Humeurs taurines et éclectiques

vendredi 11 septembre 2009

"Les injures sont les raisons de ceux qui ont tort" FENELON

Chers amis anti-corridas,

D'évidence, beaucoup d'entre vous fréquentent ce site.
Un récent post de Madame Claire STAROZINSKI, mais également des interventions de Madame "Jo" BENCHETRIT sont advenues, et je les ai courtoisement, loyalement, honnêtement, et intégralement conservées.
Je comprends et j'admets parfaitement votre position, qui me semble tout à fait honorable, même si, c'est un truisme, je ne la partage pas.
Vos idées ME paraissent absconses voire absurdes. J'ai bien dit ME PARAISSENT, je n'ai pas affirmé qu'elles l'étaient.
Le respect d'un autre être humain me paraît une règle civilisatrice incontournable, mais je vise à l'humanisme, et vous aspirez à l'animalisme, ce qui pourrait expliquer beaucoup de choses.
Je n'ai jamais dit non plus que vous étiez stupides ou, pire, infâmes, et je ne l'ai même jamais pensé.
La réciproque est-elle vraie?
Il ne vous aura pas échappé qu'à part une infime minorité d'excités qui s'expriment sur le net avec virulence et vulgarité à votre endroit, la plupart des "aficionados" vous manifestent de l'indifférence. Il en va de même lors de vos manifestations (provocations?), pourtant souvent très agressives, qui ne recueillent le plus souvent, et vous le savez, que des sourires narquois et des haussements d'épaules placides. Je suis resté plus de 3h à Dax l'an dernier à vous observer et même à discuter avec vous et je n'ai constaté aucune violence envers vous. Vous savez parfaitement que vous ne risquez rien, ou pas grand chose, dans des régions ou la tolérance et la pondération des idées sont de règle.
Prendriez-vous les mêmes libertés avec d'autres publics ou sous d'autres cieux?
Il ne vous aura pas échappé non plus que cette diversité d'opinion, ce regard critique porté sur soi et sur "l'objet de la passion", ce débat permanent, cet échange d'idées, cette démarche pour arriver à cerner ce que l'on aime et ce que l'on fait s'expriment librement sur ce blog.
Cette liberté de ton, cette remise en cause existe-elle dans vos rangs?
Et c'est là que réside toute la différence entre une "foi", qui ne relève en rien de la raison, et le regard lucide que nous essayons ici de développer, y compris sur nos pratiques.
Quand j'évoque une foi, j'en arrive à penser fanatisme devant la violence des propos que vous ne manquez pas de développer et qui substituent systématiquement, ou presque, l'insulte à l'argument, et la condamnation sans nuances à la tentative de compréhension de l'autre, de l'Autre, dans sa différence.
Cela porte un nom: l'INTOLERANCE.
Il me semble intéressant et positif de votre part, que vous veniez de temps à autre vous promener dans les colonnes de la Brega.
Si cette démarche est dictée par le désir de comprendre et de découvrir un autre discours, une autre réalité, un autre "ressenti" (y compris dans un domaine qui vous révolte), cela me semble tout à fait estimable.
S'il s'agit de venir y recueillir matière à vos diatribles pourquoi pas, au moins vous éviterez d'évoquer ce que vous ne connaissez pas. Je ne vous en blâmerai certainement pas, agissant de même et fréquentant vos sites, sans pour autant vous insulter.
La seule exigeance que j'aurai, sera celle de la courtoisie et du respect.
Que certains d'entre vous s'amusent à systématiquement cocher l'onglet "à oublier vite" à la fin des articles, c'est puéril certes, mais cela prête à sourire.
Que certaines y aillent de leur prêche répétitif, cela n'apporte rien, mais cela se supporte encore.
Ce qui est inacceptable ce sont les injures, qui plus est anti-sémites, que j'ai reçues récemment.
"Crève et souffre klein youpin, et tes enfants aussi, comme tu fait (problème d'orthographe) soufrir (décidément!) les animaux"
Je ne suis pas juif, mais le deviens volontiers avec les anti-sémites, par solidarité. Comme le roi de Danemark qui porta l'étoile de David le jour où l'occupant nazi l'imposa.
Mais juif ou pas, je me questionne sur cette violence intolérable, et sur ce et ceux (celles) qui par des discours excessifs, des argumentaires sommaires, des comparaisons inadmissibles lui permettre de naitre et de se légitimer.
Je ne peux penser que vous soyez à ce point irresponsables des monstruosités, qu'à votre corps défendant sans doute, vous engendrez.
Cela ne m'atteint nullement en tant que personne. Tout ce qui est excessif est méprisable.
Mais cela fait vraiment douter de l'humanité.
Si le contenu de ce blog, son mode d'expression vous déplaisent, libre à vous de ne pas le fréquenter.
Bien à vous.
Xavier KLEIN

mardi 8 septembre 2009

«Medice curate ipsum»

Commémoration oblige (indulto de Desgarbado), grande offensive automnale de l’establishment médiatico-taurin qui se fait actuellement les gorges chaudes d’un article commis par un certain Guy LAGORCE, génie littéraire heureusement méconnu qui a marqué d’une empreinte indélébile l’histoire des lettres françaises.
Les brillants sujets ne hantant plus comme antan les callejons ou les barreras, on s’en remet à un LAGORCE. On a les gloires qu’on mérite ou du moins celles que l’on peut!
C’est le lot des esprits médiocres que de se référer à l’autorité, réelle ou supposée, d’une célébrité, ou prétendue telle. On le voit dans les débats taurins ou anti-taurins où chacun se presse d’exhumer la citation de son grand homme –de Victor Hugo à Picasso- qui viendrait ainsi cautionner, de sa stature, la justesse de la cause.
LAGORCE n’échappe pas à ce travers en faisant lui aussi parler posthumément les morts, à qui, comme les statistiques, on fait dire ce que l’on veut.
Nous nous en abstiendrons.
LAGORCE convoque l’union sacrée et flétrit les semeurs de «querelles byzantines», qui à ses yeux déchirent et divisent la nécessaire unanimité qui devrait s’imposer. C'est curieux chez les sportifs ce besoin de marcher au pas cadencé, en rangs serrés.
LAGORCE stigmatise «les docteurs en tauromachie auto-proclamés», les «ayatollahs», étincelant ainsi d’une originalité sémantique et d’une profondeur de pensée insondables. Faut-il user de cruauté en le renvoyant à l’éblouissant article d’André-Marc Dubos ("Les ayatollahs ne sont pas ceux que l’on croit"), qui sait lui, ce dont il parle?
LAGORCE insulte, LAGORCE méprise, LAGORCE caricature et déforme.
Et de clore par un théâtral: «Nous ne répondrons pas». Couillon va!
C’est à dire qu’il use à l’envie de ce qu’il voudrait critiquer.
Qui est donc ce Monsieur LAGORCE pour prétendre ainsi distribuer les blâmes et les imprécations? Un nouvel Hemingway? Ou plus vraisemblablement un sous-Blondin de pacotille?
Que Guy LAGORCE jouisse à satiété du mièvre agrément de faenas de complaisance, qu’il se satisfasse avec gourmandise de l’innocuité de l’adversaire ou de la vacuité du combat, c’est son problème et un droit que personne ne lui contestera.
Mais qu’il s’abstienne surtout de l’insulte et de l’anathème, et d’étaler par là même les fastes navrants de son insignifiance taurine. C’est scabreux et c’est ridicule.
Pour citer, puisqu’il le faut, citons Hugo: «L’odieux est la porte de sortie du ridicule»
Son opinion n’est pas un fait, ni une vérité. La mienne, la nôtre non plus d'ailleurs, nous ne l’avons jamais revendiqué. Pour autant doit-on s’abstenir de les émettre au risque que cela déplaise aux esprits conformistes? Quelqu’un pourrait-il se dévouer pour l’expliquer à Guitounet?
Monsieur LAGORCE conclut qu’il irait même jusqu’à nous aimer.
On s’en passera sans regrets. Quoique l’amour vache siée bien à la tauromachie!

lundi 7 septembre 2009

«Ce sera la faute à pas de chance»

