Humeurs taurines et éclectiques

jeudi 15 avril 2010

Qu’est-ce que le bon toreo?

Ne prétendant nullement au doctorat es tauromachie, je me cantonne le plus souvent à traiter de problèmes de fond qui me semblent rattacher le phénomène taurin à l’universel.
La dissection de l’épiphénomène que représente la corrida, épiphénomène au regard d’une infinité de thèmes autrement plus essentiels dans notre vie, permet toutefois d’aborder des problématiques fondamentales (la vie, la mort, la souffrance, le risque, etc…).
Pour une fois, je voudrais me risquer à émettre une opinion sur un sujet certes technique, mais qui n’en recèle pas moins des enseignements plus généraux.
Ma réflexion part d’un constat sur lequel d’aucuns peuvent s’accorder. Que ce soit du point de vue statistique (l’ensemble des corridas toristas) ou au vu d’une après-midi taurine, on constate un sacré différentiel entre la foison de trophées récoltés par des toreros toreristas et lors de corridas toreristas, et l’indigence qui est de règle pour les toreros et pour les corridas toristas.
Est-ce à dire que les uns sont plus mauvais que les autres?
Certes, qu'on le déplore ou non, on devient malheureusement torero torista plutôt par l’échec. C’est à dire parce qu’on ne parvient pas à s’imposer (et à imposer «ses toros») dans le cercle très fermé des figuras, et que l’on tore dans ce répertoire à défaut d’être reconnu dans l’autre.
C’est éminemment regrettable, mais c’est ainsi.
Je me suis plusieurs fois amusé à demander à mes interlocuteurs quelles étaient pour eux les figuras du moment. Sur la dizaine de noms généralement énoncés, très rarement paraît celui d’un torero torista (tel qu’El Fundi par exemple). Pourtant, le bagage technique d’un Fundi, d’un Espla, d'un Damaso Gonzalez ou d’un Ruiz Miguel n’a rien à envier à celui des figuras en vogue. Et ce n’est pas pour rien que ces dernières ne se confrontent guère avec des toros de respect qui ne les autoriseraient probablement pas à la répétition des «prodiges» qu’ils nous servent à l’ordinaire devant les pensionnaires de J.P.D. auxquels ils sont abonnés.
Pourtant, c’est un fait, on ne pense jamais, ou si peu, à ces honorables belluaires lorsqu’on évoque «una figura».
Le public torista se montre t-il infiniment plus attentif à une juste rétribution des trophées? Le public torista, plus exigeant serait-il donc plus sévère, moins demandeur de trophées?
Il est vrai qu’en général, pour apprécier une corrida torista, il convient de mobiliser infiniment plus de savoirs et de connaissance du toreo, que pour jouir béatement de l’esthétique, immédiatement perceptible par n’importe quel quidam, du «toreo moderne» qui, par définition est conçu pour la masse.
J’avance «en général», parce qu’il me semble que sur ce terrain là, nous assistons également à une perte considérable de compétence.
En témoignent les réactions aberrantes que j’ai pu constater dans une plaza comme Vic où l’on réclamait par exemple des vueltas pour des mansos qui avaient connu la bonne fortune de multiplier les piques, y compris sans bravoure.
De même, il faut déplorer l’absurdité d’un public qui réclame que l’on torée un bétail de respect selon les mêmes canons qu’on exige devant les animalcules domecquisés.
Dernière explication, les toros de respect ne «permettraient» pas, par leur «incommodité», les triomphes auxquels s’attachent leurs cousins plus civilisés et urbains?
A voir... De quelque manière que l’on retourne la chose, l’ensemble de ces interrogations se rapporte à deux questions fondamentales:
QU’EST-CE QU’UN BON TORO?
Et par voie de conséquence:
QU’EST-CE QU’UN BON TOREO?
Il y a paraît-il des gens qui sont extrêmement savants et qui sauraient définir ce qu’est et doit être un bon toro.
Personnellement l’entreprise me semble pour le moins hasardeuse et en tous cas parfaitement affective et subjective.
Tout d’abord parce qu’elle se rapporte à des présupposés et à des goûts: qu’est-ce qui touche ou émeut dans un toro?
Ensuite parce que la compétence du torero influe considérablement sur la mise en valeur de son adversaire.
On sait ces dilemmes d’après-corrida où l’on en est à se demander si le problème venait du toro ou du torero, et en tous cas du toreo.
Parmi ces présupposés, le principal tient à l’idée que l’on se fait de la tauromachie. Pour ma part, la tauromachie est un combat, donc un toro digne de ce nom est pour moi un toro qui combat, un toro qui charge, et non un toro qui passe.
Toutefois cette définition exhaustive ne saurait satisfaire, et j’en connais certains qui recherchent tout particulièrement la sauvagerie ou le genio, quand d’autres n’accepteront que le «son» ou la fijeza.
Adepte du paradoxe et de la loi apollinienne d’harmonie, j’oserai avancer que le toro idéal, donc inexistant, doit être le produit de l'union des contraires, et comme les médicaments peuvent être aussi des poisons, doit unir et marier le «ying» et le «yang».
Certes de la bravoure (au sens classique du terme, c’est à dire l’instinct offensif), de la noblesse, mais également une once de genio, un soupçon de sentido (pour lui éviter d’être idiot), une bonne dose de sauvagerie et une pincée de nervio. En fait tout ce qui fait qu’un toro sera «de combat», pleinement adversaire et nullement collaborateur, mais que pour autant il consentira au «jeu» ou plutôt au défi, avec cette qualité qui résume tout: le «piquant».
Tout cela bien évidemment sans parler, ce qui va de soi, d’une présentation intègre et dans le type, et des ressources physiques qui lui permettent le combat.
On me répondra que c’est là le désir général.
Que nenni!
Ma définition exclut à priori 70% de ce qu’on voit sortir dans l’arène, et surtout l’archétype qu’on a monté au pinacle: Desgarbado.
Le toro adversaire?
Le toro partenaire?
Le toro qui permet (mais quoi?)?
Le toro commode?
Le toro-toro?
Faut-il choisir?
Comotive ou zoizillon (voir poème ci-dessous)?
L’ennui provenant de l’uniformité, peut-être devons-nous veiller à tout préserver. Après tout, le caniche toiletté et le doberman, le chihuahua et le danois coexistent sans problèmes dans l'espèce canine.

Xavier KLEIN

SUITE A VENIR
Comme cela, pour changer, l’un de mes poèmes de chevet:

ELLE SERAIT LA, SI LOURDE
Elle serait là, si lourde
Avec son ventre de fer
Et ses volants de laiton
Ses tubes d'eau et de fièvre
Elle courrait sur ses rails
Comme la mort à la guerre
Comme l'ombre dans les yeux
Il y a tant de travail
Tant et tant de coups de lime
Tant de peine et de douleurs
Tant de colère et d'ardeur
Et il y a tant d'années
Tant de visions entassées
De volonté ramassée
De blessures et d'orgueils
Métal arraché au sol
Martyrisé par la flamme
Plié, tourmenté, crevé
Tordu en forme de rêve
Il y a la sueur des âges
Enfermée dans cette cage
Dix et cent mille ans d'attente
Et de gaucherie vaincue
S'il restait
Un oiseau
Et une locomotive
Et moi seul dans le désert
Avec l'oiseau et le chose
Et si l'on disait choisis
Que ferais-je, que ferais-je
Il aurait un bec menu
Comme il sied aux conirostres
Deux boutons brillants aux yeux
Un petit ventre dodu
Je le tiendrais dans ma main
Et son coeur battrait si vite...
Tout autour, la fin du monde
En deux cent douze épisodes
Il aurait des plumes grises
Un peu de rouille au bréchet
Et ses fines pattes séches
Aiguilles gainées de peau
Allons, que garderez vous
Car il faut que tout périsse
Mais pour vos loyaux services
On vous laisse conserver
Un unique échantillon
Comotive ou zoizillon?
Tout reprendre à son début
Tous ces lourds secrets perdus
Toute science abattue
Si je laisse la machine
Mais ses plumes sont si fines
Et son coeur battrait si vite
Que je garderais l'oiseau.

Boris Vian

mardi 13 avril 2010

RAUL VELASCO

Des nouvelles de Raul VELASCO, un torero pour lequel beaucoup nourrissent intérêt et affection pour sa sincérité, son aficion et son sens de la lidia "de verdad".
Un site magnifique lui est consacré.
Certains auront profit à s'y remémorer sa faena d'Orthez 2009 (http://www.raul-velasco.com/orthez20091.html), et peut-être, qui sait, à nourrir des regrets rétrospectifs.

Suerte Raul!

vendredi 9 avril 2010

ETHIQUE ET POLITIQUE

Il est rare qu’un problème humain, politique ou social n’ait qu’une cause unique, de même qu’il ne saurait procéder d’une seule solution.
Ce qui peut être vrai en mathématiques, ne l’est quasiment jamais dés que l’humain rentre en jeu.
C’est pourtant ce que l’on tend trop souvent à nous faire croire, et pour être juste, c’est ce que trop souvent nous préférons croire, parce que c’est plus commode et surtout plus confortable.

