Humeurs taurines et éclectiques

mercredi 31 décembre 2008

KATAS TAURINS

Depuis longtemps, je travaille à une série de textes sur le parallèle entre tauromachie et arts martiaux.
Pourquoi pourrait-on se demander?
Parce qu'une passion spécifique n'a de réel intérêt pour occuper la vie d'un homme que dans la mesure où elle recèle une part d'universel, ou bien elle ne demeurera qu'un hochet.
En outre, la mise en perspective de deux sciences, ou devrait-on dire de deux arts, permet une meilleure compréhension de chacune d'elles. On en arrive parfois à s'écrier intérieurement: «- Mais oui, mais c'est bien sûr!». Par la grâce de la transposition, la comparaison éclaire d'un jour nouveau certains aspects restés obscurs.
Le problème, dans ce genre d'entreprise, c'est que le sujet est tellement vaste, qu'on ne sait par quelle entrée l'appréhender pour obtenir quelque chose de construit.
Quelques évidences fortuites ont attiré mon attention.
Les discours évoluent insensiblement, des notions apparaissent et s'imposent comme des évidences. Ainsi, ai-je été frappé d'une expression qui revient sans cesse et s'est imposée sans qu'on y prenne garde: le rugby est maintenant défini comme un «sport de combat collectif». Il y a vingt ans, cette vision eût parue, sinon scandaleuse, du moins surprenante. Pourtant elle triomphe actuellement comme une vérité révélée.
Je me questionne depuis longtemps sur les raisons de la localisation extrêmement précise et limitée de la tauromachie «à l'espagnole» en France et notamment dans le sud-ouest. Je n'arrive pas à définir une, voire plusieurs explications concomitantes qui soient satisfaisantes. En revanche, ce qui est particulièrement frappant, c'est de constater qu'un ensemble culturel gascon a retenu un certain nombre de pratiques sociales et ritualisées comme moyen de gestion de la violence individuelle et collective. Dans le sud-ouest, la corrida va de pair avec le rugby. Ce sont deux truchements qu'on y a adopté pour contenir et disons le, transcender la violence. Comme par hasard, on y connaît moins qu'ailleurs les manifestations violentes, les bagarres de fin de bal, les émeutes urbaines, les incivilités. Certes la situation se dégrade ces dernières années, comme ailleurs. Cela me semble dû à la désaffection d'une partie croissante de la jeunesse pour ces activités. Les stades et les arènes ne drainent pas autant la jeunesse qu'il y a 20 ans. Le poids de l'argent paraît décisif dans ce changement. La professionnalisation du rugby et l'augmentation du tarif des billets d'entrée tant au stade qu'aux arènes, altèrent en profondeur l'attrait et la pratique populaires, auparavant accessibles à tous.
Il y a également une évolution des mentalités, comme un affadissement global de la société. Le maître mot des jeunes de nos jours, c'est «le fun». Une notion clairement contradictoire avec la masse de travail, d'efforts, de renoncement qu'exige la pratique d'un sport tel que le rugby.
Effort, travail, ascèse, discipline, tant de mots qui inspirent plutôt la répulsion de nos jours. Surtout le dernier! Et pourtant discipline signifie à son sens premier (du latin "disciplina"), l'action d'apprendre, mais aussi l'éducation, la formation, les principes, les règles de vie. La discipline, c'est ce à quoi se soumet le disciple, c'est à dire l'élève, l'apprenti.
Les arts martiaux sont fondés sur le principe de la transmission entre un maître et un ou plusieurs disciples. Le maître n'étant pas compris comme un simple dispensateur de techniques, mais comme celui qui apprend la vie. La notion de maître ne suppose, a priori, aucun rapport de supériorité dans les contextes traditionnels. Le mot «senseï» (traduit du japonais en «maître») signifie littéralement «celui qui est né avant». Le maître ne bénéficie donc que du privilège de l'antériorité et donc de l'expérience. Il n'est qu'un maillon dans la chaîne de la transmission. L'apprentissage des arts martiaux repose, comme dans toutes les cultures traditionnelles sur la répétition et sur l'imitation.
