Humeurs taurines et éclectiques

lundi 10 novembre 2008

DE PROFUNDIS MORPIONIBUS

Il paraît que l'ANDA n'existe plus depuis dimanche 9 novembre.
Ce sera désormais une date à marquer d’une pierre noire pour l’aficion française .
On ne peut que déplorer la chute d'un des bastions avancés d'une certaine éthique taurine, tenu jusqu'au bout par les moines-guerriers de la tauritude.
Ce n'est pas certes pas encore la prise de Constantinople, mais ce pourrait bien être celle de Saint Jean d'Acre, et pourrait s’ensuivre la perte complète et définitive de la Terre Sainte.
L'intransigeance de ces sentinelles de la rectitude taurine pouvait faire sourire, agacer, mettre en colère voire même occasionner à certains, crises d'urticaire ou jaunisses débutantes. Elle fera désormais cruellement défaut , comme manquent durement tous les porteurs de paroles libres, toutes les consciences morales.
Il m'est souvent arrivé d'être en désaccord avec l'ANDA, de les trouver parfois excessifs, souvent trop attachés à la lettre au détriment de l'esprit, de préférer systématiquement la perfection à l'émotion, la castration du désir à la jubilation, de ne jamais prendre le risque d'ôter les graves lunettes des censeurs, ou bien de constituer un réduit de rigorisme philosophique teuton en terre latine. Tous griefs bien futiles au regard du rôle fondamental de gardiens des dogmes que l’ANDA a su assumer avec bonheur durant des années, en influant très positivement sur l’aficion en général et les empresas en particulier.
Je le dis et je le répète sans cesse: l’harmonie doit provenir de l’équilibre des contraires et du compromis qui s’établit difficilement entre des exigences parfois opposées. L’harmonie naît aussi d'une impérative diversité. Après l'ours des Pyrénées, après l'homo neanderthalis, disparaît maintenant l'homo andanis. Une perte irrémédiable pour le fragile microcosme taurin et pour les virtualités d'antidotes aux maladies taurines.
La disparition de l’ANDA canal historique, s’inscrit comme une affligeante déconvenue à l’heure où les nuages s’accumulent sur le paysage taurin, où les évolutions qui se font jour exigent une vision harmonieuse des choses et l’établissement d’un rapport de force équilibré entre les intérêts du système et l’essence même de la tauromachie.
A l’heure également où d’aucuns s’évertuent à poser la problématique taurine en termes d’adaptation inéluctable aux impératifs des toreros, ou pire, quasiment exclusivement en termes d’économie de marché, il est vital que demeure la voix des toros et d’une perspective radicale de la corrida.
Car l’ANDA, c’était cela avant tout: la voix et la voie des toros, comme il y existait ailleurs la voie des samouraïs.
Faudra t-il vivre désormais sans les tracts verts distribués avant les corridas de ferias, que tout aficionado de bonne race se prévalait d’avoir conquis confidentiellement de haute lutte, qu’il lisait avant le paseo, en en soulignant les saillies, aux compañeros de gradas? Ces tracts que même (et peut-être surtout!) les organisateurs se préoccupaient de se procurer subrepticement. Faudra t-il se passer de l’égoïne d’or ou de la lime de bronze, qu’appréhendaient secrètement ceux qui publiquement faisaient mine de les mépriser?
Consanguinité excessive? Camada insuffisante? Mévente des produits? Les motifs anecdotiques de la disparition de l’ANDA me sont inconnus et après tout importent peu. Le constat en lui-même est déjà suffisant. Il s’inscrivent, me semblent-il, dans la logique d'ensemble d'une société de plus en plus individualiste, qui perd progressivement le sens, le goût et l’espoir de l’action collective. Des syndicats aux associations, en passant par les partis politiques, la démarche de groupe ne fait malheureusement plus recette. On veut bien profiter des choses à condition de ne pas s'engager pour les obtenir ou de se battre pour les maintenir!
Il faut s’en inquiéter d’urgence. A tous les niveaux et dans tous les champs de la vie publique, nos concitoyens recherchent le plaisir et la consommation sans vouloir assumer les contraintes liées à son obtention.
De l’autre coté de la barrière, en dessous des barreras, on a ni ces pudeurs, ni ces états d’âme, et l’on s’accommode fort bien de la présence de similis toros dans l’arène et de vrais moutons sur les gradins. Les voix éparses s’entendent toujours moins bien que la masse d’un chœur.
Fassent les dieux tutélaires de l’arène que le phénix renaisse de ses cendres et que de nouvelles énergies se découvrent pour prendre le relais et continuer la brega. La conjoncture exige que des oppositions organisées se fassent jour!
Xavier KLEIN

12 commentaires:

Frédéric a dit…

Tout à fait d'accord pour faire renaitre la philosophie de l'Anda sous une forme organisée, mais encore à définir. Si le net peut apporter une certaine vitrine, il ne peut en aucun cas remplacer la convivialité des réunions de personnes avec leur débat. Habitant Bordeaux, je suis ouvert à toute proposition.
Frédéric.

bruno a dit…

Xavier ,
J'ai bosse à l'anda de Bayonne et effectivement ta comparaison est juste il s'agissait du dernier samourai et hoy personne non personne ne prendra le calicot étendu sur le sable de l'arene car nous ne sommes pas capables de nous faire Hara kiri,j'en veux pour preuve à la fois la cecité de Viard et notre indulgence de cautionner par la meme un homicide involontaire.
Nous avons tous notre part d'egocentrisme et vaut mieux que meurre le toro que le torero.
A la veille de ce 11 Novembre nous sommes des erzats de poilus.

