Humeurs taurines et éclectiques

lundi 30 janvier 2012

Mickey est un con (fin)

«Je choisirai le paradis pour le climat, et l'enfer pour la compagnie.»
Mark TWAIN

ATTENTION, C’EST LONG (et peut-être chiant)!!!


Notre société vit une situation parfaitement schizophrène, j’emploie le mot à dessein.
Dans les lycées et collèges, depuis dix ans, on assiste à une progression exponentielle des problèmes psychologiques, tant dans leur fréquence que dans leur gravité. C’est le signe néfaste d’une société pathogène.
Dans le même temps, les recours possibles à cette évolution désastreuse se font de plus en plus rares. Essayer d’obtenir un rendez-vous rapide avec un «psy» pour traiter d’une urgence devient une gageure, surtout en zone rurale. En outre, cela suppose des contingences difficiles à surmonter (coût, distance, etc.).
En France, la pédopsychiatrie est une discipline sinistrée par pénurie de praticiens et c’est une calamité.

Lorsqu’on parvient enfin, après des semaines de travail, d’échanges, à convaincre une famille de consulter, lorsqu'il est temps de «battre le fer lorsqu’il est chaud», on se heurte à des rendez-vous à 5 semaines (au mieux), incluant un déplacement de 50 kms. La démarche de consulter étant par elle-même difficile, on voit qu’un tel parcours du combattant décourage les meilleures volontés, surtout quand la thérapie s’effectue ensuite sur la durée: les souffrances de l’âme ne se résolvent pas avec une pilule et trois cachetons…

Le paradoxe absolu réside dans le fait que légalement toute démarche thérapeutique repose sur l’adhésion des familles, sans laquelle rien n’est possible. On rencontre ainsi des situations inextricables où des cas d’anorexie ou des troubles graves du comportement ne sont pas traités parce que les familles regimbent. On constate alors impuissant, des mômes se dégrader lentement et arriver à la dernière extrémité alors qu'une prise en charge diligente aurait remédié à leurs problèmes.
Et voilà donc la farce sociale de notre époque: par démagogie on laisse à des familles tout loisir de s’abstenir de traiter des cas lourds et parallèlement, d’aucuns prétendent interdire l’entrée des arènes aux mineurs aux motifs de traumatismes psychologiques.
On nie la responsabilité de la famille et des parents pour une pécadille, et on requiert son assentiment obligatoire pour une pathologie sérieuse. Allez comprendre quelque chose!
Au cas où certains en douteraient, je tiens à leur disposition des dizaines de cas très précis.

En fait, ce qui est tout à fait extraordinaire, c’est  qu’il convient en matière «psy», comme en toute chose, de savoir raison garder. Les courants, les écoles et les modes se sont succédés et parfois contrariés. Cela ne remet nullement en cause le sérieux et l’utilité de la profession, il convient d’éviter le «poujadisme anti-psy» et les commentaires de Café du Commerce.
Ceci dit, on sait que le gourou américain des années 60, le Docteur Benjamin SPOCK, chantre d’une éducation permissive (c’est du moins la caricature qu’on en a fait), a aussi raconté beaucoup de bêtises avant de faire amende honorable dans ses dernières productions au crépuscule de sa vie.

La psychiatrie, comme science humaine et sociale est le reflet de son environnement et de la société où elle vit. Un psychiatre soviétique des années 60 n’avait que peu de chose à voir avec son contemporain français ou américain.
De même, la vision et la pratique de grands défricheurs comme Bruno BETTELHEIM ou Françoise DOLTO sont remis en cause, par exemple par Didier PLEUXDe l’enfant roi à l’enfant tyran»).
Où est la vérité? Existe t-il, peut-il exister un savoir absolu, objectif et définitif?

J’ai souvent observé que les «dérives» étaient souvent le fait non des pionniers, mais des «aménageurs» de pensée, des successeurs. Vous savez, ces obsédés de la réponse qui, dans un système d’école viennent s’efforcer de tout faire coller, alors que la plupart des avancées décisives et des interrogations utiles de leurs illustres devanciers provenaient justement de ce qui ne collait pas (rêves, mots d'esprits, actes manqués, lapsus).
En sciences humaines, la règle absolue me paraît être de toujours procéder par INDUCTION et non par DEDUCTION. C’est par l’analyse des effets qu’on remonte à la cause. On observe, on constate, on analyse, puis on formule des hypothèses et EVENTUELLEMENT on théorise au vu de la fréquence et de la répétition du phénomène.

C’est pourtant cette démarche déductive que des modernes Diafoirus tentent d’imposer avec le débat en cours sur l’accès des mineurs aux arènes. On peut légitimement s’interroger sur le nombre de cas cliniques d’enfants «traumatisés» par la corrida examinés par le collectif de «psys» signataires de l’appel de J.P. RICHIER (http://www.allianceanticorrida.fr/Docs_atelecharger/motion-richier.pdf), surtout qu’à la lecture des origines géographiques, on en voit peu dont les ouailles sont régulièrement en contact avec la corrida.
Leur position est donc une (im)posture théorique qui ne s’appuie sur aucune constatation clinique en matière de corrida. C’est à dire l’exact opposé de la démarche menée par les grands noms de la psychanalyse, Freud en tête, dont toutes les découvertes procèdent d'une observation clinique minutieuse. Tout cela relève donc d’une malhonnêteté intellectuelle majuscule.

On finit toujours par trouver ce que l’on cherche. En l’espèce, un traumatisme. La belle affaire!
Le problème avec ces putains de traumatismes, c’est que le même événement aura des conséquences et une portée très variables selon les patients.
En outre, un traumatisme peut en cacher un autre, c’est même le plus souvent un train qui cache toute une gare. Derrière «l’événement fondateur», le «trauma originel», il y a tout le terreau des peurs, des hontes, des souffrances qu’il vient réveiller, réactiver. On peut donc parfois considérer un traumatisme, non comme un point de départ, mais comme le catalyseur qui vient déclencher une réaction du préexistant, une perturbation qui remet en cause un équilibre déjà instable.
A ce compte là, chez un enfant, tout peut faire traumatisme, la mort du petit chat comme la démence du grand-père ou l’agression verbale d’un camarade.

