L'honnêteté intellectuelle commande de reconnaître que l'émission de Fr3, «Signes du toro» (http://signesdutoro.france3.fr/index.php?page=article&numsite=1148&id_rubrique=2705&id_article=8030) a donné lieu à un exposé infiniment plus objectif que ce qu'on aurait pu craindre.Certes le débat de fond n'a pas été traité aussi profondément qu'on aurait pu le souhaiter, mais sans être toutefois esquivé.
Il faut dire que c'est un débat technique et surtout éthique qui dépasse amplement l'objet d'une telle émission, le temps qui lui est consacré et l'attente du télespectateur.
Il faut donc, à mon sens, saluer une émission somme toute équilibrée qui pose globalement très correctement le problème.
On discerne malgré tout, au détour des mots, les présupposés du journaliste (par exemple quand il évoque les «ronchonnements» de la minorité contestataire), ce qui ne me paraît nullement dérangeant dans la mesure où il a eu à coeur de donner loyalement la parole à la contradiction.
Toute cette affaire pose tout de même un certain nombre de questions fondamentales. Et parmi celles-ci, les plus importantes dépassent le strict cadre tauromachique et relèvent de la sociologie.
J'ai parfois évoqué ici la figure de mon maître en tauromachie, le très regretté Claude PELLETIER.
L'attachement qui me liait à cet homme procédait beaucoup plus de ses qualités humaines et intellectuelles que de ses seules compétences taurines.
Il était parfaitement capable de défendre, avec talent et conviction, un point de vue, puis, après avoir discuté de remonter sur le tonneau pour reconnaître une erreur d'appréciation.
Si l'intelligence consiste à savoir reconnaître ses erreurs plus qu'à les commettre, Claude était un génie.
On pourrait faire le même constat avec Pierre Albaladejo, qui confesse sincèrement «avoir pété les plombs». Partant de cet aveu, sans nul doute difficile, et sortant de la langue de bois, des discours convenus et surtout de la mauvaise foi, on peut commencer à «causer» utilement et intelligemment.
Il faut donc, à mon sens, saluer une émission somme toute équilibrée qui pose globalement très correctement le problème.
On discerne malgré tout, au détour des mots, les présupposés du journaliste (par exemple quand il évoque les «ronchonnements» de la minorité contestataire), ce qui ne me paraît nullement dérangeant dans la mesure où il a eu à coeur de donner loyalement la parole à la contradiction.
Toute cette affaire pose tout de même un certain nombre de questions fondamentales. Et parmi celles-ci, les plus importantes dépassent le strict cadre tauromachique et relèvent de la sociologie.
J'ai parfois évoqué ici la figure de mon maître en tauromachie, le très regretté Claude PELLETIER.
L'attachement qui me liait à cet homme procédait beaucoup plus de ses qualités humaines et intellectuelles que de ses seules compétences taurines.
Il était parfaitement capable de défendre, avec talent et conviction, un point de vue, puis, après avoir discuté de remonter sur le tonneau pour reconnaître une erreur d'appréciation.
Si l'intelligence consiste à savoir reconnaître ses erreurs plus qu'à les commettre, Claude était un génie.
On pourrait faire le même constat avec Pierre Albaladejo, qui confesse sincèrement «avoir pété les plombs». Partant de cet aveu, sans nul doute difficile, et sortant de la langue de bois, des discours convenus et surtout de la mauvaise foi, on peut commencer à «causer» utilement et intelligemment.
Sur quoi reposent les termes du débat?
Olivier BARATCHART, dans un interview joint au reportage télévisé les a posé très clairement en affirmant que les évolutions inéluctables de la corrida conduisaient celle-ci à s'adapter aux nouveaux goûts du public.
Or c'est précisément ce genre de raisonnement qu'il faut s'éviter d'avaler comme une vérité révélée. Au détour d'une phrase apparemment innocente et anodine, se cache une contre-vérité criante, de celles qui nous font couramment faire fausse route.
Or c'est précisément ce genre de raisonnement qu'il faut s'éviter d'avaler comme une vérité révélée. Au détour d'une phrase apparemment innocente et anodine, se cache une contre-vérité criante, de celles qui nous font couramment faire fausse route.
Ce disant, je ne mets nullement en cause Olivier, ce discours étant communément énoncé et communément entendu de toute part.
J'ai appris lors de mes études universitaires à me méfier de ces lieux communs redoutables qui engendrent tant de conséquences.
Un jour où j'évoquais la «vocation touristique» de la côte landaise en reprenant l'expression d'un aménageur, mon directeur de recherche me china avec humour en me demandant qui, quand et comment avait un jour décidé de cette soit-disant vocation touristique. Etait-ce «nos ancêtres les gaulois», Aliénor d'Aquitaine ou bien plus simplement les grands groupes de promoteurs qui voulaient, comme sur la Côte d'Azur, bétonner les plages océanes?
Il en va de même des goûts. C'est l'éducation et la culture qui forment et génèrent les goûts. L'appétence des japonais pour le poisson cru, des mexicains pour l'épicé, ou des européens du nord pour la viande bouillie n'a rien à voir avec une génération spontanée, c'est le produit d'une culture, c'est à dire d'une propension créée, entretenue et...cultivée.
Ces fameux «goûts du public» qui tomberaient ex nihilo, s'imposeraient d'eux-même, et auxquels il faudrait se plier -vox populi, vox dei- sont en fait des créations du «système taurin» et notamment le produit de l'activité médiatique (presse et audiovisuel).