Le maître montre. Le disciple essaie de reproduire et de mémoriser.
Cette didactique (moyen d'instruire) s'oppose aux conceptions contemporaines occidentales où l'on vise avant tout à développer intelligence, créativité, esprit critique.
Elle a pourtant prévalu chez nous jusqu'au milieu du XXème siècle.
Les maîtres traditionnels considèrent toutefois qu'il convient de posséder le vocabulaire et la technique avant de disserter. Pour s'exprimer, il faut connaître les mots et la manière de les assembler, avant de faire des discours.
La méthode tend effectivement à la reproduction de schémas existants et n'encourage guère la novation et l'inventivité. En apparence seulement. Elle n'a nullement empêché l'apparition de talents et de génies, qui, à leur heure, une fois les bases techniques assimilées, ont su se différencier de leur maître, et se livrer à l'innovation. Il en fût ainsi pour Leonardo Da Vinci, Raphaël, comme pour Goya, Bach ou Mozart.
Elle constitue également la pédagogie la plus démocratique qui soit. Elle est ouverte à tous et tous peuvent y satisfaire. Certes la progression n'est pas identique. Certains cheminent rapidement, d'autres ont un rythme d'acquisition plus réduit, mais le plus grand nombre finit, à l'usage, par acquérir. Certains comprennent le sens, d'autres non, mais tout le monde sait faire. L'outil de base de l'apprentissage des arts martiaux traditionnels japonais, c'est le kata. Le kata est un exercice difficilement définissable et compréhensible dans toutes ses acceptions pour un esprit occidental.
C'est un scénario réalisé seul ou en binôme, qui permet d'intégrer une ou plusieurs techniques de combat, tant offensives que défensives. Soit pour les travailler, soit pour se prémunir du danger de les travailler librement, ces techniques sont codifiées selon des schémas rigoureux qu'il convient de respecter à la lettre.
La collection d'un grand nombre de katas permet de passer en revue la globalité de toutes les situations et hypothèses possibles en situation de combat.
En dépit de cette diversité, l'ensemble de ces variantes découlent de quelques schémas de base, voire même d'un seul: esquiver l'attaque, parer, entrer dans le centre de l'adversaire, exploiter cette position.
Cela ne vous rappelle rien?
Le kata est aussi une micro histoire, une mise en situation qui doit se réaliser de la manière la plus réaliste possible pour signifier quelque chose. Pratiquer pleinement un kata, c'est connaître un moment de vie intense, vivre une histoire résumée et dense compactée en quelques minutes.
Le premier kata de Jodo consiste à esquiver en l'absorbant, l'attaque d'un sabre, de contrôler les mains de l'adversaire avec son jo (bâton), de le forcer ainsi à reculer et à prendre une garde haute, puis de contre-attaquer par une frappe à la tête, qui termine le combat
On voit donc qu'il ne s'agit pas de faire n'importe quoi. Le danger de blessure est réel, même avec des armes de bois. La violence, qui constitue le moteur initial de l'action doit être parfaitement gérée, canalisée, enfermée dans des règles strictes.
D'aucuns pourraient trouver ridicule ou monotone de polir et repolir ainsi, des centaines, des milliers de fois, les mêmes gestes. C'est négliger d'admettre qu'un geste ne se comprend réellement que «de l'intérieur», sa compréhension procède de sa répétition, ou autrement dit, on pratique d'abord et l'on comprend après.
C'est pourquoi les grands maîtres japonais ne parlent pas. Ils ne se perdent pas dans d'interminables explications: ils montrent. A l'élève de développer son attention, son acuité. S'il ne comprend pas, c'est qu'il n'a pas atteint le niveau pour comprendre et doit poursuivre son travail. Ce n'est nullement dramatique, les maîtres ont l'éternité, les élèves aussi. Tout vient à point à qui sait attendre.