On entre dés lors dans la philosophie: c’est le syndrome de Siddartha, le futur Bouddha, que son cher papa-roi-(psychiatre richierien?) avait voulu préserver de la confrontation avec la vieillesse, la souffrance, la maladie et la mort, en le maintenant dans l’enceinte protectrice du palais.
Peut-on, doit-on éviter les traumatismes, ou bien doit-on, peut-on apprendre à les vivre et à les surmonter? That is THE question. Une question qui concerne le philosophe avant d’interpeller le psychiatre. Le philosophe mais également l’éducateur, qu’il soit parent ou pédagogue, qui doit conduire un enfant vers l’âge adulte, sa complexité, sa luxuriance, ses joies et ses épreuves, en le préparant non à s'y soustraire mais à les affronter.
A une société qui prétend avec arrogance se dégager de ces choses bien embarrassantes comme Monsieur Siddartha senior voulait le faire avec son fiston, comme si l’on pouvait éviter de souffrir, d’avoir peur, d’avoir honte, je préfère penser une société où l’on apprend à s’y confronter, à les affronter, à les gérer.
Cela ne sous-entend nullement une apologie de la honte, de la souffrance ou de la mort, encore moins qu’on les favorise. Cela implique seulement qu’on ne se dérobe pas à la réalité, qu’on ne la cache pas, qu’on ne la maquille pas, et par dessus tout que par décret et prohibition on se prédispose au déni.

Certaines obsessions sont troublantes. Ainsi au Moyen-Orient, connaît-on le quotidien des Palestiniens, les gamins lanceurs de pierre qui tombent sous les balles, la promiscuité et la misère, le chômage et l’éducation déficiente, la condition des filles.
Très bien tout cela, mais pour certains, cela ne représente rien ou si peu de chose au regard de la situation tragique d’un chiot imbibé d’essence et calciné, un traumatisme majeur qui mobilise les énergies pour retrouver les coupables (http://margarida.over-blog.com.over-blog.com/article-message-du-dr-jean-paul-richier-trois-jeunes-ont-immoles-un-chiot-par-le-feu-83754149.html).
Pendant que la situation des clébards sarrazins s'améliore, celle des loupiots maures n'évolue guère.
La conclusion s'impose: en Palestine, pour apitoyer, le destin d’un chien importe plus que celui d’un gosse!

 En cela, nous revenons et nous concluons sur Mickey.
Mickey, c’est le héraut de l’optimisme et de la bonne conscience américaine. Vous savez, ces bons p’tits gars qui vont lutter contre l’axe du mal, partent pleins de merveilleux sentiments et finissent par flinguer tout ce qui bouge en Irak ou en Afghanistan, urinent sur les prisonniers ou les torturent, videos et photos à l’appui. Tout cela parce qu'on ne leur a jamais appris que cela aussi, cette sauvagerie, ils la portaient en eux.

Dans le Mickey’s word, rien n’est traumatisant –une escouade de psys waltdisneyisés y veille…- les gentils triomphent et les enfoirés morflent toujours. Rassurant isn’t it?
Mickey est doté d’une éternelle jeunesse, asexué certes mais doté ad vitam eternam d’une queue qui frétille mais ne raidit jamais. Propre sur lui mais célibataire, il se contente de relations, épisodiques, distanciées et platoniques avec une Minnie-potiche. On n'ose songer à la salacité de ses huis clos vaticanesques avec ses neveux...

Dans son univers stérilisé, les canards (Donald Duck) ou les chiens (Dingo) sont anthropomorphes, une souris a la même taille qu’un canard ou qu’un chien. Toutes ces bonnes gens ne meurent pas, ne souffrent pas, poursuivent cette utopie américaine constitutionnelle de la «recherche du bonheur» («tous les hommes sont créés égaux; ils sont dotés par le Créateur de certains droits inaliénables; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur.»). Une vraie représentation de la condition humaine...
Pas de sexe, pas de mort, pas de tuerie, pas de maladie, pas de vieillesse, une issue heureuse à tout problème, les affreux Rapetout (des immigrés illégaux italiens ou chicanos sans doute) finissent au bagne, oncle Picsou n’est pas taxé sur la fortune, Bambi ne termine pas boulotté par les chacaux, Simba le lion est un self made man, les 7 nains ne se tapent pas Blanche-Neige, à qui cela dégagerait pourtant les écoutilles.
Bref! tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. Un vrai programme du Tea Party, les prières propritiatoires mises à part!

Cette Weltanschauung (conception du mode) me révulse au plus haut point, ne serait-ce que parce qu’elle distille la vision d'une humanité trompeuse et favorise une immaturité perpétuelle.
On est loin des archétypes européens, des contes de Grimm ou de Perrault qui n’ont rien de naïf et de gentillet, du cynisme réaliste des fables de La Fontaine, de l’initiatique «Alice au Pays des Merveilles» ou de l’ambivalence sado-maso des «Malheurs de Sophie». A peine voilés, on y met en scène la trouble ambiguïté de l’humain, les Barbe-Bleues ogresques et pédophiles, la vindicte impitoyable et mortifère des belles-mères, les crises oedipiennes paroxysmiques, les désirs inavouables. Toutes insanités dont les enfants ont une conscience confuse, même si on les prend généralement pour des cons.
Point ne nous en chaut que certains trouvent leur jouissance à enquêter sur des hot-dogs (chiens chauds) bédouins, mais surtout que ces prédicateurs ne prétendent pas nous imposer des valeurs qui ne sont pas les nôtres, au nom de diagnostics non étayés et d’analyses tendancieuses.
De grâce, ne nous imposez ni vos fantasmes, ni vos phobies, nous garderons les nôtres pour nous, dans le secret des ruedos
Xavier KLEIN

Mickey est un con (le retour)

Lorsque j’étais gamin, mes parents étaient extrêmement regardants sur mes lectures en général.
Je me souviens que mon père (qui lit régulièrement La Brega) avait été quelque peu marri et interloqué que mon professeur d’histoire de 6èm me donnât à lire la «Vie des 12 césars» de Suetone, une réaction bien compréhensible au regard du récit très cru des turpitudes impériales romaines.
Il en allait de même des magazines de jeunes.

Pour résumer à l’usage des moins de 50 piges, les diverses publications des sixties auraient pu se classer en fonction de l’éventail des divers courants d’opinion philosophiques, religieuses et politiques de la société française. En effet, la jeunesse (et sa formation) était l’enjeu d’une guerre d’influence redoutable depuis les années 30. Francas contre patronages, scouts contre éclaireurs, Jeunesses Communistes (JC) contre Jeunesses Ouvrières (ou étudiantes) Chrétiennes (JOC ou JEC), ça ferraillait dur pour capter et retenir les jeunes esprits. Tout cela est bien fini, heureusement!

