Humeurs taurines et éclectiques

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lundi 22 août 2016

Enfin, plus de sérieux


Dimanche 14 août 2016 soirée: Faudrait voir à pas radoter, Dieu dit la même chose que le matin.
La connerie à prétention torista s'exprime avec autant d'indécence et d'impudence que la connerie torerista. D'aucuns, faute de jeunesse ou/et de culture taurine cultivaient ce soir là l'espérance, vertu théologale très catholique certes, mais peu tauromachique. Les hellénisants savent bien que selon le mythe, seule l'espérance demeura dans la jarre de Pandore. Parmi ces derniers, les érudits noteront que l'ἐλπίς rejarrisée par la belle se traduirait plus correctement par «crainte irrationnelle», «appréhension», ce qui serait plus approprié.
Un obus ou une bombe tombent rarissimement deux fois au même emplacement, il en va de même des toros de bonne race qui, malicieusement sans doute, se plaisent à déjouer les pronostics, les attentes, la normalisation contemporaine.
HEUREUSEMENT! Quel hédoniste sage se plairait à consommer du foie gras ou du caviar tous les jours?
Ainsi, le pékin moyen s'attendait-il à retrouver les pensionnaires de Pedraza de Yeltes comme métempsychosés des années précédentes. Funeste et futile erreur...
N'attendant rien, je ne fus point déçu. D'autant que les cornus ne relevèrent d'aucune indignité, au contraire. A mon goût, ils sortirent même meilleurs que les lots précédemment combattus cette année. Splendides de présentation (mis à part le cinquième hors type), d'un caractère plutôt ardent au premier tiers et aimable au troisième, les descendants des pupilles du «Raboso» incarnèrent plutôt ce que l'on serait en droit d'attendre de toros «complets», bien qu'ils n'aient pas manifesté la même caste vibrante que les années précédentes. Evolution à voir et à suivre.
Le problème, c'est qu'à Dax, un toro «normal» comme le Pedraza -ne posant aucune difficulté majeure- prend tout de suite des allures d'aventures homériques: on tutoierait presque Céret tout en n'atteignant jamais Vic! Un peu comme ces franchouillards qui connaissent le grand frisson exotique en ralliant les ventas d'Ibardin...
On se conditionna donc en conséquence et, bardé d'intentions louables, on voulut célébrer les fastes d'un premier tercio systématiquement ignoré les jours précédents. On réclama des toreros ce qu'on se serait abstenu d'envisager auparavant ou le matin même. On ignora les demandes de changement de tercio qu'un maestro sollicitait à juste raison. Les mises en suerte furent parfois laborieuses voire absconses: placer un toro à 20 mètres dès la première pique n'a aucun sens, on se devrait d'éloigner le toro progressivement, si sa bravoure, sa force et sa lidia le justifient.
Les piques furent ordonnées n'importe comment. Le troisième en manqua d'une. Le quatrième en reçu 4: certes engagé sous le fer dans la rencontre, il était tardo avec un fond de bravoure et ne répondait au cite qu'avec réticence; les grandes manœuvres s'éternisèrent et l'animal parvint à la muleta complètement calciné. Sans que l'on ait vraiment pu juger de la globalité de ses vertus, il fut puntillé sans faena ni estocade. Il faut dire que l'excellence de la théâtralisation du lancier Juan José Esquivel, la mobilité de sa monture et un opportun batacazo participèrent de l'engouement. Passons également sur cette détestable habitude de la plupart des présidences actuelles de changer de tercio avant que le toro n'ait été passé de cape, voire lorsqu'il est toujours sous le fer.
La lidia d'un toro, et les qualités de ce dernier devraient être appréciées sur 3 tercios. Sacrifier le premier dans 95% des corridas est, à mon sens, aussi stupide et injustifié que de mépriser le troisième.
Les Pedrazas pouvaient généralement offrir 3 piques modérées et bien effectuées, 3 paires de banderilles et 30 passes. Ce n'est pas ce que l'on vit et ce fut bien dommage. Répondons toutefois aux cris d'orfraie des railleurs qui en profitèrent pour stigmatiser ces abus de piques que 95% des festejos consacrant l'abus inverse, ils peuvent bien supporter stoïquement qu'un toro sur 100 soit surpiqué. Il en faut pour tous les goûts, comme ils disent...
J'ai apprécié un Juan del Álamo en petite forme physique, certes débordé en début de faena de son premier adversaire, mais accrocheur et sincère.
Une corrida intéressante qui, pour les diverses raisons évoquées, n'a pas été du tout valorisée, ce qui est euphémisme. En m'extrayant du chaudron, je me questionnais tout de même, comme le lendemain, sur l'aberration que constitue le refus de la plupart des figuras de se confronter avec ce type d'élevage sans difficultés majeures et parfaitement (à tous les sens du terme) toréables.
«Il y eut un soir, il y eut un matin: troisième jour.»