Un geste, un kata, n'est jamais parfait en soi. Ils dépendent complètement de l'environnement et surtout de son principal facteur, l'adversaire. Un bon kata est donc un kata réalisé en complète harmonie et adéquation avec l'adversaire: l'intensité et la vitesse de son déplacement, ses distances, son rythme, sa puissance, sa morphologie. Tout est question d'adaptation immédiate et appropriée à l'autre.

Cela ne vous dit toujours rien?
La progression d'un élève passe par des étapes successives. Il faut apprendre chaque geste, le travailler sans cesse et le parfaire, puis il faut mémoriser les enchaînements, enfin quand les modalités pratiques sont assimilées (quand on possède la vocabulaire et la grammaire), commence le véritable travail.
Ces différentes étapes ne sont ni prévisibles, ni quantifiables, on constate l'évolution d'un pratiquant à son aisance et surtout à sa «forme de corps», une manière particulière de se déplacer, de se mouvoir, d'assurer ses appuis.
On réapprend à respirer, à marcher, à rester immobile, et surtout à être. On se réapproprie son corps dans une progression parfaitement balisée, expérimentée depuis des siècles par l'expérience des maîtres successifs, qui, ne l'oublions pas ont été aussi des élèves et ont vécu ce que l'on vit.
La menace permanente pour le pratiquant, c'est le défaut de vigilance, l'attention, la conscience ou la concentration qui s'évaporent. Le pire travers des katas est alors de se livrer à l'enchaînement mécanique, de tomber dans le train-train et la routine, de dériver vers la chorégraphie. Il faut sans arrêt garder à l'esprit que l'on se trouve dans une situation de conflit dont la vie ou la mort peuvent dépendre. C'est à ce prix, que le véritable travail se réalise. Je parle bien évidemment d'un travail sur soi.
Dans les premiers temps on est obsédé par la technique, puis par la performance, ensuite par le résultat. Tout cela ne représente que des leurres et des illusions. Il faut parvenir à un état de disponibilité totale à l'autre, à ses actes, à l'univers qui vous entoure. Oublier son corps, oublier sa pensée, oublier sa volonté pour être complètement transparent tout en restant parfaitement présent ici et maintenant.
On n'apprend pas le kata, c'est le kata qui nous apprend.
Deux ou trois tournois ou compétitions annuels permettent de se mesurer, d'évaluer sa progression, de se confronter à la diversité des adversaires et donc d'enrichir son expérience; mais aussi de se rencontrer, de partager. Il ne s'agit nullement d'être meilleur que l'autre, mais de se dépasser soi-même.
En compétition, les combats se déroulent dans la gravité et le silence, juste brisé par les «kiaï», ces cris qui permettent de réguler l'énergie interne. Les maîtres ne disent mot à leurs élèves en compétition, ni encouragements, ni critiques. La compétition est un résultat, l'instantané à un moment précis de l'état d'être d'un élève, la résultante de son travail, le constat de ses efforts, de ses savoirs et de ses capacités. Elle n'est uniquement que la base et l'évaluation du travail à accomplir, dés le lendemain, pour continuer à se perfectionner.
Un vrai maître ne félicite pas plus qu'il ne blâme. Ce sont des attitudes infantilisantes, qui ne permettent pas d'accéder à l'autonomie. Il donne du sens et il encourage pour que le pratiquant continue sa progression.
Un jour où je pestais à la suite d'une technique que je n'arrivais pas à réussir. Mon ami d'Irun et mon maître en iaïdo, Kastor, m'interpella avec un grand sourire: «- Vois-tu Xavier, tu viens de commettre 3 erreurs: tu n'as pu réaliser la technique, ce qui n'a aucune importance, tu as manifesté ta déception, pour quelque chose qui n'a aucune importance, et tu a manqué d'indulgence envers ta propre imperfection, ce qui est de l'orgueil.». Tout était dit! Maintenant quand cela m'arrive, je souris en pensant à Kastor, je prend une bonne goulée d'air frais, je me relaxe et ...je recommence la technique.
Est-il besoin de préciser qu'il suffit de remplacer kata par faena, et pratiquant par torero, pour que l'ensemble des considérations énoncées ci-dessus deviennent complètement cohérentes et pertinentes dans le domaine taurin, et que ce dernier gagnerait considérablement à s'ouvrir à d'autres approches susceptibles d'enrichir ses pratiques?
D'évidence, nous n'en prenons guère le chemin.
Deux exemples, que l'on pourrait multiplier, me viennent à l'esprit.
Je lisais hier dans une reseña: «Sébastien Castella, manifestement a gusto face à son second, noble mais faible, a soulevé l'enthousiasme du bouillant public de Cañaveralejo, à droite d'abord lors de séries complètes, puis à gauche avec moins de continuité par la faute du toro.» (http://puraficion.blogspot.com/2008/12/las-cumbres-de-la-nulidad.html). Cette réflexion, nullement le fait de l'ami Don Pedrito, me paraît le comble et le symptôme des errements actuels. Jamais il ne viendrait à l'idée de quelque senseï digne de ce nom, d'imputer un échec à l'adversaire, en l'occurrence au toro. L'erreur provient toujours du pratiquant, en l'occurrence le torero, qui n'a pas su adapter son toreo au combat en cours. Le toro ne fait jamais d'erreur.
Les modalités du toreo moderne ne s'embarrassent plus du «A cada toro su lidia» des anciens. On préfère modifier le toro, que remettre en cause le torero.
Avec cela, comment voulez-vous progresser et vous perfectionner?
De même, il n'y a rien qui ne m'irrite plus que les jaleos ou les conseils que débitent depuis le burladero, des "Roger Couderc du callejon" à des toreros (parfois confirmés). En compétition, le maître se tait. Pendant une faena le torero doit être seul. La faena est le résultat de son travail, de son entraînement, de ses efforts. Elle est ce qu'elle est. Si le torero a besoin de conseils, d'encouragements, c'est qu'il ne mérite pas le qualificatif de maestro. Il en va de même pour les novilleros. Les conseilleurs ne sont pas les payeurs. Il vaut bien mieux faire le point après. Un «debriefing» où l'on porte l'apprenti à évaluer lui-même, avec sincérité et sans complaisance, le travail réalisé. Ce dont on prend conscience par soi-même est infiniment plus profitable qu'un conseil dont on ne saisit pas la portée.
Bien évidemment, ces postures pédagogiques n'impliquent que les protagonistes. Les spectateurs ou les commentateurs demeurent libres de leurs jugements et de leurs réactions. C'est la dure loi de ce qui est, aussi, un spectacle.
La corrida est aujourd'hui malade de la facilité et du renoncement aux contraintes.
Cette maladie trouve sa source dans une dérive continue vers des contingences commerciales qui relèguent l'exigence et l'idéal au rang de l'accessoire.
L'équilibre est rompu, il convient de le rétablir. On aimerait que le surnom de «samouraï» attribué à l'une de nos figura, recouvre une réalité généralisée et non un artifice médiatique...

