Humeurs taurines et éclectiques

dimanche 23 novembre 2008

HISTOIRES DE PALCOS 1

«Une habitude bien française consiste à confier un mandat aux gens et de leur contester le droit d'en user»

dialogue de Michel Audiard in «Le Président»

Cette semaine, la Peña Joseph Peyré organisait une causerie sur le thème des présidences. Trois «présidents de corrida les plus en vues dans le sud-ouest» étaient invités: Eric Darrière, Marc Amestoy et Christian Hayet.
L'ambiance est cordiale, on se voit accueilli avec hospitalité, le cadre est de bonne caste taurine, sans parler de la daube tout à fait réussie.
Mais l'on ne resterait que dans la surface des choses, si l'on ne louait aussi une association dynamique de plus de 60 socios de tous âges et de toutes conditions qui ne se limite pas à jouer les agences de voyage et de macérer en vase clôt, mais se préoccupe d'entretenir une aficion sincère, de l'enrichir, de la partager et d'apprendre.
Pour résumer, des aficionados simples et chaleureux qui ne se «prennent pas la tête» et n'ont pas les chevilles qui enflent comme tant de leurs congénères des peñas «académiques» des villes de traditions taurines, où l'on porte son appartenance à la confrérie, comme l'ordre du Mérite et où l'on semble toujours vous faire la grâce de vous recevoir, et l'honneur de vous adresser la parole.
Le cartel était de luxe: deux jeunes, jolis, talentueux produits des ganaderias de castes, acceptables toutefois par toutes figuras. Fins de type, l'un negro mulato, le second cardeño. Le sobrero de la tierra un peu plus fuera de typo.
Race, caste étaient au menu, mais n'étant ni à Vic, ni à Céret, la sauvagerie n'était pas de mise, et comme attendu dans un spectacle grand public, le premier tercio fut de pure forme, les piques symboliques, au profit de ces faenas où la forme prime sur le fond, et où la multiplicité des passes joliment exécutées avec grâce et élégance se substitue à la profondeur d'une lidia de vérité qui va au fond des choses.
L'exercice était difficile est l'on pouvait craindre que la daube ne fût précédée d'une généreuse ration de langue de bois grand veneur. La qualité des intervenants, aficionados indiscutables, habiles bretteurs, fins politiques, para en grande partie à cette dérive. On préféra néanmoins trop souvent se réfugier dans l'anecdote, qui convient mieux à l'attente d'un public mélangé où chacun doit trouver son compte. Le coup de pied en touche semble un art où peuvent aussi exceller les arbitres...
Marc Amestoy et Eric Darrière sont des garçons honorables qui en général s'acquittent au mieux, avec compétence, intégrité et finesse, de ce qu'on attend d'eux, dans les spectacles qu'ils président.
Ils représentent certes ce qui se fait de plus intelligent, de plus pertinent et de plus honnête dans le genre, mais le problème c'est justement le genre, les attentes du public et des organisateurs et ce pourquoi on les recrute.
Président-animateur, président-régulateur, président-consensus, président-normateur, président-intercesseur, c'est l'ensemble de ces problématiques qu'il convient de traiter. Ce que nous entreprendrons sur plusieurs articles et dans le fond. Car là comme ailleurs, on peut considérer que la corrida n'est qu'un divertissement périphérique, mais aussi l'appréhender comme un symptôme éclairant quant à notre société, générateur d'enseignements précieux sur ce que nous sommes individuellement et collectivement. Ne tenant rien pour anodin, surtout pas un phénomène qui alimente tant de passions, nous ne saurions rien passer sous silence.
Peut-être s'agit-il tout d'abord, à partir du Règlement de l'U.V.T.F., de rappeler les missions d'une Présidence.
Titre IV Chapitre III Article 38: Le déroulement de la course est placé sous la direction d'un Président, chargé de veiller au strict respect des dispositions du règlement taurin (de l'U.V.T.F.) et des usages en vigueur.
Le Président est désigné par le Maire ou son délégué.
Il est assisté de deux assesseurs techniques dont il doit prendre les avis, désignés par le Maire ou son délégué.
Titre III Article 17: Sous l'autorité du Maire ou de son délégué, vérification de la conformité des installations de l'infirmerie, des moyens d'évacuation, de la présence du personnel médical adéquat.
Titre V Article 64: Avant la corrida, accompagnés du Président de la C.T.E.M., de l'organisateur, des matadors ou de leurs représentants, inspection de l'état de la piste, des talenquères, des burladeros, des portes (et réparation des imperfections), vérifications des medios.
Titre IV Chapitre III Article 39: Le matin, présence et supervision des opérations d'apartado, de sorteo et d'enchiqueramiento (également Titre V article 56 et chapitre V article 59).
La Présidence, les délégués aux piques, le représentant de l'U.V.T.F. statuent sur les problèmes survenus aux bêtes avec le président et le vétérinaire de la C.T.E.M. (Commission Taurine Extra Municipale), et vérifient qu'ils disposent de toutes leurs aptitudes au combat (également Titre V article 55).
Au moyen des mouchoirs fournis par l'organisateur, le Président: donne le signal du commencement du spectacle à l'heure exacte donnée par l'horloge de l'arène prévue par l'affiche, ordonne le déroulement des différentes phases du spectacle, fait intervenir la musique selon les coutumes de la plaza, la musique après l'arrastre, donnera les avis aux matadors, ordonnera le retour au corrals d'un animal, octroiera les récompenses aux toreros ou aux toros.
Titre VI Chapitre V Article 85: Le président pourra ordonner le renvoi des animaux sortis en piste si ceux-ci s’avèrent manifestement impropres au combat en raison de défauts ostensibles ou de comportement empêchant son déroulement normal.
Lorsqu’un animal deviendra inutilisable au cours du combat, de telle sorte qu’il sera nécessaire de le mettre à mort en piste au moyen de la puntilla, il ne sera pas remplacé par un autre.
Si le matador indique que l’animal qu’il est en train de combattre a déjà été toréé, le président pourra ordonner son renvoi et son remplacement par un autre.
