Humeurs taurines et éclectiques

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lundi 21 mars 2011

LODOSA (Navarra) dimanche 6 mars 14h y picos

Mon Dieu qu'il était laid!
Laid et tordu de partout, autant au physique qu'au moral!
Ensellé, hirsute: un quasimodo des toros, puissant et difforme.
On comprend aisément que le ganadero ait voulu qu'on l'expédie en privé.

Raul VELASCO est un garçon dont l'afición est chevillée au corps, nous en avons déjà souvent parlé.
Pour lui, le rêve n'est pas tant de devenir une «figura» que de bouffer du toro, d'en bouffer jusqu'au rabo et aux pezuñas, à s'en faire péter la muleta, à s'en horripiler la coleta, à s'en dépendre les machos de la chaquetilla.
Enragé, certes, mais de cette passion qui n'exclut jamais l'usage de la raison et de l'intelligence, servie par un courage à toute épreuve.

Voir Raul observer un toro, c'est comme voir Garry Kasparov préparer un gambit décisif, c'est le spectacle de l'intelligence dans le toreo.

Raul ne ment pas, Raul ne triche pas, il résout l'équation taurine avec les toros dont les autres ne veulent pas, et il aime cela.

Avec cet affreux, il était servi!
D'entrée l'autre le regardait en coin, d'un oeil torve, à l'affût de la moindre faute, d'une brusque révélation du corps au détour malencontreux d'une passe, de ces fautes  qu'on se permet sans conséquences avec les toros «modernes», mais que ce spadassin là ne laisserait pas passer. Il ne quittait pas l'homme du regard, n'apportant qu'un intérêt très mitigé à l'étoffe.
Il fallut monter à l'assaut baïonnette au canon pour un corps à corps sauvage dans un nuage de poussière.
Le teigneux fit choir la cavalerie dans une charge rageuse.
L'empoignade reprit de plus belle, dans une lutte pied à pied de passes de châtiment par le bas, de muletazos pitón a pitón. Raul se croise, leurre le monstre autant qu'il peut, courant la main pour allonger sa course dans une extension démesurée. Peu à peu il le civilise, l'incurve, lui apprend la muleta.

Jamais le toro ne s'abandonne vraiment. Jusqu'au bout il ne cessera de manifester du genio, ne consentant l'étoffe qu'à regret, la prunelle toujours inquisitrice et soupçonneuse, la corne chercheuse de l'opportunité.
Mais il passe. Malgré tout il passe et s'assouplit, s'incurve peu à peu autour de l'homme, obligé par sa volonté et son art.
La plupart n'aurait pas essayé, encore moins insisté.
Mais Raul n'est pas tout le monde. Il porte l'esprit de la lidia à son paroxysme: résister, dominer et vaincre. Jusqu'au coup d'épée complètement engagé: une épée contraire, quoi de plus probant?
Se battre avec autant d'engagement et d'intensité, sans public, juste quelques amis et aficionados, dans ce monde grisâtre de parpaings si peu romantique, risquer un méchant coup de corne, sans recours et sans secours, c'est cela l'afición...
Xavier KLEIN

 



















vendredi 18 mars 2011

LODOSA (Navarra) dimanche 6 mars 13h15

Longeant le cours de l’Ebre, nous avons suivi de par les routes navarraises le convoi de fortune formé par le camion du picador et l’équipe de Fr3, managée par Don Vincente «ZOCATO», pour nous rendre à LODOSA, dans la Ribera.

Raul VELASCO devait y tienter, mais nous avions décliné l’invitation, ignorant qu’il fût possible de s’y rendre étant donné que le même piquero qu’à Funes devait y officier.
Comme à l’accoutumée, nos hôtes avaient bien organisé les choses (vous pensez avec la french TV!).
Après la dégustation gourmande de la production maison d’asperges brevetées, on nous véhicula en remorque communautaire tractorisée, à l’autre extrémité du kibboutz.
Le ganadero avait prévu grand et somptueux: la journée devait s’ouvrir en campo abierto, par un acoso y derribopoursuite et harcèlement» pour les russophones).
L’événement étant organisé à la bonne franquette, on attendit avec patience le jaillissement des fauves.
Au premier coup, la jolie rouquine prit tant d’avance que les cavaliers ne purent la rattraper avant la ligne d’arrivée à l’autre bout du champ.
Volte face et retour, bis repetita placent.

Le problème, c’est que la bestiole, nonobstant la célérité de sa course, avait pu jeter quelques œillades investigatrices et ainsi identifier des terrains de connaissances.
Ainsi, à mi-chemin, entreprit-elle hardiment d’infléchir sa trajectoire pour brutalement obliquer vers la clôture de palettes qui la séparait de la liberté. Et la coquine de la sauter prestement!
Panique à bord! Que faisait la policia?
Et tout l’équipage, Raul en tête, de se ruer à la barricade pour tenter de réintroduire la raisonneuse dans le droit enclos.
Désolé pour la piètre qualité: cliché pris à 100 mètres!
On assista ainsi de manière complètement inédite à une demie faena en palette, avant que la frondeuse ne s'éclipsât définitivement dans l'entrelac complexe et bordélique des clôtures de fortune: à elle les premières asperges! Ca ne s'invente pas...
La suite s'avéra plus classique. On dégota une autre candidate pourvue d’intentions moins aventureuses et infiniment plus conciliantes, façon toro moderne, à qui Raul se fit une joie de tirer 314,7 passes, si j’ai bien compté, en dépit d’un épuisement consécutif à sa course et/ou une faiblesse rédhibitoire. Un loukoum de vache que la garde rapprochée de Raul apprécia confortablement étendue sur l’herbette.

Il n’en demeura pas moins que le sieur Raul démontra, si besoin est, l’étendue de son savoir et de son art.


La suite ne devait pas être piquée des hannetons et donner dans l'épique.
***