Xavier KLEIN

8 commentaires:

ludo a dit…

bien. comme toujours très pertinent.
je ne suis pas tout à fait d'accord sur les jaleos venant du callejon, donc de ceux qui "savent", qui "entourent" , qui "protègent", qui "couvrent" l'événement... souvent c'est insupportable quand on sent qu'on a affaire à de simples élans de bonimenteurs alors que rien ne se passe, pourtant quand surgit le cante grande ( et en flamenco ce jaleo perpétuel peut apparaître agaçant aussi, gras, sonore, faux mais attention a compas sinon tu es fusilé du regard, cela s'apprend en se taisant , eh oui on y revient, d'abord, en écoutant ce jeu de la parole lancée, "saber escuchar" est un des piliers du temple), donc quand s'allume la mêche du toreo profond ou celle de la lidia transcendante , alors, les jaleos ne sont plus les mêmes, moins nombreux, plus longs, plus "tripals", plus épais. et on ne pourra empêcher un banderillero ou un palmero de le faire . porque le sale. et pour le tryptique toro torero public c'est une dimension sonore , sensuelle, importante. il me semble.
voilà.
bonne année et j'attends tes digressions sur les "nains" contemporains, tio.

ludo

bruno a dit…

Xavier,
Sans dec',te faut le commentaire cette année ou l'année prochaine.
La suis ippon!!!!
bruno