Ainsi l’esprit humain, faisant fi de la subtilité se satisfait-il volontiers de solutions simples, voire simplistes fondé sur des analyses simples, voire simplistes. Ce penchant prononcé suscite le succès de tous les démagogues, bateleurs culturels ou camelots politiques qui proposent avec un succès toujours renouvelé de raser gratis.
Un autre travers complémentaire consiste contre vents et marées à entretenir l’illusion qu’une solution parfaite puisse exister. Grâce à quoi, on se prépare de solides désillusions, tant qu’on a pas compris qu’un choix doit se fonder sur la loi du moindre inconvénient et que lorsqu’on retient quelque chose, on perd quasiment automatiquement autre chose.
Il s’agit en fait de choisir entre ce que l’on veut privilégier et ce que l’on accepte de sacrifier.
Ces considérations peuvent sembler évidentes et pourtant ne s’imposent nullement dans la vie de tous les jours.
Pour reprendre le thème souvent développé de la «crise taurine» et précisément la question de savoir «Pourquoi les arènes se vident?», l’analyse de la situation mobilise de multiples facteurs qu’il convient d’examiner en évaluant pour chacun d’entre eux la pertinence, l’importance, et la réalité.
Le plus difficile dans cet exercice, est de considérer avec lucidité, c’est à dire sans la surestimer, ni la sous-estimer, la part de responsabilité que l’on porte dans une situation.
En effet, le réflexe inné est de reporter instinctivement la responsabilité sur l’Autre, ce qui évite le désagrément de se questionner.
Ce travers me semble particulièrement développé chez les taurins, qui se distinguent par une propension extrêmement marquée au déni et au report sur l’Autre de toute responsabilité.
Ainsi est-ce quasiment toujours de la faute du «mauvais» toro, du «mauvais» éleveur, du «mauvais» aficionado, du «mauvais» public, du «mauvais» critique, du «mauvais» blog, du «mauvais» «zanti», et quelquefois même du «mauvais» temps.
Il n’est que rarement question des «mauvais» tarifs, des «mauvais» cartels, des «mauvaises» figuras, des «mauvais» subalternes, des «mauvais» apoderados, du «mauvais» toreo moderne, des «mauvaises» stratégies, , et quand on pose la («mauvaise») question on devient cette fois ci un «bon» fossoyeur de la corrida.
J’ai beau me creuser les méninges, je n’arrive pas à trouver le rapport existant entre l’anti-taurisme et la désaffection des arènes. Quand bien même 60% de la population espagnole serait opposée à la tauromachie, cela laisse 40% qui y demeurent favorables, soit ôtés les vieillards, les nourrissons et les grabataires, quelques 15 millions d’ibères, de quoi remplir très largement et au delà, les ruedos d’outre-pyrénées.
Par contre, je saisis parfaitement le rapport entre le prix d’un abono et le revenu d’un chômeur andalou ou français, ceci expliquant cela. Et je doute que la seule proclamation urbi et orbi de la tauromachie «Patrimoine Immatériel de l’humanité» améliore suffisamment leur précarité financière pour qu’ils puissent gaillardement envisager de prendre un abono sol dans les cimes de la Maestranza. De même que je doute que la dite proclamation puisse changer quoique ce soit aux pitoyables exhibitions et prestations des toros dits «modernes» et des figuras qui les dressent, dans les ruedos de ce début de temporada.
Dois-on pousser la cruauté jusqu’à subodorer que le public ne verrait aucune retombée d’une hypothétique baisse de l’I.V.A. (T.V.A. espagnole) sur les spectacles taurins. Pas plus que le consommateur français (ou les salariés du secteur) n’aura vu la couleur de la baisse de la T.V.A. sur la restauration. Les profits des empresas ou/et des apoderados vont grossir, c’est tout.
Comment appelle t-on ce type de logique déjà? Ca commence par un «L», ça se termine par «ISME», et on trouve «IBERAL» au milieu.

Il paraît qu’on peut édifier des murailles infranchissables. La dernière en date s’appelait la ligne MAGINOT, elle a coûté très cher et fut contournée sans problème à la première offensive de la Wehrmacht.
Son promoteur se prénommait André... Fatalitas! Fatalitas!
Dans un précédent article, j’évoquais le mur des spartiates de Leonidas, infiniment plus solide que le rempart des Thermopyles.
L’âme, la force de Sparte résidaient entière dans la fidélité aux lois de Lycurgue («celui qui éloigne les loups») qui méprisait le luxe, la compromission, l’amollissement des mœurs et instaura l’éducation spartiate, toute d’exigence et de rigueur. Les spartiates méprisaient l’argent. Seul l’honneur, le bien public, l’égalité entre les citoyens (réduits aux seuls spartiates il est vrai) et le respect intransigeant des lois leur importait. Tout le contraire de ce qu’on nous propose.
Quand la corrida retournera à ses vrais fondamentaux: des toros qui soient des vrais toros, des toreros qui soient des vrais toreros qui les combattent; quand la qualité reprendra la primeur sur le profit des acteurs; quand le public viendra pour voir et non pour se montrer, quand le sens et le fond prendront de nouveau le pas sur la forme, alors nous n’aurons nul besoin d’arguties, la corrida se défendra d’elle-même, par ses seules vertus.
Elle n’aura besoin ni d’avocats, ni de pregoneros, elle attirera, comme jadis, les artistes et les poètes qui en chanteront les grâces.
Il n’est pas question ici d’une politique mais d’une éthique. Et c’est parce que la tauromachie passe du registre éthique au champ politique qu’elle se voit affaiblie et en conséquence attaquée.

Xavier KLEIN
*

jeudi 8 avril 2010

La tauromachie ne peut exister que dans les ruedos

«Un livre qui passe à la télévision est un livre menacé, parce que la télévision transforme le livre en spectacle»

Jean d'Ormesson
«La télévision est faite pour ceux qui, n'ayant rien à dire, tiennent absolument à le faire savoir.»
Pierre Dac
Figurez-vous que je suis affligé de quelques infirmités psychiques qui ne laissent pas de m’embarrasser.
Outre une hyperactivité chronique qui ne me laisse point demeurer en place, ni coucher avant des heures avancées de la nuit, je pâtis fortement d’une agoraphobie qui se conjuguant avec une once de claustrophobie, me porte à me détourner des lieux clos et peuplés.
C’est dire qu’à mon grand regret, j’ai quelques difficultés à fréquenter les théâtres, les salles de cinéma ou de concert, les discothèques, mais également les stades et en général tous lieux où la foule se concentre et se presse. Quand j’y suis contraint, ma première préoccupation est de repérer l’issue salvatrice, ma deuxième étant de m’en extraire.
L’arène constitue l’un des seuls endroits où la chose ne me paraisse pas insurmontable et porte quelque plaisir.
Pourquoi? Mystère…
Sans doute parce que s’y joue l’objet sous-jacent de la phobie et qu’on ne peut faire l’économie de s’y soustraire.

Mais tout aussi sûrement parce que le fait tauromachique, la «messe taurine», telle qu’il me plait de la nommer, ne peut A MON SENS n’être connue et vécue qu’en direct et en présence.
Loin de moi toute intention de critiquer ou de noircir ceux qui considèrent la chose autrement, je ne fais ici qu’exprimer ce que je ressens.
Par essence même, et dans «essence» s’entend le mot «sens», la tauromachie est un art de l’éphémère, mais c’est aussi et surtout un rituel communautaire (et non pas communautariste!) de célébration et de commémoration de notre humanité (et pour les «zantis» de notre inhumanité, ce qui revient au même…).
Qu’on veuille bien m’en excuser, mais je me refuse donc en règle générale, hormis pour des motifs de documentation, à suivre les corridas télévisées ou à regarder des D.V.D.

Pour préciser ma pensée, je voudrais évoquer l’un des plus moments taurins les plus marquants de ma vie, la faena que Francisco Rivera PAQUIRRI donna à Dax au toro Cariñoso d’Atanasio FERNANDEZ.
J’étais ce jour là enthousiaste, baigné de félicité et d’un profond sentiment de plénitude. Dans mon souvenir, cette faena me paraissait un summum, une perfection indépassable, un instant de grâce. La revoir en film super 8 fût une malédiction.
D’abord parce que depuis les années 70 la tauromachie a évolué, et que ce qui paraissait alors extraordinaire s’est ensuite banalisé. Ensuite parce que détachée du contexte et de la ferveur ambiante, on en discernait toutes les imperfections, et on n’y trouvait aucune grâce.
L’acte taurin exprime donc une émotion à un moment donné, dans un lieu et un contexte donnés. Découplé de cet instant, de ce lieu, de ce contexte, il perd selon moi toute signification, et une grande partie de sa saveur, comme ces poissons aux couleurs éclatantes qui deviennent ternes et cadavériques quand on les tire de leur lagon d’origine.

La représentation télévisuelle de la tauromachie pose d’autres problèmes dont certains furent souvent évoqués.
Le regard humain englobe tout, la caméra est limitative.
Le cerveau humain TRADUIT une image ou une scène vécue, analysant et remettant instantanément en perspective la multiplicité des informations reçues (éloignement, cadrage, angle et champ de vision, perspective, sons, odeurs, température, etc.). S’y mêle également un facteur déterminant que nos amis orientaux et notamment japonais prennent terriblement en compte et que nous avons tendance à minimiser, ce qui pourrait se traduire par «air du temps», et que nous qualifions d’«ambiance». Une ambiance qui déterminerait fortement le contexte.
A Tokyo ont été menées des études extrêmement sérieuses, sur le «ressenti» et sur les ressorts de la prise de décision par des groupes, selon les circonstances. On a notamment analysé les réactions souvent divergentes entre des groupes de cadres dont certains assistaient à une réunion in situ, et d’autres y participaient par vidéo-conférence. Les réactions, vécus et décisions s’avéraient totalement différents selon qu’on est présent ou à distance.
Paradoxalement, l’outil a priori neutre qu’est la caméra, se montre infiniment plus subjectif qu’il n’y paraît. En fait, la caméra n’est que l’œil -subjectif- de celui qui filme. Les plans retenus sont les choix du monteur. L’ensemble reflète les options du producteur. Tout cela, cette relativité, on l’apprend tant dans les écoles de photographie que dans les formations audio-visuelles où l’on insiste beaucoup sur le décryptage des images.
On voit donc la tauromachie que l’on veut nous montrer, on vit l’émotion qu’on veut nous transmettre. La vidéo est volontairement ou involontairement manipulatrice, ou tout au moins directrice. C’est d’ailleurs une critique -justifiée- des «zantis», qui n’hésitent d’ailleurs pas à procéder de même, mais au profit de leurs thèses.
Il faut également prendre en compte le décalage produit par l’image, qui relève d’un univers qu’on le veuille ou non virtuel, par rapport à la puissance du réel. C’est une chose d’assister corporellement à un drame (accident de voiture, etc.), c’en est une autre de le voir à la télé. Avoir devant soi un gamin qui meurt de faim dans le 1/3 monde est une autre expérience que de l’entrevoir distraitement aux infos.
Cette perte de la réalité par le passage d’un «monde complet» en trois dimensions (auxquelles s’ajoutent la contribution de tous les autres sens) à un monde codifié et plan en deux dimensions contribue à démystifier, à «désenchanter» un monde qui se sépare de plus en plus du magique, du merveilleux, dans la même proportion qu’il se sépare du réel.

Par delà ces «subtilités» techniques, nous abordons là le plus gros inconvénient de la retransmission télévisée qui tient à son objectif même.