Exactement comme l'on formate les goûts musicaux avec la «staraque», les goûts gastronomiques avec les produits calibrés de supermarché ou les macdonalds, les goûts cinématographiques avec les séries américaines, ainsi de suite...
Or, que nous ressassent les medias taurins sinon la dimension normative des arènes de 1ère catégorie? Qu'est ce qui y est donné à voir? Quel type de toros, de toreros, de toreo? Quels spectacles sont repris et survalorisés par «Signes du toro»?
Sont-ce les élevages passionnants qu'on a pu voir l'an passé à Saint-Sever, Hagetmau, Parentis, Roquefort (pour le sud-ouest)? Sont-ce les faenas plus difficiles d'accès, qui requièrent des savoirs techniques, un œil exercé, une analyse subtile des problèmes posés par les toros et de l'intelligence mobilisée par les hommes pour les résoudre?
Non. On préfère nous livrer en pâture le brouet insipide, le hamburger pré mâché, qui ne mobiliseront ni nos crocs, ni notre réflexion. On ne fait pas oeuvre d'information et encore moins d'éducation, mais oeuvre de promotion.
Les fameux «goûts du public» sont donc le fruit du consensus entre les «majors» du mundillo (empresas, toreros, ganaderias), les plazas qui peuvent se les offrir et la presse qui par adhésion, intérêt, inconscience ou facilité (cochez une ou plusieurs bonnes réponses) les promeuvent.
Il est infiniment plus confortable de consommer passivement que de se poser des questions, surtout quand elles sont gênantes. Mais il s'agirait de temps à autres d'être à l'écoute de ce qui se passe et de ce qui se dit.
J'entends par là, qu'il ne suffit pas d'écarter d'un revers de manche certains arguments des anti-taurins, mais bien au contraire de les entendre, surtout quand ils affirment que derrière tout cela, il y a une affaire de gros sous et de profits.
La vérité n'est le monopole de personne, et il faudrait être bien sot pour ne pas la reconnaître, y compris dans le discours de son adversaire.
La politique de l'autruche n'a en effet jamais participé à résoudre les problèmes.
En attendant, il nous faut espérer que ce media du service public poursuivra dans le sens d'un questionnement intelligent, pondéré et ouvert à toutes les sensibilités taurines, qui représente la seule réponse opportune aux attaques que subit la corrida.
Il en va de même des goûts. C'est l'éducation et la culture qui forment et génèrent les goûts. L'appétence des japonais pour le poisson cru, des mexicains pour l'épicé, ou des européens du nord pour la viande bouillie n'a rien à voir avec une génération spontanée, c'est le produit d'une culture, c'est à dire d'une propension créée, entretenue et...cultivée.
Ces fameux «goûts du public» qui tomberaient ex nihilo, s'imposeraient d'eux-même, et auxquels il faudrait se plier -vox populi, vox dei- sont en fait des créations du «système taurin» et notamment le produit de l'activité médiatique (presse et audiovisuel).
Exactement comme l'on formate les goûts musicaux avec la «staraque», les goûts gastronomiques avec les produits calibrés de supermarché ou les macdonalds, les goûts cinématographiques avec les séries américaines, ainsi de suite...
Or, que nous ressassent les medias taurins sinon la dimension normative des arènes de 1ère catégorie? Qu'est ce qui y est donné à voir? Quel type de toros, de toreros, de toreo? Quels spectacles sont repris et survalorisés par «Signes du toro»?
Sont-ce les élevages passionnants qu'on a pu voir l'an passé à Saint-Sever, Hagetmau, Parentis, Roquefort (pour le sud-ouest)? Sont-ce les faenas plus difficiles d'accès, qui requièrent des savoirs techniques, un œil exercé, une analyse subtile des problèmes posés par les toros et de l'intelligence mobilisée par les hommes pour les résoudre?
Non. On préfère nous livrer en pâture le brouet insipide, le hamburger pré mâché, qui ne mobiliseront ni nos crocs, ni notre réflexion. On ne fait pas oeuvre d'information et encore moins d'éducation, mais oeuvre de promotion.
Les fameux «goûts du public» sont donc le fruit du consensus entre les «majors» du mundillo (empresas, toreros, ganaderias), les plazas qui peuvent se les offrir et la presse qui par adhésion, intérêt, inconscience ou facilité (cochez une ou plusieurs bonnes réponses) les promeuvent.
Il est infiniment plus confortable de consommer passivement que de se poser des questions, surtout quand elles sont gênantes. Mais il s'agirait de temps à autres d'être à l'écoute de ce qui se passe et de ce qui se dit.
J'entends par là, qu'il ne suffit pas d'écarter d'un revers de manche certains arguments des anti-taurins, mais bien au contraire de les entendre, surtout quand ils affirment que derrière tout cela, il y a une affaire de gros sous et de profits.
La vérité n'est le monopole de personne, et il faudrait être bien sot pour ne pas la reconnaître, y compris dans le discours de son adversaire.
La politique de l'autruche n'a en effet jamais participé à résoudre les problèmes.
En attendant, il nous faut espérer que ce media du service public poursuivra dans le sens d'un questionnement intelligent, pondéré et ouvert à toutes les sensibilités taurines, qui représente la seule réponse opportune aux attaques que subit la corrida.
Xavier KLEIN


