«Je choisirai le paradis pour le climat, et l'enfer pour la compagnie.»
Mark TWAIN
ATTENTION, C’EST LONG (et peut-être chiant)!!!
Notre société vit une situation parfaitement schizophrène, j’emploie le mot à dessein.
Dans les lycées et collèges, depuis dix ans, on assiste à une progression exponentielle des problèmes psychologiques, tant dans leur fréquence que dans leur gravité. C’est le signe néfaste d’une société pathogène.
Dans le même temps, les recours possibles à cette évolution désastreuse se font de plus en plus rares. Essayer d’obtenir un rendez-vous rapide avec un «psy» pour traiter d’une urgence devient une gageure, surtout en zone rurale. En outre, cela suppose des contingences difficiles à surmonter (coût, distance, etc.).
En France, la pédopsychiatrie est une discipline sinistrée par pénurie de praticiens et c’est une calamité.
Lorsqu’on parvient enfin, après des semaines de travail, d’échanges, à convaincre une famille de consulter, lorsqu'il est temps de «battre le fer lorsqu’il est chaud», on se heurte à des rendez-vous à 5 semaines (au mieux), incluant un déplacement de 50 kms. La démarche de consulter étant par elle-même difficile, on voit qu’un tel parcours du combattant décourage les meilleures volontés, surtout quand la thérapie s’effectue ensuite sur la durée: les souffrances de l’âme ne se résolvent pas avec une pilule et trois cachetons…
Le paradoxe absolu réside dans le fait que légalement toute démarche thérapeutique repose sur l’adhésion des familles, sans laquelle rien n’est possible. On rencontre ainsi des situations inextricables où des cas d’anorexie ou des troubles graves du comportement ne sont pas traités parce que les familles regimbent. On constate alors impuissant, des mômes se dégrader lentement et arriver à la dernière extrémité alors qu'une prise en charge diligente aurait remédié à leurs problèmes.
Et voilà donc la farce sociale de notre époque: par démagogie on laisse à des familles tout loisir de s’abstenir de traiter des cas lourds et parallèlement, d’aucuns prétendent interdire l’entrée des arènes aux mineurs aux motifs de traumatismes psychologiques.
On nie la responsabilité de la famille et des parents pour une pécadille, et on requiert son assentiment obligatoire pour une pathologie sérieuse. Allez comprendre quelque chose!
Au cas où certains en douteraient, je tiens à leur disposition des dizaines de cas très précis.
En fait, ce qui est tout à fait extraordinaire, c’est qu’il convient en matière «psy», comme en toute chose, de savoir raison garder. Les courants, les écoles et les modes se sont succédés et parfois contrariés. Cela ne remet nullement en cause le sérieux et l’utilité de la profession, il convient d’éviter le «poujadisme anti-psy» et les commentaires de Café du Commerce.
Ceci dit, on sait que le gourou américain des années 60, le Docteur Benjamin SPOCK, chantre d’une éducation permissive (c’est du moins la caricature qu’on en a fait), a aussi raconté beaucoup de bêtises avant de faire amende honorable dans ses dernières productions au crépuscule de sa vie.
La psychiatrie, comme science humaine et sociale est le reflet de son environnement et de la société où elle vit. Un psychiatre soviétique des années 60 n’avait que peu de chose à voir avec son contemporain français ou américain.
De même, la vision et la pratique de grands défricheurs comme Bruno BETTELHEIM ou Françoise DOLTO sont remis en cause, par exemple par Didier PLEUX («De l’enfant roi à l’enfant tyran»).
Où est la vérité? Existe t-il, peut-il exister un savoir absolu, objectif et définitif?
J’ai souvent observé que les «dérives» étaient souvent le fait non des pionniers, mais des «aménageurs» de pensée, des successeurs. Vous savez, ces obsédés de la réponse qui, dans un système d’école viennent s’efforcer de tout faire coller, alors que la plupart des avancées décisives et des interrogations utiles de leurs illustres devanciers provenaient justement de ce qui ne collait pas (rêves, mots d'esprits, actes manqués, lapsus).
