Humeurs taurines et éclectiques

vendredi 27 janvier 2012

Mickey est un con


Il faut vraiment travailler avec les enfants pour se rendre compte de l’appauvrissement général de l’imaginaire de nos chères têtes blondes. On navigue dans une conventionnalité des plus navrantes et une impossibilité de sortir des modèles imposés ou proposés par notre environnement.
Sans parler évidemment des instruments par lesquels cet imaginaire peut se concrétiser. Sur ce dernier point qu’il suffise d’évoquer l’impossibilité pour une majorité d’élèves de 3ème (14 ans) de REDIGER plus qu’une ½ page. Et dans le même temps, on ambitionne de les faire AR-GU-MEN-TER alors même qu’ils ne disposent pas du vocabulaire et des bases essentielle de la langue française. Créer, imaginer, conceptualiser, sans disposer des bases techniques et des éléments de base du langage est tout simplement utopique.
Quant à l’univers onirique des bambins, il se limite aux frontières de leur lucarne magique et de la bouillie qu’on leur fait ingurgiter depuis les feuilletons ou la télépoubelle aux mangas, à SuperMario, au gore, au slam à 2 centimes (art majeur) ou aux films de vampires.
Demandez de citer un grand poète et on vous répondra Jean-Jacques Goldman.

Cette situation trouve son origine dans l’évolution sociétale en cours depuis une trentaine d’année qui résulte de l’interaction de multiples facteurs.
Je ne suis nullement de ceux qui évoquent la larme à l’œil le «bon vieux temps», ni qui prennent leur pied à ronchonner contre les petits cons actuels.
Je constate seulement.
Un constat qui me porte à penser que par démagogie, par évolution de la société, par délitement démocratique comme l’évoque Raffaele Simone qui cite Tocqueville notre époque voit l’émergence d’«un pouvoir immense et tutélaire qui se charge d’assurer leur jouissance (…) et ne cherche qu'à les fixer irrévocablement dans l'enfance. Ce pouvoir aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu'ils ne songent qu'à se réjouir. Il pourvoit à leur sécurité (…) facilite leurs plaisirs (…) Il ne brise pas les volontés mais il les amollit (…), il éteint, il hébète.»
On en constate les effets partout, y compris et surtout sur «l’Ecole» à qui la société délègue la responsabilité de former (ou déformer…) les futurs citoyens.

De facto, le «fun» et la consommation devenant les références et les impératifs de base, on voit mal comment «l’Ecole» pourrait se soustraire à cette nouvelle dictature et éternellement nager à contre courant des injonctions et évolutions sociétales.
Quand le martelage télévisuel valorise les sitcoms ou les téléréalités débilitants où l’on valorise l’opposé même de ce que «l’Ecole» est censée inculquer, on comprend que nos mômes, gavés à l’envie de ce gruau vénéneux, non seulement se voient désorientés par des discours antagonistes, mais rechignent à considérer des valeurs infiniment moins affriolantes telles que l’effort, la tenue, la culture, le cran, la pudeur, la loyauté, l’amour-propre, le respect, etc, etc. (la liste pourrait durer des pages).
Cela, ce n’est nullement la responsabilité de «l’Ecole», ni même celle des politiques, c’est une évolution insidieuse, globale, mondialisée, pour tout dire civilisationnelle de l’ensemble du corps social.

Quand désormais 60% de gamins ont une télévision dans leur chambre, quand les refus pur et simple de travail se multiplient, aux motifs parfaitement assumés et cautionnés par les parents que «cela prend la tête», voire comme me l’a rétorqué benoîtement un père parce qu'«il s’en bat les couilles», on ne doit plus s’étonner de rien.
Comment combattre l’exhibitionnisme quand les reality shows montrent des Stars académiciens ou des «lofteurs» dans leur intimité quotidienne, baiser dans une piscine, étaler leurs fantasmes, leurs avanies?
Comment combattre le voyeurisme quand c’est la raison d'être et le moteur de ces émissions?
Comment leur expliquer des mots comme «pudeur»,  «retenue», «intimité», «intrusion»?
Comment pousser au travail, à l’effort, quand ces mêmes «héros», ces modèles valorisés se prélassent dans l’oisiveté et qu’au bout du compte, il en tirent bénéfice sans bourse délier?
Comment leur demander d’appliquer des règles élémentaires de savoir-vivre, de civilité, de respect quand les modèles se vautrent dans le laisser-aller le plus complet?
Suis-je vieux jeu, fossilisé, alzheimérisé de m’en offusquer et surtout de m’en inquiéter?
En tous cas, nous ne sommes plus crédibles, ou pour le moins plus audibles…