Xavier KLEIN a dit…

Bruno, "poilu"! Serait-ce une allusion à ma barbe?
ou pour reprendre la citation du Maître Audiard dans les Tontons flingueurs: "...de nos jours il y a de moins en moins de techniciens pour le combat à pied, l'esprit fantassin n'existe plus ; c'est un tort."

Xavier KLEIN a dit…

Frédéric,
Je suis du même avis que toi. L'émergence d'une structure souple et ouverte, qui prenne réellement en compte la défense d'une tauromachie de vérité me semble maintenant tout à fait indispensable.
Pourquoi ne pas proposer un texte ou un projet qui pourrait faire l'objet d'un débat et être amendé ou enrichi par les contributions?
Proposes un texte, je le passe...

Frédéric a dit…

Xavier, je réfléchis à une base qui pourrait servir de point de départ à notre projet et te la fais parvenir dans les jours qui viennent.
Amicalement.
Frédéric.

bruno a dit…

Si je peux apporter mon ecot ,c'est avec plaisir,quand à la barbe parait que c'est signe de virilite !

Frédéric a dit…

Pourquoi ne pas reprendre les grandes lignes de l'anda:
à savoir la défense du toro de lidia et de ses principes en y rajoutant certains éléments qui posent problème aujourd'hui comme le role du président et son indépendance vis à vis du mundillo, le role de l'aguazil qui ne doit pas se contenter de remettre des trophés. Bien sur sensibiliser les gens au premier tiers et à son importance. Nous pourrions aussi reprendre le principe du palmarès qui était redouté par beaucoup. Nous devons également etre force de proposition et pourquoi pas reprendre l'idée émise sur Cyr récement qui consiste à inclure le premier tiers dans les trophés. Bref voici quelques pistes de travail que nous pourrions développer.
Frédéric.

Bernard a dit…

Xavier,

Certes l'ANDA est morte, mais il se pourrait bien que le cadavre bougê encore, vu comment ça s'agite sur certains blogs de puis ce matin!... Ce sera peut-être dur de "reprendre la calicot étendu sur le sable de l'arène", mais - outre qu'il ne s'agit pas (et c'est tant mieux!) d'un "Debout les morts!" ou d'un "No pasaran!" -on ne peut, comme tu l'as si justement écrit, laisser s'éteindre la "voix des toros"!... Alors, que faire?... Garder à l'esprit me semble-t-il de vouloir d'abord et toujours être pratiques: nous savons désormais que l'Internet est le plus sûr moyen de court-circuiter toutes les "pensées uniques" (d'ailleurs toujours, consciemment ou inconsciemment, à volonté hégémonique). Eh bien, déjà nous servir du Net pour échanger sur quoi faire (avec CyR comme point de ralliement?...): et, à plusieurs, il y a beaucoup de chances que nous soyons plus inventifs que chacun de nous séparément... Et puis, y a pas urgence! Nous entrons en hibernation taurine; alors, profitons de ce délai avant la reprise des "hostilités"...

Bien à vous tous - Bernard

PS: pour répondre à Frédéric, étant moi-même libournais, je pourrais bien me déplacer jusqu'à Bordeaux si... (à un certain stade du processus - si processus il y a, le "de vive voix" sera irremplaçable!)

Marc Delon a dit…

Le problème avec le militantisme tauromachique c'est que plus on démystifie, plus on démythifie, plus on dénonce et découvre le cynisme des humains, plus on déflore et perd de la magie concernant le toro et son combat.
C'est sans doute pour cela que l'ANDA n'a jamais pu représenter plus qu'eux-mêmes. Les gens ne veulent pas qu'on les prive de leurs rêves...

Bernard GRANDCHAMP a dit…

Très justement dit, Marc... Mais, pour certains - et quels que soient leurs propres rêves par ailleurs car ils en ont aussi, il est parfois impossible de se taire (l'honneur gît aussi dans le dérisoire)... Il me semble qu'alors, le plus simple est d'accepter sans état d'âme cette éventuelle "ultra-minorité" (ne représenter que soi-même): ne pas chercher à convaincre mais se contenter de témoigner!... Et, pour le reste, les chameaux aboient et la caravane passe...

Bien à vous - Bernard GRANDCHAMP

Frédéric a dit…

La réaction du gourou de TT publiée ce matin sur son site est significative de sa mauvaise foi et provoque écoeurement et dégout.
Frédéric.

el chulo a dit…

tres heureux de retrouver la trace de bernard