien, Biarritz ou Londres, ou pour se soustraire à la réforme agraire, conservèrent et développèrent leurs élevages.
Mais à cette époque, c'était pure gloriole, où la rentabilité et les préoccupations financières n'avaient rien à voir, au profit d'une tradition.
Ils fournirent une très précieuse aide logistique et financière à la rébellion qui partait mal, au moins dans la semaine ou les quinze jours qui suivirent le 18 juillet, avant qu'Hitler et Mussolini ne s'engagent résolument à leur côté.
Pour ceux qui m'objecteraient que les soviétiques aussi se sont investis, via les communistes, je leur préciserais que Staline a beaucoup hésité, avant que son aide ne soit opérationnelle en novembre 1936, mais la guerre était déjà probablement perdue pour le camp républicain.

Cette caste ne voyait finalement dans la préservation du toro qu'un moyen de sauvegarder un certain mode de vie et un certain prestige, mais nourrissait aussi, une aficion indéniable en produisant des toros qui lui ressemblaient, reconnaissables comme des emblèmes, capables de vous étriper de la basse piétaille.
On assiste, suite à des démembrements liés aux héritages, à l'intrusion de «nouveaux riches», soucieux de recycler de l'argent, avides de la gloriole des autres, mais surtout, appliquant de stricts concepts de rentabilité à la chose. On a pu encore l’entendre récemment sur les ondes: «-C’est normal, un chef d’entreprise», disait récemment avec gourmandise un commentateur télé, minaudant et plutôt admiratif, veau sous la mère du système, «n’a pas à se soucier de morale mais de servir des dividendes à ses actionnaires». CQFD!

Va donc pour les éleveurs historiques, qui au moins s’appuyaient sur une tradition historique, et disons, un certain panache. De nos jours, les bienheureux de l’immobilier espagnol ou des produits annexes, et bien d’autres moins reluisants, viennent ici, aristocratiquement, recycler, je n’ai pas dit -relevez ma modération- «blanchir» un argent durement épargné.

Donc, un élevage de toros, en général trop réduit en superficie -successions et ventes obligent- est devenu un objet de «rentabilité». Ce qui échappait totalement à nos ganaderos réactionnaires d’antan. Maintenant on amortit l’investissement, on «passe» tout en Domecq pour que les figuras veuillent bien risquer leur petit cul délicat, et imposer un bétail qui leur sied.
Tout nouveau ganadero, avocat, marchand d’embutidos, promoteur, banquier ou fabricant de portes coulissantes, se doit d’avoir ses deux cents hectares de «tierra brava». Il achète alors des vaches et des étalons à la «Casa», que des figuras viendront tienter et tout ceci finit dans l’eau de boudin consanguine que nous subissons.

Un toro indéfinissable, gonflé, boursouflé, qui s’affale, qui ne ressemble à rien, qui court tout droit, tête à mi hauteur, et que surtout il ne faut pas faire humilier, c'est-à-dire toréer par le bas, ce qui le ferait tomber, qu’il ne faut surtout pas piquer non plus car il mourrait sous le peto tant sa bravoure est immense, et que surtout, goût du public oblige nous dit-on, il faut faire «durer».

Les toreros ne furent que très peu politisés, si on excepte «El Algabeno», ami intime de Queipo de Llano qui alla très vite se faire occire sur le front de Séville. Doit-on rappeler qu’il avait les faveurs de Juan Leal, et que pour des raisons purement politiques et idéologiques, il s’opposait à Don Severo, résolument «radsoc». Ce Don Severo qui avait écrit, au sujet du très franquiste Dominguin, quelque chose comme «le public le traita de rempailleur de chaises, sans ce douter du tort qu’il faisait à cette honorable profession». Ca faisait pisser de rire mon mécano d’oncle Fernand. A cette époque, le bas peuple se foutait des figuras et pouvait leur envoyer quelques projectiles légumineux au visage et quelques volées de qualificatifs d’une répugnante mais saine vulgarité.

«Rempailleur de chaises» ça a une autre gueule que nos reseñas actuelles de veaux sous la vache de l’empire, non!
Restait que la corrida était un spectacle transgressif, un lieu où le «peuple» pouvait d’une certaine façon s’exprimer, j’ai déjà parlé à ce sujet de «vomitorium psychique».
Les figuras faisaient le salut qui convenait selon la couleur des plazas (nota: salut fasciste).