Lorsque après un temps raisonnable il n’aura pas été possible de faire rentrer l’animal aux corrals, le président ordonnera qu’il soit mis à mort en piste par le puntillero ou, si ceci n’est pas possible, par le matador de tour, éventuellement aidé par sa cuadrilla de picadors et banderilleros.
Titre VI Chapitre V Article 86: En cas de mauvais temps, ou de menace de mauvais temps, susceptible d’empêcher le déroulement normal de la course, le président avant que ne commence le « paseillo » demandera aux matadors leur opinion quant à la possibilité de voir le spectacle se dérouler dans des conditions normales. Il leur précisera qu’une fois commencé, celui-ci ne pourra être suspendu qu’en cas de détérioration importante et prolongée des conditions météorologiques. Il sera procédé de la même façon lorsque le vent constituera par sa violence un risque grave pour les toreros. Tenant compte de l’opinion majoritaire exprimée par les matadors, le président décidera de la célébration de la course ou de son renvoi.
Si une fois commencé le spectacle voyait son déroulement gravement perturbé par les conditions météorologiques ou autres, le président pourra ordonner sa suspension temporaire jusqu’à l’amélioration de la situation, ou en cas de persistance du mauvais temps, sa suspension définitive.
Titre IV Chapitre III Article 40: Le Président fait exécuter ses ordres dans la piste et le callejon par l'interméddiaire des alguazils qui doivent s'abstenir de toute initiative personnelle, surveillent l'ablation des trophées, et les remettent aux toreros. L'un des alguazils se tient en permanence, dans le callejon, à la disposition de la présidence pour recevoir ses ordres, pendant la course
Titre VI Chapitre I Article 69: Le Président peut autoriser, à sa demande pour motif justifié, un matador et sa cuadrilla à quitter l'arène, sa prestation terminée.
Titre VI Chapitre I Article 70: Le Président s'assure, avant d'ordonner le commencement du spectacle que toutes les dispositions réglementaires ont été prises, que le personnel auxiliaire est à son poste, et que le callejon est occupé par les personnes dûment autorisées.
Titre VI Chapitre II Article 72: Le Président ordonnera l'entrée des picadors une fois que l'animal aura été travaillé avec la cape par le matador.
3- Il est interdit de «recortar» (tordre) l'animal, de l'aveugler dans le capote pour provoquer un choc contre la barrière ou de lui faire donner des coups de cornes contre les burladeros. Toutes infractions qui donneront lieu à un avertissement du Président, en particulier si elles entraînent une diminution sensible des facultés de l'animal.
Titre VI Chapitre II Article 73: 6- Les animaux recevront un châtiment approprié, pas inférieur à deux piques. A la demande de changement de tercio d'un torero, le président décidera, lorsqu'il jugera l'animal suffisamment châtié. 7- Les piquadors doivent cesser immédiatement le châtiment mais pourront se défendre, ainsi que leur monture. 8/9- Toute infraction aux normes recevront avertissement (sanction au 3ème). 11- Aucun toro ne pourra obtenir de vuelta ou d'indulto s'il n'a pas fait preuve d'une bravoure suffisante à la pique.
Titre VI Chapitre II Article 76: Avec un toro manso, le président peut, à la demande du matador, changer de tercio et décider de la pose de banderilles noires ou de châtiment.
Titre VI Chapitre III Article 77: 1- On banderillera l'animal en posant 3 paires, 2 minimum sur décision du Président.
Titre VI Chapitre IV Article 82: Si 10 mn après la première passe de muleta, l'animal n'est pas mort le Président ordonne le premier avis, 3 mn après le second, puis 2 mn après le 3ème. Si le toro ne peut rentrer dans les corrals ou être puntillé en piste, le Président ordonnera au matador suivant de le mettre à mort.
Titre VI Chapitre II Article 83: La concession d'une oreille sera octroyée par le Président sur pétition majoritaire du public. L'octroi de la seconde oreille sera de la seule compétence du Président qui prendra en compte la demande du public, le comportement de l'animal pendant le combat, sa bonne conduite dans tous les tercios, le travail réalisé tant à la cape qu'à la muleta et, principalement, la façon dont l'estocade a été portée.
S'il y a pétition majoritaire du public, le Président pourra ordonner la vuelta du toro, qui l'aurait mérité par sa bravoure exceptionnelle.
Titre VI Chapitre II Article 84: Lorsqu’un animal aura mérité d’être gracié en raison de son excellente présentation et son excellent comportement dans toutes les phases du combat sans exception, notamment en prenant les piques avec style et bravoure, le Président pourra dans les circonstances qui suivent, accorder cette grâce afin que l’animal puisse être utilisé comme « semental », après les soins nécessités par son état physique et ses blessures, et participer ainsi à la préservation et l’amélioration de la race et de la caste de l’espèce.
La grâce devra être demandée majoritairement par le public ainsi que par le matador concerné qui en manifestera expressément le désir. Il sera de plus indispensable que le ganadero ou le mayoral de l’élevage concerné fasse connaître son accord pour l’intermédiaire d’un alguazil.
Titre IV Chapitre III Article 41: Le spectacle se termine lorsque le Président aura abandonné le palco.
On constate que les diverses prérogatives et responsabilités du Président n'ont rien de négligeables, notamment dans la dimension de la sécurité. Se pose toutefois le problème de leur applicabilité. Si dans le système espagnol la présidence est assurée par un représentant de l'autorité publique, qui peut prononcer des sanctions réelles, il n'en va pas de même en France.
La crédibilité du règlement et de ceux chargés de le faire appliquer repose donc sur une dissuasion légitimée par le soutien de l'aficion en particulier et du public en général.
Toute remise en cause du Palco, toute contestation de la règle, ne peuvent que concourir à la désagrégation d'un système fragile et ouvrir la porte à tous les abus.
On confie à des hommes, nécessairement faillibles et imparfait, le soin d'assurer une loi minimale fruit d'une volonté commune. On ne peut sans dommages les contester quand ils jouent leur rôle, au risque dans l'avenir de cautionner toutes les dérives par les précédents ainsi créés.
A SUIVRE
Xavier KLEIN

