Humeurs taurines et éclectiques

lundi 3 janvier 2011

Fôtes d'aurtografe


«L'orthographe est plus qu'une mauvaise habitude, c'est une vanité.»
Raymond Queneau

Je recevais récemment un mail, témoignant d’un échange édifiant entre un journal taurin qui présentait gentiment ses vœux et le destinataire. Un courrier largement diffusé, c’est pourquoi j’en fais état.
«- Toute la rédaction de la revue Toromag se joint à moi pour vous souhaitez ses meilleurs voeux pour cette nouvelle année.» écrivait le premier.
«Vous "souhaitez" prend un "r". Souhaitons donc un peu plus de rigueur pour le respect des lecteurs.» répondait élégamment le second.
Par charité et pour ménager le suspense, je m’abstiendrai de nommer le goujat qui, non content de répondre à une courtoisie par une vacherie, s’est débrouillé pour la faire savoir.
Vous savez le principe du pilori! C’est à ce genre de délicatesse qu’on identifie les âmes pures.
Le trait s’avère d’autant plus cocasse et ubuesque que les écrits du censeur sont très régulièrement émaillés de fautes d’orthographe, de syntaxe, de barbarismes, de contresens, et autres palinodies langagières et philosophiques. Sans compter qu'en matière de respect du lecteur, l'homme parle d'or.
L’hôpital qui se fout de la Charité!
Tiens pour rire! Pour ne citer qu’un article intitulé ce jour «Quel avenir pour burladero?», je relève: «» (en lieu et place de «»), «shéma» (pour «schéma»), «medias» (pour «media», qui est en latin le pluriel de «medium», mais il existe, il est vrai, une tolérance), «ce départ inopiné est» (au lieu de «ce départ inopiné soit»). Un florilège pour quelqu’un de tellement intransigeant sur l’écriture!
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Je ne me permettrai nullement de rejouer ici la parabole de la poutre et de la paille (Matthieu VII, 1-5) parce qu’ils se comptent chichement ceux qui écrivent beaucoup et régulièrement, tout en demeurant indemnes de tout reproche orthographique, moi le bon dernier. La liste des grands auteurs abonnés à une orthographe chancelante serait à cet égard très édifiante.
En ce qui me concerne, j’essaie toujours, avec plus ou moins de réussite, de présenter des textes correctement écrits et, si possible, dépourvus de fautes d’orthographe. Il y a là une politesse du verbe, qui me paraît représenter la moindre des corrections.
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Pourtant, nonobstant le soin que j’y apporte, en dépit des deux ou trois relectures, ces «ch’tites salop’ries» de feautes d’ortografe persistent à s’embusquer entre les mots.
Non que j’ignore les règles et conventions, mais allez savoir pourquoi, telles des tireurs d’élite parfaitement camouflés, on peut passer dix fois à côté sans les remarquer et ne les découvrir qu’à la onzième. En bon tenant de la psychanalyse, je considère alors le contexte de ce lapsus écrit, souvent révélateur.
En outre, je constate une certaine dégradation de la situation, l’âge venant.
J’ai toujours profité, SANS MERITES, de ce que l’on appelle une orthographe naturelle. C’est à dire que je ne me suis jamais trop posé la question de telle ou telle règle. Je lis, et je ressens comme un malaise, une imperfection, quand je tombe sur la faute, un peu comme on souffre d’une fausse note dans un solo.
En cas de doute, je réécris le mot, et la plupart du temps, il tombe alors juste.
Toutefois, cette faculté s’émousse actuellement, ou plutôt j’ai la perception de son délitement. Cela me trouble, comme me troublent la confusion ou les difficultés de mémorisation qui se multiplient depuis que j’ai subi un A.V.C., il y a un an. Je ne retiens plus ce que je lis et ce que j’apprends. S’il fut un temps lointain où, je ne faisais que 3 ou quatre fautes dans les dictées de Pivot, je n’en suis plus capable.
La plupart du temps, quand je ponds un texte dans la précipitation, ou bien lorsque je réponds rapidement à un commentaire ou à un mail, je m’aperçois –horreur!- que les fautes s’y multiplient. Cela me navre. Festina lente pour compenser les effets dévastateurs de la décrépitude!
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Il me revient que l’on dit souvent que l’orthographe est la «science des ânes». Les «zantis» protesteraient sûrement à cet opprobre jeté arbitrairement sur ces sympathiques quadrupèdes que leurs têtes pensantes se contentent de castrer.
Phobie ou jalousie? Ne dit-on pas «monté comme un âne», ce qui pourrait en effrayer plus d’une et en complexer plus d’un?