Banaliser de la sorte ce qui doit demeurer de l’ordre de l’exceptionnel engendre des conséquences qu’on ne peut écarter par quelques arguments vite énoncés ou quelque revers de main dédaigneux.
Assister à une corrida procède d’une démarche, d’un désir et d’un projet construits.
Une corrida s’inscrit dans un contexte, le plus souvent festif. On se pomponne, certains revêtent même l’uniforme, on part pour la journée, on fait des kilomètres, on apéritive, on banquette, on festoie, on «bataille», on voit du monde, on paie cher, on est souvent déçu, on rebataille, etc.

Il y a l’attente, l’espérance, la consommation. Toutes choses dont on fait l’économie devant le petit écran, qui ne nécessite aucun de ces rituels préalables, aucune de ces rencontres avec l’Autre, nulle communion.
N’est-il d’ailleurs pas singulier que le passage croissant au télévisuel s’accompagne de plus en plus des rendez-vous de peñas, maigres palliatifs de l’acte festif et collectif de l’arène.
Infiniment plus inquiétante est la mutation d’un RITUEL POPULAIRE en SPECTACLE DE MASSE. Une mutation porteuse de modélisation et de concentration des formes en quelques stéréotypes normalisés de ce qui doit être beau et admirable.
La vidéo désenchante certes, mais pire transforme l’exceptionnel en ordinaire. On y voit dans les plus grandes arènes, les plus grandes ferias, pourvues des meilleurs (ou supposés tels) acteurs du système y produire leur maximum (ou supposé tel). Ce maximum devient implicitement la norme. Le luxe perd tout attrait lorsqu’il se galvaude.
Comment veut-on que le spectateur lambda s’y retrouve en partant à Parenfort, Roquetis, Airethez ou Beaucaistres et en y payant bien plus cher que son abonnement ou son DVD pour se confronter à la simple et banale incertitude de la vie taurine «ordinaire»?
La rareté ou l'absence créent le désir, la profusion l'éteint. Que l'on cesse de montrer les corridas à la télé, et l'on ira les voir dans les arènes. Parce qu'il n'y aura pas d'autres moyens. Parce que ce qui est rare est précieux et devient convoité. Un truisme tellement évident qu'il ne peut que donner à penser.
La banalisation télévisuelle de l’exceptionnel n’engendre que de la déception, et, à terme, la désaffection des arènes. LA TELEVISION ET LA VIDEO NUISENT A LA TAUROMACHIE. Tout comme elles ont nui au théâtre, à l'opéra, au music-hall, aux concerts et au cinéma. Tout comme elles ont délité le lien social entre les gens, le paseo vespéral dans les villes espagnoles, les rues animées des villes françaises les soirs d'étés avant l'apparition de la lucarne magique.
A qui cela profite t-il?
A court terme aux chaînes de TV et à quelques acteurs du mundillo.
A moyen et long terme à personne.
La corrida disparaîtra des petites plazas, cette chair et ce sang de la tauromachie.
Elle ne sera plus le rituel fédérateur et populaire de la rencontre des hommes et des femmes autour du mystère taurin. Elle ne génèrera plus cette élite de connaisseurs qui en fait un phénomène à la fois culturel et accessible à tous, fondée sur l’aficion (la passion) et la connaissance et non sur des critères sociaux ou universitaires. Il faudra se plier à la compréhension et surtout aux goûts du «tout venant».
On sait malheureusement que massification rime presque toujours avec nivellement par le bas et abaissement de l’exigence. Il faudrait en tirer les conséquences.
La première de celles-ci serait de se recentrer sur ces thématiques plutôt que d’aller chercher ailleurs la cause de la désaffection croissante des arènes.
Nos décideurs y ont-il intérêt (à court terme s’entend ce qui représente le seul intérêt qui leur importe)? Nullement, au contraire.
On entend jouer le requiem d’une pratique condamnée par avance au nom de la sainte modernité. On voudrait bien mais on n’peut point, nous serine t-on, en vouant les réticents ou les rebelles au passéisme.
Pourtant, il n’y aucune fatalité. Et l’on pourrait lister longuement les phénomènes culturels qui perdurent de par le monde, sans avoir succombés aux appâts de la modernité.
Il ne suffit que de vouloir.
Veut-on?

Xavier KLEIN

mardi 6 avril 2010

ORTHEZ, l'empire du mâle.

Dédié à mon cousin et ami de la Peña Campo Charro de Dax avec mes regrets (il comprendra).

Il paraîtrait aux dernières nouvelles (http://www.terrestaurines.com/forum/actus/01-04-10/06-04-102.php) que la bonne ville d’Orthez est le berceau nauséabond de toutes les vilenies, le nid de vipères lubriques qui pollue le monde taurin, Sodome, Gomorrhe et Capoue réunies.
On y fomenterait des cabales aussi pernicieuses qu’anti-miuresques.
Foutredieu! Je savais que Gaston Fébus y avait connu quelques avanies lors de ses villégiatures, qu’on y avait défenestré quelques calottes catholiques depuis le Pont Vieux pendant les guerres de religion, et même, horreur! que l’on y a programmé des Montesinos l’année dernière, mais une «cabale nauséabonde» à Orthez???
On cabalait et je n’en savais rien!
Que font les renseignements généraux?
Et la S.P.A.?
Et les services secrets de l’O.N.C.T. ?
Heureusement qu’il reste en ce bas monde taurin quelques âmes charitables et surtout bien intentionnées pour informer «qui de droit» (ou plutôt «de droite», voire «d’extrême droite»).
Depuis deux ans, l’accumulation des désinformations ou des griefs aidant, j’aurais pu dépêcher quelque avocat pour demander un droit de réponse, c’est très mode semble t-il ces derniers temps.
Mais ce n’est guère dans mon éthique, et puis, en dépit de l’érosion du temps, je conserve quelques bribes d’un sens en perdition: celui du ridicule.

Toutefois, je dois avouer avoir été fort surpris.
D’une part, je m’étais convaincu que la plaza d’Orthez n’existait pas.
En effet, dans certains sites d’information taurine on annonçait systématiquement tous les cartels, surtout ceux des grandes ferias qui payent comptant en bonnes espèces sonnantes et trébuchantes. Il n’est de bonne tauromachie qu’onéreuse. Mais d’Orthez, on ne parlait pas. Bizarre! Bizarre!
D’autre part, lorsqu’on mit en cause la maison Miura à l’automne (ce qui est le droit inaliénable de tout un chacun en aficion et à fortiori en république), la seule voix orthezienne qui se manifesta à ma connaissance fût la mienne (cf. commentaires dans
http://camposyruedos2.blogspot.com/2009/08/miura-sinverguenza.html http://camposyruedos2.blogspot.com/2009/08/toujours-au-detour-dune-conversation.html) pour prendre la défense des intéressés et de l’organisation bayonnaise.

Y aurait-il à Orthez pire Satan que votre serviteur?
Je ne puis raisonnablement le croire.
Mais la raison a t-elle encore quelque place dans cette misérable affaire, quand la bêtise et la malfaisance en parviennent au point de se risquer à faire tort et à salir une ville pour solder des basses vengeances?
Rions donc pour ne pas avoir à en pleurer.
Xavier KLEIN

vendredi 2 avril 2010

Pour consolider l’union des cons

Un texte d'EL CHULO en complément de l'article "Quand la tauromachie est envahie par la politique" http://bregaorthez.blogspot.com/2010/03/quand-la-tauromachie-est-envahie-par-la.html



Sur la politisation de la corrida, il me semble effectivement que coté ganaderos, la chose coule de source, sans parler de celui emblématique, qui le lendemain de l'insurrection franquiste fusilla au hasard 6 hommes (ses serfs), pour «dar animo» aux autres.

C'est vrai aussi, qu'une très grande famille ganadera, les Tabernero pour ne pas les nommer, aménagea un aérodrome de fortune sur ses terres pour accueillir les généraux qui feraient de Franco le «Généralissime», chef unique des armées, un peu moins d'une semaine qu'après, cornaqué par le beau frère, et fort du désir d'Hitler de ne traiter qu'avec lui et dès début août 1936, on l'intronisa Caudillo, et chef de l'Etat, le 1er octobre 1936.

Il est également vrai, que les latifundistas (grands propriétaires terriens méditerranéens) en général ganaderos, pour n'avoir pas trop de terres à mettre en cultures, éviter de sordides problème salariaux qui gâchaient leurs séjours à Madrid, San Sébastien, Biarritz ou Londres, ou pour se soustraire à la réforme agraire, conservèrent et développèrent leurs élevages.
Mais à cette époque, c'était pure gloriole, où la rentabilité et les préoccupations financières n'avaient rien à voir, au profit d'une tradition.
Ils fournirent une très précieuse aide logistique et financière à la rébellion qui partait mal, au moins dans la semaine ou les quinze jours qui suivirent le 18 juillet, avant qu'Hitler et Mussolini ne s'engagent résolument à leur côté.
Pour ceux qui m'objecteraient que les soviétiques aussi se sont investis, via les communistes, je leur préciserais que Staline a beaucoup hésité, avant que son aide ne soit opérationnelle en novembre 1936, mais la guerre était déjà probablement perdue pour le camp républicain.

Cette caste ne voyait finalement dans la préservation du toro qu'un moyen de sauvegarder un certain mode de vie et un certain prestige, mais nourrissait aussi, une aficion indéniable en produisant des toros qui lui ressemblaient, reconnaissables comme des emblèmes, capables de vous étriper de la basse piétaille.
On assiste, suite à des démembrements liés aux héritages, à l'intrusion de «nouveaux riches», soucieux de recycler de l'argent, avides de la gloriole des autres, mais surtout, appliquant de stricts concepts de rentabilité à la chose. On a pu encore l’entendre récemment sur les ondes: «-C’est normal, un chef d’entreprise», disait récemment avec gourmandise un commentateur télé, minaudant et plutôt admiratif, veau sous la mère du système, «n’a pas à se soucier de morale mais de servir des dividendes à ses actionnaires». CQFD!

Va donc pour les éleveurs historiques, qui au moins s’appuyaient sur une tradition historique, et disons, un certain panache. De nos jours, les bienheureux de l’immobilier espagnol ou des produits annexes, et bien d’autres moins reluisants, viennent ici, aristocratiquement, recycler, je n’ai pas dit -relevez ma modération- «blanchir» un argent durement épargné.

