Humeurs taurines et éclectiques

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vendredi 18 décembre 2009

LA POLITIQUE DE L’AUTRUCHE?

«Dieu n'est-il pas un extrémiste?»
Martin Luther King «Discours»
Faut-il absolument se montrer excessif pour devenir crédible?
Le paradoxe absolu de notre panorama taurin, et de la radicalisation délibérée du débat par les «faucons», c’est que les avis les plus modérés passent à leurs yeux pour être les plus extrémistes.
Je ne suis ni torista, ni torerista, je dénie ces deux étiquettes qui veulent classer caricaturalement les gens dans des catégories. J’appelle tout au contraire à valoriser la diversité d’approches différentes, et je défends ardemment la pérennité de TOUTES les formes de tauromachies (la plus en péril étant néanmoins celle qui veut présenter des élevages ou des encastes en danger de disparition...). Mais je serais extrémiste.
Je dénonce l’excès et la dérive commerciale, sans pour autant nier la réalité de la chose économique. Mais je serais extrémiste.
Je désapprouve «l’expansionnisme taurin» et les velléités d’aller susciter des débats dont, à terme, nous ne sortirons pas grandis, parce que l’opinion publique française ne sera jamais sur la même longueur d’onde culturelle que dans nos terroirs du sud, et surtout parce que je respecte ceux qui n’approuvent pas la tauromachie. Mais je serais toujours extrémiste.

J'appelle les représentants de l'U.V.T.F. à la prudence quant aux "résolutions" qui peuvent susciter des conflits dans les équipes municipales, mais je reste inébranlablement extrémiste!
Qu'on m'explique alors quel est le langage de la modération.
En revanche, je pointe aussi avec lucidité et avec vigueur, tous les faux-semblants, tous les travers, toutes les contradictions, tous les vices d’un mundillo qui prétend nous défendre, nous représenter, mais veut en fait s’approprier ce qui appartient à la communauté des aficionados.
Et c’est ce que l’on ne me pardonne pas. C’est ce qu’on ne nous pardonne pas.
De cet extrémisme là on ne veut pas: "Cachez ce sein..."
Refuser de donner dans le manichéisme, les bons (ou supposés tels) d’un coté, les méchants (ou supposés tels) de l’autre, constitue pour les esprits étriqués une faute impardonnable, pire que d’être de leurs adversaires. Ils ne pardonneront jamais qu’on dénonce leur délire et leur furie. On devient le renégat, le traitre.
Qui n’est pas avec eux est contre eux, et ils emploient alors à votre égard les mêmes manœuvres dilatoires dont ils n’hésitent pas à user avec leurs ennemis «officiels».
Pour autant, le fait de DIRE LES CHOSES n'implique pas une condamnation de l’Autre, mais plus simplement un constat.
Cela fait belle lurette que j’ai compris que la vie et les êtres (y compris moi-même) ne devaient pas se décliner en noir ou blanc, mais en nuances de gris, et que l’important était de n'être dupe ni de soi, ni des autres. A cela, clef du chemin de la sagesse, on donnait un nom: le DISCERNEMENT.
J’ai souvent souligné ici que le débat entre taurins et anti-taurins était, en fin d’analyse, voué à la stérilité dans la mesure où, fondamentalement, il ne reposait pas sur des faits mais sur des convictions, c’est à dire une logique de l’ordre de la foi.
Et je voudrais reprendre cette idée pour expliciter par une comparaison, la position qui est la mienne, et qui me semble t-il, n’a rien à voir avec la politique de l’autruche dont on se plait à m’affubler.
Je suis catholique et en tant que tel me rend à l’office dominical.
Pour autant, je respecte, je discute, je vis, j’entretiens des amitiés avec des multitudes de gens qui sont, protestants, juifs, musulmans, bouddhistes, et même athées. Il ne me viendrait nullement à l’idée d’aller les provoquer, les insulter, les convertir, au motif qu’ils ne partagent pas des idées dont je suis personnellement convaincu. Tout au contraire ils sont respectables et «aimables» dans leur différence et leur altérité.
Je crois qu’on appelle «cela» de la «tolérance», et il semble me souvenir vaguement que «cela» est garanti par une valeur qu’on appelle «laïcité
De même que certains veulent affirmer leur identité en allant rechercher une reconnaissance à l’U.N.E.S.CO., il m’a paru saugrenu et déplacé, de vouloir imposer dans la défunte constitution européenne une mention aux racines chrétiennes de l’Europe. Tout simplement parce que ce n’était pas opportun, et que la chose me paraissait tellement évidente qu’elle en était superfétatoire. Cela marchera peut-être, mais au bout du compte, cela sera ravageur, et les dommages collatéraux irrémédiables.
Assumer sereinement ce que l’on est ne suppose pas de l’imposer. On peut se proposer, on n'a pas à s'imposer.
Ce que je ne trouverai pas normal, ce serait que des militants de la «Libre Pensée», ou l’«Union Athéiste» viennent manifester dénudés, à la sortie de la messe, mènent des campagnes de presse, refusent l’entrée de mes enfants dans l’église, ou leur catéchisation, au prétexte que ma croyance leur déplait et qu’ils sont convaincus que la religion leur transmettrait des valeurs néfastes.
Le fait religieux, comme le fait taurin procèdent d’une logique culturelle. Il n’est pas anormal que sur la multitude d’émissions de la profusion de chaînes, une ou deux émissions leur soit affectée, comme «Trente millions d’amis», et bien d’autres, le sont aux adorateurs des animaux. Comme il n’est pas anormal qu’il existe des arènes, des temples, des mosquées, des synagogues et … des refuges de la S.P.A. C’est là aussi acte de tolérance.
Si l’on prétendait m’empêcher de pratiquer ma religion, comme d’aller aux arènes, cela romprait de facto le «contrat social» et républicain qui lie les citoyens entre eux et leur permet de vivre ensemble dans la paix. Cela me mettrait aussi très en colère, et capable d'une violence légitime pour défendre une liberté fondamentale. La résistance à l'oppression est garantie par la Constitution.
Je ne suis pas du tout persuadé que derrière la reconnaissance de la tauromachie comme Patrimoine Immatériel de l’Humanité, fausse bonne idée, ne se cache pas une volonté du «complexe taurino-industriel» pour légitimer une expansion de son activité, et une base pour s’étendre, ce que je désapprouve fondamentalement.
La corrida doit demeurer dans l’aire historique et culturelle, où elle prend un sens, et ne pas viser à en sortir.
De même, elle devrait conserver des pratiques artisanales et non dériver vers l’industrialisation et la concentration monopolistique qui sont actuellement à l’œuvre et qui la dénaturent.
Oui à l’autruche libre dans les savanes africaines,
Non à son introduction en Sibérie ou à son élevage dans le Périgord.
Refuser de même d’être agressé et d’agresser, c’est simple non, Monsieur COLEMONT?
Xavier KLEIN