Bon an mal an, pour ouvrir nos élèves sur le monde, nous organisons un voyage scolaire d’une semaine. C’est l’aboutissement d’un travail de préparation, de recherche, et c’est le préalable à une exploitation pédagogique et à des productions (exposés, diaporamas, expositions, etc.).
Les destinations lointaines sont exclues pour cause de coût excessif (tous les élèves doivent pouvoir participer). Nous avons donc eu droit ces dernières années à «la Provence, des Césars à Picasso», à la Barcelone architecturale, à Madrid et ses musées, etc.
Une année, on envisagea diverses possibilités éminemment intéressantes dont Paris, lorsque une délégation de mamans pédagogiquement très motivées, sont venues me trouver.
Les musées, l’Assemblée Nationale, Notre Dame, le Panthéon, les Invalides, un parcours Victor Hugo ou le café de Flore sur les pas des existentialistes, c’est très bien mais tout de même poussiéreux, suranné, pour tout dire «ça prenait la tête» (sic).
Aussi, fortes du pouvoir que confère le fait de payer la moitié du voyage, les bergères s’étaient-elles mises en tête d’en commanditer certains objectifs.
Mi-taquin, mi-intrigué, j’attendis avec délectation la panacée qui allait révolutionner l’univers compassé des voyages pédagogiques. La réponse fut d’une platitude qui rompit net au gaudriolage envisagé.
........................................................EURODISNEY…………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………
Muni de tout le calme mobilisable, à l’article de l’apoplexie, je tentais d’expliquer aux matrones que Rodisney, n’était pas précisément un modèle pédagogique, qu’un collège de l’Education Nationale n’était ni une agence de voyage, ni une succursale du Club Med et que Mickey était certes très «fun», mais Totor Hugo et Quasimodo ou Jean Valtruc, hein, c’était quand même aut’ chose!
La plus accorte des rombières papillonnant des faucilles, munie d’un sourire des plus enjôleurs tenta de convaincre le gentil organisateur que sans doute étais-je un tantinet dépassé et que nonobstant mon arriération mentale, elle maintenait que Rodisney, permettait d’apprendre dans la joie, et que Mickey était un grand pédagogue.
Le dialogue de sourds s’éternisait sans que puisse s’entrevoir la moindre issue.
Devant tant de désarmante et charmante assurance, le monstre mysogine que je suis tenta d’épousseter la tonne de poussière antique dont on me revêtait et ne put que lui jeter de son air le plus sombre: «C’est parce que vous ne le connaissez pas bien: Mickey est un con!».
Parfois, il faut savoir conclure…
Xavier KLEIN
Peut-être une suite...
***

mardi 24 janvier 2012

«Zantis» de tous les pays, unissez-vous!

Le 22 janvier 2012 quelques milliers de personnes (de 6 à 30000 selon les sources) ont participé à Paris à la «Marche pour la Vie».
Cet IVGthon existe depuis 2005 avec le soutien actif de la hiérarchie de l’Eglise Catholique.
En démocratie, il est sain, naturel et légitime que des citoyens se regroupent et manifestent pour défendre leurs idées et leur donner écho. Surtout lorsque ces idées sont parfaitement honorables et légitimes, ce qui est le cas.
On peut approuver ou désapprouver l’avortement –c’est un choix moral- mais l’une ou l’autre des positions me semblent parfaitement respectables si elle sont argumentées et défendues en conscience.
Personnellement, pour des raisons philosophiques et religieuses, la question me pose problème. Ma morale PERSONNELLE, c’est à dire la conception que j’ai de la vie des humains, me porte à répugner à l'idée d’avortement.
Pourtant, si j’avais été député lors du vote de la loi VEIL, j’aurais voté son adoption. Le législateur n’a pas, à mon sens, à témoigner de sa morale propre, de ses inclinations profondes, mais à considérer le droit, à défendre le bien public avec le maximum d'objectivité, c'est à dire en se contraignant à l'ascèse de bannir l'affect personnel pour s'obliger à l'exercice de la raison. Une apparente contradiction avec laquelle tous les humains se débattent en s'essayant désespérément à faire «coller tous les morceaux» d'une hypothétique et introuvable cohérence.

La loi VEIL a permis aux femmes françaises d’exercer la plus haute et la plus noble des prérogatives de l’être humain, lorsqu’il est libre, responsable et citoyen: le CHOIX. Un choix qui repose sur la morale de chacun, c’est à dire le respect des valeurs que chacun estime devoir conduire sa vie.
Ces valeurs sont propres à chaque humain et s’il peut les proposer, il ne saurait les imposer aux autres.
C’est ce qui fait toute la différence entre une démocratie et un système totalitaire, où la morale de quelques uns, même majoritaire, s’impose à tous.

Ce qui m’intéresse dans ce phénomène d’une manifestation publique, c’est qu’en dépit du fait que l’I.V.G. soit une réalité largement admise et répandue dans la population française, une minorité croyante et agissante persiste, contre vents et marée, à en combattre le principe.
Pourquoi pas? C’est leur problème.
Ce qui me dérange par contre, c’est qu’on ne contraint en rien celles qui ne le désirent pas à recourir à l’I.V.G. et donc que l’exercice de leur liberté n’est donc nullement menacé.
Il n’en demeure pas moins que nombre de militants anti-avortement veulent à tout prix imposer leur conception aux copains, usant pour ce faire d’arguments ou de moyens absolument ignobles. Et encore vivons nous en France! Aux USA, c’est encore pire. L’arme absolue, le maître-mot, que j’ai encore récemment entendu c’est: «Mais n’avez-vous donc aucune compassion?».
On retrouve là les «éléments de langage» et les procédés (très «mode» en ces temps électoraux!) communs à tous les fanatismes bien-pensants qui veulent imposer aux autres LEUR vérité, au nom de LEUR éthique.
Affiches immondes, discours moralistes, diabolisants et culpabilisateurs, activisme agressif, occupations de salles d’opérations: tout ceci ne vous rappelle rien?
Le parallèle avec les méthodes d'autres «zantis», corrida, cette fois là, est saisissant.

Il paraît qu’une manif des anti-corridas doit se dérouler d’ici peu à Paris. Gageons qu’elle réunira encore moins de monde que la «Marche pour la Vie» et pour un motif et sur un thème infiniment plus futile.
On y observera les mêmes ressorts argumentatifs, les mêmes thématiques moralisatrices, les mêmes appels à un sentimentalisme bêlant de Prisunic, la même tentative lobbyiste d’imposer à tous l’idéal de quelques uns au nom de la dictature compassionnelle.
Il paraît aussi qu'aux prochaines élections «les toros voteront!». Tant mieux, car si ces idées là triomphaient, ils n’auraient plus l’occasion de le faire, étant donné que sans corrida les toros braves n’auraient plus de raison d’exister et donc n’existeraient plus.
Comme chez Vian cette tête décapitée d’un cornu fichée sur un pieu assortie de cet écriteau: «Comme ça, tu ne recommencera plus.». La réponse absurde à une problématique aberrante.
Nous vivons une époque moderne…
Xavier KLEIN


lundi 16 janvier 2012

Qui va à la chasse perd sa place.