Pedrito a dit…

Nous vivons une époque d'individualisme forcené: mon activité bénévole de conseiller de salarié m'amène souvent - hier encore, 30 Décembre,station de La Mongie - à accompagner des salariés convoqués pour entretien préalable ( en général, à licenciement.)
En discutant avec ces jeunes, je mesure à chaque fois avec un certain effroi la méconnaissance totale qu'ils ont de ce qui les attend - pour beaucoup d'entre eux, ils ont des droits qu'ils imaginent gravés dans le marbre- et n'ont aucun sens de la solidarité avec leurs propres collègues, quand ce n'est pas carrément un sentiment de concurrence féroce entre eux, ils n'ont pas besoin de le dire pour qu'un ex salarié comme moi le comprenne.
Où je veux en venir? Xavier évoque ce jeu collectif auquel j'assiste chaque dimanche, sur les stades du Gers et des HP, où effectivement le rugby évolue considérablement vers une démonstration de puissance des packs, beaucoup plus souvent que par les lignes arrières. C'est peut-être là une des richesses de ce sport: développer par le jeu groupé cette solidarité entre joueurs, et rendre à ce sentiment qui tombe en désuétude ses marques de valeur.
Peut-être que cette expression répétée du combat collectif, est-elle un rappel, une invite adressée aux jeunes joueurs, pour qu'ils aient à l'esprit que la solidarité du groupe sera certainement plus efficace que l'action uniquement individuelle .
En tout cas, ce parralèle entre le kata et la faena me parait riche de similitudes et d'enseignements, à ceci près que les maîtres du kata ne ressemblent heureusement pas, par leur réserve, leur silence, leur sagesse, aux "Roger Couderc des callejons", dont les encouragements et les conseils s'adressent davantage, pour leur en mettre plein la vue et les esgourdes, aux publics des premiers rangs, ravis d'apprendre qu'ils ont tout près d'eux des "spécialistes", des "connaisseurs", et "des avis autorisés".
N'oublions pas non plus - j'insiste, parce que c'est un problème préoccupant, dont nous sommes souvent les témoins - les conséquences de la consommation excessive d'alcool chez beaucoup de jeunes : au point que, travail, effort, ascèse, discipline, retenue, qui ont marqué notre éducation plutôt rigoureuse, sont autant de notions qui paraissent tellement contraignantes, pour cette génération à qui on a beaucoup donné,sans contrepartie.
Mais peut-être suis-je un vieil ayatollha intégriste, comme certains échos le propagent ?

Xavier KLEIN a dit…

J'admets l'objection possible de Ludo. Sauf qu'elle ne s'applique que rarissimement avec pertinence. Et que la plupart du temps on veut nous faire passer des V6 pour des lents ternes.
Savez-vous qu'à la scala de Milan, des spécialistes de la claque sont toujours payés par les chanteurs ou leurs impresarios pour lancer les applaudissements, les exclamations, voire siffler les rivaux?
Je serais favorable à une interdiction du règlement de manifester dans le callejon, une sorte de devoir de réserve: on ne peut être juge et partie.
Ceci dit, me trouvant impliqué à Orthez, je me suis surpris à manifester dans le callejon: un vieux réflexe de tendido!
Non, Pedrito, tu n'es pas ringard. J'officie comme Principal de collège. Et en tant que tel, je suis tout particulièrement exigeant. Quand les anciens élèves reviennent, ils nous en remercient.
Mais si des coups de pied au cul se perdent, ce sont la plupart du temps par les parents. Les mômes ont toujours été des mômes, c'est le monde des adultes qui a changé et la perte des valeurs humanistes devant la poussée du libéralisme et l'individualisme forcené.
Que signifie encore le collectif quand on enjoint de partout aux gens de "se vendre"? Que signifie encore les mots "solidarité", "partage", "générosité", "gratuité", "idéal", quand l'étalon de tout est devenu l'argent et l'intérêt personnel?
Je me refuse à baisser les bras ayant pleinement conscience d'être aux avant-postes de la ligne de feu. Mais dans 10 ans, je serai à la retraite et remplacé par une génération de jeunes cadres dynamiques, jolis, propres sur eux, consensuels tout pleins, politiquement pas contrariants: des courroies de transmissions parfaitement huilées et fonctionnelles!
Faut-il devenir pessimiste?

Marc Delon a dit…

Oh là laaa... y'a des idées reçues par ici... des caricatures idéologiques...