"La chance est la forme laïque du miracle"
Paul Guth
En réponse à un commentaire récent de l’ami Chulo («... il faudra bien tout de même recentrer le discours sur ce qui fait débat, "la tauromachie moderne" et ses trucages et ses superficialités et "le toro artiste moderne" qui pourraient bien mener la corrida à sa destruction pure et simple, lorsque les effets euphorisants et "taquilleros" de ces vagues de "triomphes" de pacotille et d'"indultos" en carton mâché seront retombés comme des soufflets nauséabonds.» http://bregaorthez.blogspot.com/2008/11/chronique-dune-mouche-3.html), il paraît utile de relever l’un de ces lieux communs, qui, sous des dehors de vérités «évidentes» et révélées, distillent l’essence du débat.
Dans POTINS BAYONNAIS (Terres Taurines édito du 7/09/09) on peut lire: «
Pour résumer l'impression générale, s'il n'y eut pas de protestations hier au terme de la course - juste une petite bronca très méritée pour le dernier toro - c'est que chacun avait compris que l'affiche était on ne peut plus prometteuse. Et quand une telle affiche ne "fonctionne" pas, cela s'appelle un accident.
Un peu comme le cartel dacquois de samedi prochain -Ponce, Juli, Castella face à des Victoriano del Rio -, plein de promesses aussi. Si cela ne marche pas, ce sera la faute à pas de chance, car tous les ingrédients sont réunis.
»
Il faut se souvenir de la réalité de ce que fût la «corrida de l’indulto». Je cite les paroles même du compte-rendu effectué par TT ce jour là à propos d’un lot de «demi-toros» et de «piètres adversaires»: «On en était à se demander si la sciure répandue sur le ruedo n'était pas le lit dans lequel la tête d'un veedor allait rouler...» (
http://www.terrestaurines.com/forum/actus/01-09-08/08-09-081.php). Desgarbado s’est avéré ce jour là, le seul «collaborateur» utilisable, après une série de toros sosos et décastés. Ce qui n’est pas sans expliquer son triomphe inespéré: après le pain de guerre on déguste le pain blanc comme de la brioche.
De même on a totalement oublié, ce que furent «les» vrais moments réellement tauromachiques de l’après-midi, soit les 2 faenas –notamment la seconde- du maestro Morante.
Si la réédition d’un tel lot (5 toros lamentables) est un «ingrédient» conditionnant un succès prévisible et, faut-il le croire, programmé, cela n’a rien à voir avec la chance, cela à voir avec une volonté délibérée de présenter ce type de spectacle.
En fait de chance, on aura plutôt celle de voir un lot faible (picotazos), fade et «carretonesque».
J’y serai, en fidèle abonné dacquois, et j’espère le contraire, tant pour les organisateurs que pour le public.
Je ne m’attends toutefois pas à un second miracle. Les obus tombent rarement dans le même trou! A moins que Don Victoriano n’ait eu le bon goût d’introduire dans cet «ingrédient», la puntilla de bétail vraiment encasté qu’il conserve en fond de finca.
Si cela ne marche pas, ce ne sera nullement un «accident», mais les résultats d’une politique taurine globale et d’une programmation qui, par delà Dax, veut nous imposer un modèle taurin, comme le suggère El Chulo.
Foin des hypocrisies! Quand donc les «clients» se dessilleront-ils et prendront-ils conscience que ce «toreo moderne» n’annonce que les prémices de Las Vegas, le vestibule de Don Bull?
Enfin, quelque soit le résultat samedi soir, hormis option très improbable où sortirait un lot de noirs démons sauvages, auquel cas le problème se poserait au niveau des sympathiques concurrents (que l'on excuserait aux motifs que les toros "ne servaient pas"), il ne s'agira pour certains que de la faute à "pas de chance" si les choses tournent mal.
De remise en cause, il n'en sera jamais question.
Qui veut prendre les paris?

Xavier KLEIN
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vendredi 4 septembre 2009

EVOLUTION OU DUPLICITE?

«Le paradis terrestre, où tous les gens s'aimeraient, où ils seraient courtois et aimables, où tout serait beau et évoluerait harmonieusement à la satisfaction du Seigneur, n'existera jamais.»

Vaclav HAVEL, «Méditations d’été»


Qu'on ne songe nullement que je sois, peu ou prou, obnubilé par certains sites et par les sympathiques plumitifs qui les animent.
Certains ne sauraient passer la journée sans une étude approfondie du Midi Olympique, d'autres ne louperaient pour rien au monde les derniers caquètements du Canard Enchaîné, d'aucuns, plus pervers éprouvent quelques émois solitaires à la lecture de Valeurs Actuelles ou de l'Observatore Romano (excellent quotidien au demeurant!).
En ce qui me concerne, pendant longtemps, je me suis régalé plus classiquement de la compagnie du Monde, mais le digne vieillard n'étant plus ce qu'il était, je me rabats donc sur la presse régionale et le suivi attentif des nouvelles locales distillées par Monsieur Eric (Normand) et Mlle Aurélie (Champagne) pour savourer les péripéties de leur competencia orthezienne.
En matière de tauromachie, ce m'est un grand délassement, à la nuit tombée, au chant des grillons et des grenouilles (les unes boulottant les uns), que de consulter les dernières nouvelles du front interneto-taurinesque.
Je clique donc sur la liste adjacente du présent blog, au gré des nouveautés.
Parfois, je le confesse bien honteusement, comme on se commet au bouge, je me risque même à fréquenter certains échos callejonesques, sources de plaisirs vulgaires voire grassement populaciers. Qui n'a jamais donné dans la «Danse des Canards», entraîné par un tonton paillard ou une luronne hystérique?
Mais l'on ne saurait clore ces saines lectures sans un passage obligé à Tore Terrine, source de toutes les surprises et de tous les ravissements (lien ci-contre).
Ne me dîtes surtout pas que vous n'en faites pas de même, on ne vous croirait pas...
Pour une fois je m'abstiendrai, de toute critique excessive (la mouche s'en occupe mieux que moi).
Dans un article intitulé: «VOYAGE VIRTUEL», l'auteur, un boxeur bien connu, après les quelques délires un tantinet paranoïdes dont il est souvent coutumier, où l'on est sommé d'apprécier la taille de ses archives, l'exclusivité de ses informations ou l'immensité de l'œuvre entreprise, se confie avec l'ingénuité d'une pucelle dans son journal intime.
On apprend donc que derrière la rude et sévère figure du champion acharné de l'O.N.C.T. se cache pudiquement, oui disons-le sans artifices, une bluette éperdue d'aventures insensées et romantiques.
Dédé était toriste et nous ne le savions pas!
Certes pour l'initié sagace, on pouvait déceler depuis quelques temps, une -comment dire- certaine inflexion de la ligne du parti.
«On» délaissait progressivement le discours sur le «toro moderne», passablement mis à mal -il faut bien le dire- par les réalités (mais là aussi gardons nous d’enterrer le sujet: les années se suivent et ne se ressemblent pas et il est aussi stupide de tirer des conclusions hâtives sur ces élevages «de figuras», que sur la supposée «décadence» de Miura ou de Victorino).
«On» se montrait plus critique à l’endroit de la soseria ambiante.
«On» entamait un discret et opportun rapprochement tactique avec des plazas connotées toristas (Céret).
«On» se confiait quant au lieu des pèlerinages de rigueur, des plazas fréquentables, des must indispensables, et ma foi, passées les nécessités de satisfaire les commanditaires de la «réclame», les conseils ne manquaient souvent ni de goût, ni de gueule, ni de pertinence (à part l’anathème jeté sur Orthez, bien sûr!).
«On» avoue enfin ses intérêts véritables: «[…] Prieto de la Cal, Moreno de Silva, José Buendia et le ganadero de Valdellan […]». Toutes choses belles et bonnes que les lecteurs de ces lignes ne sauraient désavouer.
Au train où les choses avancent, à quand le grand frisson amoureux, l'idylle toride avec Folque de Mendoça Palha? Gardez-moi un produit de l'étreinte...
Et c’est là que le bât blesse.
Virerait-«on» sa cuti? Opèrerait-«on» un virage idéologique qui ne dirait pas son nom? Brûlerait-«on» ce qu’«on» a adoré et adorerait-«on» ce qu’«on» a brûlé.
Car le bougre s'y entend, et s'il y a des vérités qu'on ne peut lui enlever, c'est d’une part l’intelligence, et d’autre part une connaissance fine et approfondie du sujet... Ce qui ne rend le dévoiement de ses positions que plus affligeant et contestable.
De quatre choses l’une:
Ou bien «on» vit un véritable syndrome inconscient schizophrène de césure entre ce qu'«on» aime réellement, et ce qu’«on» promeut publiquement.
Ou bien «on» fait preuve d’un cynisme à toute épreuve: «- Faites ce que je dis, mais ne faites pas ce que je fais!».
Ou bien «on» s’est gouré, et il serait honnête, franc et loyal de reconnaître son erreur.
Ou bien, enfin, le décalage entre des positions inacceptables pour la majorité de l’aficion «active», non pas celle qui remplit les arènes, mais celle qui s’investit et garnit les gros bataillons de la militance possible, devient-il intenable tant pour le président de l’O.N.C.T. que pour le rédacteur de revue. Décalage qui impose des révisions incontournables, sous la pression de la base, et de ses compagnons «observateurs».
Entre ces diverses options faut-il choisir, au risque du procès d’intention gratuit et infondé?
Je m’y refuse, balançant sans cesse entre l’espérance et le constat désabusé des turpitudes. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, je ne nourris aucun ressentiment personnel et n’entretiens aucun compte à solder avec «on». La réciproque n’étant pas vraie.
Partagé selon les circonstances entre le sourire amusé, l’irritation momentanée, voire la colère passagère, je demeure toujours surpris de constater combien l’empire de la passion, et en l’occurrence de la pulsion peut obérer les esprits les plus talentueux et l’exercice efficace de leur industrie. Constat sur autrui comme sur bibi-ma pomme, bien que je ne prétende à aucun talent exceptionnel. Comme les gens intelligents peuvent agir connement!
C’est pitié!
Certes l’activité taurine doit procéder d’une distanciation indispensable. Combien de problèmes de notre communauté humaine s’avèrent infiniment plus fondamentaux! Mais elle s’inscrit dans notre culture du sud comme un symptôme, une pierre de touche de nos valeurs et de l’évolution de notre société. La tauromachie est une métaphore éminemment révélatrice tant dans son essence, que dans la tolérance que la société veut bien lui concéder.
Il n’y a pas de petits combats. La démocratie, l’exercice du droit constituent un équilibre précaire et sans cesse à construire sur la globalité de l’éventail de l’activité des hommes.
On aimerait, qu’y compris dans ses aspects périphériques, même si les toros sont affaire de passion, la raison et osons le mot, la SAGESSE, demeurent la clef de notre action publique. La sagesse ne s’incarnant pas dans l’acceptation fataliste et passive des faits, mais dans l’action réfléchie, déterminée et pondérée, voire combative.
Tant l’homme que le président de l’O.N.C.T. peuvent-ils s’amender et satisfaire à ces exigences?
Il nous faut le croire, il nous faut l’espérer, devant des cieux qui s’assombrissent et la nécessité, sinon d’une «union sacrée» utopique (la tauromachie est diverse et prête naturellement à débats et polémiques), du moins d’un recentrage sur l’essentiel quant au fond et une pratique de la tolérance, de la concertation et de l’esprit fédérateur quant à la forme (qui excluent les positions tranchées individuelles).
André Viard doit oublier Dédé, être au clair de son désir, et se hausser à la hauteur de ses responsabilités.
Il en aurait la carrure, en aura t-il l’ambition? Et surtout la possibilité, tant il est vrai que le pire ennemi d’André, c’est Dédé, comme celui de Gainsbourg était Gainsbarre?