Donc, un élevage de toros, en général trop réduit en superficie -successions et ventes obligent- est devenu un objet de «rentabilité». Ce qui échappait totalement à nos ganaderos réactionnaires d’antan. Maintenant on amortit l’investissement, on «passe» tout en Domecq pour que les figuras veuillent bien risquer leur petit cul délicat, et imposer un bétail qui leur sied.
Tout nouveau ganadero, avocat, marchand d’embutidos, promoteur, banquier ou fabricant de portes coulissantes, se doit d’avoir ses deux cents hectares de «tierra brava». Il achète alors des vaches et des étalons à la «Casa», que des figuras viendront tienter et tout ceci finit dans l’eau de boudin consanguine que nous subissons.

Un toro indéfinissable, gonflé, boursouflé, qui s’affale, qui ne ressemble à rien, qui court tout droit, tête à mi hauteur, et que surtout il ne faut pas faire humilier, c'est-à-dire toréer par le bas, ce qui le ferait tomber, qu’il ne faut surtout pas piquer non plus car il mourrait sous le peto tant sa bravoure est immense, et que surtout, goût du public oblige nous dit-on, il faut faire «durer».

Les toreros ne furent que très peu politisés, si on excepte «El Algabeno», ami intime de Queipo de Llano qui alla très vite se faire occire sur le front de Séville. Doit-on rappeler qu’il avait les faveurs de Juan Leal, et que pour des raisons purement politiques et idéologiques, il s’opposait à Don Severo, résolument «radsoc». Ce Don Severo qui avait écrit, au sujet du très franquiste Dominguin, quelque chose comme «le public le traita de rempailleur de chaises, sans ce douter du tort qu’il faisait à cette honorable profession». Ca faisait pisser de rire mon mécano d’oncle Fernand. A cette époque, le bas peuple se foutait des figuras et pouvait leur envoyer quelques projectiles légumineux au visage et quelques volées de qualificatifs d’une répugnante mais saine vulgarité.

«Rempailleur de chaises» ça a une autre gueule que nos reseñas actuelles de veaux sous la vache de l’empire, non!
Restait que la corrida était un spectacle transgressif, un lieu où le «peuple» pouvait d’une certaine façon s’exprimer, j’ai déjà parlé à ce sujet de «vomitorium psychique».
Les figuras faisaient le salut qui convenait selon la couleur des plazas (nota: salut fasciste).

Le problème le plus troublant, et je ne suis pas sociologue, à la différence de Dédé de Vieux Boucau, qui a aussi compris ça, est de voir ces arènes vides en Espagne, sauf en périodes festives, où il est de bon ton de se montrer. Comme si, de fait, ce «Patrimoine Universel de l’Humanité» n’avait plu rien à dire, sauf à ceux qui en vivent.
Inquiétant, bien sûr, beaucoup plus que les zantis, qui répètent à foison les mêmes conneries.

Les arènes vides, c’est comme si ce spectacle ne parlait plus à ce con de peuple, qui n’a même plus les moyens de se l’offrir, ce chien de pauvre! Selon une formule de «l’inénarrable», «laissons donc à ceux qui ont le pouvoir et l’argent le soin de décider».

Les catalans ont toujours préféré la «sardane» au «paso doble». On semble découvrir ce truisme.
Heureusement, Dédé, l’homme qui «murmure à l’oreille des sénateurs espagnols» qui n’ont sans doute rien d’autre à foutre, celui qui conjure la «conspiration catalane», qui bénit la malheureuse Esperanza Aguirre (qui, elle non plus, n’en est pas à une connerie près), nous vend le pestilentiel «Mundotoro» et le douteux P.P. qui tente de renaître via sa branche la plus malodorante.
Ceci dit, nous avons aussi Le Pen et le F.N. en France !

L’immense différence, et tu l’as souligné Xavier, est qu’en France la corrida reste une caractéristique régionale, qui fut populaire et plutôt transgressive, par rapport au pouvoir jacobin.
Jusqu’à quand?

Ce sont ces caractéristiques que nos massacreurs s’appliquent à gommer, dans leur délire ultra libéral et leur recherche d’un autre public friqué et gogo qu’ils peuvent traire avec de succulents «mano a mano» qui prétendent ressusciter artificiellement de mythiques rivalités.
Des «mano a mano», ego des acteurs oblige, qui ôtent toute possibilité à un troisième torero de briller dans un contexte à fortiori favorable.

Une évolution tout simplement mortifère.



El Chulo

El PIMPI à l'honneur

A l'occasion de la traditionnelle San Fulbert, la Peña SOL aura le plaisir d'accueillir le picador "El Pimpi" le vendredi 09 avril à 19h15 en son local de la Rue St Gilles à Orthez.
La causerie tournera autour du tercio de pique et de sa nouvelle "cuadra de caballos".
La soirée est ouverte à tous et un buffet "de la casa" sera offert (libre participation).

jeudi 1 avril 2010

APPEL AUX SPARTIATES

«Passant, va dire à Sparte que nous sommes morts ici pour obéir à ses lois.»
Simonide de Céos
En l’an 480 avant J.C., dans le défilé des Thermopyles, 7000 grecs s’opposaient à l’invasion de 200000 perses.
Pendant cinq jours ils résistèrent victorieusement, infligeant quelques 20000 morts à l’envahisseur.
Voyant leurs positions tournées et l’issue fatale, Léonidas l’un des deux rois de Sparte, renvoie alors ses alliés et demeure avec ses 300 hoplites spartiates et ses 700 alliés thespiens pour retarder au maximum les perses et permettre à la coalition des cités grecques de s’organiser, ce qui débouchera sur la victoire finale.
Leonidas sait qu’il n’a aucune chance et qu’on ne lui fera pas quartier, mais cela lui importe peu.
Selon la légende il renvoie l’un de ses soldats dans la mère patrie porteur du message: «-Va dire à Sparte ….». Tout ses spartiates tomberont, notamment pour défendre la dépouille de leur roi, celui qui incarne l’honneur de la cité et de la Grèce ainsi que l’esprit de résistance.
Mais Léonidas selon les chroniqueurs n’aurait pas dit que cela.
Arrivant aux Thermopyles, un défilé de 300 mètres entre la montagne et la mer, il trouve un ancien rempart délabré. Ses alliés lui proposent alors de le restaurer pour se retrancher. Leonidas refuse et place ses spartiates devant le mur en arguant «qu’un mur d’hommes et bien plus résistant qu’un mur de pierre».
Et quand pour justifier d’une retraite, on lui objecte la désespérante disproportion numérique entre les deux armées, il fait remarquer que les troupes perses sont en majeure partie des mercenaires dont les officiers se tiennent derrière les troupes, avec des fouets, pour pousser les combattants et dissuader les velléités de retraite. Tout le contraire des spartiates où l’on se bouscule pour se battre au premier rang. « -Quand ils trembleront plus devant nos armes que devant le fouet de leurs maîtres, la victoire sera à nous.»
Dans l'un des camps on se bat par peur, par obéissance ou pour de l’argent. Dans l’autre on lutte et l'on se sacrifie librement pour des valeurs.
Il y a 2490 ans, des hommes ont laissé une empreinte indélébile dans l’histoire par le sacrifice de leur vie au service d’un idéal et de valeurs. Ils ont péri, mais cette apparente défaite militaire représenta une écrasante victoire morale et politique qui se concrétisa par la déroute ultérieure des perses, à jamais guéris de leurs envies de conquêtes.

J’appartiens à une génération où ces anecdotes (si l’on peut dire) formaient la matière de base de l’enseignement. De ce que l’on nommait d’un si beau nom: les «humanités».
C’était certes plus rébarbatif que le concept actuel de «fun», qui préside aux destinées de l’éducation actuelle, mais cela présentait aussi quelques menus avantages.

Pour en revenir à «l’affaire des Thermopyles», elle fait exemple par la mise en exergue de la supériorité d’un combat pour des valeurs mené par des hommes libres, convaincus et consentants sur le combat pour des intérêts mené par des satrapes.
On discerne sans doute où je veux en venir.

Tant que la corrida est porteuse de valeurs, il se trouvera des hommes et des femmes pour se lever et la défendre. Et ils la défendront victorieusement parce qu’ils s’engageront pleinement dans la défense d’une éthique qui fait sens à leur yeux, et qui porte une légitimité.
Certes, et je ne cesse de le répéter, il n’est pas question pour autant ni de donner dans l’angélisme découplé des réalités matérielles, ni de réclamer une tauromachie univoque et monolithique.
Le problème actuel tient au déséquilibre et à la disparition irrémédiable et programmée d’une certaine conception de la tauromachie devant la seule logique du profit de quelques uns qui se préoccupent bien peu des lendemains tant qu’ils engrangent.
Ces beaux messieurs (il y a très peu de dames…) doivent comprendre que la mobilisation des aficionados, de TOUS LES AFICIONADOS, passe par un aggiornamento radical, qui doit prendre en compte la diversité des attentes. Un aggiornamento qui commence par poser un diagnostic lucide et objectif de la situation, qui se préoccupe de rechercher les causes internes plutôt que de pleurnicher et se défosser sur des causes extérieures ou sur un fantasmatique ennemi intérieur. Car elles se multiplient les critiques de la communauté taurine, et il faut être sourd ou inconscient pour ne pas s'en alarmer et les prendre en considération.
Sans doute est-on en «haut lieu» en train de se rendre compte, sinon du bien fondé (ne rêvons pas trop), du moins de l’impérieuse nécessité de renouer avec l’ensemble de l’aficion.
Car ce ne sont pas les bobos qui viennent se divertir aux ferias, et qui par nature renâclent à l’engagement et à la lutte qui iront à la bataille. On lutte mal en blanc, au son des sévillanes, flûte de champagne à la main, dans les espaces privés ou les hôtels 3 étoiles.
Non! Les fidèles, les poilus, les écumeurs de tendidos soleil, les gros bataillons de l’aficion de toujours sont plutôt gros rouge, budgets spartiates et bodegas populaires.
Et ce sont ceux-là qui se mobiliseront et monteront au front.
Et ce sont ceux-là qu’on désespère.
Ils ne se payeront vraisemblablement pas de mots, ni de bonnes intentions. Le mundillo devra donner des gages.
Y est-il prêt?
Rien de moins sûr.