5 commentaires:

bazon a dit…

Xavier,
je sais pas si je ferai un autre comment' mais comme toi je connais bien Eric Darriere et Marc Amestoy sont sympas ,pas cons ,commerciaux mais sur, j'ai pas toujours ete d'accord avec des decisions a mon soit faciles soient drastiques et la Présidence ne doit mon gout ete cela perso suis peut etre benet mais quand je prends une decision elle perdure dans le temps et est ferme et definitive et s'accomode du voisinage et autres parametres.

bruno a dit…

bazon c'est bruno

Xavier KLEIN a dit…

Bruno,
J'avais reconnu ton style si caractéristique.
Content que tu commentes de nouveau sur CyR, malgré le coup de gueule qui fait partie des aleas de la vie.

Fix a dit…

Intéressant; mais tu n'abordes pas, pour moi, le fonds de la question: Hors l'aspect réglementaire, voire protocolaire, qu'elle est le rôle d'une présidence?
Le strict respect d'un règlement?
La participation active (complice diront certains) au spectacle comme acteur favorisant le déroulement de celui ci?
Le représentant des aficionados face à un public plus ecclectique? Mais alors quels aficionados?
Partie intégrante du "jeu" il se conforme aux voeux des organisateurs?
Car il y a bien une question de posture dans tout ceci. Et si on peut se cacher derrière des textes officiels, le principe de réalité induit la compréhension des pressions directes et indirectes, le jeu subtil des influences, l'éblouissement de la reconnaissance... Un boulot pas si facile en somme!

Xavier KLEIN a dit…

Fix,
Patience! Patience!
Le chapitre 2 arrive!