Xavier KLEIN

vendredi 28 août 2009

LE DROIT A L'INDIGNATION

Tranche de vie taurine ordinaire: Dax, vendredi 14 août 2009, 19h30, Tendidos SOL, escalier 9, la «réserve» des peñas (comme il existe des réserves indiennes ou des réserves naturelles).
Dax certes, mais ce pourrait être n’importe lequel des hypermarchés taurins du sud-ouest ou du sud-est.
Lassés par la soseria du lot de Daniel RUIZ, et l’inconséquence des figuras (Ponce, Juli, Manzanares) qui assurent le minimum syndical avec plus ou moins de conviction ou de talent, quelques impétrants se prennent à manifester au mieux leur ennui, au pire leur exaspération, devant la caricature de combat qui leur est proposée.
Exclamations et lazzis commencent à fuser coté soleil, là où le peuple aficionado se concentre, ceux-là même qui se refusent à n’être que des «clients».

Mais les caves se rebiffent, les bof bovins s’insurgent. Fanchou MOREL, homme intègre, socio éminentissime de la peña CAMPO CHARRO, aficionado de tripes et de conviction, se fait violemment prendre à partie par les bobos des barreras parce qu'il a le mauvais goût de railler la parodie en cours. Après les «chut» agacés, c’est l’agression verbale, la menace virulente, l’injure commode, le «tacayallertoisitésifort» tellement original et commode d’emploi. Les cons ont le droit inné et absolu d’approuver, on dénie aux autres celui de s’indigner.
On nage en plein «toreo moderne», avec ces «medios-toros modernes», tellement appréciés des vedettes pour leur noblesse imbécile, leur absence cosmique de mauvaises intentions, et leur propension marquée à une coopération inconditionnelle. C’est l’apothéose du toro «faire-valoir», qui «sert» sans état d’âme, et l’antithèse de ce qu’on appelle encore, rarement il est vrai, un «toro de combat».
Car de combat, il n’est plus ici question, seulement d’une aimable et féconde collaboration, à vocation vaguement artistique et fortement commerciale.
IL FAUT SATISFAIRE LA «CLIENTELE», diraient certains, qui viennent ici chercher le produit normalisé, calibré, qui justifie leur fond de commerce.
«Ils» en ont parfaitement le droit, ces «aficionados-champagne» qui aiment à s’encanailler dans la folle ambiance du Splendid ou les nuits débridées de la Peña Ponce, ces joyeux lurons qui font le plein d’émotions fortes en 5 jours de feria de luxe, éventuellement rééditée, selon affinités et moyens pécuniaires, à Nîmes, Mont-de-Marsan, Arles ou Séville.
«Ils» sont légion aussi, ceux-là qui, attirés par la «feria», comme les papillons par la lanterne, participent d’un de ces pèlerinages canoniques, où l’on est sensé communier dans le cartel de luxe et la débauche de trophée.
Rien que de très innocent et de très légitime…
Le problème, c’est qu’une arène, c’est aussi un monde, et que s’y côtoient cette majorité de «consommateurs-jouisseurs» et les autres, la minorité de ceux qui vivent leur passion avec ferveur et exigence, qui se moquent des flonsflons accessoires, qui suent week-end après week-end dans les travées populaires bon marché des arènes «d’art et d’essai», qui savent qu’il existe aussi des novilladas piquées et non piquées où se dévoilent les prémices et la triviale crudité de l’art taurin.
Si, si, ils existent encore ces demeurés primitifs qui ne réduisent pas leur perception à la seule fréquentation des têtes d’escalafon et des ganaderias JPD, et qui savent, qu’il demeure encore, des mots: lidia, casta, genio, brega, pundonor, sauvagerie qui recouvrent d’autres réalités et d’autres saveurs!
Partant d’attentes aussi différentes, il n’est guère étonnant que le clivage ne se manifeste pas de manière spectaculaire.
Sans doute, cela a t-il toujours existé. Mais le «rapport de force» était différent quand, il y a quarante ans, les 3 corridas de la feria dacquoise réunissaient surtout, de manière quasiment confidentielle, un public surtout local et plus avisé. L’aficionado «de verdad», l’écumeur d’arènes et de placitas, l’aventurier du Campo Charro, le globe-trotter des marismas, revenait de ses périples ibériques auréolé du prestige de celui qui se voue totalement à sa passion. Il était écouté, respecté, quasiment honoré, réceptacle d’une science acquise par l’expérience multiple du (des) terrain(s).
A ce patrimoine transmis de génération en génération par les «anciens», construit patiemment, par le regard attentif, la connaissance accumulée, le débat, la rencontre, s’est substituée la méthode Assimil accélérée, les 2 ou 3 ouvrages basiques et vulgarisateurs vite digérés, les corridas télévisées «con comentarios de complacencia», l’abono à deux ferias, et la lecture plus ou moins distraite d’opus de luxe et d’échos internet.
Rien que de très innocent et de très légitime…
Les premiers, les «clients», viennent aux arènes consommer du plaisir, de la jouissance assurée, du «club med» taurin, avec résultat prévisible et, prochainement, label et garantie de satisfaction.
Les seconds savent l’inconstance des choses, vivent d’espérances fugaces et de désirs déçus, la vraie vie quoi, construite de déceptions et de joies rares mais intenses, quand le sort veut bien parfois sourire.
Les premiers sont des gourmands et des consommateurs dont le plaisir doit être garanti.
Les seconds sont des gourmets et des hédonistes pour qui le plaisir survient par surcroît, non par principe.
Rien que de très innocent et de très légitime…
Que les premiers trouvent leur plaisir devant l’accumulation quantitative de passes faciles devant des bestiaux insipides, qu’ils s’en satisfassent, qu’ils y applaudissent, qu’ils en jouissent puisqu’ils sont venus pour cela, rien que de très innocent et de très légitime… Ils en ont le droit.
Que les seconds y trouvent au contraire motif à déception, s’en émeuvent, et le manifestent, rien que de très innocent et de très légitime… Ils en ont également le droit.
Dans une arène la légitimité est égale entre le droit à la jouissance et celui à l’insatisfaction, entre celui d’applaudir et celui de siffler.
Enfin, ce devrait être le cas.
Or ce ne l’est plus.
Streng verboten, interdiction formelle de siffler, prohibition totale de toute entrave à la jouissance majoritaire. Le plaisir est licite, programmé, voire recommandé. La critique, l’insatisfaction sont prohibées. Jouir sans entraves, c’est le mot d’ordre et rien ne doit venir troubler la quête du «fun».
S’il ne s’agissait que des arènes! Mais c’est toute une société qui est désormais modelée sur ce schéma, gavée d’un idéal et de représentations fallacieuses, complètement déconnectées de la réalité du monde et de la condition humaine. On tient les veaux (comme disait le grand Charles) par le plaisir primaire et/ou par les peurs fondamentales (terrorisme, crise, virus grippaux, hordes étrangères, etc.)
Le refus ou le déni de la limitation du plaisir, c’est l’anti éducation par excellence, c’est la voie royale de la configuration perverse (au sens psychanalytique du terme) du monde, c’est l’acte «décivilisateur» de base.
«- Les cons!» soupirait Daladier, à son atterrissage triomphal au Bourget, après la honteuse signature des accords de Munich, devant la foule qui venait acclamer ce pitoyable et «lâche soulagement». Et Churchill de rajouter plus tard: «- Le gouvernement avait à choisir entre la honte et la guerre, il a choisi la honte et il a eu la guerre.». On ne gagne jamais à céder à l’illusion du plaisir à tout prix.
Devant cette capitulation exigée de l’intelligence, de l’esprit critique, de l’âme frondeuse, ce diktat de la facilité, de l’apparence et du faux-semblant, il convient de ne pas céder, et surtout de ne pas se taire.
Le refus est aussi légitime que l’adhésion.
Ce n’est même plus une question exclusivement taurine, c’est le droit à l’expression de la contestation et de l’indignation qui est en jeu, que l’on chicane de plus en plus, au nom d’un prétendu consensus fédérateur.
Un droit précieux qu’on nous encourage sournoisement à négliger au péril de la menace de l’impopularité ou de la marginalisation dans un «Meilleur des mondes» taurins.
Soyons exigeants et restons capables d’indignation.
Rien que de très innocent et de très légitime…

Xavier KLEIN

mardi 18 août 2009

CHRONIQUE D'UNE MOUCHE 5

QUAND LE TEMPS EST A L'ORAGE LA MOUCHE S'ENERVE

«Celui qui s'oppose, se déplace sur sa voie. Celui qui est faible, sa voie est utilisée.»

