Humeurs taurines et éclectiques

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mardi 7 avril 2009

CARTEL D'ORTHEZ

Vous pourrez prendre connaissance du cartel de la corrida d'ORTHEZ sur le lien suivant.
Xavier KLEIN

http://torosorthez.blogspot.com/2009/04/cartel-de-la-corrida-du-dimanche-26.html

lundi 9 mars 2009

FERNANDO SOLO… SOLO FERNANDO

Pour changer un peu, une reseña à ma manière, c’est à dire impressionniste.
Les sympathiques membres de la Peña Joseph Peyré avaient enfilés le smoking pour célébrer la journée qu’ils avaient organisés hier 8 mars, à Arzacq.
Les choses avaient été soigneusement préparées et il faut louer ces efforts et ces espoirs que l’aficion porte sur le sable. Surtout quand ils sont récompensés par un après-midi des plus agréables.
L’exercice était difficile: comment concilier les rêves et la réalité économique d’une placita de 1200 places, qui, même comble, ce qui était le cas, n’autorise pas les plateaux de luxe?
Pierre-Marie Meynadier (origine Domecq-Nuñez) avait expédié en colis recommandé sans accusé de réception 4 novillos (dixit le ganadero) de très honnête présentation, que certains commentateurs ont vu toros.
Un excellentissime premier toro «moderne» (entrée fracassante à tous points de vue, mort instantanée sur une «estocade de burladero») et un échantillon représentatif de toutes les possibilités offertes par la mala casta constituaient l’aspect moral d’un lot dont il faut souligner la bonne forme physique et les charges souvent violentes.
Suivaient 2 sucres d’orges de la ganaderia Pages-Mailhan (origine Santa Coloma-Palardé), de format beaucoup plus réduit, pour les deux jeunots locaux.
Si certains y trouvent motif à frustration, en ce qui me concerne, je me satisfait toujours de ces toros compliqués qui permettent d’évaluer l’aptitude des toreros à résoudre les problèmes posés.
Malheureusement, si tout le monde peut composer la figure, peu savent réellement l’art de la lidia.
A Arzacq, cette évidence s’imposa de manière éclatante.
Passons rapidement sur la fadeur de Francisco MARCO, mal servi il est vrai par un OVNI (objet vivant non identifié) des frères Bats.
Passons un peu moins vite sur l’inconsistance d’Antonio Joao Ferreira, préoccupé de vaincre avant que d’avoir combattu, et qui se sentit obligé de nous infliger un de ces tercios de banderilles parfaitement inapproprié avec un toro qui ne s’y prêtait nullement.
A ce propos, premier avis pour dénoncer cette tendance pénible des toreros-banderilleros modernes à se faire placer péniblement la bestiole par le petit personnel. Il me paraît qu’un caballero qui décide de banderiller doit être seul en piste, placer son toro ou le prendre où il est, en adaptant la suerte à la circonstance.
Au lieu de quoi, on assista à une pléthore de capotazos inutiles voire néfastes et toujours laborieux.
Passons plus lentement encore sur la prestation très inquiétante de Julien Lescarret, qui n’a trouvé ni le rythme, ni la distance, ni surtout l’aguante propres à s’imposer devant un toro de sentido (et même de genio). Les qualités humaines ne sauraient pallier l’insuffisance des qualités taurines. Ce garçon, tout de gentillesse et d’intelligence, sous la pression et la peur, abdique les ressources de l’analyse et se prend d’une fébrilité antinomique à sa fonction.
Rien n’est perdu sans doute, mais il lui faudrait adopter la voie d’un travail redoublé tant technique que moral pour espérer survivre dans les ruedos. Au lieu de quoi, les faux amis l’encensent, le rassurent et le trompent, et ce ne sont pas les trophées de complaisance qui le porteront à se questionner. L’illustration parfaite fût sans doute ce toro d’Hoyo de la Gitana, à coté duquel il passa complètement pendant la feria de Dax, tout en en étant récompensé.
Avec un toro qui aurait demandé calme, sang-froid et impavidité, il fût électrique, approximatif et vibrionnant.
Puis vint Fernando Cruz.
photo Laurent LARRIEU
Quand je vois Fernando, je…
Et il y a de quoi.
Avec sa modestie et sa retenue, Fernando a remis les pendules à l'heure et les points sur les "i". Son toro n’était pas meilleur que les autres, mais si les autres se sont attachés à faire des passes, Fernando, seul a lidié. Et de quelle manière somptueuse quant à son sens du rythme, de la distance, du placement.
Quand d’autres accueillent par véroniques (avec pasito atras systématique, une nouvelle mode), Fernando entame le travail de soutier adapté à la mansedumbre en reculant capote déployé et en apprenant au toro le plaisir qu’il peut trouver à s’y engager.
Quand d’autres veulent forcer le toro à se plier à une faena préconçue, Fernando se rend disponible, écoute, entend, s’adapte et joue juste.
Son toro n’avait que 12 passes dans le ventre, il lui en a tiré 15, créant ce qui n’existait pas, exprimant une substantifique moelle improbable.
15 passes, mais des vraies passes, allurées, pesantes, efficaces. De celles qui laissent un toro dominé, sans avoir besoin de muletazos superflus pour la mise en suerte de matar.
Fernando ne fait pas des passes pour faire des passes, il TOREE.