Photo Burladero.com
Lors de l’Assemblée Générale de l’U.V.T.F., une demande a été formulée pour proposer un vote de soutien à l’initiative du «G7», c’est à dire, pour ceux qui en ignoreraient encore, l’entente des 7 arènes françaises de 1ère catégorie pour imposer aux figuras du G10 une baisse de 20% et une augmentation de 20% également des cachets des autres toreros.
En tant que mandant de la Ville d’Orthez (arène de 3ème catégorie), sans me prononcer sur le contenu et le bien fondé de cette mesure, j’ai considéré sans objet d’avoir à approuver et soutenir une disposition qui, pour le fond, ne concernait que les intéressés, et pour la forme, avait fait l’objet de débats et de tractations auxquelles les autres arènes n’avaient été nullement associées.
J’ai donc refusé de voter (et il n’y a d’ailleurs pas eu de vote).
Ceci dit, en tant qu’aficionado et «taulier» de la Brega, je ne me désintéresse nullement de ce débat, ne serait-ce qu’au niveau anecdotique.

Je dois reconnaître mon scepticisme originel en la matière. Un scepticisme lié à l’inaptitude, présumée de ma part, quant à la solidarité et à la fiabilité de cette collection de grands fauves.
Toutefois, la détermination et la clarté du discours, l’engagement -qui plus est public- solemnisé par la présence des protagonistes, la publicité dispensée autour de l’événement qui lie les acteurs et leur interdit l’échec, tout cela donne à penser que les 7 cavaliers de l’Apocalypse ont brûlé leurs vaisseaux.
On voit mal comment, sans se ridiculiser, ils pourraient faire machine arrière et se déjuger.
D'autant plus qu'en l'occurence, l'afición ne peut que les soutenir dans une épreuve de force dont elle sera globalement bénéficiaire.
Elle a d'ailleurs tout à y gagner et rien à y perdre. De deux choses l'une:
          · Soit les figuras cèdent et la situation ubuesque et délétère que nous connaissons (des vedettes honteusement surpayées qui imposent leur diktat pour se confronter à des animalcules) connaît un début de régulation. Je précise début parce que même réduits de 20%, leurs honoraires sont encore scandaleusement exorbitants.
          · Soit les dites figuras tentent l’épreuve de force et prennent le risque d’être absentes des ferias françaises. Auquel cas, elles verront de toute manière leurs revenus amputés des 20% qu’elles n’auront pas voulu consentir.

Cette dernière hypothèse serait à mon sens une excellente nouvelle pour la tauromachie. La nature ayant horreur du vide, la politique de la chaise vide n’a jamais conduit à des succès.
Les défections seraient avantageusement compensées par toute une génération de toreros talentueux qui frappent à la porte. Des toreros moins exigeants, à qui l’on pourrait proposer –pour ne pas dire imposer- un bétail qui corresponde un peu plus à ce que l’on peut attendre d’un toro de combat.

En fait, c’est l’opportunité d’un grand bouleversement et du redressement salvateur attendu vers plus d’authenticité et de vérité qu’attend, toutes tendances confondues, une afición à juste titre indignée. Même si les ambiguïtés persistent quant aux motifs d’indignation.

Il n’est d’ailleurs pas dit que la manœuvre française ne fasse pas tache d’huile outre Pyrénées et dans ce cas, les figuras s’exposeraient à un véritable changement générationnel qui les remiserait au rancard, ce qui personnellement ne m’affligerait pas réellement.
Bis repetitas placent, de tels bouleversements radicaux se sont déjà produits dans l’histoire taurine. Ils ont même constitué l’un des moteurs de son évolution en mettant en scène une alternance entre les deux pôles que représentent la tendance torista et la tendance torerista. Un mouvement historique de balancier indispensable à la vitalité et au dynamisme d’un fait culturel.

Cette ère de transition potentielle dont l’opportunité se présente promet d’être passionnante. Il est heureux que le mouvement parte de France, illustrant ainsi la vigueur d’une afición gauloise globalement moins passive, plus exigeante et plus «cultivée» taurinement parlant.
En tous cas, tant les déclarations publiques que l’état d’esprit des Gseptistes (j’ai longuement discuté avec deux d’entre eux) n’est pas à la capitulation. Surtout qu'on a toutes les raisons de penser qu'ils bénéficient sans doute du soutien des aficionados qui comprendront le bien fondé de cette position.
En témoigne la déclaration ci-dessous.
On ne peut que leur souhaiter «buena suerte», c’est l’intérêt de tous.
Xavier KLEIN
Mercredi 11 janvier 2012
«La coyuntura y la situación económica actuales obligan, entre otras decisiones, a mantener la reducción de los honorarios de algunos toreros, como el precio de las corridas de ciertas ganaderías, respetando el acuerdo alcanzado en Bayona el 22 de Octubre de 2011, a iniciativa de los Alcaldes de la Unión de Ciudades Taurinas, con el apoyo y la conformidad de los empresarios de las plazas francesas de 1ª categoría.»
«La conjoncture et la situation économique actuelle obligent entre autres décisions à maintenir la réduction des honoraires de quelques toreros, comme le prix de certains élevages, conformément à l'accord passé à Bayonne le 22 octobre 2011 à l'initiative des Maires de l'Union des Villes taurines (sic!), avec l'appui et l'accord des empresas des arènes françaises de 1ère catégorie.»
***

mardi 10 janvier 2012

Des mots qui me parlent

Des mots...
Des mots qui m'ont toujours touchés...
Des mots comme des cibles que l'on voudrait atteindre.
Des mots qui plaisent à tant mais qui prennent si rarement corps pour la plupart...
Des mots à entendre et ré-entendre, comme des médecines de l'âme, contre la médiocrité et l'esprit de soumission.
Des mots éternellement subversifs et révolutionnaires, surtout à l'heure du «korrect», du normalisé, du paraître.