Lao-tseu «Tao-te-king
»
Cela fait quelques temps que la mouche, écrasée par les chaleurs estivales, se tenait coite, cherchant soit la fraicheur de sa campagne, soit le suint vulgaire certes, mais tellement grisant, des tendidos populaires, ceux où l'on ne vient pas se montrer, ceux où les coûts plus modestes permettent de multiplier les corridas, et pas seulement dans les grandes ferias.
La mouche a beaucoup bataillé durant la feria dacquoise, surtout dans les «cénacles taurins», dédaignés par certains, mais où l'on se préoccupe encore de voir dans les arènes autre chose qu'un aimable divertissement de masse.
Et puis la mouche a musardé sur la toile, et s'est particulièrement délecté d'un remarquable article publié sur Tore Terrines (http://www.terrestaurines.com/forum/actus/01-08-09/16-08-092.php
), qui exprimait, avec une crudité et une ingénuité bien involontaire de l'auteur, un «people» bien connu, une réalité des plus criantes.
La mouche aurait pu souscrire à 90% de l'article, au second ou au troisième degré bien évidemment, mais rassurez-vous, ne l'aurait jamais écrit.
Le style, c'est l'homme. Les mots et les maux qu'il écrit traduisent sa réalité profonde, surtout dans un éditorial régulier où la vigilance s'affaisse (par rapport à un écrit plus travaillé) pour laisser place à l'expression quasiment brute de sa pensée.
Quand l'on emploie à 3 reprises le mot «client», 2 fois le mot «clientèle», les termes «spectacle», «label», «marque», l'expression «l'offre doit être conforme à la demande», on oeuvre plutôt à «Valeurs actuelles» que dans une prétendue revue aficiónada, qui n'est plus alors qu'une vaste hypocrisie, et le cache sexe pitoyable d'un projet uniquement commercial.
Quand l'on publie régulièrement des «Opus» hors série, dont les ganaderias élues jusqu'à présent égrènent le gotha du toro-toro (Miura, Victorino, Prieto de la Cal, Pablo Romero, etc...), mais qu'au quotidien, l'on fait l'apologie du «toro moderne» qui en est l'exacte contradiction, ce n'est plus de l'hypocrisie, c'est de la malhonnêteté pure et simple.
Mais comment pouvoir espérer avoir une vision plus éclairée et moins univoque des choses quand on les évoque par ouï dire? Le triste pape noir de la corrida commerciale, le prétendu journaliste ne se risque guère à la présence, et encore moins à la contradiction dans ces derniers refuges de l'expression libre et critique que sont les peñas, qui prennent le risque d'ouvrir un débat ouvert avec le public, où tous peuvent s'exprimer.
Il préfère y déléguer des observateurs: hors du Splendid ou du patio de caballos, point d'endroit fréquentable. Mansedumbre? Orgueil démesuré de celui qui croit tout savoir sans ressentir l'élémentaire besoin de confronter son opinion, faillible comme celle des autres.
Il s'agît plutôt de cela au regard des termes volontairement blessants et méprisants employés à l'endroit de ceux, que, Président de l'ONCT, il serait également sensé représenter, ce dont il se targue.
Quand j'étais gamin, j'aimais particulièrement la réplique de Bruce Lee dans l'un de ses films de karatés (les navets sont aussi parfois comestibles). A l'un de ses adversaires qui veut montrer son savoir et l'impressionner en cassant une rangée de planches de bois, il répond (de mémoire): «- Le bois ne rend pas les coups...».
Drapé dans son mépris hautain, l'attaché commercial, le conseiller en communication des grandes ferias encaisse les dividendes des articles de complaisance et des publicités consenties et meurtrit sans jamais s'y confronter, ceux là mêmes qui défendent l'honneur de la fiesta brava en en dénonçant les dérives et les écarts. On a les courages qu'on peut...
Que voulez-vous, quand on n'a plus à faire à des aficionados mais à des clients, quand des aficionados sincères qui s'expriment simplement deviennent des «prédicateurs de tertulias», il ne faut plus s'étonner de rien.
Dax serait d'après le désir du gourou, la «feria champagne». Pourquoi pas, après tout. Mais il y a le «champ», bas de gamme, vendu dans les grandes surfaces discount qu'en bon spécialiste des marchés il veut nous fourguer, et il y a «l'autre», le vrai, le pur, le bon que les connaisseurs réclament.
Que Viard se délecte du Codorniu, qu'il en fasse la promotion en bon bonimenteur de supermarché, c'est son affaire, mais qu'il laisse les oenophiles préférer le Cristal de Roederer.
Question de valeurs! Même une mouche sait cela...

Xavier KLEIN

samedi 8 août 2009

DON BULL DOZER


S'amuser avec un animal, s'amuser d'un animal, c'est bien ce que critiquent nombre de contempteurs de la corrida, et pas uniquement les anti-taurins. ET ILS ONT RAISON!
Au risque de perdre et son sens et sa légitimation, la corrida n'est pas et ne saurait être un amusement ou une distraction, ce qu'en vieux français on appelait «se desporter», qui nous a légué le mot sport. La corrida n'est pas un sport.
J'ai dit et répété ici, qu'il me paraissait fondamental de comprendre la corrida comme une cérémonie rituelle qui célèbre l'histoire et la condition de l'Humain à travers son histoire, son statut de prédateur, ses angoisses, ses faiblesses mais aussi sa grandeur, son intelligence, sa créativité.
La souffrance, la peur, la mort, la honte, mais aussi la joie, le dépassement de soi, l'émotion artistique qui constituent des éléments centraux de l'histoire et de l'expérience des hommes constituent le sens profond de l'activité tauromachique ET SA SEULE LEGITIMITE MORALE.
C'est pourquoi, je me suis toujours opposé à l'idée de TRADITION (qui peut recouvrir n'importe quoi, de l'esclavage à l'excision) pour me référer à l'idée de CULTURE.
C'est aussi pourquoi, je vilipende souvent la dérive massive et excessive vers une corrida-spectacle ou une corrida-divertissement, qui n'en retient que l'aspect aimable et esthétique et en dénature le sens et la signification profonde.
Qu'on entende bien ici, que je ne postule aucunement que cet aspect là de la fiesta brava ne doit pas exister et qu'il est a priori condamnable. J'aime aussi ces corridas toreristas où l'art est privilégié. Mais ce concept doit être relativisé et ne doit pas s'ériger en règle sous peine d'une dérive périlleuse du sens.
Ce qui est éminemment dangereux et critiquable, c'est l'excès et l'incapacité que beaucoup qui se disent aficionados ont désormais de se référer à autre chose qu'à ces corridas-spectacles. Ce qui est alarmant c'est l'engouement très largement majoritaire pour ces divertissements» là, au détriment de tout le reste, et c'est un monde, qui constitue le patrimoine taurin.
Le déficit de «culture taurine», la méconnaissance des règles fondamentales de la lidia, l'incapacité majoritaire à juger ou à évaluer un toro et son combat, dés lors que l'on sort de la norme du «toreo moderne» sont désormais affligeants et surtout inquiétants pour la pérennité de la tauromachie.
Faut-il s'en alarmer?
L'histoire de l'art nous a montré qu'elle n'opérait pas de manière linéaire, mais qu'au contraire, aux phases «maniéristes» -telle que celle que nous connaissons- succédaient bien souvent des épisodes de renouveau particulièrement dynamiques. A l'académisme ou au «pompierisme» du XIXème siècle ont succédé tous les mouvements puissants que nous connaissons (impressionnisme, fauvisme, cubisme, abstraction, etc.).
Il ne faut donc désespérer de rien.
Mes petits camarades de Campos y Ruedos s'émeuvent, à juste raison, des grenouillages de Don Bull, l'épiphénomène "lasveguien" en vogue. Ils sont bien entendu fondés à vilipender, non seulement cette mascarade, mais également de la mettre en résonance avec les discours ou théories qui, au sein même du mundillo, lui ont permis de prendre corps. Certains docteurs Folamour ou Frankenstein, au choix, doivent assumer la paternité des monstruosités que leurs errements théoriquo-modernistes ont engendré.
Toutefois, il faut également se rappeler que ce type de «curiosité» n'a rien de nouveau sous le soleil. Dans les années 60, des expériences aussi baroques ont été tentées jusqu'au Japon, avec les mêmes artifices destinés à épargner à l'honorable spectateur nippon, le désastreux et scandaleux spectacle de la souffrance animale.
Tout cela n'est que marginal.
Marginal mais révélateur de la commercialisation et de la marchandisation outrancière de l'activité et de ses acteurs.
On ne peut nier la réalité économique incontournable qui fonde la tauromachie, depuis ses origines. On peut et l'on doit en revanche la tempérer par le rappel des grands fondamentaux et de l'éthique, ainsi que lui opposer les expédients que notre tradition européenne -et notamment française- ont toujours su élaborer: l'esprit critique et l'exercice des contre pouvoirs inhérents à toute société libre et démocratique.
Fulminer contre les manigances exotiques d'un capitaine d'industrie d'outre-atlantique c'est bien, considérer les périls en notre demeure c'est mieux...