AVANT le combat, Léonidas et ses spartiates dansaient la pyrrhique (danse en armes) après avoir coiffé leurs longs cheveux et s’être enduits d’huile pour mourir honorablement.
Nos modernes stratèges mundillesques préfèrent eux, comme Néron, chanter au son de la cithare PENDANT que Rome brûle. Ils chantent l’ode au Patrimoine Immatériel de l’Humanité et la gloire éphémère et factice des figuras insipides, qui ne risquent plus rien pour ne rien avoir à perdre, pendant qu'on émascule le toro de combat, pierre de touche du mérite et de la valeur.
Des Guerres Médiques à la gueguerre merdique!
On est loin des Thermopyles.

Xavier KLEIN

mardi 30 mars 2010

ET MAINTENANT?............QUE VAIS JE FAIRE?

Le questionnement c’est le début de la sagesse et sans doute c’est par la sagesse qu’il eût fallu commencer.
La première des sagesses est de commencer à distinguer l’effet (ou les effets) de la (les) cause(s).
La seconde sagesse est de disposer d’éléments objectifs.
La troisième est d’opérer une analyse également objective (et donc débarrassée de toute idéologie ou présupposés affectifs).
La quatrième est de poser une problématique.
La cinquième est de déterminer une stratégie réaliste, adaptée et opérationnelle.
La sixième est d’avoir la volonté et le courage de la mettre en œuvre.
La septième est de l’évaluer et de corriger le tir.
Et le huitième jour Dieu se reposa.

Tout cela a t-il été à un seul moment mis en œuvre dans le monde taurin?
Nullement. On a préféré stigmatiser l’un ou l’autre, et défendre férocement son pré carré.

Pourtant les outils de cette démarche existent, il n’est que de les mettre en œuvre.
Cela représente bien entendu un coût.
Mais à ne pas vouloir le consentir on risque de payer une note infiniment plus salée.
Logique libérale: chacun pour soi, en espérant qu’EVENTUELLEMENT, cela bénéficiera à tous. Un pari risqué et le plus souvent perdu.

Il est tout à fait évident que je suis un con.
Peut être aussi ceux qui me lisent, on ne sait jamais avec la contagion!
Mais la perfection n’étant nullement de ce monde, même un con peut avoir raison. Auquel cas, on a alors avantage à l’entendre: c’est ce que l’on appelle stupidement la démocratie, un régime certes bien pitoyable, mais qui conserve tout de même quelques menus avantages.

En 1979, alors en quête d’un sujet pour mon mémoire de maîtrise, j’avais contacté le président de la Commission Taurine de Dax pour lui proposer de réaliser une enquête approfondie sur la composition, les pratiques et les motivations du public de Dax.
Il s’agissait, à partir de 3 échantillons représentatifs (ombre, O/S, soleil) de découper 3 tranches de gâteau de la plaza dacquoise, et de les soumettre à un questionnaire statistique (âge, sexe, origine, résidence, catégorie socio professionnelle, nombre de corridas, goûts taurins, plazas fréquentées, lectures, etc., etc., etc. et même opinions politiques).
La réponse tint en une phrase: «- Je sais déjà!!!». Un savoir aux origines bien mystérieuses et empiriques, malheureusement disparu avec feu l’intéressé.
Inutile de dire que mon idée de con est passée aux oubliettes, avec force commentaires désobligeants et ironiques, et force rires des intellos de la Commission d'alors, que la décence m'interdit d'énumérer.
Pourtant, avec mon flair de con, il me semble qu’une série d’enquêtes similaires, réalisées dans diverses plazas, de tailles diverses, à échéances régulières pouvait constituer un élément de travail intéressant pour pleins d’autres cons: historiens, géographes, économistes, ethnologues, anthropologues, et, accessoirement pour des cons taurins, qu’ils soient organisateurs ou non.
Il en va de même pour d’autres études connes, sur les retombées des corridas et ferias sur les économies locales, ou bien sur la perception par une population donnée du fait taurin.
L’autre idée super-conne celle-là, serait de rêver que des institutions comme l’U.V.T.F. ou pire l’Observatoire de stricte observance puissent s’en charger. Mais il faut vraiment être super-con pour penser que ces braves gens puissent s’emparer d’une idée qu’ils n’ont pas eue, et surtout puissent oublier leur intérêt à court terme afin de financer des opérations comme celles là.
Mais ne vous inquiétez pas, ces idées sont super-connes parce que j’en suis l’auteur. Ressorties dans quelques temps par d’autres, elles deviendront super-intelligentes!

Autre attitude hyper-conne, c’est de chercher à comprendre le pourquoi des choses, en essayant de se dégager de tout présupposé.
Je vais prendre une question hyper-conne au hasard: pourquoi les arènes se vident-elles en Espagne ?
On remarquera d’abord l’incongruité majeure de «en Espagne». Voilà une subtilité archi-hyper-conne.
Partant d’une constatation simple, la différence de pouvoir d’achat entre France et Espagne, je tendrais connement à tracer l’évolution de divers indices (P.I.B./habitant, croissance, etc…).
Etant par culture géographe donc vicelard, j’y adjoindrais d’autres indices (évolution du prix des places de corridas en euros constants, du salaire minimum, du pouvoir d’achat, de l’évolution de l’indice de divers emplois, de l’évolution des coûts d’un lot de toro, du cachet moyen des 10 premières figuras, du convenio des subalternes, etc.).
C’est très con évidemment, mais cela peut être positivement jouissif…
J’aurais alors la conne faiblesse de penser disposer de quelques éléments objectifs.
Il faudrait alors recourir à un con de sociologue pour évaluer l’évolution des représentations culturelles de la mort ou de la souffrance chez nos voisins, choses possible, y compris avec des éléments objectifs.
Il apparaîtrait sans doute un certain nombre de considérations complètement extra-connes, et liées avec une putain de satanée évolution de la société espagnole, passée en 30 ans, d’une dictature à une démocratie, de la pauvreté et du sous équipement à la société de consommation, de l’isolement à l’Europe, etc.
Une Espagne qui n’a pas pu, la conne, rester d’une misère folklorique, avec des salaires de merde, et des apéros à 3 pelos, qu’on (con) allait se biturer à Ibardin ou à Pampelune ou faire son marché à Irun pour nada.
Ah les cons! Etonnez-vous après qu’ils veuillent plus se faire zigouiller pour 3 francs 6 sous. Et ces cons de subalternes: c’est qu’ils ont des exigences syndicales en plus! Ya plus de petit personnel!
Et puis les espingouès, y pouvaient pas se contenter d’aller à la messe le matin, aux arènes l’après-midi et au bordel le soir? Fallait qu’ils donnent dans le rock and roll? L’écologie? Le New Age? L’anti-taurisme? Pire, la démocratie?
Eux aussi ils ont le droit aux chienschiens à sa mémère, aux croquettes miaou-miam, à «nos zamies les bêtes», et à tous ces signes extérieurs de haute civilisation, comme les maisons de retraites où on parque les vieux, et les S.D.F. qui couchent à coté des refuges chauffés de la S.P.A., Zont même le droit au racisme avec les bougnouls qui réussissent à passer les colonnes d'Hercule! Zont même eu le droit d'avoir leur Sarkozy à moustaches avant Mister Z.
Tout fout le camp!
Alors! Pourquoi, ils remplissent plus les arènes, bande de tarés?
Les places trop chères? Que non pas! Un abono tendido sol, c'est rien que le prix d'un mois de R.M.I.! Z'ont qu'à travailler les buses!
Les toros qui tombent? Arguties et billevesées: qu'on les tore pas à bonne hauteur.
La caste qui disparait? La caste? Quezaco? A oui, le potentiel de charge qui se consume pendant la lidia, multiplié par le taux de toréabilité, divisé par le diamètre de la funda et remultiplié par Pi au carré.
L'émotion? Quoi l'art c'est-y pas bouleversifiant, même devant une chèvre?

Tout ce fourbi, c’est ce que des cons comme moi appellent des évolutions sociétales qui appelleraient des adaptations, et des évolutions économiques qui appelleraient des solutions.
Mais il semblerait que plutôt que de chercher dans les pratiques taurines l'origine de nos maux, il vaut mieux s'en remettre à l'Autre, le con, en l'occurrence le "zanti", le malfaisant, le lubrique, ou bien à la rigueur le Klein, le CyR, ou l'atrabilaire, tous ces cons qui divisent l'afission.
Quand j'vois pas bien, mais j'suis con, j'ai connement tendance à commencer par nettoyer mes lunettes, ou bien à la rigueur à prendre rendez-vous "à" l'occuliste.
Les gens intelligents eux SAVENT.
Ils savent que ce sont les autres qui sont flous!
Et puis tiens! J'suis trop con!
Serait-on moins con de savoir con l'est?
Xavier KLEIN