«Et que faudrait-il faire?
Chercher un protecteur puissant, prendre un patron,
Et comme un lierre obscur qui circonvient un tronc
Et s’en fait un tuteur en lui léchant l’écorce,
Grimper par ruse au lieu de s’élever par force?

Non, merci. Dédier, comme tous ils le font,
Des vers aux financiers ? se changer en bouffon
Dans l’espoir vil de voir, aux lèvres d’un ministre,
Naître un sourire, enfin, qui ne soit pas sinistre?

Non, merci. Déjeuner, chaque jour, d’un crapaud?
Avoir un ventre usé par la marche ? une peau
Qui plus vite, à l’endroit des genoux, devient sale?
Exécuter des tours de souplesse dorsale?…

Non, merci. D’une main flatter la chèvre au cou
Cependant que, de l’autre, on arrose le chou,
Et, donneur de séné par désir de rhubarbe,
Avoir son encensoir, toujours, dans quelque barbe?

Non, merci ! Se pousser de giron en giron,
Devenir un petit grand homme dans un rond,
Et naviguer, avec des madrigaux pour rames,
Et dans ses voiles des soupirs de vieilles dames?

Non, merci ! Chez le bon éditeur de Sercy
Faire éditer ses vers en payant ? Non, merci!
S’aller faire nommer pape par les conciles
Que dans des cabarets tiennent des imbéciles?

Non, merci ! Travailler à se construire un nom
Sur un sonnet, au lieu d’en faire d’autres ? Non,
Merci ! Ne découvrir du talent qu’aux mazettes?
Être terrorisé par de vagues gazettes,
Et se dire sans cesse : « Oh, pourvu que je sois
Dans les petits papiers du Mercure François?»…

Non, merci ! Calculer, avoir peur, être blême,
Aimer mieux faire une visite qu’un poème,
Rédiger des placets, se faire présenter?

Non, merci ! non, merci ! non, merci ! Mais… chanter,
Rêver, rire, passer, être seul, être libre,
Avoir l’oeil qui regarde bien, la voix qui vibre,
Mettre, quand il vous plaît, son feutre de travers,
Pour un oui, pour un non, se battre, – ou faire un vers!
Travailler sans souci de gloire ou de fortune,
À tel voyage, auquel on pense, dans la lune!
N’écrire jamais rien qui de soi ne sortît,
Et modeste d’ailleurs, se dire: mon petit,
Sois satisfait des fleurs, des fruits, même des feuilles,
Si c’est dans ton jardin à toi que tu les cueilles!
Puis, s’il advient d’un peu triompher, par hasard,
Ne pas être obligé d’en rien rendre à César,
Vis-à-vis de soi-même en garder le mérite,
Bref, dédaignant d’être le lierre parasite,
Lors même qu’on n’est pas le chêne ou le tilleul,
Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul!»
Edmond ROSTAND, «Cyrano de Bergerac» Acte II Scène 8

jeudi 5 janvier 2012

ETYMOLOGIE

In memoriam de mon très cher ami G., latiniste et hélléniste distingué, docteur et agrégé es lettres classiques qui s'est donné la mort il y a peu, ne pouvant supporter la perte de son épouse.
En le remerciant des pompes qu'il me refilait pendant les interros, des heures de rêves, et d'un certain périple en Italie.
A ses grands enfants qui comprendront.

Deux de mes chères têtes blondes sont venues récemment me «confesser» à propos d’un exposé qu’ils devaient commettre sur les arènes de Dax, puisque dans le cadre d’une sortie de latinistes, ils ont visité la ville gallo-romaine de Dax, ses monuments, son musée, ses vestiges.
C’est le genre de requête qui me dérange fortement dans la mesure où un travail pédagogique exige une grande neutralité dans son discours. Un enseignant n’est pas là pour transmettre ses convictions, ses goûts ou au contraire ses aversions, mais pour apprendre à l’enfant à questionner, à relativiser et à mobiliser son sens critique. Il faut donc, dans la mesure du possible, faire abstraction de soi, de ce que l’on aime, de ce que l’on pense ou de ce que l’on croit, pour entrer dans la complexité du respect des consciences.
L’exercice est donc délicat, mais également passionnant car il oblige à une ascèse, à un contrôle de son verbe et de ce que l’on transmet.

Très heureusement, la question s’est très rapidement centrée sur la définition de la corrida, ce qui m’a permis de botter en touche et de recentrer le tir sur le sens des mots et leur étymologie, latine notamment.
Comment définir la corrida?
C’est très précisément me souvient-il, la question initiale posée par Francis WOLFF, dans sa «Philosophie de la corrida». Divertissement? Jeu? Sport? Spectacle? Rituel? Tradition? Culture? «Mesclagne» de tout cela?