Escalafón* au 20 août 2016:
Rafael Rubio «Rafaelillo»: 26ème, 12 festejos (10 en 1° catégorie)
Joselito Adame: 29ème, 10 festejos (5 en 1° catégorie)

Juan del Álamo: 22ème, 13 festejos (10 en 1° catégorie)



Lundi 15 août 2016: «Puis Dieu dit: «Dans le parc Théodore Denis que la terre produise de la verdure, de l'herbe portant de la semence, des arbres fruitiers donnant du fruit selon leur espèce et ayant en eux leur semence sur la terre. Et cela fut ainsi sauf pour les arbres fruitiers où il se trompa de formule.»»
Toujours sans attentes, mais avec intérêt pour la ganaderia des héritiers de don Baltasar Ibán Valdés qui fit vibrer tant d'arènes et triompher tant de maestros il y a quelques décades, je voulais surtout apprécier l'évolution récente du rafraichissement avec des sementales de Pedraza de Yeltes. Le remplacement du malheureux Manuel Escribano par Juan del Álamo ne m'apparut pas des plus originaux (bien qu'il soit LE spécialiste de l'élevage). Tant qu'à répéter, autant choisir par exemple Curro Diaz qui avait réussi avec leurs frères ou cousins à Vic Fezensac. Pas plus désirable à mon goût, l'emploi du régional de l'étape quand tant de toreros infiniment plus méritants et doués demeurent inédits à Dax (et en France).
C'est un choix...
Cette ganaderia est assez représentative des errements qu'a subi la camada brava ces dernières décades. Le type originel Contreras, de format réduit, de tempérament pétillant céda la place à une augmentation inconsidérée de trapío conforme à la vogue de l'époque. Ce fut une catastrophe que l'on s'attacha à compenser par l'adjonction de sang Domecq (Los Guateles). Le résultat ne fut pas si mauvais puisqu'il s'ensuivit l'immense toro d'époque Bastonito qui livra à Cesar Rincon l'un de ses plus retentissants triomphes à Madrid (Cf. video d'entête, très instructive à plus d'un titre). Depuis, particulièrement en novilladas, les «Baltasar» jouent régulièrement les rois mages.
Le lot sortit splendide de présentation avec la marque évidente de l'apport Pedraza. De comportement variés, engagés au premier tercio (piques trop appuyées), ils s'éteignirent souvent à la muleta. Ils manquèrent toutefois de ce brin de force et de fond que l'on aurait pu attendre, mis à part les bons 5ème et 6ème. Francs du collier, nobles, sans difficultés, le lot eut dû concéder moult oreilles, un syndrome généralisé ici comme ailleurs. Seul Juan del Álamo toréa vraiment avec de jolies séries engagées.
Suivit l'«agurada».
«Il y eut un soir, il y eut un matin: quatrième jour.»

Escalafón* au 20 août 2016:
Paco Ureña: 20ème, 13 festejos (9 en 1° catégorie)
Thomas Dufau: 31ème, 9 festejos (4 en 1° catégorie)

Juan del Álamo (en remplacement de Manuel Escribano): 22ème, 13 festejos (10 en 1° catégorie)

Xavier KLEIN

Suite au prochain épisode

samedi 30 août 2014

PARENTIS FOR EVER… SAINT-PERDON TOO!


Avec retard, mais le plaisir ne réside t-il pas dans la tente (comme disait Trigano…), revenons sur la bonne cité de Parentis en Born et les assises taurines qui s’y tinrent les 9 et 10 août 2014 pour la Sen Bertomiu.
Une cuvée dans la grande tradition de la plaza au regard de ce que les amis de l’A.D.A. qui la concoctent et des aficionados-sentbertomiuistes qui la savourent attendent de ce lieu béni des toros.
L’organisation parfaite à tous points de vue a pourtant pêché en nous promettant en vain le concours de quelques «zantis» qui devaient venir gambader et s’ébattre aux alentours: beaucoup d’archanges de Sainte Matraque pour rien!
Ce qui est extraordinaire à Parentis, c’est que même si –rarement- les novillos viennent à manquer de gaz, ce défaut de combustible est largement compensé par l’énergie des organisateurs et surtout des organisatrices puisque la parité est ici, depuis longtemps assumée et même consommée. Et on peut garantir qu’il y a de la caste !!!

