Humeurs taurines et éclectiques

lundi 4 janvier 2010

L'ART CONFORME

«Je ne réponds pas d’avoir du goût, mais j’ai le dégoût très sûr»
Jules RENARD, «Journal»
A Séville tout prend toujours des allures d’affaires d’état, et tout fait commentaire.
C’est ainsi, et ce n’est pas le moindre des charmes de la cité.
L’affiche taurine de la feria 2010 ne fait pas exception. Elle est pourtant, ma foi, des plus conventionnelles. Un collage certes, mais d’un patchwork de représentations très figuratives, qui eût dû plaire à une ville finalement très conservatrice artistiquement parlant, si on la compare à Barcelone, capitale d’une Catalogne qui vit naître quelques uns des plus grand artistes du XXème siècle. Que n'eût-on dit des destructurations cubistes du cher Pablo, ou des audaces oniriques du génial Salvador ou du divin Joan?
Luis GORDILLO (un nom qui rime avec MURILLO), son auteur, n’est rien moins que l’un des plus grands artistes contemporains espagnols, ambassadeur de la peinture abstraite ibérique dans les plus grands musée de la planète.
Certains fats n’ont pas hésité à se ridiculiser, une fois encore, par des commentaires aussi désespérants que déplacés. A l’immense palette de leurs talents d'histrion, il leur a fallu ajouter l’incompétence pitoyable d’une critique artistique à deux sous qui ne traduit que leur vanité, et, somme toute leur mauvais goût.
Mauvais goût dans l’appréciation de la valeur esthétique de l’œuvre, mais surtout mauvais goût de se permettre de la vilipender avec des arguments de café du commerce.
En matière d’art, on aime ou l’on n’aime pas. On est sensible à une œuvre ou elle ne vous parle pas. Et cela on a le droit de l’exprimer, en essayant bien sûr de l’argumenter.
Mais le fin du fin de la vulgarité, car c’est de cela que l’on parle, c’est de démolir une œuvre au motif qu’elle n’est pas «vendeuse», ou qu’elle donne une «mauvaise image» de la tauromachie. Tout le monde n'est pas obligé de confondre art et commerce ou journalisme et public relation.
Car ce discours suppose qu’il y a une «bonne image», et qu’il conviendrait que tout un chacun s’y rallie. Là encore, on essaie de nous dicter nos goûts, et de nous pénétrer de la bienséance et de la «bienpensance» obligées en matière taurine, comme on essaie de nous imposer le toro, le torero, le toreo moderne, la pique andalouse, ou l'afeitado à géométrie variable.
Ces commentaires nauséabonds –en d’autres temps on parlait d’«art dégénéré»- confirment une fois de plus, s’il en était besoin, l’hybris de son auteur, et sa dérive «beaufiste».
Et puisque l’on parle d’image, on peut et on doit se questionner sur la multiplication de prises de positions de plus en plus «réactionnaires» et poujadistes ainsi que de leur impact sur l’image du monde taurin de l'oracle boucalien.
Pour en revenir à cette affiche de Luis GORDILLO, elle me plait. Elle est gaie, vivante et colorée, et suggère le camaïeu d’émotions et d’images qui demeurent en mémoire après une tarde taurine. Pour tout dire, rien de plus sévillan dans l’esprit. Tout au plus la graphie post moderne très «tendance» m’agace t-elle un peu. Tout cela est bien plus pimpant et joyeux que le plâtras noir de l’an passé, qui ne m’avait guère convaincu.
Mais tout cela n’est qu’avis personnel, et je me garderai de jouer les arbitres des élégances. Cela me plait, c’est tout. Et à vous?

Xavier KLEIN

14 commentaires:

el chulo a dit…

j'aime assez aussi. ça change de certaines photos, affiches ou montages photos qui ne disent rien.
je m'interroge toutefois, dans l'esprit, sur la déstructuration: est ce comme tu le dis le désir de rassembler des impressions éparses, un peu comme lorsqu'on sortait d'une corrida avec cette resaca dépressive chère à veilletet, ou y a t'il un désir de représenter une corrida désintégrée?
pour le reste, en matière d'art surtout, on peut dire qu'on aime ou n'aime pas, que celà ne nous parle pas, ou qu'on "ne rentre pas dedans", mais certainement pas parler de bon ou de mauvais.
c'est ce qui différencie l'art des autres activités humaines.
mais je vois, "qu'on" s'occupe beaucoup à nous initier à ce qui est bien ou mal, ainsi, mourrons nous moins cons.

Xavier KLEIN a dit…

Cher Chulo,
Quand je regarde une oeuvre, à priori, je ne cherche surtout pas à analyser les intentions de l'auteur, du moins dans un premier temps.
J'en jouis, je traduis les impressions qu'elle provoque en moi, ce qu'elle me suggère.
Peut-être as-tu raison, mais est-ce le problème?
Quelqu'intention, si tel est le cas, que l'artiste ait voulu y placer, y compris la "destructuration", qui peut se prévaloir comme DD, d'en critiquer le ressenti, qui doit nous dicter nos émotions?

el chulo a dit…

Mon cher Xavier,

je risque d'être un peu long et tu m'en excuseras.
Il y a quelques jours, je tombe sur un livre que j'attends après m'être empressé de le commander: « General Mola: el egolatra que provoco la guerra civil »? Toujours humble et respectueux du savoir, je me rue sur mon cher Pompidou qui me dit assez sobrement: « egolatra=egolâtre ». Bon, je cherche sur le Robert, le petit, nothing, sur quelques Larousse nothing. Alors je me dis: « idolâtre » ok, « egoâtre » ou « egâtre » non, non, c'est laid. Peux tu interviewer tes agrégés?
Parce que, parlant de l'indécent Dédé, « egolâtre » me paraissait très bien.
Après avoir donné une image de lui positive aux toros, dans le campo, via ses « peintures », ce qui est parfaitement son droit, le voici critique d'art taurin. Me cago!
Je me demande ce que les toros en ont pensé! Les Domecq, sûrement du bien!