Pour les publications juvéniles, on avait en gros le choix entre Tintin (Spirou et consorts), Astérix (Pilote), les rééditions de l’Epatant (Bibi Fricotin, les Pieds Nickelés), le Journal de Mickey et Vaillant, le Journal de Pif (dont très curieusement pour une publication d’obédience communiste, les scénaristes et dessinateurs venaient du journal Le Téméraire, seule revue collaborationniste pour la jeunesse durant l’Occupation).

A la maison, si Pilote et Astérix avaient franchement la côte, Tintin et Spirou vivotaient sans problèmes, par contre Mickey était dédaigné, quant à Pif, c’était le black-out.
Pendant des années je me suis donc procuré clandestinement (pardon Papa!) Pif gadget, dont j’appréciais particulièrement certains dessinateurs: Marcel Gotlib (Gai Luron puis la Rubrique à brac), Kalkus alias Mandryka (Le concombre masqué), Tabary (Corinne et Jeannot puis Iznogoud) et surtout Hugo Pratt (Corto Maltese). Je suivais avec passion les aventures de Rahan, du Docteur Justice ou du Grélé 7/13. Et pour Corto, c’était carrément de l’idolâtrie.

 Je n’ai jamais vraiment questionné mes parents sur leur inappétence manifeste à l’univers de Disney, mais je crois en discerner quelques ressorts, qui rejoignent mes préventions.

Sans vouloir paraître bégueule, les années 60 et 70 me paraissent avoir été un âge d’or de la BD, comme elles le furent de bien d'autres arts. Le foisonnement de nouveaux graphismes, de discours et de tons innovants, d’une originalité percutante me semblent demeuré inégalé. Tout cela allait de pair avec une créativité qui bouillonnait de partout, de la mode à la chanson, en passant par le cinéma ou la peinture.
On tenait pour ses «maîtres»: j’ai fait des kilomètres pour rencontrer et voir dessiner Pratt ou Philippe Druillet, dont on rapportait triomphalement des dessins originaux pour impressionner les copains et accessoirement les filles, comme j’en ai fait autant pour vivre un concert de Frank Zappa ou de Creedence Clearwater Revival.
Le dénominateur commun de l’ensemble des artistes de ces années de créativité maximale tenait à une base culturelle et surtout technique solides, à un travail acharné, à un mépris des modes et à une imagination créatrice débridée.
Aucun n’est passé par la matrice d’une télé omniprésente, d’un internet envahissant, d’un «bien-disant» culturel standardisé. Chacun a ouvert des voies, a balbutié de nouveaux langages, a exploré des terres inconnues.
Quand on y regarde de plus près, on constate que l’ensemble de ce mouvement des sixties, seventies, s’est édifié sur un socle culturel classique, avec une formation classique, de techniques classiques et par dessus tout un travail acharné. Ce qui leur a permis de tout inventer ou réinventer. Zappa comme Gainsbourg ont fait leurs gammes et maîtrisé le solfège et la composition, avant que d'innover.

Quand on lit un livre, on peut tout imaginer. Personnages et décors prennent les formes qu’on leur choisit. Ainsi, chaque lecteur crée un univers dont lui seul a la clef, des visages dont lui seul pourra être amoureux. La rêverie peut s’épancher à l’infini, galoper dans des espaces illimités, ou au contraire s’enfoncer dans l’autre infini du minuscule.
Cette ascèse du rêve, cette académie de l’irréel est proscrite à ceux à qui l’on impose un imaginaire préfabriqué et exogène. C’est le cas actuellement.

La  génération Mickey -mais cela fait un moment que cela dure- ne peut à la fois être dans l'action (un leitmotiv très sarkozien) et dans la réflexion ou la rêverie. On ne peut passer son temps à twitter, à SMSer, télévorer et simultanément lire et rêver. On ne peut consommer passivement des images en permanence et mobiliser son imagination pour en créer.
Les premiers films de Disney que je visionnais («Blanche-Neige», «La Belle au bois dormant», «Le livre de la jungle») me déplurent terriblement parce que connaissant les histoires, ils venaient substituer et presque effacer les représentations imaginaires que je m'en faisais. Je me souviens, notamment pour le dernier, que j'avais éprouvé un quasi sentiment de souillure, d'autant que la version Disney dénature complètement le contenu et le message de Kipling.

Mon premier grief envers le «Disney word», c’est de procéder de la plus plate conformité.
Le second, c’est d’être dominé par l’american way of life et un substrat culturel très W.A.S.P. (white, anglo-saxon and protestant).
Disney serait un simple objet culturel innocent, cela ne serait nullement dérangeant. Un voyage aux States avec visite de Disneyland ou Disneyword, comme pur produits de l'american culture, pourquoi pas? Mais Disney est l'agent actif d'un impérialisme culturel qui s'assume pour mondialiser l'american way of life: ce qui est bon pour l'Amérique est bon pour le monde...
Le troisième, c’est de véhiculer sans le dire et l’air de rien, en sus de messages subliminaux identifiés, un message conservateur-libéral sous-jacent très prégnant bien qu’inidentifiable par le spectateur-consommateur (a fortiori par un enfant ou un adolescent).
Enfin et surtout, c’est un univers complètement dépoétisé et dirais-je, lénifiant et standardisé.
Il va de soi qu'il n'y a pas de rejet de la culture américaine en soi. Tous les mouvements artistiques et culturels des USA, de Jack London à Tennessee Williams, de Buster Keaton à John Cassavetes, de Gershwin à Miles Davis, etc. ont profondément enrichi le patrimoine humain.

On pourra rétorquer que ce désenchantement concerne l'ensemble des oeuvres portées à la scène ou à l'écran.
Sauf que Disney joue sur le répertoire de classiques ou d'oeuvres archétypales, comme s'il s'agissait d'aseptiser façon US un patrimoine culturel mondial. Sauf aussi que Disney ne se contente pas d'être un véhicule culturel, mais que c'est surtout une arme stratégique du soft power.
Ce n'est pas le cas de l'immense majorité de la production de dessins animés, et il ne suffit que d'évoquer la richesse de l'école tchèque, un réalisateur génial tel que Paul Grimault, ou l'intelligence poétique de Kiricou, pour prendre la mesure des autres possibles.