Pessimiste, non, mais réaliste ! Le monde, la vie, n'est qu'une grande compétition. Il ne me plait pas particulièrement de la faire et la faire dans le travail par exemple, n'est pas forcément enfoncer ses voisins ou couillonner ses petits camarades pour avoir le poste, mais juste se signaler disponible, agréable et compétent pour qu'on sache que l'on peut éventuellement faire appel à vous (client, patient, employeur, etc...) . Ce que tu appelles "se vendre" peut-être ?
Il faut admettre qu'il y a des secteurs plus agressifs que d'être secrétaire à la DDE ou guichetier à la poste. Et qu'est-ce que ça veut dire "solidarité" quand tu es un jeune qui cherche du travail et qu'ils sont trente à se présenter pour le poste ? Ca ne peut commencer qu'après la solidarité, quand tu as été embauché et que tu travaille avec une équipe qui oeuvre dans le même but, c'est évident ! Et ce n'est pas parce que je suis un professionnel libéral (Un gros mot libéral ? seul) qui n'a pratiqué que des sports individuels (encore seul)que je n'y connais rien à la solidarité, que je suis un fauve cupide ! Ca ça dépend plutôt de mes parents, de mon éducation, de mes fréquentations et de mes lectures, de tout ce qui a forgé ma morale personnelle. A quoi sert par exemple, cette hypocrisie messieurs les enseignants, cette démagogie politique consistant à donner le bac à 85% des élèves alors que les grandes écoles à juste titre s'en foutent (et admettent sur concours ou dossier )puisque cela ne correspond plus à un niveau minimal avéré. Expérience relaté par mon fils : seulement 25% d'étudiants en droit admis en 2è année ! Des profs obligés de perdre du temps à expliquer ce qu'on explique à l'âge de la maternelle : d'abord, quand vous m'adressez la parole vous quittez votre casquette, ensuite vous crachez votre chewing-gum, vous vous êtes habillé pour cet oral comme pour aller transpirer sur un stade ou au déménagement d'un copain, vous n'articulez même pas intelligiblement en formulant vos phrases de façon compréhensible...etc
Certes l'enseignement n'est pas l'éducation individuelle et la faillite est plutôt parentale mais pourquoi tout le long de la scolarité leur faire croire que le monde du travail c'est aussi cool qu'à l'école avec ces enseignants super tolérants, presque des éduc-spé... et qu'ils vont avoir accès à tout ? Il est particulièrement révoltant de voir un instit inquiété par la justice pour avoir donné une beigne à un merdeux qui le traitait de connard, non ? On en a reçu, (on reprenait le double à la maison) on ne fait pas pour autant des séjours en hôpitaux psy...(je n'ai pas dis que c'était une bonne méthode éducative les beignes, hein... mais bon, aller au procès, mettre en danger la carrière de l'enseignant quand il y en a une qui s'échappe me parait trés exagéré...)
Et je ne sais pas si la nature humaine a vraiment changé... On en a connu des "humanistes" qui l'étaient tant qu'ils étaient "pauvres" et qui au moindre gâteau découvert sont partis avec, sans proposition de le partager...
Et à "l'humaniste" qui était spontanément solidaire avec vous parce qu'il vous croyait aussi "pauvre" que lui, je préfère mille fois, celui, plus authentique, qui ne se désolidarise pas de vous quand il s'aperçoit que vous êtes beaucoup plus aisé que lui. Il semble qu'à certains cela apparaisse comme quasi insupportable voire un véritable délit ou une trahison...
j'en parlais encore il y a peu avec une amie artiste étrangère travaillant en France qui avait tout un tas d'amis artistes muy sympaticos jusqu'à ce qu'ils s'aperçoivent que son atelier à elle n'était pas un cagibi délabré et obscur de 15m2 mais un loft lumineux de 300, que son père était milliardaire et qu'elle vivait de ses rentes sans connaitre la moindre galère : elle était devenue absolument infréquentable ! Tant pis pour eux cette fille a le coeur sur la main, ils ne le sauront jamais. (y'a une morale !)et bien sûr les "artistes" (c'est souvent auto-proclamé ça, non ?) sont toujours prompts à vanter leur tolérance et leur ouverture d'esprit et à nous conseiller sur les conduites à tenir face aux problèmes de la société.
Enfin, parfois d'accord quand même, oui la corrida est un art martial, quant aux encouragements du callejon, si on enlève ceux voulant influencer le public,il peut rester ceux qui rompent l'isolement d'un type en danger et à la dérive (c'est tellement difficile le toreo...)quand il est novillero ! et ceux de la joie sincère de partager, la foule est si violente...

