Humeurs taurines et éclectiques

jeudi 26 février 2009

ENCORE MORANTE!

Morante de la Puebla est décidemment un monsieur.
L'excellent journaliste riojano Pablo G. Mancha de Toroprensa, amoureux de toros, de musique et de bon vin, rapporte les propos de Morante à propos de la remise au torero Rivera Ordoñez de la Médaille d'Or des Beaux Arts: "Me parece una vergüenza;... creo que es un ejemplo claro y grande del conocimiento que los responsables de conceder este galardón tan supuestamente importante tienen sobre el toreo y sobre el arte y de lo que hacen y deshacen con é. No tiene sentido alguno porque si hablamos de mérito, yo seré siempre el primero que resalte el mérito de todos los toreros, los respeto a todos... Pero hablar de arte y del arte del toreo es otra cosa que va más allá de ciertos méritos. Y ahí está la lista de todos los grandes toreros que tienen esta medalla... que le den la medalla a cualquier mérito, porque todos los toreros lo tienen, pero las Bellas Artes son otra cosa. Claro que no todo el mundo puede percibir el toreo ni sentir el arte".
A la demande de Bernard, traduction sans doute approximative (je suis un linguiste abominable):"Pour moi, c'est une honte. Je crois que c'est un exemple clair et grand de la connaissance, que les responsables de l'attribution de cette distinction supposée si importante, ont du toreo et de l'art, et de ce qu'ils en font ou défont. Cela n'a aucun sens parce que si nous parlons de mérite, je serai toujours le premier à reconnaitre celui de tous les toreros et les respecter tous. Mais parler d'art et de l'art de toréer est une autre chose qui va bien au delà de mérites certains. Tous les grands toreros ont cette médaille. Qu'ils la lui attribuent pour ses divers mérites parce que tous les toreros l'ont, d'accord, mais les Beaux Arts, c'est une autre affaire. Il est évident que tout le monde ne peut comprendre le toreo, ni avoir un don pour l'art."
Par delà l'anecdote, cela me rappelle une interview de l'inénarrable Gainsbourg où, lassé des flatteries de l'animateur (je crois que c'était Chancel, le lèche-bottes de service) qui criait au génie et élevait ses chansons au niveau des summum de l'art lyrique, avait fait simplement et pertinemment remarquer qu'il n'exerçait ses modestes talents que dans la chansonnette.
Puis de préciser qu'il n'y avait un Beethoven que tous les siècles, et que pour devenir Lugwig Van, il fallait 30 ans de talent suprême et surtout de travail acharné. Comparer la puissance, la complexité et l'art de la 9ème Symphonie avec le "Poinçonneur des Lilas" lui paraissait un tantinet exagéré. Et Gainsbourg s'y connaissait puisque pianiste accompli de formation classique.
C'est un lieu commun de certains spécialistes du mundillo de glapir régulièrement à l'art et d'user et d'abuser de l'argument artistique pour justifier tout et n'importe quoi, surtout l'absence d'émotion dûe au combat lui-même.
Morante est un divin barbare qui n'a pas peur d'aguanter la connerie humaine.
Sans doute la plus méritante des faenas...
Fatigué quand même sur la photo. Ce garçon semble se consumer trop vite.
Xavier KLEIN
http://www.toroprensa.com/2009/02/morante-de-la-puebla-es-una-verguenza.html

6 commentaires:

Bernard a dit…

Xavier,

A l'attention de ceux, dont je suis, qui n'hispanisent pas aussi bien - sinon mieux - qu'ils respirent, serait-il possible d'avoir une traduction des propos de Morante?... Ca nous aiderait à mieux comprendre.

Remerciements anticipés.
Bien à toi - Bernard

PS : la photo montre ô combien qu'on peut demeurer "torero" même en civil, et même devant un micro (on dirait presque qu'il va le toréer...)

el chulo a dit…

ay!
que cansadito el tio!
en voilà au moins un qui vit!
les pisse vinaigre diront qu'il jalouse le rivera ordonez beni des dieux, les autres que pas plus que les palmes academiques, cette distinction n'a la moindre sens.
en ce qui me concerne, je ne considère pas morante, tout au moins celui de l'an dernier comme un torero artiste au sens de romero ou paula ou cagancho ou chicuelo ou du divin chauve.
je le considère comme un lidiador qui peut se mettre en harmonie avec un toro digne de ce nom.
et, ce faisant, par l'émotion et la sincérité ammener le spectateur au delà de ses propres limites.
et cet art là qui allie puissance,force évocatrice, adhésion sans concession donne envie de vivre au moins jusqu'au prochain toro qui le mérite.

Jean a dit…

Il me semble que les propos de Gainsbourg furent tenus lors d'une altercation avec Guy Béart sur le plateau de Bernard Pivot.

Si la musique du dit Béart est effectivement un art mineur, sa fille est un chef d'oeuvre.

Jean

Anonyme a dit…

Il se consume certes un peu vite, mais il faut dire aussi que le flash en pleine tronche ne lui rend pas justice ! : )

Yannick

Xavier KLEIN a dit…

C'est vrai Yannick, c'est un homme qui gagne à être vu dans la franche lumière des ruedos!

Merci pour la précision Jean, je me souvenais nettement de l'incident qui m'avait marqué, mais pas trop du contexte.

bruno a dit…

Le pitoyable scribe(pléonasme) et le "trianero" perdu ne peut que corroborrer tes propos et à mon humble avis il n'y a pas de définition de Morante ,seul nos yeux et en ce seul regard sont éblouis par ce bonhomme et pour les plus perfectionnistes un sentido suffit à le comprendre car si définition il y a :Morante c'est Morante .