Il a fallu tout d’abord faire comprendre aux jeunes gens que tout ajout de qualificatif («jeu violent», «sport cruel», «spectacle barbare» ou «tradition ancienne», «rituel épique») faisait rapidement passer de l’objectivité à la subjectivité, aussi bien positivement que négativement.
Dans un deuxième temps, je les ai fait réfléchir (ce que leur enseignante attendait) sur la définition de ces divers termes et, notamment sur une retour à leur étymologie qui très souvent dévoile la réalité profonde d’un mot, comme lorsqu’on restaure un tableau multiséculaire en lui restituant ses teintes et sa vigueur originelles.
Le jeu devient alors passionnant et les gamins sont souvent captivés.

Ainsi le mot «sport» provient-il, via le moyen anglais médiéval «disport», du vieux français «déport» ou «desport», substantif du verbe «se desporter» (se distraire, se divertir, prendre plaisir). Le mot n’avait pas alors la consonance contemporaine d’activité physique. Dans son sens originel, la corrida est donc un «desport», puisqu’on s’y divertit.

Le mot «jeu» provient du latin jocus qui signifie «plaisanterie, badinage». Comme on ne badine pas avec la mort, on comprend que le sens moderne (amusement, divertissement, en particulier jeux publics de caractère officiel ou religieux) a hérité du sens latin du mot ludus (qui a donné l’adjectif «ludique») par lequel on qualifiait dans l’Antiquité non seulement les jeux du cirque, mais aussi les compétitions de type olympique (jeux delphiques, pythiques, néméens, etc.), toutes activités dont l’origine était rituelle et sacrée.

«Divertissement» est un mot plus ambigu et intrigant, issu du verbe bas latin divertere «se détourner, se séparer de, être différent, soustraire, dérober». Se détourner, mais de quoi? De l’ennui, de la lassitude, de l’ordinaire, selon les plus anciennes acceptions.
Un «rituel» n’est pas un «rite» qui lui, expose le contenu codifié d’une cérémonie. Il se rapporte à l’idée de perpétuation d’une coutume ou d’un usage, à sa manière de se dérouler. Le rite est la fixation des règles, de l’ordo («ordre») des choses, des évènements, de la marche du monde. Nos devanciers romains, très conservateurs et attachés à la pérennité de l’harmonie universelle, pensaient se prémunir de toute rupture de cet équilibre par les rites, une application minutieuse et tatillonne de règles et prescriptions dont le sens primitif avait disparu, mais qu’il convenait d’accomplir scrupuleusement.

J’ai gardé le meilleur pour la fin, avec le mot «spectacle». Accrochez vous, c’est un peu complexe:
SPECTACLE, vient du mot latin spectaculum qui signifie «spectacle, vue, aspect».
Mais spectaculum est formé de deux parties:
1°) Le verbe spectō, spectare.
2°) Le suffixe culum (qui transforme un verbe en substantif).

Ce verbe spectō est un fréquentatif, c’est à dire qu’il modifie le sens d’un verbe apparenté: speciō, specere («regarder, observer, contempler») en introduisant l’idée de fréquence, de répétition, d’intensité.
Le verbe spectō signifie donc «regarder souvent ou longtemps», «regarder avec intensité» (on le retrouve dans «inspecter», «introspection»).

Intéressant également de le rapprocher d’un mot de même famille et même racine, le speculum latin qui signifie «miroir». En recherchant ce dernier sur le net, je suis tombé sur une citation du philosophe et précepteur Sénèque dans ses préceptes bien mal suivis à l’empereur Néron, qui lorsque je l’avais traduite, il y a quelques lustres, m’avait intriguée (après m’en avoir fait baver!):
«Institui, ut quodam modo speculi vice fungerer et te tibi ostenderem perventurum ad voluptatem maximam omnium.» (Je vais faire en quelque sorte les fonctions d'un miroir, et vous procurer la plus grande de toutes les jouissances, en vous montrant à vous-même.)

Encore plus passionnant un autre mot apparenté, qui celui-là ouvre des infinis de réflexion par sa proximité: species (qui nous a légué «espèce»), dont je ne résiste pas de vous dévoiler les divers sens:
1. (Sens actif) Vue, faculté de regarder, action de regarder, regard, coup d’œil.    Species acuta: vue pénétrante.
2. (Sens passif) Aspect, air, vue, apparence, forme, figure, représentation, portrait, image, statue, mine, physionomie.   Praebere speciem horribilem: avoir un horrible aspect.
3. (Par extension) Apparence, semblant, simulacre, faux air, dehors trompeurs, prétexte, faux-semblant.     Specie plebis tuendae: sous prétexte de protéger la plèbe.
4. Essence des choses conçue par l'esprit, espèce, notion, type, idée, idéal.    capere speciem veri scelerisque, se faire une idée du bien et du mal.
5. Nature spéciale, espèce, cas particulier.    haec species incidit: ce cas particulier se présente.


Ainsi, au sens étymologique des termes le spectateur, le public d’un spectacle serait un «contemplateur» un «observateur», le porteur d’un regard pénétrant et non un voyeur. Car voir et regarder ne procèdent nullement des mêmes ressorts.

J’ai laissé mes charmants bambins plongés dans un abyme de perplexité, grouillants de questions, qui en poussent d’autres, et ce à l’infini.
A leur ultime question: «Ouais, mais la réponse, c’est quoi?», je n’ai pu que les décevoir: «Il n’y a pas de réponse, il n’y a que des questions! Pour les réponses, c'est direction cours de maths, de physique ou de techno.».
J’ai bien pensé à les orienter vers le site de la F.L.A.C. ou du C.R.A.C., ou vers l’intellectualisme délicat et subtil de la Fondation BB, qui eux, fourmillent de réponses. Mais faut quand même pas pousser mémé et l’objectivité dans les orties.
Commentaire en sortant du bureau de torture: «Putain, c’est balaise!».
Vous comprenez pourquoi, je n’ai pas fait de vieux os dans l’enseignement de l’histoire et géographie: pas rassurant le barbu! Apprendre le doute, c'est pas chébran. Et en plus Nicolas qui supporte pas la Prince de Clèves aimerait pas: intellectualisme dégénéré...