photo Laurent LARRIEU

Que dire de plus, que les novices (le tandem DULLON-GUIFAU) qui suivirent feraient mieux d’observer cette maîtrise et cette exigence plutôt que de subir la logorrhée de conseils superficiels qui accompagnait leurs faenas. Avec un bémol toutefois pour Matthieu GUILLON, qui me semble plus sérieux, réfléchi et prometteur dans son approche.
Ils sont très jolis et très sympathiques les apprentis, avec les accessoires indispensables de leurs rêves, la gomina, le coche de cuadrillas ou les beaux trajes de campo.
Peut-être un peu surprotégés certes, mais si enjôleurs, si tendance.

Ils cèdent aux modes, comme on cède à leurs caprices, tel celui de réduire d’autorité le tercio de banderille à la pose de 2 harpons.
Après l’élimination programmée du premier tercio, serait-ce le second qui se verrait menacé?
Même omniprésence du peonage qui intervient à tort et à travers, y compris pendant la faena pour fixer un torito que leur technique superficielle n’a pas réussi à contenir.
Car là est tout le problème. Ils viennent là traduire en gestes dérisoires la faena des songes de la nuit précédente, les 3 cambiadas qu’ils ont goûté chez Castella, les 4 redondos de Perera, le pecho de Tomas.
Ils viennent aux toros comme ces godelureaux qui se rendent pimpants au rendez-vous galant, prévoyant d’attaquer la belle par «la pince du homard taquin», la besognant avec la «brouette yougoslave» pour terminer glorieusement avec le «triple enfourchement à la Sardanapale», et s’ébrouer comblés avec un: «- Alors, heureuse?». Etonnez-vous après que les femmes feignent, et que les ventes de vibros explosent!
Lecteur qui jouit de quelque expérience, dis leur que les choses ne se passent jamais ainsi dans le royaume de la volupté. Que l’union parfaite se construit de l’écoute attentive de l’autre, de ses désirs, de ses besoins et du don gratuit qu’on lui consent.
Il faut laisser son esprit disponible, libre de choisir à tout instant au gré des nécessités successives. Le toreo est l’art de l’éphémère et de l’opportunité saisis au vol par les ressources de la technique et de l’entraînement. Toi, lecteur avisé dis leur de quitter l'illusion trompeuse que les hommes satisfont les femmes (ou les toros, pardon du parallèle mesdames), mais que les femmes (comme les toros, repardon) jouissent avec qui, quand et comment elles le désirent.
Qui leur dira sinon toi Fernando?
Ils ont magnifiquement tué, se sont enivrés d’oreilles complaisantes, mais les leurs sont restées scellées au murmure de ton toreo.