La prédominance de l'empire Disney et la sujetion culturelle qu'elle véhicule participe de l'intoxication générale des esprits. Bambi ou la famille Mouse font le lit d'une conception pervertie du rapport homme-animal. Une conception militante, comme celle portée par des émissions comme «Vivre avec les bêtes» sur France Inter (http://www.franceinter.fr/emission-vivre-avec-les-betes), managée par Elisabeth de Fontenay, grande prêtresse des «zantis». Comment s'en étonner avec un patron comme Philippe VAL, dont on espère être débarrassé avec les élections à venir.
Le jour où, sur cette radio du service public, on pourra également parler de corrida, de chasse, ou de tout autre rapport à l'animal, non conforme à la vulgate bisounours, et non subir un endoctrinement bestialiste insidieux, peut-être pourra t-on parler d'intelligence et de débat sérieux.
Pour l'heure, on subit le décervelage et le conditionnement. 
Xavier KLEIN
 La suite dans Mickey est un con (decrescendo)

vendredi 27 janvier 2012

Mickey est un con


Il faut vraiment travailler avec les enfants pour se rendre compte de l’appauvrissement général de l’imaginaire de nos chères têtes blondes. On navigue dans une conventionnalité des plus navrantes et une impossibilité de sortir des modèles imposés ou proposés par notre environnement.
Sans parler évidemment des instruments par lesquels cet imaginaire peut se concrétiser. Sur ce dernier point qu’il suffise d’évoquer l’impossibilité pour une majorité d’élèves de 3ème (14 ans) de REDIGER plus qu’une ½ page. Et dans le même temps, on ambitionne de les faire AR-GU-MEN-TER alors même qu’ils ne disposent pas du vocabulaire et des bases essentielle de la langue française. Créer, imaginer, conceptualiser, sans disposer des bases techniques et des éléments de base du langage est tout simplement utopique.
Quant à l’univers onirique des bambins, il se limite aux frontières de leur lucarne magique et de la bouillie qu’on leur fait ingurgiter depuis les feuilletons ou la télépoubelle aux mangas, à SuperMario, au gore, au slam à 2 centimes (art majeur) ou aux films de vampires.
Demandez de citer un grand poète et on vous répondra Jean-Jacques Goldman.

Cette situation trouve son origine dans l’évolution sociétale en cours depuis une trentaine d’année qui résulte de l’interaction de multiples facteurs.
Je ne suis nullement de ceux qui évoquent la larme à l’œil le «bon vieux temps», ni qui prennent leur pied à ronchonner contre les petits cons actuels.
Je constate seulement.
Un constat qui me porte à penser que par démagogie, par évolution de la société, par délitement démocratique comme l’évoque Raffaele Simone qui cite Tocqueville notre époque voit l’émergence d’«un pouvoir immense et tutélaire qui se charge d’assurer leur jouissance (…) et ne cherche qu'à les fixer irrévocablement dans l'enfance. Ce pouvoir aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu'ils ne songent qu'à se réjouir. Il pourvoit à leur sécurité (…) facilite leurs plaisirs (…) Il ne brise pas les volontés mais il les amollit (…), il éteint, il hébète.»
On en constate les effets partout, y compris et surtout sur «l’Ecole» à qui la société délègue la responsabilité de former (ou déformer…) les futurs citoyens.

De facto, le «fun» et la consommation devenant les références et les impératifs de base, on voit mal comment «l’Ecole» pourrait se soustraire à cette nouvelle dictature et éternellement nager à contre courant des injonctions et évolutions sociétales.
Quand le martelage télévisuel valorise les sitcoms ou les téléréalités débilitants où l’on valorise l’opposé même de ce que «l’Ecole» est censée inculquer, on comprend que nos mômes, gavés à l’envie de ce gruau vénéneux, non seulement se voient désorientés par des discours antagonistes, mais rechignent à considérer des valeurs infiniment moins affriolantes telles que l’effort, la tenue, la culture, le cran, la pudeur, la loyauté, l’amour-propre, le respect, etc, etc. (la liste pourrait durer des pages).
Cela, ce n’est nullement la responsabilité de «l’Ecole», ni même celle des politiques, c’est une évolution insidieuse, globale, mondialisée, pour tout dire civilisationnelle de l’ensemble du corps social.

Quand désormais 60% de gamins ont une télévision dans leur chambre, quand les refus pur et simple de travail se multiplient, aux motifs parfaitement assumés et cautionnés par les parents que «cela prend la tête», voire comme me l’a rétorqué benoîtement un père parce qu'«il s’en bat les couilles», on ne doit plus s’étonner de rien.
Comment combattre l’exhibitionnisme quand les reality shows montrent des Stars académiciens ou des «lofteurs» dans leur intimité quotidienne, baiser dans une piscine, étaler leurs fantasmes, leurs avanies?
Comment combattre le voyeurisme quand c’est la raison d'être et le moteur de ces émissions?
Comment leur expliquer des mots comme «pudeur»,  «retenue», «intimité», «intrusion»?
Comment pousser au travail, à l’effort, quand ces mêmes «héros», ces modèles valorisés se prélassent dans l’oisiveté et qu’au bout du compte, il en tirent bénéfice sans bourse délier?
Comment leur demander d’appliquer des règles élémentaires de savoir-vivre, de civilité, de respect quand les modèles se vautrent dans le laisser-aller le plus complet?
Suis-je vieux jeu, fossilisé, alzheimérisé de m’en offusquer et surtout de m’en inquiéter?
En tous cas, nous ne sommes plus crédibles, ou pour le moins plus audibles…