Xavier KLEIN

mardi 4 août 2009

TU SERAS TORO MON FILS

Alain RIEMANN vient de publier un très joli recueil de poèmes "Tu seras toro mon fils" aux éditions Atlantica.
Il dédicacera son ouvrage les 13, 14 et 17 août après la corrida vespérale dans les salons modern style du Splendid à Dax.
Il ne faut pas manquer le calme et la volupté des lieux, en compagnie des mots qui pèsent après la frénésie du cirque.
"Entre les cornes
l'épée de l'homme
porte sa croix"
La poésie et le rêve se font si rare de nos jours...

mercredi 29 juillet 2009

LE RICANEMENT DES HYENES

Je n'aime pas réagir à chaud, surtout quand l'émotion s'en mêle, et qu'il lui faut laisser le temps de l'évaporation pour revenir à la raison et à une juste évaluation et estimation des choses.
En outre, il va de soi que d'une part j'exprime ici un sentiment personnel qui n'engage nullement la Commission Taurine d'Orthez que j'ai l'honneur de présider, et d'autre part, qu'étant partie prenante, ces appréciations s'avèrent forcément subjectives et impliquées. Elles sont aussi impressionnistes, n'ayant eu le loisir de procéder à des notes précises.
Il n'en demeure pas moins que cette journée fût celle de la déception.
Déception par rapport à ce qui était attendu. C'est à dire ce brin de sauvagerie, de feu, de piquant, de mobilité, en un mot cette chispa, cette caste qui nous servait d'objectif.
Nous appréhendions, surtout avec les novillos, un excès de genio, or ce ne fut pas particulièrement le cas.
En fait, tant les novillos que les toros laissèrent plutôt à une majorité du public, une impression de soseria (de fadeur), sans l'émotion attendue.
Or c'était cette émotion de la caste que nous recherchions. Non pas un troisième tiers de 50 passes, mais ce piquant et cette vivacité, qui caractérise l'encaste santacoloma et qui fût généralement absent.
Tant les attentes «toreristas» que les «toristas» n'ont pu être satisfaites. Pour les premières, ce n'est guère étonnant, ce n'était nullement notre projet, pour les secondes cela me gêne plus, étant donné les espérances.
Je suis surtout très peiné pour les ganaderos, hommes de coeur et d'honneur, trainés indignement dans la boue, dont les rêves, les efforts et les peines n'ont pas été récompensés à leur juste mesure.
Que voulez-vous c'est ainsi, le sort de l'artisan me soucie plus que celui de l'industriel, et celui du fait main que celui de la grande série. Question de valeurs!
Et puis, il y eût une erreur. Une erreur majeure que j'assume douloureusement mais qui, pour autant, doit être expliquée.
Lorsqu'on s'adresse à des petits éleveurs avec des camadas courtes, on prend le risque de ne pas trouver en juillet ce que l'on choisit en novembre.
En l'occurrence, sur les 14 toros de l'automne, 1 fut lidié en concours (nous le savions) et 6 se sont entretués dont 3 prévus initialement.
Le dernier trépassa 10 jours avant la corrida. Les 2 toros restants étaient hors type. Que faire? Trois possibilités se présentaient:
1°) Aller chercher des toros ailleurs.
2°) Retenir un toro de guarismo 6, né début juillet 2006 et âgé de 4 ans et 20 jours.
3°) Retenir un semental de 5 ans.
Après concertation avec l'éleveur, nous avons opté pour la 3ème option. Sortir un toro de guarismo 6 nous semblait contestable, même si le bonhomme était bien présenté.
C'était une erreur majeure. Erreur par rapport à la présentation et erreur pour la faiblesse. Le pauvre hère, épuisé et amaigri par des assauts fougueux et répétés n'avait pas eu le temps de récupérer de ses efforts pourtant méritoires.
Des toros d'origine, seule la moitié sortit en piste.
En ce qui concerne la présentation du bétail, hormis le trapio déficient de ce premier toro, il m'a paru sortir dans le type de l'encaste -dans les types de l'encaste devrait-on préciser, vu que plusieurs lignées étaient présentées à la sagacité des connaisseurs- le deuxième étant un peu «avacado» (normal car typé saltillo). Mais sans doute faudrait-il expliquer à beaucoup de ces grands savants qui caquètent la subtilité de ces détails de peu d'importance à qui apprécie le galbe impressionnant de pureté, de puissance et de beauté de Desgarbado, à qui ils n'ont rien trouvé à redire.
Peu auront noté la limpieza des armures (un abruti particulièrement performant en ayant jugé une «sciée»), mais beaucoup se seront plu à déplorer, en braves imbéciles, un manque de trapio, voire un manque de tête pourtant inhérent à cet encaste. Là aussi, pour certains, la présentation se jauge au quintal: beati pauperes spiritu...
De l'effort particulier accordé aux piques, surtout le matin, de leur bon déroulement global, tant qualitatif que quantitatif (je parle des piqueros), guère d'allusions. Des 6 piques remarquables de Pimpi, ou de celles d'Almodovar aux novillos, portées telles qu'en concours, pas un mot. Rien d'étonnant dans le royaume du «toro moderne» où tout cela n'est que futilités superfétatoires, surtout quand la cuadra en vogue n'est pas au rendez-vous.
Trois toros m'ont semblé intéressants: le premier, justement décrié, mais empreint d'une classe qui ne put malheureusement pleinement s'exprimer du fait de sa faiblesse, le troisième suave, et le dernier qui prit deux piques trop lourdes avec catégorie. Le 4ème me parût affecté de problèmes de vision (avis partagé avec l'éleveur-vétérinaire). Des deux restants, le 2ème et le 5ème on ne put juger réellement (-sic-).
Dans tout cela, n'en déplaise aux sectateurs des corridas préfabriquées, hormis ce premier toro, nulle grâce particulière, mais pour autant nulle indignité. On ne vit pas de toros tomber, ni se réfugier aux tablas, ni témoigner de mansedumbre ou de genio excessif.
En ce qui concerne les maestros, je m'abstiendrai de commentaires (positifs ou négatifs) par courtoisie et par objectivité envers des hommes avec qui j'ai noué des liens amicaux et suis affectivement impliqué.
La présidence et les jurys ont été assumés avec sérieux, honnêté et rigueur. D'autres oreilles auraient pu tomber, comme ailleurs; la musique se multiplier, comme ailleurs. On aurait pu user de l'artifice pour organiser la liesse, toujours comme ailleurs. On aurait pu «gratifier» certains chroniqueurs, comme ailleurs. Nous nous y sommes refusés. Question d'éthique...
Bien d'autres problèmes se posèrent au niveau de l'organisation: on ne passe pas impunément de la gestion professionnelle (de qualité) d'Alain Lartigue à une gestion directe sans ratés et bavures.
Je voudrais également rappeler que, contrairement à la caricature que certains se plaisent à dessiner, article après article, dans le présent blog, je me suis toujours évertué à défendre une position d'équilibre, englobant la diversité des sensibilités taurines, sans exclusives. Me peindre comme un torista forcené s'avère parfaitement ridicule.
Mais certains savent-ils lire? Et dans ce cas improbable, sont-ils en état de comprendre des subtilités par trop incompatibles avec les représentations primaires qu'ils se plaisent à manier?
De même, l'antienne ressassée après qu'un crétin en ait lancé le «la» d'un «- Vous allez voir, ce que vous allez voir!» ne me paraît refléter aucun écrit de ma part. On nage là dans le fantasme et la basse revanche des médiocres, dans la curée orchestrée de bas étage.
Nous avons fait au mieux et j'exprime mes regrets pour des erreurs ou des manquements que j'assume. Je me sens pleinement concerné par la déception que tous ceux qui «y ont cru» et nous ont soutenu peuvent ressentir. Mais la sagesse nous rappelle que Rome ne s'est pas édifiée en un jour.
Le travail que nous avons entrepris prendra du temps, surtout quand, n'organisant qu'une corrida, nous jouons à pile ou face, avec des moyens extrêmement modestes.
La mesure dans le jugement, c'est aussi de considérer cela.
Cela confirme qu'entre ceux qui ne savent rien mais se placent à proximité de ceux qui savent, ceux qui croient savoir, ceux qui savent mais supportent des intérêts bien compris, les déçus qui n'ont pas touché la propina (vous savez les invitations, les callejons ou le repas gratuit), et les crétins patentés, on a bien du souci à se faire pour se modeler une idée équilibrée et pondérée des choses. Le pompon allant à ceux qui en parlent mais n'y étaient pas ou se fondent sur l'avis d'un "professionnel", ne pouvant se déterminer tout seuls.
A la date et à l'heure où j'écris, à ma connaissance, un seul chroniqueur m'a paru exprimer par écrit une opinion intelligente, compétente et mesurée. C'est Vincent Bourg «ZOCATO», que pourtant je n'ai guère ménagé par le passé, et qui montre ainsi sa caste et son élégance. Chapeau Vincent! Je continuerai sans doute à t'égratigner mais avec respect et considération. Un seul l'a fait à l'oral, c'est Don Miguel DARRIEUMERLOU.
Pour les autres, laissons ricaner les hyènes pendant que la caravane passe (je respecte trop les chiens pour les concerner à ce tohu-bohu!). L'excès, la bétise et la méchanceté ont ceci de positif qu'ils prêtent à sourire... Toujours ça de gagné.