Le problème le plus troublant, et je ne suis pas sociologue, à la différence de Dédé de Vieux Boucau, qui a aussi compris ça, est de voir ces arènes vides en Espagne, sauf en périodes festives, où il est de bon ton de se montrer. Comme si, de fait, ce «Patrimoine Universel de l’Humanité» n’avait plu rien à dire, sauf à ceux qui en vivent.
Inquiétant, bien sûr, beaucoup plus que les zantis, qui répètent à foison les mêmes conneries.

Les arènes vides, c’est comme si ce spectacle ne parlait plus à ce con de peuple, qui n’a même plus les moyens de se l’offrir, ce chien de pauvre! Selon une formule de «l’inénarrable», «laissons donc à ceux qui ont le pouvoir et l’argent le soin de décider».

Les catalans ont toujours préféré la «sardane» au «paso doble». On semble découvrir ce truisme.
Heureusement, Dédé, l’homme qui «murmure à l’oreille des sénateurs espagnols» qui n’ont sans doute rien d’autre à foutre, celui qui conjure la «conspiration catalane», qui bénit la malheureuse Esperanza Aguirre (qui, elle non plus, n’en est pas à une connerie près), nous vend le pestilentiel «Mundotoro» et le douteux P.P. qui tente de renaître via sa branche la plus malodorante.
Ceci dit, nous avons aussi Le Pen et le F.N. en France !

L’immense différence, et tu l’as souligné Xavier, est qu’en France la corrida reste une caractéristique régionale, qui fut populaire et plutôt transgressive, par rapport au pouvoir jacobin.
Jusqu’à quand?

Ce sont ces caractéristiques que nos massacreurs s’appliquent à gommer, dans leur délire ultra libéral et leur recherche d’un autre public friqué et gogo qu’ils peuvent traire avec de succulents «mano a mano» qui prétendent ressusciter artificiellement de mythiques rivalités.
Des «mano a mano», ego des acteurs oblige, qui ôtent toute possibilité à un troisième torero de briller dans un contexte à fortiori favorable.

Une évolution tout simplement mortifère.



El Chulo

El PIMPI à l'honneur

A l'occasion de la traditionnelle San Fulbert, la Peña SOL aura le plaisir d'accueillir le picador "El Pimpi" le vendredi 09 avril à 19h15 en son local de la Rue St Gilles à Orthez.
La causerie tournera autour du tercio de pique et de sa nouvelle "cuadra de caballos".
La soirée est ouverte à tous et un buffet "de la casa" sera offert (libre participation).

jeudi 1 avril 2010

APPEL AUX SPARTIATES

«Passant, va dire à Sparte que nous sommes morts ici pour obéir à ses lois.»
Simonide de Céos
En l’an 480 avant J.C., dans le défilé des Thermopyles, 7000 grecs s’opposaient à l’invasion de 200000 perses.
Pendant cinq jours ils résistèrent victorieusement, infligeant quelques 20000 morts à l’envahisseur.
Voyant leurs positions tournées et l’issue fatale, Léonidas l’un des deux rois de Sparte, renvoie alors ses alliés et demeure avec ses 300 hoplites spartiates et ses 700 alliés thespiens pour retarder au maximum les perses et permettre à la coalition des cités grecques de s’organiser, ce qui débouchera sur la victoire finale.
Leonidas sait qu’il n’a aucune chance et qu’on ne lui fera pas quartier, mais cela lui importe peu.
Selon la légende il renvoie l’un de ses soldats dans la mère patrie porteur du message: «-Va dire à Sparte ….». Tout ses spartiates tomberont, notamment pour défendre la dépouille de leur roi, celui qui incarne l’honneur de la cité et de la Grèce ainsi que l’esprit de résistance.
Mais Léonidas selon les chroniqueurs n’aurait pas dit que cela.
Arrivant aux Thermopyles, un défilé de 300 mètres entre la montagne et la mer, il trouve un ancien rempart délabré. Ses alliés lui proposent alors de le restaurer pour se retrancher. Leonidas refuse et place ses spartiates devant le mur en arguant «qu’un mur d’hommes et bien plus résistant qu’un mur de pierre».
Et quand pour justifier d’une retraite, on lui objecte la désespérante disproportion numérique entre les deux armées, il fait remarquer que les troupes perses sont en majeure partie des mercenaires dont les officiers se tiennent derrière les troupes, avec des fouets, pour pousser les combattants et dissuader les velléités de retraite. Tout le contraire des spartiates où l’on se bouscule pour se battre au premier rang. « -Quand ils trembleront plus devant nos armes que devant le fouet de leurs maîtres, la victoire sera à nous.»
Dans l'un des camps on se bat par peur, par obéissance ou pour de l’argent. Dans l’autre on lutte et l'on se sacrifie librement pour des valeurs.
Il y a 2490 ans, des hommes ont laissé une empreinte indélébile dans l’histoire par le sacrifice de leur vie au service d’un idéal et de valeurs. Ils ont péri, mais cette apparente défaite militaire représenta une écrasante victoire morale et politique qui se concrétisa par la déroute ultérieure des perses, à jamais guéris de leurs envies de conquêtes.