En sciences humaines, la règle absolue me paraît être de toujours procéder par INDUCTION et non par DEDUCTION. C’est par l’analyse des effets qu’on remonte à la cause. On observe, on constate, on analyse, puis on formule des hypothèses et EVENTUELLEMENT on théorise au vu de la fréquence et de la répétition du phénomène.
C’est pourtant cette démarche déductive que des modernes Diafoirus tentent d’imposer avec le débat en cours sur l’accès des mineurs aux arènes. On peut légitimement s’interroger sur le nombre de cas cliniques d’enfants «traumatisés» par la corrida examinés par le collectif de «psys» signataires de l’appel de J.P. RICHIER (http://www.allianceanticorrida.fr/Docs_atelecharger/motion-richier.pdf), surtout qu’à la lecture des origines géographiques, on en voit peu dont les ouailles sont régulièrement en contact avec la corrida.
Leur position est donc une (im)posture théorique qui ne s’appuie sur aucune constatation clinique en matière de corrida. C’est à dire l’exact opposé de la démarche menée par les grands noms de la psychanalyse, Freud en tête, dont toutes les découvertes procèdent d'une observation clinique minutieuse. Tout cela relève donc d’une malhonnêteté intellectuelle majuscule.
On finit toujours par trouver ce que l’on cherche. En l’espèce, un traumatisme. La belle affaire!
Le problème avec ces putains de traumatismes, c’est que le même événement aura des conséquences et une portée très variables selon les patients.
En outre, un traumatisme peut en cacher un autre, c’est même le plus souvent un train qui cache toute une gare. Derrière «l’événement fondateur», le «trauma originel», il y a tout le terreau des peurs, des hontes, des souffrances qu’il vient réveiller, réactiver. On peut donc parfois considérer un traumatisme, non comme un point de départ, mais comme le catalyseur qui vient déclencher une réaction du préexistant, une perturbation qui remet en cause un équilibre déjà instable.
A ce compte là, chez un enfant, tout peut faire traumatisme, la mort du petit chat comme la démence du grand-père ou l’agression verbale d’un camarade.
On entre dés lors dans la philosophie: c’est le syndrome de Siddartha, le futur Bouddha, que son cher papa-roi-(psychiatre richierien?) avait voulu préserver de la confrontation avec la vieillesse, la souffrance, la maladie et la mort, en le maintenant dans l’enceinte protectrice du palais.
Peut-on, doit-on éviter les traumatismes, ou bien doit-on, peut-on apprendre à les vivre et à les surmonter? That is THE question. Une question qui concerne le philosophe avant d’interpeller le psychiatre. Le philosophe mais également l’éducateur, qu’il soit parent ou pédagogue, qui doit conduire un enfant vers l’âge adulte, sa complexité, sa luxuriance, ses joies et ses épreuves, en le préparant non à s'y soustraire mais à les affronter.
A une société qui prétend avec arrogance se dégager de ces choses bien embarrassantes comme Monsieur Siddartha senior voulait le faire avec son fiston, comme si l’on pouvait éviter de souffrir, d’avoir peur, d’avoir honte, je préfère penser une société où l’on apprend à s’y confronter, à les affronter, à les gérer.
Cela ne sous-entend nullement une apologie de la honte, de la souffrance ou de la mort, encore moins qu’on les favorise. Cela implique seulement qu’on ne se dérobe pas à la réalité, qu’on ne la cache pas, qu’on ne la maquille pas, et par dessus tout que par décret et prohibition on se prédispose au déni.
Certaines obsessions sont troublantes. Ainsi au Moyen-Orient, connaît-on le quotidien des Palestiniens, les gamins lanceurs de pierre qui tombent sous les balles, la promiscuité et la misère, le chômage et l’éducation déficiente, la condition des filles.