 

Si la novillada matinale et dominicale du Marques de ALBASERADA a beaucoup déçu question bétail (faible) et surtout novilleros qui eussent pu et dû se retirer du lieu avec moult trophées étant donné l’amabilité des bestioles, il n’en fut pas de même aux vêpres quasi siciliennes où les panzers surarmés de la casa Hubert et Françoise YONNET (auquel il fut rendu un vibrant hommage) entretinrent en permanence l’émotion issue du danger. Les mômes qui s’y confrontèrent ne déçurent pas, s’accrochant à la mesure de leurs moyens mais toujours avec vaillance à ce bétail que l’on sait difficile à manier. En bref, un vrai lot de Yonnet dans l’esprit et la présentation de la maison mère…

Photo du divin Antoine TORRES
Terminons par le début et une novillada que je tiens –côté novillos- comme la meilleure que j’ai vue durant la dernière décade. L’ultime chant du cygne de la ganaderia prestigieuse des Hros GUARDIOLA FANTONI.
Présentation exemplaire, comme toujours en ces lieux, mais surtout comportement qui incarne ce qui me paraît être l’idéal d’un toro bravo. Caste piquante, bravoure inoxydable (3, 4 voire 5 piques par individu), noblesse intelligente, petit zeste de genio et pincée de sentido, tout cela agrémenté d’une légère dose de sauvagerie. Vous me rétorqueriez que tout cela fait 4 tiers, mais je vous répondrai comme César que tout dépend de l’importance des tiers.
Diego FERNANDEZ déroula un toreo technique, parfois élégant mais manquant de piment.
Passons sur Curro de la CASA qui témoigna des pires défauts de son homonyme de prénom sans en avoir aucune qualité et qui devrait retourner rapidement à ce que son nom désigne. Le garçon laissa sonner 3 avis sans en paraitre outre mesure affecté comme on le constata avec son second novillo traité avec autant de désengagement: de la confiture donnée au goret.
Quant à César VALENCIA, il se montra déterminé, habile lidiador dans un style fleuri et allègre : un véritable novillero à l’ancienne qui ne chicane pas sur les accrocs au traje de luces.
Déplorons l’attitude du palco qui ne sut pas célébrer ce lot magnifique en n’accordant aucune vuelta à au moins 2 novillos qui les méritaient.
Parentis vit, Parentis dure, Parentis reste telle qu’en elle-même.
Parentis for ever !


Célébrons également la novillada concours qui se donnera Dimanche 31 Août de l’an de grâce 2014, à 17h30 dans les arènes du Plumaçon sous le patronnage de SAINT-PERDON.
Les Saint-Perdonnais toujours fidèles s’accrochent avec ténacité à leur renaissance comme le peuple hébreu à la Terre Promise. Quel courage et quelle énergie !
On ne dira jamais assez les efforts conséquents et méritoires que les petites organisations –dont Saint-Perdon- apportent à la qualité de leurs spectacles. Cela transparaît particulièrement lors des premiers tercios où on réalise l’importance heureusement alloué à des piques bien faites.
L’an dernier, la novillada-concours avait été une grande réussite en donnant à voir, découvrir ou redécouvrir des ganaderias souvent délaissées. Certains novillos avaient ainsi prouvé la stupidité de méconnaître ces encastes noyés dans la domecquisation généralisée.
Cette année, bis repetita placent. C’est à un feu d’artifice des ganaderias les plus intéressantes et en forme du moment que nous sommes conviés: Valdellan, Pedraza de Yeltes. Mais également à des confirmations: Palha, Castillejo de Huebra. Enfin à des (re)découvertes: Astarac, Hnos Sanchez Herrero. Un vrai menu 4 étoiles où l'amateur éclairé peut déguster aussi bien des plats traditionnels que les nouvelles créations du chef.
Quant aux novilleros, on aura hâte de vivre la competencia qui ne manquera pas de se jouer entre un novillero puntero tel que Jose GARRIDO et l'exquis régional de l’étape Louis HUSSON (avec Alejandro MARCOS en arbitre) , surtout avec un bétail nettement plus complexe que celui qu’ils toréent habituellement.

Pour conclure, et pour ceux que cela intéresse, naissance d’un site politique de votre serviteur: http://www.orthezcitoyennete.com. Les assidus de La Brega ne s’y retrouveront peut-être pas du point de vue de leurs convictions, mais ce qui compte, c’est l’amitié, le débat et …la tolérance (quoique paraît-il, il y ait des maisons pour cela !).
Xavier KLEIN