Xavier KLEIN

NOTA: Que les hyènes exigent des autres empresas le même exercice...
AUTRE NOTA: SVP, ayez le courage de commentaires signés les cancrelats...

samedi 11 juillet 2009

VIDEOS D'ORTHEZ3

VIDEOS D'ORTHEZ2

VIDEOS D'ORTHEZ1

Les vidéos de présentation de la journée taurine d'Orthez.
En espérant que le "binz" fonctionne.

vendredi 26 juin 2009

COMMUNIQUE

En réponse aux écrits polémiques de M. André Viard parus sur son site internet Terrestaurines et à un communiqué de M.Alain Bonijol (http://www.terrestaurines.com/forum/actus/01-06-09/24-06-091.php), la Commission taurine d’Orthez tient à préciser les points suivants:
"L’ensemble des contrats afférents à l’organisation de la journée taurine a été négocié dans l’indépendance, la clarté, l’impartialité et l’équité, avec la préoccupation d’œuvrer qualitativement au meilleur coût, dans l’intérêt des aficionados et des contribuables d’Orthez.
Au terme d’une procédure de marchés publics lancée par la Mairie d’Orthez, et sans réponse des deux cuadras contactées à la date de clôture de cette procédure, il a été décidé de recontacter ces deux cuadras (Bonijol et Heyral) pour leur demander que chacune envoie un devis pour la journée taurine du 26 juillet 2009.
Considérant en outre que les deux cuadras françaises, celles d’Alain Bonijol et de Philippe Heyral, présentaient un niveau qualitatif équivalent, la Commission taurine a retenu le critère du moins disant à partir des deux devis existants, envoyés par Messieurs Bonijol et Heyral.
La cuadra Heyral a donc remporté le marché.
En outre, il a sans doute échappé aux commentateurs que la gestion de la plaza d’Orthez était désormais assurée en direct par la Commission taurine et que les décisions déléguées par Monsieur le Maire d’Orthez étaient prises par le Président de la dite Commission après consultation de ses membres, qui en l’occurrence étaient en plein accord.
Monsieur Alain LARTIGUE, excellent professionnel, assure désormais une prestation pour la rédaction, le suivi des contrats, ainsi qu’une assistance avec la pleine confiance de la Commission et de son Président.
La Commission comprend la déception de Monsieur BONIJOL qui a fourni durant plusieurs années une prestation de grande qualité dont Orthez n’a eu qu’à se féliciter. Elle espère que dès l’an prochain, M. BONIJOL concourra au marché qui sera mis en place pour une durée de 3 ans et qui sera attribué selon les mêmes principes.
Monsieur BONIJOL doit cependant entendre que la qualité tout à fait indéniable de sa prestation et de sa cuadra, qualité dont il n’a toutefois pas le monopole ni l’exclusivité, ne saurait constituer le seul élément du choix de la Commission.

Xavier KLEIN, Président de la Commission Taurine d’Orthez
Sans commentaires!

dimanche 21 juin 2009

¿DESESPERANZA?

Le fond de l’air semble virer à la morosité ces derniers temps sur le net torophile. Crise économique? Crise politique? Crise morale? Le contexte difficile pèserait-il sur les humeurs aficionadas?
Il faut bien reconnaître que la saison taurine n’a, jusqu’à présent, guère prêté à pavoiser. Mais on en a pourtant connu d'autres et des plus sévères.
Certains trouvent là matière à des conclusions sans doute définitives et donc négligeables, d’autres, plus avertis ou plus roués, en profitent pour opérer des virements de bord spectaculaires et d’autant plus ridicules.
On doute, on spécule, on «hypothèse», on "hypothèque" même sans vergogne et sans retenue.
Comme disait ce bon Monsieur de Talleyrand Périgord: «Tout ce qui est excessif est insignifiant.». Le doute ne vaut que lorsqu’il est permanent, ce que l’on ne s’autorise jamais.
La situation est-elle plus catastrophique qu’elle ne l’était il y a deux, dix ou vingt ans? Que nenni! Que nenni!
Disons qu’une malheureuse conjonction d’évènements (ou heureuse, selon le point de vue où l’on se situe) éclaire brutalement l’obscénité d’un processus de longue date.
Comme le réchauffement climatique, l’évolution de la tauromachie ne saurait se révéler en une année. Un été caniculaire n’induit pas le changement climatique, comme un été pourri ne le réfute pas.
En réalité, l’unité de compte ne serait-elle pas le quinquennat, soit le temps qui sépare le choix d’un semental, et donc d’une option taurine, de la sortie sur le sable de ses premiers rejetons?
Si catastrophe il y a, elle s’est donc produite il y a cinq ans. Qui s’en est aperçu?
Le drame ne se serait-il pas noué depuis lurette, petit à petit, dans l’indifférence et dans l’opacité des bureaux de notaires, quand l’héritage d’un sang, d’une culture ganadera, d’une gloire passée s’en est allé avec la vente d’un fer, la dispersion d’une camada, au fil des héritages ou des revers de fortune? Les faire-part de ces enterrements à la sauvette résument laconiquement la tragédie: «eliminando lo anterior» ou «elimina todas las reses». Et la richesse et la variété génétique du peuple brave, s’en sont allées au fil des modes, des intérêts à court terme et des visions sans lendemains. (http://camposyruedos2.blogspot.com/2009/01/analyse-des-encastes-iii-corridas.html)
Un autre drame, plus heureux celui là, ne serait-il pas la conséquence de l'amélioration spectaculaire des conditions de vie de nos voisins? Des conditions de vie qui jetaient antan, des maletillas sur les chemins, pour jouer avec leur sang à la grande loterie de la fortune: «...ou tu porteras mon deuil...».
Les écoles taurines ont certes remplacé la formation sur le tas, l'élimination impitoyable et plus ou moins aléatoire, en tous cas dispendieuse, des moins doués ou des moins chanceux. Mais cela s'est réalisé avec l'inconvénient d'une standardisation des formes, d'un nivellement des personnalités fortes, d'un arasement de l'originalité.
Et puis, en règle générale, qui sont les formateurs qui y dispensent des savoirs? A quel titre et avec quelles compétences? La pédagogie, l'art d'enseigner et de transmettre des savoirs ne s'improvise pas, c'est un métier qui requiert des savoirs et des savoir-faire qui ne sont d'ailleurs que rarement ceux du praticien. On connait très peu de vedettes dans le domaine des sciences, des arts, des sports, et ... de la tauromachie, qui aient conjuguées aussi l'art d'enseigner.
Pour enseigner les mathématiques, l'histoire ou l'éducation physique à des mômes de 14 ans, il faut 5 ans d'études après le bac, passer un concours terriblement sélectif, puis être formé durant 3 ans, être régulièrement évalué en présence des élèves, continuer à suivre des formations et des stages. Pour autant, comme dans toutes les professions, ce processus complexe et élaboré laisse passer quelques enseignants qui ne sont pas tous à la hauteur. Mais quelles conditions président à la formation et au recrutement des gens sensés diriger des jeunes qui vont ensuite jouer, non pas leur avenir mais leur vie? Aucune à ma connaissance. N'importe qui peut s'intituler enseignant en tauromachie et monter son école taurine.
Ce système d'écoles, le plus souvent initié et soutenu par la profession ou par ses satellites, promeut et fabrique ce que la profession exige ou cautionne. C'est dire qu'on n'a guère à en attendre de créativité et d'originalité, même si, ça ou là, par miracle, éclosent quelques talents atypiques.
On sort en série ce dont le «toreo moderne» a le besoin: des jeunes gens parfaitement calibrés et adaptés à ce qu'on leur demande, la faena spectacle devant toro noblissime et dénaturé.
Pouvait-il en être autrement?
La tauromachie peut-elle échapper aux contingences économiques, à l’évolution d’une société espagnole qui a progressivement remplacé les aristocrates subtils ou la bourgeoisie éclairée, par les magnats parvenus, les grands propriétaires latifundiaires par des sociétés par action, les romantiques ou les passionnés par des comptables ou des boutiquiers, l’artisanat par l’industrie.
Lorsque certains esprits taquins se sont avisés en 1936 de boulotter des spécimens de sa ganaderia, pour éviter de crever de faim, Don Felix Moreno de Silva a répliqué sur le même ton joueur en décidant l’exécution de dix impétrants pour chaque toro tué. Evidemment, ce genre de délicatesse calme vite les velléités ludiques. Ah le bon vieux temps! Faut-il déplorer ce changement et une réévaluation du taux de change en faveur des prolétaires, à condition bien sûr, qu’ils ne soient pas maghrébins, ce qui autorise encore quelques fantaisies sur la terre andalouse?
Certainement pas! A conditions nouvelles, adaptations nouvelles.
Il faut croire dans l'émergence de nouveaux goûts, de nouvelles initiatives, de nouvelles pratiques, de nouveaux rapports de force.
La régulation peut s'opérer d'elle-même, et les masses séduites par la «tauromachie moderne» finiront sans doute par se lasser du miracle quotidien programmé, de l'uniformité de l'exceptionnel, et de la fadeur de la perfection.
A CONDITION évidemment, qu'on ne réprime pas la révolte ou la maturation des esprits comme les manifestations dans un bazar persan.
A CONDITION aussi, qu'on ne s'avise pas de museler les critiques, d'embrigader les récalcitrants sous une unanimité de façade, de fustiger les divergences sous couvert de «propos orduriers», de vibrionner frénétiquement en se gargarisant de boycotts ou de menaces improbables. L'ordure n'est jamais tant dans le propos que dans son objet.
A CONDITION enfin, qu'on ne sabote pas au grand jour et/ou en sous main, les entreprises alternatives, les tentatives d'innovation.
Certains en sont restés au stade du croquemitaine, «lou bécut» en gascon.
Qu'ils cessent de prendre leur cas pour une généralité. Nous ne sommes pas en Iran, et les ayatollahs qui fulminent contre les grands satans, ici, comme là bas ne font plus peur.
Ne vous inquiétez pas: demain ils seront d'accord avec vous. Il en va ainsi de tous les arrivistes.
Halte à la desesperanza! Haut les coeurs!