dimanche 28 mars 2010

QUAND LA TAUROMACHIE EST ENVAHIE PAR LA POLITIQUE

Voilà un sujet qu'il est joli!
Voilà un sujet qu'il est tabou!
Voilà une vérité qu'elle est pas bonne à dire!
*
Et pourtant, si l'on se retourne avec un peu de lucidité sur l'actualité taurine de ses dernières années, on ne peut que se résoudre à l'amer constat de l'emprise croissante du politique sur la tauromachie.
Cela a certes toujours été.
*
Depuis que le monde est monde le politique a toujours instrumentalisé (ou tenté de le faire) le culturel et tout spécialement l'artistique.
Que ce soient les pyramides, instruments du pouvoir pharaonique, le Parthénon, instrument du pouvoir athénien, le Bolchoï, instrument du pouvoir soviétique, Arno Breker ou Leni Riefenstahl, instruments du pouvoir national-socialiste, l'art a toujours été un puissant vecteur de la propagande politique.
*
Il en va de même pour le sport. Il n'est que de voir les débats entrainés par les sifflets de la Marseillaise dans les stades, sifflets qui ont été l'un des arguments de l'émergence du débat sur l'identité nationale.
Pourquoi la tauromachie y échapperait-elle?
*
Sans entrer dans le débat sûrement passionnant de l'instrumentalisation de la tauromachie par le franquisme, il paraît évident que le politique constitue l'arrière plan du débat actuel en Espagne.
Que ce soit en Catalogne, ou dans la société espagnole, la tauromachie, A TORT OU A RAISON, porte une forte charge politique. Une charge politique, A TORT OU A RAISON, connotée conservatrice.
Est-ce si étonnant?
*
Un blog ami éditait récemment les courriers adressés par Dominguin à Franco pour boycotter les toreros mexicains. Toute l'argumentation, toute l'expression de ces écrits s'avéraient fondamentalement politiques.
L'ensemble du mundillo taurin espagnol, depuis les ganaderos jusqu'aux empresas ou aux apoderados, ne se distingue pas particulièrement par des options anarcho-syndicalistes, c'est le moins qu'on puisse dire.
*
L'une des constantes des conservateurs et des gens de droite est en général le déni du politique. Le «- Je ne fais pas de politique» ou le «- Il ne faut pas voir la politique partout.» est typiquement un discours de droite, et je ne doute pas que le présent propos ne manquera pas de heurter quelques âmes sensibles qui verront là une raison supplémentaire de me vilipender.
Il n'en demeure pas moins, qu'A TORT OU A RAISON, la perception de la tauromachie par les masses espagnoles est intimement liée au franquisme, et qu'à mon sens, sa désaffection est également liée à un rejet de cette connotation franquiste. Pas seulement, bien sûr, mais fortement sans aucun doute.
*
Toute l'organisation de l'activité taurine et toute son évolution actuelle portent la marque de ce mouvement politico-économique qu'est le libéralisme, ou de ce que nous nommons en France l'ultra ou le néo libéralisme.
Tous les instruments et critères d'évaluation de l'activité taurine procèdent désormais du langage économique libéral. On parle marché et taux (de remplissage ou de toréabilité...) quand l'on évaluait jadis une temporada avec d'autres critères uniquement qualitatifs et purement taurins. Tout cela, il faut être aveugle pour ne pas le voir.
Le problème (mais il faudrait dire LES problèmeS), tient à l'inconciliabilité des démarches d'une activité traditionnelle et d'une logique économique moderne et importée.
Pour prendre un exemple, la logique d'un ganadero est une logique terrienne avec des processus de long terme. Celle du marché moderne libéral est la logique d'un rendement maximum à court terme, quelle qu'en soit les conséquences sur le long terme.
Peu importe à nos libéraux de «crever la bête» pourvu que l'on engrange un maximum tant qu'on le peut: après eux le déluge...
Est-il besoin d'expliciter? Les évènements récents de gestion de la crise, et notamment le comportement des banques sont limpides.
La hausse insensée des cachets des figuras, celle non moins suicidaire du prix des places ou des abonos alimentent la déconnexion entre la tauromachie et une assise populaire qui fonde sa légitimité et donc sa survie.
A Madrid les abonos sont achetés par des entreprises pour leurs clients, à Dax, Arles ou Nîmes ils sont vendus à une clientèle exogène qui alimente généreusement l'économie locale.
L'objectif n'est donc plus la tauromachie elle-même mais les profits directs (vente des places) ou indirects (retombées touristiques) générés.
Une posture autrefois annexe tant qu'elle ne remettait pas en cause le contenu, mais devenue aujourd'hui centrale parce que l'impératif économique veut maintenant dicter sa loi à l'exigence taurine.
La programmation et le contenu, et tout le processus de production avec, s'adaptent maintenant à cette exigence d'un public néophyte, passager et déculturé taurinement. Un public uniquement jouisseur qui se contrefout de l'éthique ou de la tradition. De culture populaire, la tauromachie passe à la distraction de masse, un bémol pour nos hommes d'affaires.
*
Cela, C'EST DE LA POLITIQUE...
*
Comment s'étonner que la population se détourne alors d'une activité qui n'est plus que lucrative, et profite à un lobby qui ne la gère que pour se remplir les poches? Comment s'étonner aussi qu'une partie de l'aficion ne veuille plus cautionner ni cette dérive, ni les arguties qui visent à la justifier?
On peut défendre un rituel qui porte un sens, on ne défendra pas une opération financière dont l'objectif réel est que quelques uns se gavent, en demandant aux copains de les soutenir aux noms des «valeurs taurines».
Nous en sommes pourtant là.
*
Il convient également de préciser que la situation ne se pose pas dans les mêmes termes en France. Si en Espagne, le fait tauromachique est identifié, A TORT OU A RAISON, comme l'émanation d'un pouvoir centralisateur, en France la relation est exactement inverse.
C'est au nom des libertés et identités locales que le sud français défend sa culture taurine. Un sud rose, traditionnellement frondeur, de culture «radsoc», surtout dans le sud-ouest où l'organisation des corridas échappe en grande partie aux grands capitaines d'industrie taurine. Une organisation et une conception de la tauromachie qui expliquent grandement que s'y élaborent et s'y cultivent les résistances aux évolutions actuelles. Ce sud là constitue la Terre Promise des puristes espagnols, qu'ils soient aficionados ou ganaderos.
Il est donc étonnant et paradoxal que cette France taurine rebelle, gauloise et cartésienne, consente d'entretenir comme tête de proue, un avocat déclaré et sans complexe de cette évolution vers des logiques politico-économiques.
Car il faut être profondément autiste, ou complètement demeuré pour ne pas discerner que le discours martelé régulièrement par André VIARD est un discours essentiellement politique qui distille en sous-main, sans en avoir l'air, les valeurs du libéralisme le plus débridé.
André VIARD, caudillo de l'Observatoire FAIT DE LA POLITIQUE.
Quand il s'adresse au Sénat espagnol pour y développer ses analyses, il FAIT DE LA POLITIQUE («ce n'est pas au spectacle taurin de s'adapter aux exigences d'un règlement inadapté, mais au règlement d'être conçu en fonction des besoins du spectacle que nous souhaitons produire.»). Comme quand il discute avec le gouvernement français, tout disposé à sacrifier l'entrée des mineurs aux arènes.
Quand il soutient la cause des grandes empresas françaises, il FAIT DE LA POLITIQUE, comme quand il développe un discours néo libéral sur le marché taurin et son inéluctable évolution vers des fonctionnements authentiquement libéraux, dictés par les marchés .
Tout le substrat de son argumentation, tout l'arrière plan de son message, sont imprégnés d'une idéologie souvent malodorante qui flirte avec les courants les plus réactionnaires de l'Espagne franquiste.
Cauteleux, VIARD nous vend sans complexe du "Partido Popular" et de "l'A.B.C." exaltant éditorial après éditorial, les mérites des positions des uns et l'infamie supposée des autres (P.S.E.) taxés de mollesse ou d'indécision.
Traditionnellement en France, la tauromachie est plutôt le lieu de fédération et de rencontre des horizons politiques. On n'y connait pas de toros de droite ou de gauche. Tout au plus la naturelle est-elle plus considérée que le derechazos.
Certes, dans certaines villes, l'orientation taurine se constitue en affaire d'état qui peut influer sur le résultat des élections municipales. Mais dans le fond cela reste anecdotique et même folklorique, et personne de quelque bord qu'il se situe ne souhaite vraiment une confusion des genres.
C'est pourquoi il est choquant et dangereux que le discours de celui qui devrait être le fédérateur maximo introduise des conflits qui ne devraient pas être.
Beaucoup ne supportent plus que l'on nous assène régulièrement, sous couvert de vérités taurines révélées des propos qui ne sont en fait qu'une propagande éhontée pour des thèses POLITIQUES et ECONOMIQUES qu'ils combattent comme citoyens, militants ou élus.
Le journaliste VIARD a parfaitement le droit de les exprimer.
Le président de l'O.N.C.T. devrait se l'interdire parce que nombre de ses mandants ne les partagent pas.
Il est grand temps d'appeler un chat, un chat.
Il est aussi grand temps d'interpeller non seulement l'O.N.C.T. mais aussi les "instances" qui le constituent: CAUTIONNEZ-VOUS DES DISCOURS PARTISANS ET POLITIQUEMENT ENGAGES QUI NE PEUVENT QUE SEMER LA DISCORDE?
C'est une problématique qui ne manquera pas de titiller non seulement les aficionados de base, mais aussi les élus au sein de l'U.V.T.F., nous y veillerons.
La politique ne doit pas devenir un enjeu diviseur de l'aficion française!
Xavier KLEIN

A lire également: http://leciegonaimepaslesgens.blogspot.com/2010/03/le-bel-abel-et-le-cain-caha-fait-rien.html

http://sites.google.com/site/toroaficion/cronicas-de-hoy/10-las-ventas-28-3

http://torear.blogspot.com/2010/03/tras-la-corrida-de-ayer-en-madrid.html

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vendredi 26 mars 2010

ORTHEZ 2010

Juste un petit mot d'information sur le cartel d'Orthez de la journée taurine du 25 juillet.
Combattront et mettront à mort les toros de Dolores AGUIRRE:

Julien MILETTO
Ivan FANDIÑO
Alberto LAMELAS

Un savant mélange d'impératifs divers et variés en réponse à des attentes diverses et variées d'un public divers et varié. Le moins qu'on puisse dire c'est qu'on ne sera pas dans le "toreo moderne" mais plutôt dans les fondements même de la corrida-combat.

Deux choix prépondérants:

1°) Conserver des tarifs populaires (les moins chers de France), ce qui entraîne des contraintes budgétaires.
2°) Retenir des toreros qui auront quelque chose à dire, et le désir de le dire.

Evidemment tout choix est critiquable...

Le cartel de la novillada n'est pas encore retenu.
Xavier KLEIN

mercredi 24 mars 2010

CAMPOS y RUEDOS, LE livre

On les connait les godelureaux de CyR!
Je dis godelureaux mais ce pourrait être, au choix, talibans, ayatollahs, ou même dernièrement atrabilaires.
Sûr qu'ils assumeraient les chenapans!
Ou bien, pourquoi pas les re-caïns?
Mais c'est bien sûr, les recaïns.
Une joyeuse meute d'impudents recaïns qui croquent sans vergogne, avec santé et bonne humeur, d'un bel et solide appétit, la vie et ses beautés.
Une meute donquichotesque qui traque et chasse inlassablement les éternels moulins à vents de la bêtise, de la veulerie ou de la fatuité.
Un cénacle d'esthètes et de pataphysiciens sans prétentions, qui ne se bouffissent pas d'orgueil, ne se la «pètent pas» comme tant d'autres, ne prétendent à rien, ne réclament rien pour eux-mêmes, ne callejonnent pas et refusent les compromissions.
Le must de l'insupportable.
La jeunesse quoi!
Une jeunesse telle qu'elle dérange et insupporte tant de cons (vieux ou moins vieux) par son impertinence, ses rêves et une éthique intransigeante qui n'est certes plus de mise mais demeure éternelle.
A force de facéties, ils ont fini par commettre l'irréparable: un livre, LE livre.
Un livre qui leur ressemble, fin, racé et élégant.
Un livre pour mémoire, qui rappellera plus tard que 2010 n'était pas seulement le temps des jeanfoutres et des paltoquets taurins, mais que s'y conservaient encore le vrai bon goût et les embruns iodés de la liberté de penser, de rêver et de créer.
LE LIVRE... Un IN-DIS-PEN-SA-BLE à se procurer d'urgence avant épuisement des munitions.
Livrez-vous!
Xavier KLEIN

samedi 20 mars 2010

JE SUIS UN FILS DE CAÏN

Détail de "Bull Shares" d'Alec Parker

C'est Carême.

