Humeurs taurines et éclectiques

Affichage des articles dont le libellé est LIDIA. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est LIDIA. Afficher tous les articles

mercredi 7 août 2013

ORTHEZ 2013, le bilan

Photo Pierre THOMAZO
Comme dab, après l’édition 2013, quelques propos forcément subjectifs sur la journée taurine d’Orthez.

On se reportera, utilement à mon sens, aux reseñas précises et documentées d’Olivier BARBIER (http://torobravo.fr/orthez-les-novillos-de-zaballos-meritaient-mieux/)
et http://torobravo.fr/orthez-lennui-sinstalle/) ou de Dominique VALMARY de la FSTF (http://www.torofstf.com/content/dimanche-28-juillet-2013-novillada-de-miguel-zaballos-et-corrida-de-raso-del-portillo-%C3%A0)

Après lecture de divers commentaires, me viennent quatre considérations préalables.
 
1°) La difficulté, voire l’impossibilité de beaucoup de «reseñeros» à remettre les évènements dans leur contexte. Orthez n’est ni Vic, ni Céret, ni Dax, ni Arles, ni Béziers, etc...
Elle n’en a ni les moyens financiers, ni le poids!
Il convient d’y juger ce qui s’y fait, avec les moyens dont elle dispose. D’autant qu’hors des circuits mundillesques, Orthez n’a aucune aide à attendre –tout au contraire- du «milieu»… De plus, sa ligne taurine est à contre-courant.
Orthez ne se veut pas restaurant 4 étoiles avec chasseurs, sommeliers et cuistot à toques, mais halte de campagne à coté de la rivière, avec la «daoune» qui fait une savoureuse cuisine de terroir avec les produits de la tierra. Et quelquefois, quand «lou maiste» passe et lui pince coquinement la fesse, il peut arriver que la garbure soit un peu plus salée…
 
2°) De même, il me semble aberrant de ne tenir aucun compte des critères que la Commission se fixe de façon délibérée et transparente: une lidia complète, notamment la revalorisation du premier tercio, la présentation d’encastes et d’élevages rares ou méconnus, des toros intègres et dans le type. Mais également le souci de conserver des tarifs raisonnables pour que la corrida demeure ouverte à tous.
 
3°) Certains aficionados français ont la mémoire courte: c’est parce quelques rares ruedos comme Orthez se sont battus pour maintenir des toros ou des pratiques différents que le courant amorcé cette année dans les grandes plazas a pu s’initier. Il s’agirait d’apprécier cette différence en se départissant de la vision des toros «actuels» et ne pas demander aux «toros d’Orthez» qu’ils se comportent et soient toréés comme ces derniers.
 
4°)  L’exigence de certains aficionados et de certains commentateurs me paraît souvent paradoxale et parfois outrancière : pour paraphraser Figaro, «Aux vertus qu’on exige dans un torero, Vos Excellences connaissent-elle beaucoup d’aficionados émérites qui fussent dignes de l’être.».
J’entends par là qu’on leur demande d’être toujours à 300%: nous le demandons-nous de même manière ? Et lorsque je lis, comme souvent, des mots définitifs sur tel ou tel maestro (en l'occurrence ROBLEÑO), mots qui s’évaporeront au premier triomphe, je me prends à sourire.
Le triomphe est et doit rester exceptionnel. Il ne saurait être la norme. Quand il n’est pas au rendez-vous, sans que pour autant la journée soit indigne, y a t-il pour autant matière à glapir?
Une dernière réflexion me vient:
En tant qu'organisateur, à partir du moment où un aficionado nous fait l'honneur et l'avantage de venir à Orthez et de soutenir la plaza en y payant sa place, il peut y siffler ou y applaudir autant qu'il lui plait. Peu me chaut et je ne regarde quasiment jamais le public. Pitos ou palmas sont des informations.
En tant qu'aficionado, il me semble qu'il y a l'essentiel (la présentation, l'intégrité des toros, le désir de faire vivre une lidia de qualité, de valoriser le premier tercio, etc.), et le secondaire (musique, oreilles, etc.). Le mieux étant l'ennemi du bien, vouloir être intransigeant pour tout me semble contre-productif, d'autant qu'une bonne moitié du public est composée de néophytes dont il convient de prendre en compte ces désirs secondaires. On ne remplit pas une arène qu'avec des aficionados, et le jour où elle sera désertée par les locaux (qui financent partiellement la chose sur leurs impôts), on sera bien avancés!!!
 