A tout prendre, je préfèrerais qu’on me prenne pour un con plutôt que l’on m’ôtât les roubignolles, mais bon, ce sont les valeurs des «zamis des zanimaux» que l’on doit d’autant plus respecter qu’il ne respectent nullement les nôtres. Plutôt con que châtré, question d'éthique…
Après cette subtile et élégante digression, je voudrais souligner combien, qu’on le veuille ou pas, l’orthographe constitue un facteur normatif dans la vie sociale.
Je ne me prononcerai nullement sur le bien fondé d’une hypothétique réforme, quoique mes sympathies allassent au maintien d’un rapport de notre langue à la culture et à l’histoire, ainsi que d’une exigence intellectuelle, que l’on voit partout s’émousser dans un grand mouvement de nivellement par le bas. Il est bien plus facile et plus populaire d'abaisser la barre que d'entraîner les gens à la sauter. Cela leur laisse l'illusion qu'ils sont performants, même si l'enseignement et les diplomes se dévaluent. Cela s'appelle aussi de la démagogie, enfin je crois.
Je constaterai seulement qu’en cette matière, comme en d’autres, nos élites ont des conceptions à géométrie variable, selon qu’elles se réfèrent à la condition de la masse ou à celle de leur caste.
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Car à la vérité, l’orthographe constitue un facteur évaluatif et discriminant évident, sauf pour ceux qui refusant cette élémentaire réalité, se bercent d’illusions, ou se préoccupent de maintenir une barrière non-dite, mais bien présente, dans l’ascenseur social. Tant l’accès aux grandes écoles qu’aux postes convoités du public ou du privé se trouve de facto, largement conditionné par une expression écrite de qualité. Et quand bien même déciderait-on de ne plus prendre en compte ce facteur pour des recrutements, le contrevenant se verrait affligé d’un handicap excessivement pénalisant. J’ai ainsi su qu’un Inspecteur d’Académie se gaussait des fautes d’un de ses homologues en diffusant ses courriers corrigés à l’encre rouge! La bassesse ne sévit pas qu’à Vieux Boucau…
Dans un pays d’histoire et de tradition millénaires, la cooptation des castes dirigeantes passe par ce genre de «détail», si l’on considère -à tort- que la maîtrise de la langue, donc de l’information, donc de la connaissance, donc du pouvoir, relève du «détail». Il convient donc de ne pas se méprendre sur la portée du geste correctif qui vise avant tout à l’humiliation.
C’est pour ces diverses raisons, que dans l’exercice de mon métier, j’accorde une importance extrême à ce point, ressassant aux enfants et aux familles, qu’il convient qu’ils ne le négligeassent pas, car dans le 7° arrondissement ou à Neuilly, on ne saurait le négliger. C’est cela l’élitisme républicain: entretenir les plus hautes exigences et ambitions pour les «modestes». C’est de fait les respecter et vouloir pour eux ce qu’on attend pour ses propres enfants.
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Autant j’attache de l’importance à l’orthographe de mes textes, question d’amour propre et d’élégance, autant pour les raisons qui précèdent il me paraît ridicule et méprisable de s’attaquer à l’orthographe déficiente de son prochain, hormis quand le quidam aurait des prétentions injustifiées à une culture qu’il ne maîtrise pas.
Il en va de l’instruction comme de la fortune, on ne saurait reprocher à quelqu’un d’en être dépourvu, sauf si, j’insiste, comme l’infâme Jose Millán Astray, on se fait gloire de ne pas en avoir et l’on s’en prend à ceux qui en disposent («Viva la muerte y muerte a la inteligencia»).
Si, comme je l’avance plus haut, la maîtrise de l’orthographe me semble importante à tous points de vue, elle ne saurait compenser à elle seule l’indigence de la pensée et de la créativité.
A tout prendre, je préfèrerai toujours avec sympathie, un illettré intelligent, surtout s’il a du cœur, de la noblesse, et de l'«alma», à un crétin instruit (et cette dernière catégorie foisonne en ce que ma grand-mère avait coutume de qualifier de «frottés de lycée»).
La plupart de mes amis sont des gens sans prétentions, artisans, paysans, ouvriers, qui cultivent la simplicité et la richesse de cœur. Leur commerce me réjouit et me profite infiniment plus que celui des outrecuidants. Ne serait-ce que parce qu’ils savent éventuellement juguler avec bonne humeur les velléités de vanité que, comme les copains, je pourrais entretenir.
Le cœur, voilà la vraie richesse! Car si la connaissance ou l’orthographe s’apprennent, le cœur lui ne s’acquiert pas.
Certains doivent être très seuls et sans amis sur leur faux Parnasse!
Tout cela me rappelle l'affreux Jojo…
Xavier KLEIN