Xavier KLEIN

jeudi 18 juin 2009

De l’influence civilisatrice du Paquito

Nous vivons une époque moderne, c’est un fait entendu, mais quand même!
Je suis issu d’une lignée de patriotes (ce qui dans mon esprit se différencie radicalement de l’esprit nationaliste) qui n’a jamais barguigné quand il s’agissait d’aller se faire casser la gueule pour les beaux yeux de la République, sur quelque théâtre d’opération que ce soit, de Dunkerque à Tamanrasset, et de la Pointe de Grave jusqu’aux rizières tonkinoises.
Lorsqu’il fût question d’aller remplir mes obligations militaires, dans le cadre du Service National, j’aurais pu en être exempté. Néanmoins, nonobstant l’antimilitarisme de rigueur durant les seventies, il m’avait semblé obscène de se défiler, quand nos ancêtres de 1789, s’étaient battus pour obtenir le droit de porter les armes pour la défense de la Nation, ceux de 1914 pour récupérer l’Alsace et la Lorraine, et ceux de 1940 pour que leurs enfants ne s’appellent ni Helmut, ni Siegfried, et ne se croient pas inférieurs parce qu’ils n’avaient ni les yeux bleus, ni les cheveux blonds.
Non pas que j’ai trouvé quelques attraits aux délices de l’ordre serré, de la corvée de chiotte ou de l’infantilisation troupière. Non pas que le port du treillis, l’esprit de corps, ou la mystique du chef ou du groupe me soient apparus comme des idéaux métaphysiques. Mais plus simplement parce qu’il me paraissait que tout citoyen libre revendiquant des droits se devait également d'assumer des devoirs envers sa communauté de vie, sa culture et son histoire.
Quoique l’on pense du drapeau tricolore, des gens sont tombés pour lui et cela doit être respecté.
Je ne prétends nullement, ni être dans la vérité, ni qu’on doive imposer cette vérité à quiconque, mais c’est ma conviction, et je la dis.
Liberté, Egalité, Fraternité, mais aussi, tolérance, humanisme, ouverture à l’Autre, hospitalité, générosité, solidarité sont des valeurs qui, en dépit de tout, méritent pour moi, et peut-être pour toi, lecteur, qu’on se batte et à l’extrême qu’on meure pour les défendre.
Etre patriote, c’est défendre et assumer les valeurs des Pères.
Au même moment où, contre mauvaise fortune bon cœur, je partais faire le guignol au 57ème régiment d’infanterie («le terrible que rien n’arrête» selon l’Empereur au soir d’Austerlitz), beaucoup de mes contemporains se démerdaient avec ardeur pour échapper à la conscription et se faire exempter. Que de moqueries n’ai-je point entendues, quand je revenais le vendredi de la caserne déguisé en féroce guerrier!
Ironie de la vie, ce sont ces mêmes brillants esprits, portant beau à l’époque, clarks, patdefs, chemises indiennes, toisons abondantes, peace-and-love, anarchistes, révolutionnaires, maoistes, babas, etc. que je croise maintenant en complet veston, ou en blazer-jean-mocassins, crânes rasés, bourgeois, UMPisés, berline-de-luxisés, bobonnisés, golfisés, lion’sclubisés, en un mot parfaitement «conformes». Ah, je tranche avec ma cacugne bringuebalante et défraichie, ma barbe philosophale et ma mise approximative!
Certes, il paraît qu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, mais quand même!
Nous vivons une époque moderne!
Ceux-là même qui crachaient sur l’uniforme en 1970, sont en première ligne pour le proposer dans les écoles et l’imposer dans les fêtes!
La fête, qui pour moi fédère les différences, promeut la fantaisie, autorise la transgression, laisse s’exprimer le corps, la liberté, la pulsion, la déraison, tout cela bien sûr dans des limites; cette fête, «ils» veulent nous l’enfermer, nous l’encadrer, nous la réguler, nous la barragiser.
L’endiguement des passions dangereuses est devenu leur obsession, leur lubie, comme la crainte maladive des dérives supposées d’une juvénilité qu’ils ont résolu d’oublier, comme ils se sont résolus au racornissement de leurs rêves et à la désagrégation de leurs utopies.
Il n’est pas question ici de jeter la critique sur tel ou tel, de clouer au pilori une organisation lambda, mais plutôt de dénoncer un mouvement d’abrutissement général dans lequel malheureusement, chacun, consciemment ou inconsciemment, prend sa part.
A Dax, cela fait dix ans qu’on m’emmerde parce que je me refuse obstinément à adopter la tenue de rigueur, l’uniforme de circonstance, le sauf-conduit pour la «feria», l’Ausweis de la dissolution rassurante dans la masse.
Dix ans de résistance contre une injonction absurde et sans fondements.
Rouge et blanc? Bleu et blanc? En quoi devons-nous nous déguiser en navarrais pour paraître plus festifs? Pourquoi pas en traje corto, tant qu’à faire, en Gilles de Binche ou en highlanders?
Nous sommes gascons, basques, provençaux, catalans, mais aussi lillois, parisiens, bourguignons, anglais, guatémaltèques, marocains. Pourquoi s’accoutrer selon une coutume qui nous est a priori étrangère? Pourquoi limiter notre désir et l’enfermer dans le cadre obligé d’une tradition créée de toute pièces, importée artificiellement? Et tout cela dans quel but, avec quelle arrière pensée régulatrice?
Il est vrai qu'il vaut mieux avoir l'air con à mille que de l'être tout seul. La connerie ne se dénonce qu'individuellement, collectivement elle s'appelle "mode".
J’aime à voir dans les fêtes, la créativité s’exprimer. J’aime à croiser des barbus en layettes et tétines, des martiens en goguettes, celui-là qui avaient fêté toute la madeleine en…skis et tenue alpine, ou cet autre en palmes et tuba.
Je refuse de m’embrigader dans quelque «paquito» que ce soit, pour mimer grégairement les mêmes gestes, dans les mêmes oripeaux, sur la même ritournelle, cela me rappelle trop l’armée que j’ai subie quand d’autres s’en dispensaient.
N’en déplaise aux dictateurs du désir encadré, aux prématurés du vieillissement, aux croisés du festivement correct, aux trous-du-cul empesés, aux cuistres quoi!
1968: Sous les pavés la plage. L'imagination prend le pouvoir!
2009: Sous la plage les pavés. Le pouvoir prend l’imagination!
NOTA: Avez-vous remarqué comment on annonce désormais les nouveaux cartels? Exit les toros, exit les toreros, seule demeure la figura: «Corrida avec Sébastien Castella, samedi 20 juin à 18h aux Arènes le Palio»

jeudi 4 juin 2009

PERIPLE TAURIN: MONTESINOS

Lundi 1 juin 12h00 (heure locale) Grand beau temps 32°C
La lumière frappe drue sur les cercados. La pluie n'arrose plus la terre fendue et ne féconde plus la poussière depuis déjà des semaines. La fenaison sera indigente.
Ivan VICENTE nous attend dans sa berline climatisée devant le portail de la finca. Il en extirpe sa silhouette longiligne et féline, le visage éclaboussé d’un sourire colgate, l’œil pétillant, la lunette playboyesque, colifichet de cuir au poignet, enfin tous les attributs du parfait séducteur latino dont ma grand-mère disait: «- Celui-là, il leur tord le cou sans les faire crier!».
Ivan est vraiment un charmant garçon, il se fait un art d’une élégante nonchalance, qui ne semble jamais rien prendre au sérieux. Pourtant il y a un «je-ne-sais-quoi» dans l’attitude qui trahit imperceptiblement le torero, non pas seulement dans les postures ou le maintien, mais par ces ombres qui viennent parfois voiler de gravité le regard rieur et enjoué.
Abrazo cordial, vigoureux et sincère. Nous roulons vers la placita de tienta et les corrals.
Adolfo MONTESINOS nous attend, son regard océanique alterne la rêverie et l’examen perçant des choses et des êtres. Il a des mines gourmandes de prélat vatican qui cachent, sans y parvenir vraiment, l'exaltation dévorante qui l’anime. Cet homme là est une encyclopédie ambulante du toro brave. Lancez le nom d’une ganaderia, et il vous déroule illico, l’ascendance, les lignées, la succession des propriétaires, les anecdotes, en précisant éventuellement le cas qu’il tient de ses produits.
Raul VELASCO nous rejoint plus tard. Raul, c'est la sincérité, le don, le généreux enthousiasme. Raul se perd souvent dans des méditations improbables et son visage se fige dans des rêves de charges, dans la grâce d'une naturelle profonde et templée, celle qu'il offrira un jour à n'en pas douter. Avec une ingénuité presque enfantine, il s'enflamme dans l'apologie fervente de ces santacolomas qu'il apprécie tant.
En compagnie d'Oscar, le jeune mayoral taiseux mais lui aussi nourri de la passion, nous passons de cercado en cercado, pour admirer les toros d'Adolfo, les filmer et les photographier. L'opération n'a rien d'une sinécure, le santacoloma est volontiers turbulent et naturellement agressif. Adolfo a séparé le lot en 4 groupes pour mettre un terme aux peleas qui ont amenuisé le choix d'origine. Il a parfois mélangé les quatreños avec des jeunots afin d'éviter les rivalités.
Nous cherchons un brin d'ombrage en limite d'un enclos pour procéder aux interviews. Las! Le vent vient contrarier nos projets et nous nous rabattons sur la cantina qui surplombe la placita, où les fauves, pour l'heure placides, semblent ruminer l'éternité avec une patience infinie.
Toreros et ganadero nous content leurs attentes et leurs espoirs: Orthez, 26 de Julio, à las 6 de la tarde, ils ont rendez-vous avec leurs désirs de toros et de gloire. Les toros eux, s'en foutent, ils ne connaissent que le présent.
Lors de la collation campera nous devisons. Les potins du mundillo, la carrière de chacun, les perspectives, Ivan à Madrid, ce toro important à coté duquel il est passé. Baste! Les toreros ne sont pas des machines, et c'est pour cela que nous les aimons. Laissons l'obligation de résultats aux illusionnistes politiques ou aux populistes taurins. Raul raconte à Ivan, très étonné, son expérience vicoise. Jean François, notre ami bayonnais qui le suit, a eu la profonde intelligence de lui faire humer l'air des arènes depuis les tendidos. Il évoque les applaudissements aux piques alors qu'en Espagne, on tend plutôt à abréger le tercio pour complaire au public, ce qui incite au premier puyazo assassin.
Nous leur confions notre projet de valoriser le premier tercio, et le débat qui court en France à ce sujet. On évoque l'influence et la pesanteur des cuadrillas, le rôle des piqueros et la difficulté d'en trouver de compétents, surtout quand on n'assure qu'un nombre limité de corridas.
Pour ma part, la relation avec le mundillo, ses codes et ses règles de fonctionnement demeure délicate et complexe. J'observe, je comprends, mais bien souvent je ne parviens ni à adhérer, ni à cautionner nombre de pratiques dans cette "mesclade" de code d'honneur fluctuant, d'amitiés équivoques, d'exploitation forcenée, où en fin d'analyse, dans la majorité des cas, seul l'intérêt prévaut. C'est un "milieu" dur où la valeur, la loyauté, la droiture, la reconnaissance ne sont que rarement des vertus productives. On en connaît tant de ces talents écrasés pour cause d'insoumission ou de franchise, tant de rêves fracassés, tant de jeunes hommes brisés.
Je déteste les discours apologétiques parce qu'ils sont réducteurs de la pensée et de la complexité de l'humain. Comme disait l'autre, quand j'entends le mot "valeurs", je sors mon pistolet. Les "valeurs de la tauromachie", les "valeurs du rugby"! Foutaises! Voilà le paravent derrière lequel se dissimulent toutes les bassesses et toutes les avanies... Passée l'illusion romantique, il en va de la tauromachie comme du reste: le théâtre de l'humanité, qui décline la comédie humaine du sordide au sublime.
Ivan gravement m'interpelle: "- Xavier, surtout ne change pas! Reste en dehors de tout cela."
Cher Ivan, à la fois si léger et si profond, en un mot si espagnol! Que Dieu te garde et qu'un jour passe ce toro qui te permettra de tout dire, sans avoir à parler!

