Humeurs taurines et éclectiques

mardi 24 mai 2011

Un procès d'intention reste toujours un procès.

«C’est ouvrir une digue qu’entamer un procès; avant qu’il ne s’engage, désiste-toi»
«Ancien Testament, Proverbes XVII, 14»
Je suis toujours étonné de la lecture que d’aucuns peuvent faire de ce que l’on écrit. D'autant plus étonné que les réactions, positives ou négatives, se multiplient.
 
Un étonnement tout à fait relatif en ce qu’avec un peu de vécu, on apprend que NOUS tendons tous à voir ce que NOUS voulons voir, entendre ce que NOUS voulons entendre et lire ce que NOUS voulons lire. Le NOUS en capitale supposant que je m’incluse dans le lot.
Exemple avec mon précédent texte qui s’intitule explicitement «PILORI STORY», dont l’exergue est pourtant on ne peut plus limpide: «Je ne reproche nullement aux amerloques d’être ce qu’ils sont, je leur reproche de nous vouloir comme eux.», dont le développement veut démontrer que:
1°) A travers les âges chaque peuple en situation d’hégémonie veut imposer ses valeurs.
2°) Les USA actuellement dominants font comme les copains et veulent imposer les leurs.
3°) Cette tendance s’illustre en ce moment par une campagne des médias anglo-saxons (et surtout américains) de dénigrement des valeurs et mœurs françaises.
4°) Cette campagne est relayée par des français.
5°) Les américains sont moins fondés que tous autres à donner des leçons de vertu.
6°) L’emprise anglo-saxonne ne s’exerce pas uniquement sur des questions de morale sexuelle, mais sur la morale tout court, notamment sur LEUR définition des rapports hommes/animaux, qui nous concernent au premier chef, celui de la tauromachie. Sans doute certains ont-ils oubliés que PETA, One Voice et consorts sont des produits d’importation US.
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En outre, me gardant bien de me prononcer sur une innocence ou une culpabilité de DSK, pour laquelle je n’ai (pas plus que les autres) aucun élément d’appréciation, je note seulement: «La question n'étant pas de savoir s'il est coupable ou non, mais de se refuser à traiter ainsi un humain de manière dégradante, quoiqu'il ait commis». C’est à dire de me prononcer sur la FORME et non sur le FOND.
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N’étant ni juge, ni juré, Dieu merci, je n’aurai pas à trancher sur une affaire qui me semble tout à fait délicate, parce qu’au bout du compte, ce sera une parole contre l’autre.
En outre, le système américain ne s’appuie pas sur la recherche de la vérité, concept d’ailleurs très problématique, mais sur la capacité à entraîner l’adhésion ou à provoquer le doute, ce qui s’avère substantiellement différent de la culture française.
Quant à s’illusionner sur les vertus d’un système qui, paraissant égalitaire, favorise outrageusement celui qui a les moyens de payer, c’est une autre chanson que je laisse à Eric Colmon, qui aime bien parfois nous jouer les pudeurs outragées, ce qui est assez amusant d’ailleurs.
Grand fou va!
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Je n’ai donc, sincèrement, aucune idée sur la culpabilité ou l’innocence des deux parties et de toutes manières, sur cette question comme sur d’autres (et notamment la tauromachie), j’essaie de faire abstraction de l’EMOTION pour préserver l’exercice de la RAISON.
Je me fous et me contrefous que le dit DSK soit de gauche, de droite ou d’extrême centre, la saloperie n’ayant pas de camp, ni de frontière et restant toujours intolérable.
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Je ne trouve aucune excuse à un viol, surtout sur une personne en situation d’infériorité (physique, sexuelle, sociale, etc.) et surtout par une personne ayant autorité.
Régulièrement ma pratique professionnelle me confronte avec des enfants ayant subi des agressions de ce type, et je suis particulièrement bien placé pour constater la souffrance et surtout les dégâts que telles abominations génèrent.

Si je donnais libre court à ma colère (et à ma sauvagerie), j'adopterais aisément la méthode Abélard pour régler leur compte aux immondes salopards qui, par leurs agissements, font que des mômes ou des adultes, se voient irrémédiablement souillés. J’en connais qui n’ont plus jamais prononcé un mot de leur vie…

Pour autant, je le redis: rien ne justifie d’appliquer la loi du Talion et de compenser une infamie par une autre.