Bon an mal an, pour ouvrir nos élèves sur le monde, nous organisons un voyage scolaire d’une semaine. C’est l’aboutissement d’un travail de préparation, de recherche, et c’est le préalable à une exploitation pédagogique et à des productions (exposés, diaporamas, expositions, etc.).
Les destinations lointaines sont exclues pour cause de coût excessif (tous les élèves doivent pouvoir participer). Nous avons donc eu droit ces dernières années à «la Provence, des Césars à Picasso», à la Barcelone architecturale, à Madrid et ses musées, etc.
Une année, on envisagea diverses possibilités éminemment intéressantes dont Paris, lorsque une délégation de mamans pédagogiquement très motivées, sont venues me trouver.
Les musées, l’Assemblée Nationale, Notre Dame, le Panthéon, les Invalides, un parcours Victor Hugo ou le café de Flore sur les pas des existentialistes, c’est très bien mais tout de même poussiéreux, suranné, pour tout dire «ça prenait la tête» (sic).
Aussi, fortes du pouvoir que confère le fait de payer la moitié du voyage, les bergères s’étaient-elles mises en tête d’en commanditer certains objectifs.
Mi-taquin, mi-intrigué, j’attendis avec délectation la panacée qui allait révolutionner l’univers compassé des voyages pédagogiques. La réponse fut d’une platitude qui rompit net au gaudriolage envisagé.
........................................................EURODISNEY…………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………
Muni de tout le calme mobilisable, à l’article de l’apoplexie, je tentais d’expliquer aux matrones que Rodisney, n’était pas précisément un modèle pédagogique, qu’un collège de l’Education Nationale n’était ni une agence de voyage, ni une succursale du Club Med et que Mickey était certes très «fun», mais Totor Hugo et Quasimodo ou Jean Valtruc, hein, c’était quand même aut’ chose!
La plus accorte des rombières papillonnant des faucilles, munie d’un sourire des plus enjôleurs tenta de convaincre le gentil organisateur que sans doute étais-je un tantinet dépassé et que nonobstant mon arriération mentale, elle maintenait que Rodisney, permettait d’apprendre dans la joie, et que Mickey était un grand pédagogue.
Le dialogue de sourds s’éternisait sans que puisse s’entrevoir la moindre issue.
Devant tant de désarmante et charmante assurance, le monstre mysogine que je suis tenta d’épousseter la tonne de poussière antique dont on me revêtait et ne put que lui jeter de son air le plus sombre: «C’est parce que vous ne le connaissez pas bien: Mickey est un con!».
Parfois, il faut savoir conclure…
Xavier KLEIN
Peut-être une suite...
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mardi 24 janvier 2012

«Zantis» de tous les pays, unissez-vous!

Le 22 janvier 2012 quelques milliers de personnes (de 6 à 30000 selon les sources) ont participé à Paris à la «Marche pour la Vie».
Cet IVGthon existe depuis 2005 avec le soutien actif de la hiérarchie de l’Eglise Catholique.
En démocratie, il est sain, naturel et légitime que des citoyens se regroupent et manifestent pour défendre leurs idées et leur donner écho. Surtout lorsque ces idées sont parfaitement honorables et légitimes, ce qui est le cas.
On peut approuver ou désapprouver l’avortement –c’est un choix moral- mais l’une ou l’autre des positions me semblent parfaitement respectables si elle sont argumentées et défendues en conscience.
Personnellement, pour des raisons philosophiques et religieuses, la question me pose problème. Ma morale PERSONNELLE, c’est à dire la conception que j’ai de la vie des humains, me porte à répugner à l'idée d’avortement.
Pourtant, si j’avais été député lors du vote de la loi VEIL, j’aurais voté son adoption. Le législateur n’a pas, à mon sens, à témoigner de sa morale propre, de ses inclinations profondes, mais à considérer le droit, à défendre le bien public avec le maximum d'objectivité, c'est à dire en se contraignant à l'ascèse de bannir l'affect personnel pour s'obliger à l'exercice de la raison. Une apparente contradiction avec laquelle tous les humains se débattent en s'essayant désespérément à faire «coller tous les morceaux» d'une hypothétique et introuvable cohérence.

La loi VEIL a permis aux femmes françaises d’exercer la plus haute et la plus noble des prérogatives de l’être humain, lorsqu’il est libre, responsable et citoyen: le CHOIX. Un choix qui repose sur la morale de chacun, c’est à dire le respect des valeurs que chacun estime devoir conduire sa vie.
Ces valeurs sont propres à chaque humain et s’il peut les proposer, il ne saurait les imposer aux autres.
C’est ce qui fait toute la différence entre une démocratie et un système totalitaire, où la morale de quelques uns, même majoritaire, s’impose à tous.

Ce qui m’intéresse dans ce phénomène d’une manifestation publique, c’est qu’en dépit du fait que l’I.V.G. soit une réalité largement admise et répandue dans la population française, une minorité croyante et agissante persiste, contre vents et marée, à en combattre le principe.
Pourquoi pas? C’est leur problème.
Ce qui me dérange par contre, c’est qu’on ne contraint en rien celles qui ne le désirent pas à recourir à l’I.V.G. et donc que l’exercice de leur liberté n’est donc nullement menacé.
Il n’en demeure pas moins que nombre de militants anti-avortement veulent à tout prix imposer leur conception aux copains, usant pour ce faire d’arguments ou de moyens absolument ignobles. Et encore vivons nous en France! Aux USA, c’est encore pire. L’arme absolue, le maître-mot, que j’ai encore récemment entendu c’est: «Mais n’avez-vous donc aucune compassion?».
On retrouve là les «éléments de langage» et les procédés (très «mode» en ces temps électoraux!) communs à tous les fanatismes bien-pensants qui veulent imposer aux autres LEUR vérité, au nom de LEUR éthique.
Affiches immondes, discours moralistes, diabolisants et culpabilisateurs, activisme agressif, occupations de salles d’opérations: tout ceci ne vous rappelle rien?
Le parallèle avec les méthodes d'autres «zantis», corrida, cette fois là, est saisissant.

Il paraît qu’une manif des anti-corridas doit se dérouler d’ici peu à Paris. Gageons qu’elle réunira encore moins de monde que la «Marche pour la Vie» et pour un motif et sur un thème infiniment plus futile.
On y observera les mêmes ressorts argumentatifs, les mêmes thématiques moralisatrices, les mêmes appels à un sentimentalisme bêlant de Prisunic, la même tentative lobbyiste d’imposer à tous l’idéal de quelques uns au nom de la dictature compassionnelle.
Il paraît aussi qu'aux prochaines élections «les toros voteront!». Tant mieux, car si ces idées là triomphaient, ils n’auraient plus l’occasion de le faire, étant donné que sans corrida les toros braves n’auraient plus de raison d’exister et donc n’existeraient plus.
Comme chez Vian cette tête décapitée d’un cornu fichée sur un pieu assortie de cet écriteau: «Comme ça, tu ne recommencera plus.». La réponse absurde à une problématique aberrante.
Nous vivons une époque moderne…
Xavier KLEIN


lundi 16 janvier 2012

Qui va à la chasse perd sa place.

Photo Burladero.com
Lors de l’Assemblée Générale de l’U.V.T.F., une demande a été formulée pour proposer un vote de soutien à l’initiative du «G7», c’est à dire, pour ceux qui en ignoreraient encore, l’entente des 7 arènes françaises de 1ère catégorie pour imposer aux figuras du G10 une baisse de 20% et une augmentation de 20% également des cachets des autres toreros.
En tant que mandant de la Ville d’Orthez (arène de 3ème catégorie), sans me prononcer sur le contenu et le bien fondé de cette mesure, j’ai considéré sans objet d’avoir à approuver et soutenir une disposition qui, pour le fond, ne concernait que les intéressés, et pour la forme, avait fait l’objet de débats et de tractations auxquelles les autres arènes n’avaient été nullement associées.
J’ai donc refusé de voter (et il n’y a d’ailleurs pas eu de vote).
Ceci dit, en tant qu’aficionado et «taulier» de la Brega, je ne me désintéresse nullement de ce débat, ne serait-ce qu’au niveau anecdotique.