Xavier KLEIN
D'autres photos de la série prochainement sur le site de la Commission
http://torosorthez.blogspot.com/

Adolfo Rodriguez MONTESINOS, le ganadero et Ivan VICENTE Ivan VICENTE et Raul VELASCO
Raul VELASCO
Ivan VICENTE

Oscar, le mayoral


Ma préférée, une "vega-villar" au teint de neige

PERIPLE TAURIN: VIC et NIEVES

Comme annoncé dans le dernier article, la Pentecôte fut rude: samedi vicois, dimanche castillan, lundi tolédan.
Tout avait débuté fort mal. Les effets de la crise avaient poussé à l’occupation du pont d’Aire sur Adour par les salariés désespérés d’entreprises locales.
Furibard, j’ai erré pendant quasiment une heure dans la campagne aturine, cherchant, dans le dédale des déviations de fortune, la voie vers le Saint Sépulcre vicois.
La beauté des paysages, la sérénité de la nature m’ont appelé à quitter cette indignation et cette colère qui naissent du désir frustré. Oui, j’allais être en retard aux Flores de Jara, mais combien plus importante était la colère de ces frères humains dont la vie était broyée par une impitoyable logique économique. La vie, l’âge, la passion, l’unique considération de nos désirs nous rendent indifférents, insensibles et égoïstes. C’est une vérité qu’il nous faut regarder sans artifices, et dont nous devons nous prémunir au risque de perdre la quête de l’essentiel: l’Homme.
Et finalement, ce week-end se plaça, sous le signe de l’Homme, de ces humains rencontrés, tellement plus importants que tous les toros du monde. Une affirmation humaniste qui doit faire la grandeur des aficionados de verdad, et déjuger les anti-corridas, qui identifient et mesurent à la même aulne, l’homme et l’animal.
J’ai pris un grand plaisir à découvrir les visages de nombre de «pèlerins des blogs» les amis de Campos y Ruedos, Pelayo, Pedrito, Lionel, Florent (et bien d'autres, tout aussi chers qui me pardonneront de ne pas les citer), que je ne connaissais que par leurs écrits. Et ces rencontres pour trop brèves qu’elles fussent, remplirent mieux ma journée et mon souvenir, que les excellents novillos de Bucarré –du moins des 4 derniers que je réussis à voir- ou des redoutables Escolar qui animèrent la tarde.
Les conclusions taurines de la journée me laissèrent un goût d’amertume.
D’évidence, il foisonne autant de néophytes gueulards (ou de gueulards néophytes) chez les toristas que chez les tenants de la toreria «moderne».
Réclamer et obtenir des vueltas pour des toros qui prennent des piques en mansos me paraît stupide et déplacé. Le toro idéal –existe t-il et doit-il exister?- me paraît devoir allier bravoure avant tout, noblesse, un poignée de genio, une grande louche de sauvagerie, un zeste de sentido et surtout, suffisamment de ressources physiques pour pouvoir exprimer les ingrédients. Le problème est dans les proportions et dans une identification claire de la nature réelle des qualités ou des défauts des toros. L’aspect spectaculaire de certaines piques où le toro exprime de la puissance et de la violence ne saurait, par exemple, gommer les étriers qui sonnent, les sorties sans sollicitations d’une mansedumbre évidente.
De même, l’exigence envers les toreros me semble bien souvent inappropriée voire à la limite de l’indécence. Aucun torero, dés lors qu'il accepte de se colleter avec un Escolarne ne me paraît mériter qu’on le siffle indûment. Qu’on vilipende David MORA en fin de premier tercio, pour avoir fait assassiner son toro à la pique, certes, mais j’ai entendu certains noms d’oiseaux pendant la faena, qui étaient indignes à l’endroit d’un jeune homme qui se confronte régulièrement à du bétail très souvent impossible. Que n’a t-on les mêmes exigences vis à vis des figuras!
Ignorance crasse de nombreux spectateurs qui attendent qu’on serve à des toros de respect, les mêmes chefs d’œuvres d’horlogerie suisse, qu’ils admirent béatement sur les petits écrans ou durant les grands cycles ferials. Faut-il préciser ici que certaines faenas ne se monnaient qu’à la passe, et que parfois ces passes doivent se limiter à du piton a piton, quand le toro l’exige. Demander plus est demander trop. L’abnégation tomasiste ou castellienne n'existe que par la limitation du risque présenté par des adversaires en général accommodants. Gardons-nous de l’oublier jamais.
Au risque de m’attirer quelques foudres, ce dont je n’ai cure, le snobisme vicois de certains s’exhibe aussi pitoyablement et ridiculement que le snobisme nîmois, bayonnais, arlésien ou dacquois. Certains viennent y gagner le brevet d’honorabilité torista, qui leur permet de justifier d’autres choix plus contestables. On les voit se pavaner à Vic, plus rarement à Céret, mais quasiment jamais dans ces petites plazas où pourtant s’entretient une aficion brûlante, qui n’est jamais récompensée par la notoriété, la médiatisation et les profits financiers. Etre vu là où l’on montre semble être la condition de leur choix.
Voulez-vous connaître ces plazas? Il suffit de lister celles où Signes du Toro ne filme jamais…
Il me fallait me porter à la rencontre d’autres hommes, sous d’autres cieux et le lendemain je traçais la route de Mayalde (province de Zamora) pour préparer le support vidéo de promotion de la journée taurine d’Orthez.
Nous avons souhaité centrer cette promotion sur une information avisée et intelligente de l’aficionado. Instruire le public (on ne se refais pas), particulièrement la cohorte des locaux pour qui la corrida d’Orthez est souvent l’unique accès à la tauromachie, de ce qu’ils allaient voir, des caractéristiques, de l’histoire, de la vie des toros de Santacoloma d’Angel Nieves et d’Adolfo Montesinos, de la passion de ces ganaderos, de leurs objectifs, de leurs épreuves, de leurs doutes.
Nul esprit publicitaire, nulle «réclame», mais des paroles simples et sincères qui permettent de mieux comprendre, de mieux choisir et de mieux apprécier.
C’est ainsi que l’ont compris les éleveurs, et les toreros que nous nous sommes attachés à convaincre, que notre démarche s’inscrivait un peu dans un esprit commercial (il faut bien remplir les arènes), et beaucoup dans la passion.
N'en doutons pas, Orthez sera un manifeste pour une autre tauromachie, celle du lien humain, contre celle des affaires, celle de l'artisanat contre celle de l'industrie, celle de l'authenticité contre celle des faux-semblants et de la mode.
Tous les acteurs en sont conscients, et pour tous il y a un enjeu et un challenge.
On m’a souvent dit et répété, que devenu organisateur, je ne pouvais plus penser en aficionado. C’est le genre de lieu commun que je réfute catégoriquement, et pour ceux qui me connaissent, que je suis assez con pour infirmer contre vents et marées.
Comme Angel Nieves, qui consume sa vie, sa santé, ses biens, au service de sa passion, entraînant, tel un Don Quijote moderne, femme et enfant dans sa déraison sublime.
Les toros justifient-ils de tels sacrifices, de tels renoncements?
Les pèlerins de Saint Jacques prétendent qu’on ne «fait pas le chemin», mais que c’est le chemin qui vous fait. Sans doute en va t-il de même pour les toros, et pour le reste. C’est l’effort, la tension vers un but, la discipline qu’on s’impose qui forme l’homme, quelle que soit la voie.
Les mystiques ne sont pas tous dans les monastères…
Voyez la dernière photo: elle crie!

Xavier KLEIN
D'autres photos de la série prochainement sur le site de la Commission