Quand même, à la récré, il s’est trouvé une délégation de masochistes ou de fayots pour venir me demander en chœur si je ne pouvais pas recommencer pour l’ensemble de la classe.
P’tits cons, z'aviez cas tout piger du premier coup…
Xavier KLEIN

mardi 3 janvier 2012

Bon A+A+A+ n’est.



Formuler des vœux cette année, c’est comme souhaiter le bon jour au condamné qui monte à l’échafaud.
Un peu comme Thomas MORE qui interpella son bourreau: «Je vous en prie, je vous en prie, Monsieur le lieutenant, aidez-moi à monter; pour la descente, je me débrouillerai...», une déclaration d’optimisme doublée de l’humour anglais le plus inoxydable!

Il est vrai qu’il y a de quoi espérer et se réjouir en cet an de grâce 2012.
Une crise morale, politique, financière, économique et bientôt sociale, telle que l’on n’en avait connue depuis des lustres. Des perspectives réjouissantes de plans salvateurs, façon Grèce papandréienne ou Espagne zapatérienne, les chinetoques qui s’empirisent du milieu, les pères sans qui veulent en avoir en faisant des ronds dans l’eau du golf, les israéliens qui râ(é)lent, les coréens septentrionnaux qui cultivent leurs prochaine récolte de champignons atoniques sous les hospices de bombe de leur dégénéré héréditaire, Sarko karachisé, Karachi sarkosysé, l’afghan y s’tend à Kaboul, la finance globalisée qui règne à l’Elysée, le triple A qui va virer triple sec, etc., etc.

Enfin ne nous plaignons pas, ce pourrait être pire, Simon Desmaisons pourrait cogérer Las Ventas et Madame Arroyoseco pourrait présider l’U.V.T.F.!
Du premier, Jean-Paul FOURNIER, «Le grand mol», vu son rôle lors de l’affaire de Rodhillan, premier magistrat nîchmois panégyrique à tout va. Au grand dam de ces petits cons d’aficionados (sisi, il en reste!) minoritaires, il te nous le propulse d’un strapontin de complaisance au titre de conducteur de programmation tauromachique et culturelle des arènes de Madrid, le reconnu international. Il correctionne plus, il dynamite, il disperse, il ventile, le Raoul gardois… (http://vingt-passes-pas-plus.over-blog.org/article-l-enfant-roi-et-le-dieu-95933903.html).).
Dans le même filon, la Madeleine du Moun –on s’essaie à copier celle de Dax- a buriné sévère lors du Congrès de l’U.V.T.F. Dans le genre, une vraie spartakiste mémère, qui n’a pu se retenir de vilipender ces «aficionados qui ne font que détruire».
Finalement, il n’y a que l’Inénarrable qui est resté bloqué sur la case J-4 depuis 3 semaines, pour laisser espérer.

On voit donc que 2012 nous promet d’heureuses surprises, surtout si l’on ne s’attend à rien. C’est à mon sens le meilleur moyen de ne pas être déçu.
C’est pourquoi, afin de conserver une marge de progression et de supprimer toute possibilité, même infime, de déconvenue, j’ai le plaisir de vous souhaiter mes
PIRES VŒUX POUR l’ANNEE 2012.
Au 31/12/2012 à 23h59'59'', vous me remercierez…
Xavier KLEIN
PS: Mes félicitations au meilleur article de ce début d'année:


mardi 27 décembre 2011

Don Fernando De Castro Van Zeller Pereira PALHA

Don Fernando De Castro Van Zeller Pereira Palha est un aigle.
Un aigle au yeux de fauve.

Lorsque son regard se porte sur le lointain, toisant sa terre blanche, distinguant dans les broussailles la silhouette d'un de ses pensionnaires cornus, la flamme embrase son regard.
La flamme d'une passion viscérale, d'un attachement à sa terre et à son émanation la plus éclatante: ses toiros. Ses toiros, mais aussi les splendides coursiers lusitaniens qui font également sa fierté.

Don Fernando est un poète, un coureur d'utopies.
Don Fernando est un charmeur, pour qui accepte d'embarquer dans ses caravelles, défricheuses d'horizons oniriques.
Don Fernando témoigne à chaque instant de cette grâce et de cette élégance que confèrent la noblesse de l'âme lorsqu'elle se marie à l'héritage séculaire d'une tradition aristocratique de bon aloi.

Don Fernando inspire un sentiment qui ne saurait mieux se traduire que par un mot: la CLASSE. La vraie, celle qui, patinée par l'éducation, la civilité et l'épreuve du temps luit dans l'obscure banalité de nos temps comme une escarboucle, un Graal précieux et rare.

On m'excusera d'y être sensible.
La chose est certes bien passée de mode dans un monde de rollex et de nouveaux riches où le penchant va au «people» et au clinquant.