Je dois reconnaître mon scepticisme originel en la matière. Un scepticisme lié à l’inaptitude, présumée de ma part, quant à la solidarité et à la fiabilité de cette collection de grands fauves.
Toutefois, la détermination et la clarté du discours, l’engagement -qui plus est public- solemnisé par la présence des protagonistes, la publicité dispensée autour de l’événement qui lie les acteurs et leur interdit l’échec, tout cela donne à penser que les 7 cavaliers de l’Apocalypse ont brûlé leurs vaisseaux.
On voit mal comment, sans se ridiculiser, ils pourraient faire machine arrière et se déjuger.
D'autant plus qu'en l'occurence, l'afición ne peut que les soutenir dans une épreuve de force dont elle sera globalement bénéficiaire.
Elle a d'ailleurs tout à y gagner et rien à y perdre. De deux choses l'une:
          · Soit les figuras cèdent et la situation ubuesque et délétère que nous connaissons (des vedettes honteusement surpayées qui imposent leur diktat pour se confronter à des animalcules) connaît un début de régulation. Je précise début parce que même réduits de 20%, leurs honoraires sont encore scandaleusement exorbitants.
          · Soit les dites figuras tentent l’épreuve de force et prennent le risque d’être absentes des ferias françaises. Auquel cas, elles verront de toute manière leurs revenus amputés des 20% qu’elles n’auront pas voulu consentir.

Cette dernière hypothèse serait à mon sens une excellente nouvelle pour la tauromachie. La nature ayant horreur du vide, la politique de la chaise vide n’a jamais conduit à des succès.
Les défections seraient avantageusement compensées par toute une génération de toreros talentueux qui frappent à la porte. Des toreros moins exigeants, à qui l’on pourrait proposer –pour ne pas dire imposer- un bétail qui corresponde un peu plus à ce que l’on peut attendre d’un toro de combat.

En fait, c’est l’opportunité d’un grand bouleversement et du redressement salvateur attendu vers plus d’authenticité et de vérité qu’attend, toutes tendances confondues, une afición à juste titre indignée. Même si les ambiguïtés persistent quant aux motifs d’indignation.

Il n’est d’ailleurs pas dit que la manœuvre française ne fasse pas tache d’huile outre Pyrénées et dans ce cas, les figuras s’exposeraient à un véritable changement générationnel qui les remiserait au rancard, ce qui personnellement ne m’affligerait pas réellement.
Bis repetitas placent, de tels bouleversements radicaux se sont déjà produits dans l’histoire taurine. Ils ont même constitué l’un des moteurs de son évolution en mettant en scène une alternance entre les deux pôles que représentent la tendance torista et la tendance torerista. Un mouvement historique de balancier indispensable à la vitalité et au dynamisme d’un fait culturel.

Cette ère de transition potentielle dont l’opportunité se présente promet d’être passionnante. Il est heureux que le mouvement parte de France, illustrant ainsi la vigueur d’une afición gauloise globalement moins passive, plus exigeante et plus «cultivée» taurinement parlant.
En tous cas, tant les déclarations publiques que l’état d’esprit des Gseptistes (j’ai longuement discuté avec deux d’entre eux) n’est pas à la capitulation. Surtout qu'on a toutes les raisons de penser qu'ils bénéficient sans doute du soutien des aficionados qui comprendront le bien fondé de cette position.
En témoigne la déclaration ci-dessous.
On ne peut que leur souhaiter «buena suerte», c’est l’intérêt de tous.
Xavier KLEIN
Mercredi 11 janvier 2012
«La coyuntura y la situación económica actuales obligan, entre otras decisiones, a mantener la reducción de los honorarios de algunos toreros, como el precio de las corridas de ciertas ganaderías, respetando el acuerdo alcanzado en Bayona el 22 de Octubre de 2011, a iniciativa de los Alcaldes de la Unión de Ciudades Taurinas, con el apoyo y la conformidad de los empresarios de las plazas francesas de 1ª categoría.»
«La conjoncture et la situation économique actuelle obligent entre autres décisions à maintenir la réduction des honoraires de quelques toreros, comme le prix de certains élevages, conformément à l'accord passé à Bayonne le 22 octobre 2011 à l'initiative des Maires de l'Union des Villes taurines (sic!), avec l'appui et l'accord des empresas des arènes françaises de 1ère catégorie.»
***

mardi 10 janvier 2012

Des mots qui me parlent

Des mots...
Des mots qui m'ont toujours touchés...
Des mots comme des cibles que l'on voudrait atteindre.
Des mots qui plaisent à tant mais qui prennent si rarement corps pour la plupart...
Des mots à entendre et ré-entendre, comme des médecines de l'âme, contre la médiocrité et l'esprit de soumission.
Des mots éternellement subversifs et révolutionnaires, surtout à l'heure du «korrect», du normalisé, du paraître.

«Et que faudrait-il faire?
Chercher un protecteur puissant, prendre un patron,
Et comme un lierre obscur qui circonvient un tronc
Et s’en fait un tuteur en lui léchant l’écorce,
Grimper par ruse au lieu de s’élever par force?

Non, merci. Dédier, comme tous ils le font,
Des vers aux financiers ? se changer en bouffon
Dans l’espoir vil de voir, aux lèvres d’un ministre,
Naître un sourire, enfin, qui ne soit pas sinistre?

Non, merci. Déjeuner, chaque jour, d’un crapaud?
Avoir un ventre usé par la marche ? une peau
Qui plus vite, à l’endroit des genoux, devient sale?
Exécuter des tours de souplesse dorsale?…

Non, merci. D’une main flatter la chèvre au cou
Cependant que, de l’autre, on arrose le chou,
Et, donneur de séné par désir de rhubarbe,
Avoir son encensoir, toujours, dans quelque barbe?

Non, merci ! Se pousser de giron en giron,
Devenir un petit grand homme dans un rond,
Et naviguer, avec des madrigaux pour rames,
Et dans ses voiles des soupirs de vieilles dames?