Xavier KLEIN

Photo Rubén García

Photos Rubén García

vendredi 19 décembre 2008

CRUZ et CROIX

Un nouvel article de Lionel PIEROBON
Voilà c’est fait, la France vient de célébrer le 09 décembre dernier, le 103ème anniversaire de la «loi concernant la séparation des églises et de l’Etat», dite loi de 1905. Comme pour son centenaire, où les élus de la République ont brillé par leur manque d’enthousiasme à ce sujet, cette année non plus la loi ne semble pas avoir intéressé grand monde, si ce n’est les militants laïques déjà convaincus, et bien entendu, les adversaires de celle-ci, qu’ils soient de droite comme de gauche. Car le combat contre les valeurs laïques n’est pas le fait exclusif d’une droite catholique conservatrice, elles dérangent aussi une certaine gauche que l’on retrouve souvent parmi les adversaires de la tauromachie.
Un jour athée, un jour agnostique, suivant l’humeur, mais radicalement laïque, je réfute les dogmes quels qu’ils soient, religieux, philosophiques, sociétaux. Malgré cela, je constate que l’un des symboles de l’un des dogmes auquel je refuse de croire, se montre jusque dans ma passion des toros.
Ce symbole est la croix, la cruz, celle au centre de laquelle le matador doit plonger son épée pour tuer le toro. Il est attesté que l’homme la connaît depuis l’Antiquité, dans des contrées aussi diverses que la Chine, la Crète, mais aussi l’Egypte, et force est de constater que la croix est présente dans la corrida contemporaine, dans sa dimension géométrique ainsi qu’allégorique. D’autant plus que les représentations allégoriques de notre civilisation occidentale sont le plus souvent tirées de la mythologie greco-romaine, et que la tauromachie puise ses origines dans cette époque lointaine.
Intersection entre deux droites coïncidant avec un centre, le centre du cercle, du carré, mais aussi de la rencontre entre l’homme et le toro au moment ultime de la lidia. La croix peut diviser le cercle en quatre segments engendrant ainsi des carrés et triangles. Comme s’accordent à le dire des spécialistes des symboles, de sa simple observation dérive la perception allégorique la plus complexe.
Complexité qui offre de multiples interprétations qu’il serait trop long et fastidieux d’aborder ici, ne voulant donc pas assoupir le lecteur, je m’en tiendrai à une seule représentation.
La croix est un symbole d’orientation, qui va des quatre points cardinaux aux différents niveaux d’existence de l’homme. La cruz qui m’intéresse dans l’art de Cuchares, est une orientation pour le torero dans sa trajectoire lorsqu’il porte l’estocade puisqu’elle est la cible qu’il vise, mais aussi une orientation symbolique dans son niveau d’existence en qualité de matador.
Pour les anti-taurins, auxquels échappe la dimension justement symbolique de notre passion, et malheureusement, pour une partie de ceux qui se prétendent aficionados en croyant que s’identifier à ce vocable ne consiste qu’à regarder une corrida, le niveau d’existence du torero ne peut être palpable. Pourtant, il est intéressant d’essayer de percevoir les différentes orientations de l’état, de l’existence du matador, que représente symboliquement la cruz visée.
Cela passe par trois phases. Encore le trois que l’on retrouve si souvent en tauromachie. Trois phases symboliques de la croix, qui se retrouvent dans la décomposition en trois temps de la suerte suprême.
Afin de garder l’ordre établit par les spécialistes, l’orientation symbolique que figure la croix dans le niveau de l’existence, débute par l’orientation du sujet animal par rapport à lui-même. Il est dit qu’elle se retrouve au sein du monde terrestre immanent. Il faut l’entendre à mon humble avis, dans sa définition de ce qui est contenu dans un être, en l’occurrence la partie animale dont résulte la nature même du torero. Bien entendu, la seconde définition philosophique qui accepte ce qui relève du caractère de l’expérience, peut être aussi considérée comme part immanente dans le sujet qui nous intéresse. Il semble toutefois plus juste de définir en premier ordre la partie animale du torero, qui le pousse à combattre, puis à tuer. L’animalité du torero vis à vis de lui-même, est figuré lors de l’entrée à matar. Prédateur comme toutes les espèces vivantes mais aussi combattant, il démontre ainsi volontairement tout son côté animal, doucement, à l’affût du moindre mouvement du bicho, il se met en position afin de porter le coup ultime.