Du haut de ses quatre vingts printemps, Don Fernando a connu les vicissitudes du siècle.
La société où il est né n'a plus rien de commun avec celle où il continue obstinément à poursuivre des rêves périmés. Des rêves sans concessions à la modernité, peuplés de toros braves comme il lui semble que la bravoure dût s'exprimer: sans rien céder à la commodité et au confort de ceux qui les affrontent.
Don Fernando façonne donc ses toros à l'empoignade, au combat, au duel sauvage et épique, loin des fadaises, des frivolités, des ganaderos-épiciers qui vendent leurs bestioles comme des paquets de lessive, en ne songeant qu'à les adapter au sacro-saint «marché», les Garcimachins ou les Victoriano de la Cuneta (http://camposyruedos2.blogspot.com/2011/12/joyeux-noel.html).
Don Fernando nourrit des élans et des fantaisies de gentilhomme campagnard du Grand Siècle. Quand d'autres eussent herborisé, lui collectionne des toros remarquables, s'étant attelé à la reconstitution de la souche «Palha blanco» de la ligne vasqueña d'implantation portugaise.

Il faut parcourir avec lui sa finca, se régaler des mille et une anecdotes d'une longue existence de ganadero et de caballero, sourire à la vue de l'arbre mort où il grimpa jadis pour éviter l'ire d'un de ses toros d'or, imaginer les acosos y derribo où l'on jouissait des grâces des toros, en habit, dans le tournoiement des ombrelles, revivre le toast du roi des portugais au roi des ganaderos.
C'est tout cela Fernando Palha, c'est une histoire, ce sont des histoires, et par dessus tout une conception héroïque et élevée du monde et de la vie, c'est l'un des derniers témoins d'un monde et d'une caste qui n'existent et n'existeront plus.
Des regrets? Non, mais une nostalgie au goût de fado.

Don Fernando De Castro Van Zeller Pereira Palha sera à Orthez en juillet, avec ses mignons. Nul doute que nombreux seront ceux qui voudront honorer sa venue.
Xavier KLEIN






samedi 17 décembre 2011

CRYING FREEMAN

«Dieu me garde de mes amis; mes ennemis je m'en charge!»
Antigone II «Doson»  de Macédoine
Maréchal de Villars
Il y eût ce film chanbara (film de sabre) franco-canadien, sorti en 1995 d'après un manga de Kazuo Koike. Il traite des exploits d'un tueur apointé par les triades chinoises qui verse une larme chaque fois qu'il remplit un contrat et exécute une victime.
«Crying freeman» pourrait se traduire par «l'homme libre qui pleure». Un comble, car le dit tueur n'est à l'origine qu'un potier enlevé, drogué et conditionné pour en faire un tueur impitoyablement efficace. Son office n'est donc pas le fait d'un homme libre, mais d'une coercition.

Il y eût ces toreros -on n'ose plus parler de matadors!- qui se prêtèrent à Quito à une parodie pitoyable qui dépouillée de tous sens par l’amputation de la «hora de verdad» se réduit à un spectacle touristique pour bouffons en goguettes.

Il y eût enfin cet ultime et dérisoire dérapage d’une «figura» (comme ils disent…) c’est à dire d’une icône, d’une exemple, qui au lieu de cacher l’indigence de son entendement derrière le paravent salvateur du silence, se croit obliger de déblatérer.
Dans son édition du 6 décembre 2011, le quotidien équatorien «HOY» publie une entrevue avec le grand penseur taurin Sébastien CASTELLA sous le titre 'No me gusta ver a los animales sufriendo' («Je n’aime pas voir souffir les animaux»)
On peut lire les versions française et espagnole de l'article sur le site de la Fédération des Sociétés Taurines de France (http://www.torofstf.com/infos2011/111206entrevista_castella_quito.html)

Morcifs de choix:

Publicado el 06/Diciembre/2011 00:43
Entrevista
Sebastián Castella, matador de toros, número 8 del escalafón mundial.
[…]
Hay gente que considera una cesión a una decisión política que grandes figuras hayan venido a la feria.
Il y a des gens pour considérer que des figuras ont cédé à une décision politique pour venir à la feria.
Creo que, antes de dejar morir un arte, hay que apoyarlo. En Portugal, no se mata, no se pica, no se banderilla, y van los toreros. Y aquí, que tiene más cultura, que tiene más vida, que se pican los toros... Es insignificante decir y largar cosas que no tienen sentido. Para mí forma de ver las cosas, después de debatir tanto, hay que apoyar. (La muerte del toro) es algo que volverá.
Je crois qu'avant de laisser mourir un art, il faut le soutenir. Au Portugal, on ne tue pas, on ne pique pas, on ne banderille pas et pourtant les toreros y vont. Et ici, où l'on a plus de culture, plus de vie, on pique les toros... Il est insignifiant de dire et de lancer des choses dépourvues de sens. Pour ma part, après avoir tant débattu, il faut soutenir. (La mort du toro) C'est quelque chose qui évoluera.
[…]
¿Y qué argumentos darías para que se restablezca el tercio de muerte?
Et quels arguments donnerais-tu pour le rétablissement de la mise à mort?
Te voy a contar una historia. Antes de querer ser torero, tenia afición a los toros. Mi padre me llevaba a las corridas, a la feria de Béziers (sur de Francia), y me fascinaba el arte del toreo, pero me daba una pena tremenda del animal.
A mí, no me gusta la caza, no me gusta la pesca, no me gusta ver animales sufriendo. No me gusta un caballo o un perro dejado así porque ya no sirve, y que se va a morir. A mí, me da una pena tremenda, porque yo hasta lloro. Cuando me metí en el toreo, fui entendiendo que la parte de la muerte del toro es necesaria porque el toro es un animal que tiene una bravura y una inteligencia que no tiene ningún otro animal. El toro bravo es el animal que tiene la inteligencia más elevada dentro de los animales. El argumento te lo da el toro mismo.
El toro se va para adentro pero lo matan con un balazo, y nadie lo ve. Esa no es la muerte que quiere ese animal. No estamos dentro de él, pero llevan cientos de años criándolo y ya lo conocemos, que tiene esa fuerza, esa aletilla y esa verdad. Porque el único que, en el mundo del toreo, tiene la verdad es el toro. Los demás solo estamos ahí acompañando.
Je vais te raconter une histoire. Avant de vouloir devenir torero, j'avais de l'afición a los toros. Mon père m'amenait aux corridas, à la Feria de Béziers (sud de la France) et l'art du toreo me fascinait mais me procurait une peine terrible pour l'animal.
Je n'aime ni la chasse, ni la pêche, ni la souffrance des animaux. Je n'aime pas qu'un cheval ou un chien soit abandonné parce qu'il ne sert plus et qu'il va mourir.
Cela me procure une peine terrible à en pleurer.
Quand j'ai commencé à toréer, j'ai compris que la suerte de la mort du toro était nécessaire parce que le toro est un animal qui fait preuve d'une bravoure et d'une intelligence que n'a aucun autre animal. Le toro brave est l'animal qui possède l'intelligence la plus élevée parmi les animaux. L'argument, il te le donne lui même.
Le toro sort de l'arène, mais on le tue d'un coup de feu, et personne ne le voit. Ce n'est pas la mort que veut cet animal. Nous ne sommes pas à sa place, mais  cela fait des centaines d'années qu'on l'élève et nous savons qu'il possède cette force, cette ardeur et cette vérité. Parce que dans le monde du toreo, le seul qui détienne la vérité, c'est le toro.
Nous ne faisons que l'accompagner.