Novillos et toros ont été ce qu’on leur demande d’abord d’être à Orthez: bien présentés, dans le type, forts (plus de 3 piques de moyenne), relativement complets (il y eu des troisièmes tercios).
Le lot de Zaballos m’a paru très intéressant, encasté, mais manquant peut-être de ce zeste de piquant, de cette «chispa» qui lui eût permis d’exploser. Encore eut-il fallu que tous leurs opposants trouvent la mèche ou sachent l’allumer.
Rappelons toutefois que peu de postulants se manifestent devant ce type de bétail et que le jeune Alberto POZO par exemple,  qui mit du cœur à l’ouvrage sans le maîtriser (mais le cœur, l’engagement et l’émotion ne sont-ils pas ce qui manque le plus fans la toreria actuelle), ne compte qu’une demi-douzaine de contrats au compteur depuis l’an dernier. Ceci expliquant et excusant cela.
Le fait est que ces novillos furent largement inemployés et que leurs exigences techniques ne trouvent plus guère d’opposants à même de mettre en valeur leurs superbes embestidas, museau au sol.
Seul Jesus FERNANDEZ sut le faire. En fut-il justement récompensé à son premier novillo?
 
Les Raso de Portillo sortent habituellement en novillada et le mot qui me vient pour les qualifier serait «rustiques» (au coté positif et originel de l’acception).
Il y avait là aussi de quoi faire, car, à part le cinquième que les cuadrillas ne voulaient pas voir (depuis le sorteo de la veille qui s’était prolongé durant 2h), aucun ne présentait de difficulté et tous se prêtaient au jeu, avec sans doute un léger manque de fond. Pour autant, me semble t-il, un lot qui, sans être exceptionnel se situait nettement au dessus de l'ordinaire par sa force, sa présentation, ses qualités morales différentes.
Ils ne se sont pas éteints au fer comme l’année dernière les Vega Teixeira, en dépit d’un tercio de pique conséquent.
 
Je note que le cinquième qui a tant fait jaser ne présentait, de mon point de vue, nul symptôme de difficultés durant les deux tercios  précédant (on se reportera aux vidéos existantes). Sans doute procédait-il de ce que je qualifierais de «toro d’émotion», tel que le premier colorado de Vega Teixeira l’an passé. De ces toros de 4 ou 5 tandas, qui par leur transmission autorisent les triomphes à ceux qui les consentent. Un toro pour Robleño, type de torero guerrier qui apparaît vite fade avec des exemplaires trop pastueños, mais brille dans la difficulté.
Un Fernando Robleño qui ne me paraît mériter en rien l’excès des critiques dont certains l’accablent. La temporada 2012 fut un moment de grâce qu’il peine pour l’heure à renouveler. En termes de contrats, en a-t-il été récompensé comme il eut convenu? Il y a là quelque chose de désespérant! En tous cas, il fut professionnel et honnête, conservons notre confiance à cet homme de pundonor.
Passons charitablement sur Morenito de Aranda qui sut avec maîtrise empocher le sueldo, pour terminer avec Oliva SOTO qui voulut mais ne parvint point, notamment avec le sixième. Il lui manqua toujours les 10 cm qui permettent d’être présent et si le buste souhaitait, les pieds se refusaient de suivre. Il n’est aucunement accoutumé au Santa Coloma. Un pari perdu! Mais faut-il renoncer à vouloir confronter des toreros fins avec des toros encastés?
 
On notera pour le coté pratique:
1°) La durée excessive de la novillada résultant d’une piste défoncée (le vendredi précédant par un spectacle équestre) qu’il a fallu arroser et retracer plusieurs fois, de la difficulté des novilleros et cuadrillas à mettre correctement en suerte pour des tercios de piques qui se sont prolongés, ainsi qu’à la cogida d’Alberto POZO.
2°) Le retard des paseos dus à l’informatique de la billeterie dont l’ordinateur a «flambé» avant la novillada.
3°) Des doubles numérotations de billets (cf 2°).
4°) Un cheval un peu trop lourd.
 