Pour les catholiques, un temps de remise en cause, d'examen de soi, de recentrage sur l'essentiel.

J'avais pourtant pris de bonnes résolutions...

Prendre de la distance ou mieux de la hauteur, se soustraire au ressentiment, retrouver le sourire et l'humour face aux turpitudes, passer outre, renouer non pas avec ce mot si creux qu'est le bonheur, mais simplement avec la joie...
On se fait à l'idée que la bêtise et l'outrance sont sans limites, la connerie insondable, l'ignominie omniprésente, et qu'après tout, il en a toujours été ainsi, et qu'il vaut mieux s'en accommoder.
De bonnes résolutions quoi! On re-solutionne, on se résout à...
Si personne ou presque ne jeûne plus, l'abstinence est carré(me)ment devenue un mot abscons.
On ne s'abstient surtout pas de descendre encore d'un cran dans la couillonnade.
On pensait avoir touché le fond. Mais non! Les «cousteau» du crétinisme ambiant franchissent toujours des records de profondeur abyssaux.
Passe encore qu'ils ajoutent à leur polyvalence (toreros, boxeurs, universitaires, journalistes, observateurs, présidents) un brevet autodécerné de théologie, en évoquant à contre-sens Caïn et Abel (http://www.terrestaurines.com/forum/actus/01-03-10/11-03-102.php), on est toujours dans le comique troupier. Mais leur désir forcené d'exister les pousse à des extrémités qui laissent pantois ou rêveurs selon que l'on est optimiste ou poète.
La dernier record en date du Guinness de l'imbécilité taurine se niche dans un de ces éditoriaux (http://www.terrestaurines.com/forum/actus/01-03-10/20-03-102.php) aussi vides de sens que remplis de mots creux qui prétendent en dix lignes préciser par touches impressionnistes les canons de la nouvelle tauromachie (LES ALÉAS DU PROGRÉS).
Fini le vieux langage! Terminées les subtiles définitions qui alimentaient les débats hivernaux des aficionado! Mortes les imprécisions! On ne cause plus qu'en termes libéralo-économico-taurins.
Au terme d'une longue et douloureuse gestation, on parlera «client», «marché» et surtout «TAUX DE TOREABILITE»
Il fallait oser!
Mais tant qu'à se vautrer dans le ridicule, autant y aller de bon coeur, deuxième couche: «[...] le plus important pour la qualité du spectacle est que le toro bouge et qu'il ne tombe pas. Pour cela, il est recommandé qu'il n'humilie pas trop, chacun sachant bien que tête en bas le toro dure moins et est plus fragile. D'où la recherche particulière dans laquelle Alvaro Nunnez s'est lancé, laquelle a pour objet de produire un toro qui embiste à mi hauteur. Le taux impressionnant de réussite de ses camadas semble lui donner raison [...]»
Troisième salve: «Cette limite, entre le "correctement toréable" et l'âpreté, Nuñez del Cuvillo l'a franchie hier dans plusieurs de ses toros, le cinquième surtout, auquel Sébastien Castella a fait front avec panache, chacun dans l'arène ayant compris que quelque chose se passait. Ce quelque chose était évident au regard du danger palpable contenu dans chacune des embestidas dont l'imprévisibilité rendait la faena improbable.» Après le politiquement correct, le «correctement toréable»
Bouquet final: «S'il avait correctement tué, Castella aurait coupé les deux oreilles de ce TORO INCOMMODE» et de revenir aux statistiques: «Mais la question qui se pose est de savoir quel pourcentage de toros semblables à celui-ci les figuras vont-elles tolérer dans les camadas de Nuñez del Cuvillo avant de s'en détourner?». Question lancinante en effet.
Pas un mot de condamnation ou même d'étonnement! Pas la plus petite indignation devant ce faire part de décès de l'âme même de la tauromachie!
Le toro moderne doit être COMMODE, CORRECTEMENT TOREABLE, NE PAS HUMILIER pour DURER, et surtout avoir un fort TAUX DE TOREABILITE.
Comme dit la publicité: «Décidément nous n'avons pas les mêmes valeurs...»
Don Joël Bartolotti l'Atrabilaire, Grand Maître des dernières valeurs du Temple, protecteur des lieux saints (Vic, Céret, Bilbao, Pampelune), doit se retourner dans sa cote de maille et affuter un glaive vengeur pour témoigner encore, dans un de ces combats sans issues, de l'honneur de la «chevalerie taurine».
Le jour où les derniers moines-guerriers épris d'idéal comme lui, auront péri sur les buchers des vanités entretenus par l'inquisiteur de Vieux Boucau, on se mettra à chercher leur trésor.
Ce ne sera ni un Graal, ni de l'or, ni de l'argent, ni quelque pierre philosophale.
Ce trésor à jamais disparu sera tout simplement ce qu'on appelle, encore pour peu de temps certes au train où vont les choses, UN TORO DE COMBAT.
Les temps héroïques s'achèvent, voici venu le temps des épiciers.

Xavier KLEIN

lundi 8 mars 2010

La stratégie des effets de manche

Ca ne s’invente pas. Déroute viardaque à Magescq.
Le pourfendeur d’atrabilaires (
http://www.terrestaurines.com/forum/actus/01-03-10/06-03-102.php), la voix du monde taurin français, le génie des pâturages, en un mot «l’inénarrable» a subi à Magescq l’une de ces déconvenues qui devrait le porter à plus de modestie, et à opérer un prudent repli stratégique vers un trou de souris.
J’adore ces gens qui poussent les autres à la guerre mais se gardent bien d’aller se confronter à la poudre, à la boue et au sang des tranchées, et quand ils s’y retrouvent d’aventure, se «chient dans les gueilles» ni plus ni moins que les copains.
L’homme qui parle à l’oreille des sénateurs espagnols, qui interpelle les cabinets ministériels, qui conseille les renseignements généraux et les cellules anti-terroristes s’est trouvé bien dépourvu quand la bise fut venue.
On eût pu supposer que le «grandiose», au vu de ses déclarations tonitruantes et des leçons ou préconisations qu’il ne cesse d’asséner de ci de là, n’aurait fait qu’une seule bouchée, à quelques lieues de son fief boucalais, de dix malheureuses rombières, venues manifester leur insatisfaction glandulo-anti-taurine à l’occasion de la journée taurine de Magescq.
Que nenni!
Et bien sûr, ce n’est nullement de sa faute. Une maréchaussée improbable, un maire indécis, tout le monde se serait ligué pour faire échouer les saintes objurgations de Son Altesse. Tous coupables…sauf lui! Même pas cap d’empêcher la prise de photos à l’arrastre, le boxeur-juriste!
Que vont penser nos amis espagnols, surtout les sénateurs?
Quand même! Lui qui tutoie les sommets aurait pu user de ses amitiés intimes sinon particulières avec la gent préfectorale ou procuratorale pour mettre un terme à la chienlit.
Il y a loin de la coupe aux lèvres, et si la stratégie est comme l’affirmait Napoléon «un art simple et tout d’exécution», on ne peut que se tordre de rire de voir le napoléon des ruedos mis ainsi en déroute dans une escarmouche de village. Et de remettre une couche de franche marrade de l’entendre ainsi se dédouaner sur les copains.
Un vrai «chef», tel qu’il se targue d'en être, assume, lui.
Xavier KLEIN
PS: Monsieur VIARD est prié de se calmer, on aimerait parler d’autre chose que de l’exposé quasi quotidien de ses frasques et avanies (et framboise).
http://www.terrestaurines.com éditorial du 8/03/2010 : «Le couac de la maréchaussée»
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Solution technique ou solution finale?

Dans un article du 6 mars 2010 (La solution technique, http://echoducallejon.com/article.php?id=5626), Erick COLMONT évoque un certain nombre d’innovations qui lui paraîtraient utiles à une adaptation de la corrida.
Cette intervention, et surtout les réactions qu’elle a provoquées méritent à mon sens plusieurs commentaires. C'est parce que je m'en suis parfois pris à Erick COLEMONT, que je peux me permettre de le défendre dans sa liberté d'expression.
Il va sans dire, et c’est un euphémisme, que je n’ai pas toujours été d’accord avec Erick COLMONT, tant sur le fond, que surtout sur la forme. Ses violentes attaques passées contre les «zantis», et la stigmatisation d’une partie de l’aficion, «toriste» ou «puriste» pour ne pas la nommer m'ont souvent parues limites. Pour autant, il me semble également qu’une évolution vers plus de sérénité et de recul s’est faite jour depuis plusieurs mois. Et on ne voit plus surgir dans l’Echo du Callejon, les noms d’oiseaux ("talibans", "ayatollahs", etc.) et les jugements sommaires qui faisaient son quotidien. Il me semble aussi que d’être ainsi capable de ne pas persister dans l’erreur, et de reconsidérer ses positions passées en les amendant et en prenant plus de distance est plutôt un signe d’intelligence, dont d’autres se montrent bien incapables.
Ceci dit, Erick COLMONT exprime un type de sensibilité taurine, que je ne partage certes pas, mais qui pour autant demeure parfaitement respectable EN SOI. L’un de mes engagements en matière taurine est que TOUTES LES OPINIONS puissent s’exprimer, être respectées et être entendues, ce qui n’est pas le cas avec certaines instances qui s’arrogent le droit de juger de ce qui est valide ou pertinent, et qui prétendent parler au nom de tous. Ce droit élémentaire inclut également Erick COLMONT, qui a la licence d’apporter au débat sa propre appréciation, même si l’on ne partage nullement ses analyses et ses conclusions.
L’une des critiques portées par beaucoup à l’encontre d’Erick COLMONT est de vivre de sa petite industrie. Faut-il s’en émouvoir et pousser des cris de vierges effarouchées? A mon sens nullement, à partir du moment où les choses restent claires et affichées et où Monsieur COLMONT, contrairement à d’autres, ne confond pas son entreprise somme toute artisanale, avec des responsabilités qui appelleraient un devoir de réserve.
Nous connaissons tous la multitude de ces petits métiers, de ces viatiques qui tournent autour de la corrida et des arènes: vendeurs de livres, d’affiches, de bimbeloterie, de panamas, d’uniformes taurins (blancs, rouges ou noirs, revendeurs), etc... Pour ma part, même si pour certains, cela prête à sourire ou à râler, cela représente aussi tout un monde bariolé d’humanité en mouvement qui m’intéresse et fait aussi partie de la fiesta brava. Les marchands du temple ont aussi leurs charmes et qui peut prétendre ici n’y avoir jamais succombé, qui pour l’achat d’une place, qui d’une revue, qui d’un capote? Erick COLMONT n’est ni le premier, ni ne sera le dernier, par passion de la chose taurine, à succomber à la tentation de joindre l’utile à l’agréable. Cela n’a rien d’infamant en soi et l’on en connaît d’autres plus scandaleux.
Il est bien plus commode de vilipender que d’argumenter. Venons en au «corps du délit».