17 commentaires:

el chulo a dit…

putin, cé bo come de l'hugo frai.

dionxu a dit…

Il se dit que l'énergumène en question qui truffe ses écrits de non sens, d'antilogies, et de mots savants employés à contre sens pour l’esbroufe dans un style très ampoulé, se vante de n'avoir pourtant fait que trois fautes à "la dictée de Pivot".
Renseignement pris, c'est vrai :il a fait deux fautes à dictée et une à Pivot.

Marc Delon a dit…

Alors quand j'ai une fois signalé une faute à Ludo et une à toi, je visais à votre humiliation ? Quel sale type je fais... Tu m'avais remercié, pourtant.
Enfin moi je me remercie quand à la relecture j'en trouve et je remercie Gina de me les signaler aussi. Je préfère aussi qu'il y en ai (faut un ''t'' ?) le moins possible.
Ces dames qui cherchent l'âme soeur sur Meetic me disent que la première sélection qu'elles opèrent est effectivement celle-ci : éliminer les frappeurs de fautes et autres fautifs d'orthographe qui leur font toujours mauvais effet. Je ne sais si c'est fiable : la grandeur d'âme est-elle toujours inversement proportionnelle à cette lacune ?

Xavier KLEIN a dit…

Mais Marc, je n'ai même pas pensé à toi! Je n'ai jamais supposé à une humiliation de ta part.
Il faut dire que tu m'avais adressé un commentaire personnel. Nullement une diffusion collective afin que nul n'ignore.
Là est toute la différence.
La même que lorsque tu prends un camarade à part pour lui dire entre 4 yeux: "Tu fais une connerie" et lorsque que tu lui dis devant un auditoire.
Dans un cas tu es bienveillant et dans l'autre malveillant.

Alain Lagorce a dit…

"J’ai toujours profité, SANS MERITES"
si c'est SANS mérite, c'est qu'il n'y a pas de mérite. "mérite" a besoin de son "s" ? :-)))
Ce sidi sans méchancetéS aucune…

Marc Delon a dit…

ouf, ça va. je suis sur les dents en ce moment...

Xavier KLEIN a dit…

J'avais pensé "mériteS", expression très employée dans le langage, entre autres administratif, "ses grands mérites" (n'est pas dans ce cas employée au singulier).
Mais, comme je l'ai dit, j'essaie de bien écrire ce qui n'empèche nullement les erreurs.
Je n'ai pas cette (ou ces) prétention(s).

Serge Duriot a dit…

Bonjour,
Respect des lecteurs ? Respect des codes de communication ? Unification du langage écrit ? Besoin d'être compris ? Science des ânes ? Arme de mépris ?...

Dans un format aussi restreint que celui des weblogs, écrire « correctement » est un procédé difficile car il faut publier à la fois des textes compréhensibles et courts. Voire pertinents pour gagner des cibles lectrices et s'en achalander un nombre conséquent (Auteurs ou commentateurs, si les blogueurs écrivent c'est pour être lus, reconnus même).
Je suis bien d'accord avec une partie de votre article, je vais donc enfoncer une porte ouverte. Ainsi, soigner son orthographe, donc sans purisme nauséabond ou méprisant, est un acte de communication. C'est important ça.
Il est important que le lecteur comprenne parfaitement les écrits, sans mauvaise interprétation pour cause de mauvaise orthographe, ou bien de grammaire et de syntaxe « pifométriques ».
Par exemple, de saison:
-La voiture a brûlé...
-La voiture à brûler...
-La voiture à brûlé...(Qui est Monsieur Brûlé ?)
Etc.
C'est pas simple... Pourtant... Comprendre le message de l'émetteur est primordial. Permet d'éviter les premiers engrenages de vindictes de forme avant celles de fond.