J’appartiens à une génération où ces anecdotes (si l’on peut dire) formaient la matière de base de l’enseignement. De ce que l’on nommait d’un si beau nom: les «humanités».
C’était certes plus rébarbatif que le concept actuel de «fun», qui préside aux destinées de l’éducation actuelle, mais cela présentait aussi quelques menus avantages.

Pour en revenir à «l’affaire des Thermopyles», elle fait exemple par la mise en exergue de la supériorité d’un combat pour des valeurs mené par des hommes libres, convaincus et consentants sur le combat pour des intérêts mené par des satrapes.
On discerne sans doute où je veux en venir.

Tant que la corrida est porteuse de valeurs, il se trouvera des hommes et des femmes pour se lever et la défendre. Et ils la défendront victorieusement parce qu’ils s’engageront pleinement dans la défense d’une éthique qui fait sens à leur yeux, et qui porte une légitimité.
Certes, et je ne cesse de le répéter, il n’est pas question pour autant ni de donner dans l’angélisme découplé des réalités matérielles, ni de réclamer une tauromachie univoque et monolithique.
Le problème actuel tient au déséquilibre et à la disparition irrémédiable et programmée d’une certaine conception de la tauromachie devant la seule logique du profit de quelques uns qui se préoccupent bien peu des lendemains tant qu’ils engrangent.
Ces beaux messieurs (il y a très peu de dames…) doivent comprendre que la mobilisation des aficionados, de TOUS LES AFICIONADOS, passe par un aggiornamento radical, qui doit prendre en compte la diversité des attentes. Un aggiornamento qui commence par poser un diagnostic lucide et objectif de la situation, qui se préoccupe de rechercher les causes internes plutôt que de pleurnicher et se défosser sur des causes extérieures ou sur un fantasmatique ennemi intérieur. Car elles se multiplient les critiques de la communauté taurine, et il faut être sourd ou inconscient pour ne pas s'en alarmer et les prendre en considération.
Sans doute est-on en «haut lieu» en train de se rendre compte, sinon du bien fondé (ne rêvons pas trop), du moins de l’impérieuse nécessité de renouer avec l’ensemble de l’aficion.
Car ce ne sont pas les bobos qui viennent se divertir aux ferias, et qui par nature renâclent à l’engagement et à la lutte qui iront à la bataille. On lutte mal en blanc, au son des sévillanes, flûte de champagne à la main, dans les espaces privés ou les hôtels 3 étoiles.
Non! Les fidèles, les poilus, les écumeurs de tendidos soleil, les gros bataillons de l’aficion de toujours sont plutôt gros rouge, budgets spartiates et bodegas populaires.
Et ce sont ceux-là qui se mobiliseront et monteront au front.
Et ce sont ceux-là qu’on désespère.
Ils ne se payeront vraisemblablement pas de mots, ni de bonnes intentions. Le mundillo devra donner des gages.
Y est-il prêt?
Rien de moins sûr.

AVANT le combat, Léonidas et ses spartiates dansaient la pyrrhique (danse en armes) après avoir coiffé leurs longs cheveux et s’être enduits d’huile pour mourir honorablement.
Nos modernes stratèges mundillesques préfèrent eux, comme Néron, chanter au son de la cithare PENDANT que Rome brûle. Ils chantent l’ode au Patrimoine Immatériel de l’Humanité et la gloire éphémère et factice des figuras insipides, qui ne risquent plus rien pour ne rien avoir à perdre, pendant qu'on émascule le toro de combat, pierre de touche du mérite et de la valeur.
Des Guerres Médiques à la gueguerre merdique!
On est loin des Thermopyles.

Xavier KLEIN