Non, merci ! Chez le bon éditeur de Sercy
Faire éditer ses vers en payant ? Non, merci!
S’aller faire nommer pape par les conciles
Que dans des cabarets tiennent des imbéciles?

Non, merci ! Travailler à se construire un nom
Sur un sonnet, au lieu d’en faire d’autres ? Non,
Merci ! Ne découvrir du talent qu’aux mazettes?
Être terrorisé par de vagues gazettes,
Et se dire sans cesse : « Oh, pourvu que je sois
Dans les petits papiers du Mercure François?»…

Non, merci ! Calculer, avoir peur, être blême,
Aimer mieux faire une visite qu’un poème,
Rédiger des placets, se faire présenter?

Non, merci ! non, merci ! non, merci ! Mais… chanter,
Rêver, rire, passer, être seul, être libre,
Avoir l’oeil qui regarde bien, la voix qui vibre,
Mettre, quand il vous plaît, son feutre de travers,
Pour un oui, pour un non, se battre, – ou faire un vers!
Travailler sans souci de gloire ou de fortune,
À tel voyage, auquel on pense, dans la lune!
N’écrire jamais rien qui de soi ne sortît,
Et modeste d’ailleurs, se dire: mon petit,
Sois satisfait des fleurs, des fruits, même des feuilles,
Si c’est dans ton jardin à toi que tu les cueilles!
Puis, s’il advient d’un peu triompher, par hasard,
Ne pas être obligé d’en rien rendre à César,
Vis-à-vis de soi-même en garder le mérite,
Bref, dédaignant d’être le lierre parasite,
Lors même qu’on n’est pas le chêne ou le tilleul,
Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul!»
Edmond ROSTAND, «Cyrano de Bergerac» Acte II Scène 8

jeudi 5 janvier 2012

ETYMOLOGIE

In memoriam de mon très cher ami G., latiniste et hélléniste distingué, docteur et agrégé es lettres classiques qui s'est donné la mort il y a peu, ne pouvant supporter la perte de son épouse.
En le remerciant des pompes qu'il me refilait pendant les interros, des heures de rêves, et d'un certain périple en Italie.
A ses grands enfants qui comprendront.

Deux de mes chères têtes blondes sont venues récemment me «confesser» à propos d’un exposé qu’ils devaient commettre sur les arènes de Dax, puisque dans le cadre d’une sortie de latinistes, ils ont visité la ville gallo-romaine de Dax, ses monuments, son musée, ses vestiges.
C’est le genre de requête qui me dérange fortement dans la mesure où un travail pédagogique exige une grande neutralité dans son discours. Un enseignant n’est pas là pour transmettre ses convictions, ses goûts ou au contraire ses aversions, mais pour apprendre à l’enfant à questionner, à relativiser et à mobiliser son sens critique. Il faut donc, dans la mesure du possible, faire abstraction de soi, de ce que l’on aime, de ce que l’on pense ou de ce que l’on croit, pour entrer dans la complexité du respect des consciences.
L’exercice est donc délicat, mais également passionnant car il oblige à une ascèse, à un contrôle de son verbe et de ce que l’on transmet.

Très heureusement, la question s’est très rapidement centrée sur la définition de la corrida, ce qui m’a permis de botter en touche et de recentrer le tir sur le sens des mots et leur étymologie, latine notamment.
Comment définir la corrida?
C’est très précisément me souvient-il, la question initiale posée par Francis WOLFF, dans sa «Philosophie de la corrida». Divertissement? Jeu? Sport? Spectacle? Rituel? Tradition? Culture? «Mesclagne» de tout cela?

Il a fallu tout d’abord faire comprendre aux jeunes gens que tout ajout de qualificatif («jeu violent», «sport cruel», «spectacle barbare» ou «tradition ancienne», «rituel épique») faisait rapidement passer de l’objectivité à la subjectivité, aussi bien positivement que négativement.
Dans un deuxième temps, je les ai fait réfléchir (ce que leur enseignante attendait) sur la définition de ces divers termes et, notamment sur une retour à leur étymologie qui très souvent dévoile la réalité profonde d’un mot, comme lorsqu’on restaure un tableau multiséculaire en lui restituant ses teintes et sa vigueur originelles.
Le jeu devient alors passionnant et les gamins sont souvent captivés.

Ainsi le mot «sport» provient-il, via le moyen anglais médiéval «disport», du vieux français «déport» ou «desport», substantif du verbe «se desporter» (se distraire, se divertir, prendre plaisir). Le mot n’avait pas alors la consonance contemporaine d’activité physique. Dans son sens originel, la corrida est donc un «desport», puisqu’on s’y divertit.

Le mot «jeu» provient du latin jocus qui signifie «plaisanterie, badinage». Comme on ne badine pas avec la mort, on comprend que le sens moderne (amusement, divertissement, en particulier jeux publics de caractère officiel ou religieux) a hérité du sens latin du mot ludus (qui a donné l’adjectif «ludique») par lequel on qualifiait dans l’Antiquité non seulement les jeux du cirque, mais aussi les compétitions de type olympique (jeux delphiques, pythiques, néméens, etc.), toutes activités dont l’origine était rituelle et sacrée.

«Divertissement» est un mot plus ambigu et intrigant, issu du verbe bas latin divertere «se détourner, se séparer de, être différent, soustraire, dérober». Se détourner, mais de quoi? De l’ennui, de la lassitude, de l’ordinaire, selon les plus anciennes acceptions.
Un «rituel» n’est pas un «rite» qui lui, expose le contenu codifié d’une cérémonie. Il se rapporte à l’idée de perpétuation d’une coutume ou d’un usage, à sa manière de se dérouler. Le rite est la fixation des règles, de l’ordo («ordre») des choses, des évènements, de la marche du monde. Nos devanciers romains, très conservateurs et attachés à la pérennité de l’harmonie universelle, pensaient se prémunir de toute rupture de cet équilibre par les rites, une application minutieuse et tatillonne de règles et prescriptions dont le sens primitif avait disparu, mais qu’il convenait d’accomplir scrupuleusement.

J’ai gardé le meilleur pour la fin, avec le mot «spectacle». Accrochez vous, c’est un peu complexe:
SPECTACLE, vient du mot latin spectaculum qui signifie «spectacle, vue, aspect».
Mais spectaculum est formé de deux parties:
1°) Le verbe spectō, spectare.
2°) Le suffixe culum (qui transforme un verbe en substantif).