Au final, une journée à mes yeux intéressante, avant tout pour des aficionados affirmés mais qui consacre le paradoxe ortheziens : des toros qui offrent des possibilités souvent inexploitées faute d’opposants motivés ou confirmés. Une journée qui stigmatise une situation actuelle préoccupante où même avec 3 ou 4 contrats, des toreros qui devraient s’engager à fond se permettent des délicatesses de repus. Signe des temps !!!
Des réflexion, des efforts, des améliorations à poursuivre.
6,5/10
On voudra bien excuser les phôtes de style, d’orthografe, de synthaxe et de grandmaire, j’ai beaucoup de difficultés à écrire…
Xavier KLEIN

 

jeudi 22 avril 2010

Qu’est-ce que le bon toreo? SUITE de la SUITE

Je suis sans doute déjà une vieille barbe.

La vieillesse, de nos jours, s’accompagne rarement de la sagesse, quand le «jeunisme» sévit, elle est vécue comme une tare.
Un jeunisme de l’apparence, suscité par la décrépitude inéluctable du corps et l'angoisse de la mort, diamétralement opposé à la jeunesse de l'âme.
Combien de mes pairs quinquagénaires s’évertuent férocement à maintenir leur ventre plat et leur esprit étriqué? Si jamais ils ont porté quelque grain de fantaisie, de révolte, d’imagination, d’indignation, ils se sont acharnés à les détruire ou du moins à les amnésier.
Rester jeune à cinquante piges (et plus si affinités), ce n'est point s'obliger au footing quotidien, à se travestir en ado, a affecter le copinage avec les teenagers ou la connaissance approfondie des téléstars, c’est par dessus tout vouloir absolument se souvenir de ce que l’on a été. Et surtout ne jamais ni oublier, ni trahir, ni renier ses rêves, ses espoirs, ses excès passés.
Le seul véritable privilège de la vieillesse, n'est pas de savoir mieux, mais de savoir plus, c’est l’accumulation des expériences, et des références. Le disque dur est presque saturé, mais fonctionne t-il plus vite et plus efficacement?
Il fût un temps où, avec le pire (présentation souvent indigne des toros), s’accouplait le meilleur.
Il fût un temps où une figura telle que J. M. MANZANARES se pointa un jour à Tyrosse, plaza de 3ème, fiévreux, harassé et de mauvais poil, pour y composer, de son propre aveu presque contre son gré, l’une des plus grande faenas de sa carrière.
Possible aujourd’hui?
Il fût un temps où sous les sifflets et les coussins de Bilbao, le grand El Viti, "travailla" (je hais ce mot, mais pour le coup il s'impose) un manso royal, de trincheras et de doblones, de piton a piton, pendant 10 minutes, avant d’en tirer quatre séries extraordinaires de pureté (2 de chaque coté), et de sortir sous les acclamations.