¿Qué fue lo primero que pensaste con la prohibición?
Qu'as-tu d'abord pensé de la prohibition?
Dentro de lo malo, le di gracias a Dios de que no quitaran el toreo entero. Hay que ser inteligentes. Ellos no han sido inteligentes. Quieren hacer una cosa pero les ha faltado inteligencia, y no voy a decir más porque con eso, ya lo digo todo. Y eso nos beneficia a nosotros.
Le moindre mal, grâce à Dieu c'est qu'il n'aient pas abandonné la corrida entière. Il faut être intelligent. Ils ne l'ont pas été. Ils voulaient agir, mais ils ont manqué d'intelligence, et je n'en dirai pas plus parce qu'avec ça, j'ai tout dit. Et cela tourné à notre bénéfice.

Cuando te toca entrar a matar y no puedes, ¿cómo te sientes?
Quand vient le moment de tuer et que tu ne le peux, comment te sens-tu?
Yo voy a la plaza a torear, no a matar a un toro.
Je vais aux arènes pour toréer, non pour tuer un toro.

Pero te llaman matador...
Mais on te dit matador (tueur)...
Sí, obviamente, porque en los principios, solo se pegaban dos muletazos y se mataba. Ha evolucionado y los toreros no vamos a matar, sino a torear. La gente no quiere ver cómo matan a un toro, sino que quiere ver arte. Y hace parte dentro de ese arte la parte final, que es matar al toro.
Oui, évidemment, parce qu'à l'origine, on se contentait de deux passes puis on tuait. Cela a évolué et les toreros ne vont pas tuer mais toréer. Les gens ne veulent pas voir comment on tue le toro, mais veulent voir de l'art. Et la partie finale de tuer le toro fait partie de cet art.

Que penser de telles déclarations?
C'est un lieu commun depuis des lustres que certains toreros, notamment dans le registre artistique n'éprouvent guère d'appétence pour la mise à mort.
Des maîtres comme Curro Romero ou le grand Rafael n'ont jamais caché -il eût été difficile de le faire étant donné leurs piètres prestations à la rapière!- que ce qui les intéressait dans l'acte de toréer, c'était de «s'accoupler» avec le toro pendant le «ballet amoureux» que constituait pour eux une faena. Renacler à tuer «l'objet du désir», le partenaire d'un instant d'harmonie parfaite peut parfaitement être entendu et compris.
Mais dans cet article, par delà les lieux communs et les platitudes, derrière l'anthropocentrisme de pacotille, Castella va beaucoup plus loin que l'expression d'un goût ou d'un dégoût personnel.
Malheureusement, à travers l'article, court cette nouvelle posture -on n'ose parler de philosophie!- du toreo moderne tant promue par certains.
Un cri du coeur: on va aux arènes «pour toréer, non pour tuer un toro », «les toreros ne vont pas tuer mais toréer». Et pourquoi s'émouvoir du syndrome de Quito puisque «le moindre mal, grâce à Dieu c'est qu'il n'aient pas abandonné la corrida entière» et qu'en fin de comptes «cela ait tourné à notre bénéfice».
Qu'un propos ait été déformé, c'est possible, que la teneur globale d'un article soit le fruit d'une incompréhension, ne l'est pas.
Surtout de la part de l'ex-gamin que «l'art du toreo fascinait mais procurait une peine terrible pour l'animal».

On se trouve en présence soit d'une terrible hypocrisie soit plus probablement, vu la personnalité de l'intéressé, d'un déni de réalité d'anthologie, voire même d'un trouble de la personnalité.
Surtout lorsqu'on entend lors de l'assemblée de l'U.V.T.F. que le pôvre drôle a même consulté des psys pour résoudre son problème.
Dommage que le révérend père J.P. n'ait pas trainé dans le secteur, une conversion était à portée!

Le tueur qui pleure sur sa proie, le «Crying freeman» de la tauromachie, c'est sans doute le dernier must de notre «société de la victime». Mais bon sang que ce môme aille planter des choux ou coincer la bulle sous les tropiques si tuer un toro ne lui convient pas et le peine à ce point! Assez de tartufferie!

Ecoeurant!!!
Avec de tels «héraut(o)s», nous n'avons plus besoin de «zantis».
Xavier KLEIN