Un ami mien, peintre et sculpteur de talent, n'aimait pas du tout les questions, comme si après tout, l'art était une chose qui échappait aux artistes eux mêmes. Je crois beaucoup en cette affirmation.

Lorsque nous nous fûmes apprivoisés, c'est à dire que je cessai de lui poser des questions cons, et que lui cessa de me répondre connement, ce qui prit quelques années, il me parla du bleu, terrible en peinture, puis du temps et de l'air, et de la lumière.

Un jour, je lui demandai donc, après cette période probatoire, « que vois tu quand tu peins ou sculptes ? », il me répondit, « ce que tu vois »!

Donc, l'art est, comme le toreo une offrande.

Ce qui me choque le plus, chez « l'egolatre » Dédé, c'est que, non pas, tout comme chacun de nous il puisse avoir des problèmes de fin de mois, c'est que, s'appuyant sur une facilité d'écriture, il multiplie les analyses superficielles, creuses, pour tout dire imbéciles.

Et donc, ce que j'aime chez lui, sa ténacité, la qualité de sa publication, sa puissance de production, parfois sa qualité, soient obérées par une désarmante superficialité, une défense de privilèges immédiats, un poujadisme beauf confondants, comme si sa survie économique en dépendait. Tranquilo!

el chulo a dit…

il n'y avait aucune "critique" dans la désintrégation, sinon, un ressenti.

Solysombra a dit…

sans compter cher Xavier que lorsque l'inénarrable écrit : "Après le toro empalé sur une flèche de Salinas en 2008 ..." il se mélange allègrement les pinceaux puisque le toro transpercé d'un flêche et bien l'oeuvre de Barcelo...
Déjà à la base il n'est même pas capable de savoir qui à peint quoi !!

Person je n'aime pas ce patcwhork coloré...
Je reste pour ma part sur le cratère noir de Barcelo qui avait fait une sublime affiche cérétane....

Xavier KLEIN a dit…

"Cratère noir"
Solysombra sacrifierait-il son coté SOL pour ne garder que le coté SOMBRA?
Tournerait-on Dark Vador?
Séduit par le coté obscur de la force?

Xavier KLEIN a dit…

Egolâtre cher Chulo: un néologisme qui ne figure effectivement dans aucun dictionnaire, mais pourtant tellement expressif et qui convient parfaitement à l'intéressé.
A son sujet, je fais le même constat de ses atouts et qualités, mais sans la même conclusion.
Je pense que l'intérêt financier n'est dans son cas qu'accessoire.
En fait, il est, me semble t-il, confronté à une pulsion contradictoire, une véritable césure du désir.
D'une part, ses propensions le poussent vers la contestation de l'autorité, vers des horizons plutôt toristes. En témoignent ses "zoopuces", qui traduisent sa vraie fascination, comme cet article éclairant où il dévoilait le programme des corridas qui l'intéressaient (et que tu n'aurais pas désavoué).
D'autre part, il "veut en être". Il veut appartenir à ce milieu et y faire référence, et il donne les cautions qu'il suppose (peut-être à tort) qu'on attend de lui.
Il conjugue donc mal deux désirs ambivalents, qu'il s'épuise à vouloir concilier, contre toute logique.
Etre en dehors, être en dedans, nous en sommes tous un petit peu là, mais chez lui la crise est d'autant plus paroxystique qu'elle est sous-tendue par une exacerbation de l'ego qui se refuse à à tout doute et à toute remise en question (dangereuse car elle ferai choir l'ensemble de son édifice intérieur).
Tout cela révèle à mon sens, une grande souffrance, et surtout une grande peur qui m'inspirent parfois une sympathie.
Si DD savait que ce qu'il s'ingénie si férocément à cacher de lui même est un secret de polichinelle, s'il consentait à s'assumer et à assumer cette dichotomie, et l'incohérence inhérante à tout humain, il serait sans doute plus heureux.
Chacun son karma!

Anonyme a dit…

Merci Xavier pour cette mise au point,j'ai été extrêmement choqué par ses propos sur l'affiche de Séville , une, on ne lui a rien demandé,deux,on se fout de ce qu'il en pense !! comme vous j'aime bien cette affiche et je ne vois pas ce qui autorise l'homme en question a jugé un art dont il ignore les rudiments.
Ninon

Anonyme a dit…

M.Klein,
On n'écrit pas "Dark" Vador mais "Darth" Vador et on n'écrit pas André Viard, on n'écrit...rien!

Xavier KLEIN a dit…

Pourtant il s'habille toujours en noir...

el chulo a dit…

qui? vador?

Xavier KLEIN a dit…

En personne, le gugus avec un casque nazi, et un superbe substitut phallique luminescent.

Xavier KLEIN a dit…

Et DD aussi se vêt souvent de noir, mais sans substitut phallique.

L.L. a dit…

elle n'est vraiment pas belle cette affiche...