Anonyme a dit…

Absolument d’accord sur l’ensemble de votre texte. En judo toutefois, le compétiteur à droit souvent à des conseils proférés du bord du tatami. Ce qui m’a toujours plus ou moins énervé, car ceux des gradins n’ont que les sensations de la tenue du judogi sur leurs propres combats avec leurs capacités intrinsèques. Ils conseillent avec leurs ressentis intimes, mais ne savent pas ce que ressent leur copain pendant les 5 minutes (7 en ½ et finales) intensives puisqu’ils ne sont pas lui. Même si j’ai été compétiteur, j’ai toujours préféré le kata, et j’y ai trouvé ce que vous décrivez.
A la notion de Senseï que vous définissez si justement, l’on peut y apposer une perception occidentale. La recherche de la connaissance à laquelle permet d’accéder le kata, peut aussi s’approcher avec la possibilité de rechercher et d’observer les sources. De cette manière que décrit Karl R. Popper dans l’un de ses essais. Une manière applicable au kata mais aussi à la tauromachie, à condition que le maître soit perçu comme le sens littéral du Senseï. Ce qui n’est pas gagné. C’est en ce sens que le kata et la tauromachie ne sont pas des arts pour moi, mais bien des sciences, car tous deux donnent l’accès scientifique afin de réaliser le combat.
Juste une dernière observation, la définition que vous donnez sur l’apprentissage de l’élève vis à vis du Senseï, n’est pas transposable qu’en tauromachie. Elle se retrouve aussi dans d’autres domaines, dont un que j’ai modestement « étudié » dernièrement et dont je vous ai entretenu. Là aussi à condition d’appliquer la bonne traduction du mot « maître ».
En tout cas Xavier, merci de cette mise en perspective, car ce n’est pas évident à réaliser et de plus à intéresser de la sorte le lecteur.

bruno a dit…

Xavier,
Suis pommé ,moi qui ai fait du judo
suis ok sur ton article sachant que mezigue le nom des prises il s'en tapait et que mon seul but etait par deux prises "a gusto ",le balayage et le 2 ème d'epaule de foutre en l'air mon adversaire et sans nombrilisme j'ai pas autant de trophés que notre sinistre president de l'OCT ,j'avoue que cela plaise ou deplaise ils sont dans mes neurones maintenant rinçés à l'eau claire .
Pour ce qui est d'une thése et d'un parallele entre les deux j'avoue encore qu'etant surement mauvais aficionado j'ai du mal ,comme je vais avoir mal à faire la mienne entre anarchie et tauromachie,mais bon c'est pas grave suis assez zen pour en prendre plein la gueule et je le dois surement au judo mais quand à voir hurler Castella ,Morante ou autre avant d'executer la suerte supreme suis circonspect ou con tout cours et etant vous des aficionados de verdad je crois encore passer à cote de la plaque,car je n'adhere pas une seconde au binome rugby corrida ,...et pour ce faire demandons aux Espagnols si Nadal perfusé qui a pris une branlee ce jour a un service a la mesure de nos plus grands matadors j'ai des doutes....
bon j'arrete la demain je vais relire ,faut rester zen devant les toros oui!faut il assimiler les arts martiaux à la tauromachie,j'en sais rien et surtout garde le comment bidochon pour toi sinon je vais encore taxe d'adjectifs ...qui in fine ne font pas perdre ma connerie indelebile.

Anonyme a dit…

Bruno,
le parallèle entre anarchie et tauromachie est possible. Je ne suis pas anarchiste, j'ai tout de même un peu regardé le sujet en d'autres temps. Pour des copains militants, j'ai même fait un texte qui s'intitulait "de la République vengeresse à l'anarchisme justicier". Sans vouloir trouver partout des similitudes, j'en ai perçu entre la tauromachie et l'anarchisme.
Si vous voulez qu'on échange sur le sujet, Xavier possède mon adresse courriel. (c'est juste une proposition pour le plaisir de l'échange).
Lionel