Dans l’ordre de l’orientation de l’état de l’existence, la croix représente aussi l’orientation spatiale vis à vis des points cardinaux. Avec cette fonctionnalité de mesure, elle permet dans la tauromachie d’appréhender la distance qui sépare le matador de sa cible. Comme dans certaines représentations ou se joignent le ciel et la terre en la croix, la cruz où est portée l’estocade est le point de jonction entre le temps et l’espace. Le temps mesuré en distance à parcourir par l’homme afin d’atteindre son objectif, l’espace représenté par l’intervalle où la lame s’enfonce.
L’intersection des branches de la croix, marque les carrefours des points cardinaux mais aussi ceux des lieux de cultes, des artères citadines. A l’identique, l’intersection des branches de la cruz représentées mentalement, marque le carrefour des vies. De celle qui s’arrête pour le toro, mais aussi et l’histoire taurine le démontre, de celle qui peut s’arrêter pour le torero lorsqu’il bascule avec la lame sur la pointe des cornes.
Au point central de la croix, s’élève souvent des autels sous diverses formes, lieux de rassemblements et de diffusions des messages. Sur le point central sur la cruz, pas d’élévation d’autel, mais la diffusion du point de départ de l’une des Vérités, à savoir celle de savoir ce qu’il y a après la mort.
Enfin la troisième perception est l’orientation temporelle en rapport aux points cardinaux célestes. L’on peut y voir l’articulation avec l’axe de rotation de la planète, figuré par les pôles nord et sud. A contrario de l’orientation animale de l’existence, qui amène sur le plan immanent, cette troisième perception pose la symbolique de la croix se situant pour les spécialistes sur l’aspect transcendant, plus exactement sur le supra-temporel transcendant. L’on retrouve alors ici toute la dimension religieuse de la croix, celle dont s’est appropriée l’iconographie chrétienne pour signifier le supplice du Christ.
Il est intéressant de noter qu’en tauromachie, la cruz aurait très bien pu être remplacée par un point, un petit cercle et donc nommée différemment. Ce qui aurait très bien été en adéquation avec la représentation qui est communément faite pour désigner une cible. Car il faut garder présent à l’esprit qu’au moment précis de l’estocade, le toro est une cible, comme dans tout combat. Et l’on ne peut nier le fait du combat, puisque suite à la lecture du livre de Francis Wolf, les aficionados se gargarisent à tout va de nos jours pour affirmer comme le philosophe que le toro doit être combattu et non abattu. Affirmation à laquelle je souscris. Pour l’anecdote, «le Popelin» désigne la cruz à l’intérieur d’un cercle. La croix, et donc la cruz, pointe une position comme le font les mathématiciens, géographes, géologues et architectes. Certes le torero est un peu tout cela à la fois. Mathématicien qui calcule les distances dans la lidia, géographe pour la connaissance qu’il est censé posséder des terrains, peut être géologue s'il lui vient l’envie d’étudier la composition du sable du ruedo, mais surtout architecte de son combat. Il est alors certain que l’on peut traduire l’attribution du symbole de la cruz au point de rencontre de l’estocade, par la signification de la position idéale de l’épée. Mais devant les différents facteurs qui rendent l’estocade compliquée et difficile, la symbolisation d’une cible aurait été semble-t-il plus adéquate.
Même si la cible intègre la notion d’une recherche de parfaire le geste, en offrant la possibilité de se rapprocher de son centre, la figuration d’une croix, d’une cruz, paraît être plus parlante au simple mortel. La représentation de la cruz signifie donc plus communément dans l’esprit collectif une recherche de perfection du positionnement de la lame, mais aussi, consciemment ou bien inconsciemment, elle apporte le témoignage symbolique d’une recherche de perfectibilité humaine.


Lionel PIEROBON