En dehors d’un historique contestable de la pique («la Corrida n'a pu perdurer qu'avec l'invention du caparaçon…») et de considérations erronées («Les intégristes de l'époque avec à leur tête Ernest Hemingway») pour ce que le cher Ernest n’était nullement un «intégriste» (à moins que le terme ne qualifie ceux qui recherchent l’intégrité) avec des mentors tels que Dominguin ou Ordoñez (on fait mieux comme intégristes); la principale objection que l’on peut formuler à cet article est de se fonder sur des constats inexacts et donc de parvenir à des solutions sans objets.
Les nombreux démêlés que l’Echo a entretenus avec les «zantis» portent Erick COLMONT à surestimer l’impact et l’importance de ceux-ci (en France) et à revenir, sans s’en rendre compte, dans le fond de commerce de ceux qui mobilisent vers l’ennemi extérieur pour mieux camoufler et passer sous silence les problèmes internes.
Redisons le encore, les «zantis» militants demeurent, comme ils l’ont toujours été, une poignée d’activistes qui ne peuvent que bénéficier de l’écho et de l’importance qu’on leur accorde. Qu’ils fassent tapage ne fait aucun doute, mais il faut raison garder et surtout ne pas leur tendre les verges pour se faire battre. Il y a donc lieu d’être vigilant (prendre des arrêtés par exemple) mais surtout de ne pas céder à la psychose que d’aucuns entretiennent pour justifier de leur utilité.
Il y a également lieu de ne pas promouvoir en sous-main une politique d’expansion commerciale à laquelle ils ne peuvent que réagir. Et c’est là qu’est le problème. La «corrida moderne» dont certains se font les propagandistes a besoin de se développer vers d’autres espaces et d’autres publics. Las Vegas, la Chine, mais aussi les zones à reconquérir (métropoles régionales de Bordeaux ou de Toulouse) où la corrida n’a pu ou su se maintenir. Nouveaux publics forcément néophytes pour lesquels il conviendrait d’adapter le «spectacle», en l’adoucissant pour mieux pouvoir les attirer.
On n’est plus là dans l’aficion, qui ne représente plus qu’un frêle cache-sexe et un alibi, mais dans la fabrication d’un produit standardisé pour la consommation de masse. Quand la plupart des gentils suiveurs qui s’offusquent avec indignation de ces «débats stériles» qui divisent le monde taurin prendront conscience de la situation, il sera trop tard, et la mutation sera devenue irrémédiable.
Tout cela est comme l’endettement public, on ne s’en alarme que quand la douloureuse tombe, et qu’il s’agît de rembourser, et pour ce, de se serrer la ceinture.
La problématique des pinchazos que pose Erick COLMONT est donc une réponse à un problème qui ne se pose pas vraiment ou du moins, pas dans les termes qu’il croit.
D’une part parce qu’il réagit à une demande qui n’existe pas vraiment dans le monde des aficionados de verdad, qui se contrefoutent du nombre de pinchazos, tant qu’ils sont portés en vérité. Pour un aficionado digne de ce nom, dix coups de puntillas (suerte indépendante de la faena et de l’estocade) n’influent en rien sur le mérite du torero. C’est pour le grand public que cela influe, et c’est là tout le problème!
La solution colemontienne aboutirait à encourager le baronazo efficace au détriment de la suerte exécutée dans les règles de l’art. Ce qui importerait alors serait un résultat rapide et efficace au détriment de la beauté, de l’honnêteté et de la vérité de la «suerte de verdad». Ainsi, une faena anthologique, suivie d’un recibir «pinché» ne serait plus récompensée…
Ne parlons pas de la puntilla «technologique», car le fond du problème ne se pose nullement dans ces termes, mais dans ceux énoncés plus haut d’un public néophyte qui ne supporte plus l’essence même de la corrida qui doit être avant tout, la confrontation ritualisée avec la mort et la souffrance, avec le combat et le risque.
Evidemment, quand on part comme Erick COLMONT du présupposé que la corrida est surtout un spectacle artistique, on ne peut qu’être tenté d’en expurger toute bavure sanguinolente susceptible de heurter la sensibilité extrême des esthètes (de veau).
Erick COLEMONT comprendra donc, que partant des arguments eux aussi honorables exposés ici, on ne puisse que s’émouvoir de ses propositions. Propositions d'autant plus surprenantes qu'elles semblent prendre en compte et entériner les critiques de ses adversaires «zantis» préférés.
Il semblerait qu’il existe d’autres priorités beaucoup plus impérieuses que de vouloir moraliser ce qui, par essence, ne l’est pas.
Nul doute qu'Erick COLEMONT ne prenne conscience de sa bévue, il ne saurait suivre les traces de ces hommes qui «ne doutent jamais», qui prétendent parler «au nom du monde taurin français».
Errare humanum est, perseverare diabolicum.
Xavier KLEIN

mercredi 3 mars 2010

VOMITORIUM PSYCHIQUE

Très beau texte de notre ami El CHULO
J'avais amené mon ami Henri DELANNE, à une corrida à Dax.
Il voulait voir.
C'était un géant moustachu, fracassé, boiteux, parfois gueulard, peintre et sculpteur de talent.
Un ami.
S'y produisait, je crois, Manzanares, et de fait la corrida m'a tellement marquée que je l'ai oubliée, comme tant d'autres.
Il sortit muet, c'était la première qu'il voyait.
Je le connaissais et savais qu'il ne fallait pas lui parler: «-Comment t'as trouvé? C'est spécial non?» ou autres conneries au risque de réflexions froissantes.
Je connaissais mon grand ami moustachu et ses ruades de mule folle dès qu'on prétendait formaliser ou expliquer.
DELANNE c'était un fil de fer à pendre le linge qui vibrait au vent mais avec des subtilités de violon virtuose.
Muet donc, mon DELANNE.
Il était reparti vers son Nord, avec ses silences et son rire trompe l'œil, de gueulard falstaffien qu'il n'était pas. Un jour il me téléphona: «-J'ai fait des dessins de corrida et une sculpture».
J'ai conservé l'un de ces dessins chez moi. De la corrida il a retenu la nuit, le sombre et le cercle.
Une mauvaise estocade, mais si vraie... Je pense souvent à Lorca en regardant ce «dessin», c'est ainsi qu'il nommait ces toiles. Lorca et ses voix noires, ou ses sons noirs, pour que le duende interrompe «cette foudre interminable».
Lorsqu'il est mort, sa femme m'a offert un petit bronze d'un toro qui meurt aux pieds d'une femme, les bras véhéments et dressés comme ces suppliciés de Napoléon, contre un mur, dans un tableau de Goya.
Le bronze est sur la table basse devant la télé. DELANNE n'est plus là. Je savais sa terreur des bleus, non seulement à l'âme, mais aussi dans ses peintures.
Alors bien sûr, ces messieurs jouent avec un matériau unique, qui pouvait réduire DELANNE au silence. Un jour de boire, il m'avait dit sobrement , «-J'en ai pris plein la gueule», et c'était une corrida bien banale. Il avait le sens du raccourci. Il avait vu, pourtant, la nuit, la margelle du puit de Lorca, et cette lumière qui vient d'ailleurs, ou plutôt du plus profond de nous et de nos tripes.
Alors, pensant à ses silences durant la corrida et après, regardant la petite femme dépoitraillée et ses bras qui griffent le ciel avec le toro qui tombe à ses pieds, je pense au silence assourdissant de las Ventas, et à ces musiques informes qu'on nous propose, ces bandas professionnelles de la liesse de pacotille qui ramènent chaque année les dernières nouveautés de Pamplona, à ces innocents qu'on peint en rouge et blanc, à cette corrida qui n'est plus qu'un spectacle, quand ce fut pour un peuple terrassé par le franquisme, avant la movida, le seul moyen de dire les choses, ou simplement des choses.
J'ai employé le terme de «vomitorium psychique».
Maintenant, la corrida a moins à dire, car le public n'a plus aucun besoin de dire, elle est un objet de négoce, un spectacle, et en bon fournisseur, il faut en donner pour les sous, et attirer d'autres spectateurs consommateurs.
MA corrida, je pense, était ancrée dans la terre espagnole et certains recoins du sud de la France. Quand l'ultra-libéralisme a envahi l'Espagne, il a fabriqué Cordobes et ses sauts de grenouille, avec toutes les conséquences que nous vivons actuellement, d'un spectacle reproductible, aseptisé, convenu, sur mesure, et d'une extrême vulgarité. Avec un toro adapté, aseptisé, collaborateur et con comme la lune.
En face de lui, de ce toro donc, une poignée (4 ou 5) de señoritos, seuls capables d'emplir les arènes, et qui doivent durer de 60 à 100 corridas par an, et le font payer très cher, au risque que derrière leurs pas, la terre ne soit brûlée.

EL CHULO

Le Saturne dévorant ses enfants de Goya. Ingestion? Régurgitation?