Ce verbe spectō est un fréquentatif, c’est à dire qu’il modifie le sens d’un verbe apparenté: speciō, specere («regarder, observer, contempler») en introduisant l’idée de fréquence, de répétition, d’intensité.
Le verbe spectō signifie donc «regarder souvent ou longtemps», «regarder avec intensité» (on le retrouve dans «inspecter», «introspection»).

Intéressant également de le rapprocher d’un mot de même famille et même racine, le speculum latin qui signifie «miroir». En recherchant ce dernier sur le net, je suis tombé sur une citation du philosophe et précepteur Sénèque dans ses préceptes bien mal suivis à l’empereur Néron, qui lorsque je l’avais traduite, il y a quelques lustres, m’avait intriguée (après m’en avoir fait baver!):
«Institui, ut quodam modo speculi vice fungerer et te tibi ostenderem perventurum ad voluptatem maximam omnium.» (Je vais faire en quelque sorte les fonctions d'un miroir, et vous procurer la plus grande de toutes les jouissances, en vous montrant à vous-même.)

Encore plus passionnant un autre mot apparenté, qui celui-là ouvre des infinis de réflexion par sa proximité: species (qui nous a légué «espèce»), dont je ne résiste pas de vous dévoiler les divers sens:
1. (Sens actif) Vue, faculté de regarder, action de regarder, regard, coup d’œil.    Species acuta: vue pénétrante.
2. (Sens passif) Aspect, air, vue, apparence, forme, figure, représentation, portrait, image, statue, mine, physionomie.   Praebere speciem horribilem: avoir un horrible aspect.
3. (Par extension) Apparence, semblant, simulacre, faux air, dehors trompeurs, prétexte, faux-semblant.     Specie plebis tuendae: sous prétexte de protéger la plèbe.
4. Essence des choses conçue par l'esprit, espèce, notion, type, idée, idéal.    capere speciem veri scelerisque, se faire une idée du bien et du mal.
5. Nature spéciale, espèce, cas particulier.    haec species incidit: ce cas particulier se présente.


Ainsi, au sens étymologique des termes le spectateur, le public d’un spectacle serait un «contemplateur» un «observateur», le porteur d’un regard pénétrant et non un voyeur. Car voir et regarder ne procèdent nullement des mêmes ressorts.

J’ai laissé mes charmants bambins plongés dans un abyme de perplexité, grouillants de questions, qui en poussent d’autres, et ce à l’infini.
A leur ultime question: «Ouais, mais la réponse, c’est quoi?», je n’ai pu que les décevoir: «Il n’y a pas de réponse, il n’y a que des questions! Pour les réponses, c'est direction cours de maths, de physique ou de techno.».
J’ai bien pensé à les orienter vers le site de la F.L.A.C. ou du C.R.A.C., ou vers l’intellectualisme délicat et subtil de la Fondation BB, qui eux, fourmillent de réponses. Mais faut quand même pas pousser mémé et l’objectivité dans les orties.
Commentaire en sortant du bureau de torture: «Putain, c’est balaise!».
Vous comprenez pourquoi, je n’ai pas fait de vieux os dans l’enseignement de l’histoire et géographie: pas rassurant le barbu! Apprendre le doute, c'est pas chébran. Et en plus Nicolas qui supporte pas la Prince de Clèves aimerait pas: intellectualisme dégénéré...

Quand même, à la récré, il s’est trouvé une délégation de masochistes ou de fayots pour venir me demander en chœur si je ne pouvais pas recommencer pour l’ensemble de la classe.
P’tits cons, z'aviez cas tout piger du premier coup…
Xavier KLEIN

mardi 3 janvier 2012

Bon A+A+A+ n’est.



Formuler des vœux cette année, c’est comme souhaiter le bon jour au condamné qui monte à l’échafaud.
Un peu comme Thomas MORE qui interpella son bourreau: «Je vous en prie, je vous en prie, Monsieur le lieutenant, aidez-moi à monter; pour la descente, je me débrouillerai...», une déclaration d’optimisme doublée de l’humour anglais le plus inoxydable!

Il est vrai qu’il y a de quoi espérer et se réjouir en cet an de grâce 2012.
Une crise morale, politique, financière, économique et bientôt sociale, telle que l’on n’en avait connue depuis des lustres. Des perspectives réjouissantes de plans salvateurs, façon Grèce papandréienne ou Espagne zapatérienne, les chinetoques qui s’empirisent du milieu, les pères sans qui veulent en avoir en faisant des ronds dans l’eau du golf, les israéliens qui râ(é)lent, les coréens septentrionnaux qui cultivent leurs prochaine récolte de champignons atoniques sous les hospices de bombe de leur dégénéré héréditaire, Sarko karachisé, Karachi sarkosysé, l’afghan y s’tend à Kaboul, la finance globalisée qui règne à l’Elysée, le triple A qui va virer triple sec, etc., etc.

Enfin ne nous plaignons pas, ce pourrait être pire, Simon Desmaisons pourrait cogérer Las Ventas et Madame Arroyoseco pourrait présider l’U.V.T.F.!
Du premier, Jean-Paul FOURNIER, «Le grand mol», vu son rôle lors de l’affaire de Rodhillan, premier magistrat nîchmois panégyrique à tout va. Au grand dam de ces petits cons d’aficionados (sisi, il en reste!) minoritaires, il te nous le propulse d’un strapontin de complaisance au titre de conducteur de programmation tauromachique et culturelle des arènes de Madrid, le reconnu international. Il correctionne plus, il dynamite, il disperse, il ventile, le Raoul gardois… (http://vingt-passes-pas-plus.over-blog.org/article-l-enfant-roi-et-le-dieu-95933903.html).).
Dans le même filon, la Madeleine du Moun –on s’essaie à copier celle de Dax- a buriné sévère lors du Congrès de l’U.V.T.F. Dans le genre, une vraie spartakiste mémère, qui n’a pu se retenir de vilipender ces «aficionados qui ne font que détruire».
Finalement, il n’y a que l’Inénarrable qui est resté bloqué sur la case J-4 depuis 3 semaines, pour laisser espérer.

On voit donc que 2012 nous promet d’heureuses surprises, surtout si l’on ne s’attend à rien. C’est à mon sens le meilleur moyen de ne pas être déçu.
C’est pourquoi, afin de conserver une marge de progression et de supprimer toute possibilité, même infime, de déconvenue, j’ai le plaisir de vous souhaiter mes
PIRES VŒUX POUR l’ANNEE 2012.
Au 31/12/2012 à 23h59'59'', vous me remercierez…
Xavier KLEIN
PS: Mes félicitations au meilleur article de ce début d'année: