Humeurs taurines et éclectiques

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mardi 15 septembre 2009

DIMANCHE 13 A DAX: EXTRAORDINAIRE CORRIDA DE J.P.D.

«Vous avez détruit ce que l’on ne voit nulle part pour édifier ce que l’on voit partout»
Apostrophe de Charles Quint au chapitre de la cathédrale de Cordoue

Comme suite à l’événement taurin de la veille, où l’on avait pu s’émerveiller du comportement sauvage et indomptable d’un lot de Victoriano del Rio, copie conforme de ces Daniel RUIZ de la feria, qui avaient tellement esbaudis le bon peuple par leur fougue et leur piquant, on donnait à voir un lot de dimensions réduites, d’un certain Victorin de Galapagar, sorcier de son état.
Ah, la magie des charges sages et mesurées, l’application à poursuivre inlassablement l’étoffe sans distraction ni arrières pensées malignes, la rectitude des parcours, l’auguste tête qui s’incline inlassablement pour effleurer le sable, la prude fadeur des humbles! Et jusque même à cette pointe de faiblesse qui scelle la qualité des grands toros modernes!
Que voulez-vous mon bon monsieur, on ne peut pas «s’employer» et «servir» avec grâce sans en subir quelques effets! Tous les laquais vous le diront.
Un léger bémol pour ce sixième toro qui poussa l’outrecuidance jusqu’à vouloir se comporter comme un Victorino MARTIN.
Mais si! Mais si! Qu’il vous souvienne de cet élevage tellement atypique et attachant qui, jusqu’à la fin du XXème siècle, perpétuait vainement les valeurs talibanesques de la tauromachie d’un autre âge! A l’ancienne qu’ils disent! Comme si la modernité recelait encore quelques vertus dans le monde de la décroissance!
D’ailleurs David MORA, l’aimable jeune homme qui l’affrontait se trouva fort dépourvu quand la bise fut venue. Impossible avec ces oiseaux là de lier, de toréer de pico, de rester en retrait! C’est qu’il faut sans cesse s’investir, se croiser, pénétrer leur terrain, leur «monter dessus», suer de peine et de peur quoi! Des toros bien peu urbains et fréquentables en somme, pour le bel ombrageux.
Etant donné son âge vénérable, le maestro EL FUNDI, surnommé «Orangina», car il ne saurait se priver d’être périodiquement secoué, demeure l’un des seuls à conserver le savoir-faire lidiador indispensable à cette matière taurine.
Las! On l’excusera volontiers de s’être ressenti d’une saison très éprouvante.
Tout de même, les quelques rares observateurs avertis, attentifs donc nécessairement décalés, auront apprécié, en dépit d'un toreo distancié, le luxe incongru offert par un maître, comme des perles à des cochons, d’un toreo puissant et dominateur, sur un même terrain, sans errements aux quatre coins du ruedo, sans se faire mordre l’étoffe, et sans se faire bouffer par son adversaire.
Les autres, la masse des «clients» se sera gavée bonhommement et sans manières du clinquant et du tape à l’œil fourbi par Alberto Aguilar. Le petit Albert ne se sera rien épargné pour plaire à la masse ravie dans un répertoire «paysanas» qui plût beaucoup. Heureusement, la justice immanente trancha, à la justement nommée «hora de verdad», et «les aciers», comme causent certains cuistres, bien que portés avec franchise, ne lui permirent pas de triompher.
Courage Victorin! Tes talents de «brujo» finiront par payer.
Encore un petit effort et tu transmuteras l’or en plomb et un sang prestigieux et original en produit standardisé et vénal.
Dans trois ans à n’en pas douter, tu nous pourvoiras en garcigrande ou en zalduendos travestis en albaserradas.
Mais le plus extraordinaire n’est pas là.
Pas plus que dans des vueltas de complaisance à des adversaires qui n’ont rien témoigné de particulièrement exceptionnel.
Ni même dans un troisième toro cojo ou invalide qu’on eût dû avoir le bon goût de changer.
Rendez vous compte, après l’année de l’indulto, une autre année inédite, celle de la première corrida dacquoise depuis des lustres, où ne dégringole aucune oreille…
Ça, c’est un événement.
Décidément Dax surprendra toujours, même sans le faire exprès.

Xavier KLEIN