Très bien tout cela, mais pour certains, cela ne représente rien ou si peu de chose au regard de la situation tragique d’un chiot imbibé d’essence et calciné, un traumatisme majeur qui mobilise les énergies pour retrouver les coupables (http://margarida.over-blog.com.over-blog.com/article-message-du-dr-jean-paul-richier-trois-jeunes-ont-immoles-un-chiot-par-le-feu-83754149.html).
Pendant que la situation des clébards sarrazins s'améliore, celle des loupiots maures n'évolue guère.
La conclusion s'impose: en Palestine, pour apitoyer, le destin d’un chien importe plus que celui d’un gosse!
Mickey, c’est le héraut de l’optimisme et de la bonne conscience américaine. Vous savez, ces bons p’tits gars qui vont lutter contre l’axe du mal, partent pleins de merveilleux sentiments et finissent par flinguer tout ce qui bouge en Irak ou en Afghanistan, urinent sur les prisonniers ou les torturent, videos et photos à l’appui. Tout cela parce qu'on ne leur a jamais appris que cela aussi, cette sauvagerie, ils la portaient en eux.
Dans le Mickey’s word, rien n’est traumatisant –une escouade de psys waltdisneyisés y veille…- les gentils triomphent et les enfoirés morflent toujours. Rassurant isn’t it?
Mickey est doté d’une éternelle jeunesse, asexué certes mais doté ad vitam eternam d’une queue qui frétille mais ne raidit jamais. Propre sur lui mais célibataire, il se contente de relations, épisodiques, distanciées et platoniques avec une Minnie-potiche. On n'ose songer à la salacité de ses huis clos vaticanesques avec ses neveux...
Dans son univers stérilisé, les canards (Donald Duck) ou les chiens (Dingo) sont anthropomorphes, une souris a la même taille qu’un canard ou qu’un chien. Toutes ces bonnes gens ne meurent pas, ne souffrent pas, poursuivent cette utopie américaine constitutionnelle de la «recherche du bonheur» («tous les hommes sont créés égaux; ils sont dotés par le Créateur de certains droits inaliénables; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur.»). Une vraie représentation de la condition humaine...
Pas de sexe, pas de mort, pas de tuerie, pas de maladie, pas de vieillesse, une issue heureuse à tout problème, les affreux Rapetout (des immigrés illégaux italiens ou chicanos sans doute) finissent au bagne, oncle Picsou n’est pas taxé sur la fortune, Bambi ne termine pas boulotté par les chacaux, Simba le lion est un self made man, les 7 nains ne se tapent pas Blanche-Neige, à qui cela dégagerait pourtant les écoutilles.
Bref! tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. Un vrai programme du Tea Party, les prières propritiatoires mises à part!
Cette Weltanschauung (conception du mode) me révulse au plus haut point, ne serait-ce que parce qu’elle distille la vision d'une humanité trompeuse et favorise une immaturité perpétuelle.
On est loin des archétypes européens, des contes de Grimm ou de Perrault qui n’ont rien de naïf et de gentillet, du cynisme réaliste des fables de La Fontaine, de l’initiatique «Alice au Pays des Merveilles» ou de l’ambivalence sado-maso des «Malheurs de Sophie». A peine voilés, on y met en scène la trouble ambiguïté de l’humain, les Barbe-Bleues ogresques et pédophiles, la vindicte impitoyable et mortifère des belles-mères, les crises oedipiennes paroxysmiques, les désirs inavouables. Toutes insanités dont les enfants ont une conscience confuse, même si on les prend généralement pour des cons.
Point ne nous en chaut que certains trouvent leur jouissance à enquêter sur des hot-dogs (chiens chauds) bédouins, mais surtout que ces prédicateurs ne prétendent pas nous imposer des valeurs qui ne sont pas les nôtres, au nom de diagnostics non étayés et d’analyses tendancieuses.
De grâce, ne nous imposez ni vos fantasmes, ni vos phobies, nous garderons les nôtres pour nous, dans le secret des ruedos…
Xavier KLEIN


