Pour finir, je vous rappelle une petite citation teintée de sarcasme à l'endroit, et à l'envers, de votre cher « besognot du vieux bouquet »... Ainsi qu'à vous même qui officiez dans les temples du Savoir et de l'Éducation (défaillants certes, mais à leurs décharges il n'y a pas dans le Public de réelle obligation de résultatS. Les risées sur les surfaces rectorales doivent noyer les tsunamis n'est-il pas ? ).

« Deux intellectuels assis vont moins loin qu'une brute qui marche (Michel Audiard in « Un taxi pour Tobrouk »)

Sentence qui peut se tempérer par:
« … mais l'intellectuel, quand il se lèvera, ira à pieds dans la bonne direction ! A pieds car sa voiture aura brûlé brutalement.  » (Je sous-entends beaucoup de choses car les batailles de l'écrit et celles de l'instruction dévastent tant de champs qu'il faudrait non pas quelques lignes, mais, entre autres médias, de -très bons- livres pour en faire le tour sereinement...)

PS: quand les neurones flanchent, et j'en suis désolé pour vous, il existe des logiciels « à pas chers » qui font un très bon travail de correction.

Xavier KLEIN a dit…

Comment voulez-vous écrire correctement dans un pays qui compte plus de 300 fromages?
Décidément, la perfection n’est pas de ce monde !
De féaux lecteurs me font gentiment remarquer avec juste raison qu’il serait plus approprié d’écrire : «Je préférerais qu'on me PRÎT pour un con […] et qu'on m'ôtât […]». Mais c’est bien sûr: il faut accorder les 2 verbes…
De même, ils proposent: «Je ne me prononcerai nullement […] quoique mes
sympathies AILLENT […]». Je suis moins convaincu par cette option, bien qu’elle m’ait longtemps titillé l’oreille avant d’écrire. Je sentais mieux ALLASSENT. Ceci dit, je leur fait confiance n’étant pas spécialiste.
C’est dur l’écriture! En cette matière comme en d’autres, il ne faut songer qu’à se perfectionner…

Marc Delon a dit…

Si les auteurs étaient édités ''tel quel'' il y aurait beaucoup de surprises. Les éditeurs ont des correcteurs professionnels à qui certains auteurs doivent ''s'abandonner'' les yeux fermés...

Xavier KLEIN a dit…

Tu me rassures!

el chulo a dit…

certes, ceci dit, ce serait aussi plutôt bien que les écrivains écrivent en français, sans avoir à passer au travers du filtre des "correcteurs", qui doivent hélas souvent aller bien au delà des rectifications orthographiques ou syntaxiques, et s'éreinter sur des torchons informes mais bien nés.
je reste sur l'idée très ringarde que l'écriture est un très exigeant artisanat d'art.

Anonyme a dit…

"que mes sympathies aillent" c'est un souhait;"qu'elles allassent" (et la Lorraine évidemment) est très pédant.A moins que ces sympathies fussent allées à d'autres?
Le hautbois (par ailleurs fils d'un regretté hussard de la République)

el chulo a dit…

le haubois, c'est pas du pipeau!

ludo a dit…

et PPDA , il fait des fautes d'orthographe quand il recopie ?


ludo

Xavier KLEIN a dit…

Pourquoi Ludo?
J'comprends pas l'allusion...

ludo a dit…

bin , pasque les éditeurs, et là c'est flammmarion fleuron de l'édition encore un poil indé ( en poésie ils sont plutôt bon ) qui a publié le...hum...comment dire...machin de PPD qui s'avère, entant que soi-disant bio de hemingway, être une resucée faite de copier-coller d'un autre ouvrage. et qu'il y a certainement des correcteurs chez flam...mais plus de types qui lisent vraiment les manuscrits.
tiens, lis la chronique de schneidermann :
http://www.arretsurimages.net/vite.php?id=10005
ton post m'a sauté aux yeux alors que je pensais à tout ça.
abrazo;

ludo