Il fût un temps où les toros sortaient…comme ils sortaient. Rarement comme des loukoums, on n’en appréciait que mieux le délice du toro noblissime, l’art du toreo visait avant tout à «améliorer» le «matériau» disponible.
AMELIORER, quel beau mot désuet! Régler un port de tête, atténuer un hachazo ou un derroteo, allonger une charge, pétrir un toro, comme le potier l’argile ou le boulanger sa pâte voilà ce qui valait!
On attribuait des oreilles pour cela, on triomphait par cela, pour des faenas valeureuses de 20 passes extirpées aux forceps à des toros parfois impossibles. Des toros que nos héros contemporains expédieraient aujourd’hui bassement parce qu’incompatibles avec le «toreo moderne».
On mesurait, l’effort, la progression. On prenait en compte la complexité du toro, et ce qu’en faisait le torero,quel profit il en tirait. Il y avait tout un glossaire pour qualifier les toros (broncos, tardos, terciados, parados, gazapon, de bandera, etc…) et tout un répertoire pour résoudre les difficultés.
Cela conserve t-il un quelconque sens aujourd’hui où se départagent bipolairement les toros «qui servent», ceux qui «permettent» l'exploit programmé et… les autres?
On n’allait pas, comme chez l’épicier, pour un oui ou un non à Séville, à Madrid, à Valence. Un tel voyage était un rêve, un aboutissement, une consécration.
On s’y rendait comme en pèlerinage, et l’on en revenait auréolé du prestige du Hadj qui revient de la Mecque.
Nulle retransmission de corrida d’outre-pyrénées, nul D.V.D, qui viennent pâlement remédier à l'impératif du voyage.
La réalité quotidienne de la corrida, son ordinaire se vivait dans les faenas locales de Bayonne, de M.d.M., de Dax, de Vic ou de Tyrosse, ou de toutes ces plazas où vivaient cette aficion populaire à goût de clocher.
Jusque dans les années 70, chaque feria était égayée par quelques sauts de toros dans le callejon et parfois, d’espontaneos dans le ruedo. On se gaudriolait d’anecdotes, de toros qui se relèvent à l’arrastre, de volteretas spectaculaires, de gestes de pundonor, de broncas d’anthologie, d’échanges entre spectateurs outrés et Paquirri-diva, de Cordobes qui toréait les coussins, d’Ordoñez expédiant systématiquement l’un de ses deux toros, de Curro refusant de tuer, etc… Rien de routinier là dedans, ou si peu, on est loin de nos ronds-de-cuir toreros actuels, de nos fonctionnaires des ruedos, assurés de la paye à l’échéance, du treizième mois et des congés payés, qui s’assurent une longue retraite paisible et rapidement acquise.
Où sont-ils ces toreros à nuque chenue, qui se livraient «de verdad» en dépit des rhumatismes et du tiraillement de leurs nombreuses et valeureuses cicatrices?
Lorsqu’un s’y risque désormais (le maestro Frascuelo par exemple) c’est pour recueillir les quolibets ou le scepticisme.
Il fût un temps où la transmission s’opérait entre aficionados grâce à quelques solides fondamentaux, grâce également à de laconiques maximes qui disent tant ou tout en peu de mots.
Il en est une que je chéris particulièrement pour la profondeur des divers niveaux de compréhension qu’elle suppose, une fois qu’on en a mesuré les termes.

A CADA TORO SU LIDIA (A CHAQUE TORO SON COMBAT)

Signifie t-elle encore quelque chose à l’heure du toro de grande série, du produit normalisé voué à la consommation de masse?
Nous en serions plutôt A CADA LIDIA SU TORO, ou mieux A TODOS TOROS LA MISMA LIDIA
De fait, cette simple petite phrase ne relève même plus de l’ordre du désuet, mais de celui de la provocation ou du manifeste.
A CADA TORO SU LIDIA est devenu l’étendard en lambeaux, outragé par tant de batailles, que prétendent brandir ceux qui veulent croire que la tauromachie peut encore conserver un sens.

CADA TORO suppose tout d’abord la diversité intrinsèque qui doit prévaloir chez nos chers bovidés.
Chaque toro est et doit demeurer différent pour s’affirmer comme un être individualisé et unique.
Non pas l’uniformité préfabriquée qu’on nous propose, mais la collection complète de tous les types et de tous les tempéraments, l’éventail et la combinaison infinis du vivant et du brave. La vie quoi!
Et ce n’est pas un hasard si chaque toro a un nom.

SU apporte ici non seulement l’idée d’une individualité qu’il convient de prendre en compte pour elle-même, mais remet le toro au centre: c’est SON combat. Pas celui du torero qui SE SERT d’un toro, mais celui d’un toro qui se sert du torero pour exister et s’éterniser.
Aussi bien nous faudrait-il opérer une révolution mentale et substituer au «le toro a bien servi», un «torero a bien servi», qui induit que le torero EST AU SERVICE du toro.
Sodomisation de diptères objecteront les fâcheux. Ceux qui ne voient dans ce blog que l’exposé de divagations intellectualistes et donc décadentes.
Que non pas! C’est l’un des fondements même du débat avec les «zantis».
Chaque toro doit exister et se valoriser par sa propre singularité, par sa propre personnalité.
C’est, pour simplifier, la même thématique qu’entre Coco, le coq de ferme qui sonne quotidiennement le réveil matinal, qui picore imperturbablement sur le tas de fumier, et qui terminera glorieusement un dimanche de fête dans une splendide livrée de Gevrey Chambertain et X2345 le produit anonyme d’un élevage en batterie.

LIDIA. Il reste tant à dire qu'il nous faut envisager la SUITE de la SUITE de la SUITE
Xavier KLEIN