Tout homme, quel qu’il soit, quoi qu’il ait commis, conserve pour moi un droit imprescriptible à la dignité, même et surtout s’il n’a aucune conscience du sens de ce mot.

C’est cela l'âme de ce texte.
C'est cela toute la différence entre la civilisation et la barbarie, entre la justice et la vengeance, entre une société qui se protège légitimement et une société qui prétend châtier.

La justice américaine ne me paraît aucunement exemplaire. C'est simplement un système différent, adapté à la culture du pays, avec ses avantages et ses inconvénients.
Un système qu'il ne me viendrait pas à l'idée de critiquer, si on ne s'employait à nous le présenter comme un modèle exemplaire et si la campagne des tabloïds américains n'était pas si virulente (comme elle le fut avec l'affaire irakienne).

On reconnaît une société à la manière dont elle traite ses détenus.

De ce point de vue, ni la France, ni les USA n’ont de leçons à donner à quiconque… ni à recevoir d’ailleurs. La tendance actuelle à systématiquement proposer des modèles à suivre (économiques ou autres) est parfaitement stupide et découplée de la complexité des situations.
Chacun serait mieux avisé de balayer devant sa porte.
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Pour conclure, je ne vois aucun inconvénient majeur à subir la critique. Encore faut-il qu’elle soit fondée sur le fond et la réalité de mes propos.

J’attends encore qu’on m’indique où et quand j’aurais traîné Eric Woerth dans la boue, où est quand j'aurais fait de DSK mon champion, où et quand je lui aurais trouvé des circonstances atténuantes.

Cela s’appelle un procès d’intention, non?
S’il n’y avait que celui-là!
Xavier KLEIN

NOTA: Quant à craindre que le «Tous pourris!» profite au FN, rappelons aux ignorants et aux distraits qu'en matière de cul, le révérend père Jean-Marie n’était nullement un perdreau de l’année, et jouissait (avec l’âge les raideurs se déplacent) de la même réputation que Dominique, nique, nique.
Son ex-épouse avait été tout à fait explicite sur le sujet, notamment lors de son interview très dénudée de Playboy où elle figurait, ô hasard troublant! en soubrette lubrique. Le Pen is, comme on dit aux States!
Pierrette Le Pen fait le ménage au FN (Playboy juillet 1987)
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vendredi 20 mai 2011

PILORI STORY

 Je ne reproche nullement aux amerloques d’être ce qu’ils sont, je leur reproche de nous vouloir comme eux.

Et ce que je dis des américains pourrait parfaitement s’adapter à bien d’autres, ainsi qu’évidemment à ces nombreux français qui se permettent de porter des jugements yakamaniaques sur les mœurs ou la façon de penser des autres.
Fervent défenseur de la laïcité, une solution française à une problématique historique et culturelle française, je me suis toujours étonné de la présomption de ceux qui, y voyant une valeur universelle -ce qu’elle n’est pas- s’indignent que les autres peuples n’en partagent pas la nécessité.

Par le passé depuis le XVIIIème siècle, en tant que puissance dominante, y compris par le biais de la colonisation, la France a imposé ses valeurs, se persuadant que convenant à sa culture, elle ne pouvaient que convenir à celles des autres: la fameuse «mission civilisatrice» qui donna bonne conscience à la IIIème République.
Si le XVIème fut espagnol, le XVIIème et le XVIIIème français et le XIXème anglais, le XXème fut incontestablement américain. Il n’y a aucune raison de s’étonner que l’impérialisme économique et militaire américain ne fut pas accompagné, comme pour les copains précédents, d’un impérialisme culturel.
Nous en voyons les effets, vertus et vices, dans la prédominance de l’apport US, que ce soit en musique, cinéma, littérature, architecture, vêtements, mais également gastronomie (si le hamburger peut être qualifié ainsi), et surtout règles économiques (libéralisme), légales, morales, etc.
Si l’on peut rester profondément «français» tout en appréciant de porter des jeans, en aimant les films de Clint Eastwood, la musique de Bob Dylan ou les œuvres de Jack Kerouac ou de Jackson Pollock, l’appropriation de ce qui constitue le cœur de l’intimité culturelle, la racine de la représentation du monde reste profondément insensible à l’influence américaine.

De même que nous avons eu du mal à avaler cette pilule lorsque nous étions en situation de prédominance et que le sauvage et le barbare était celui qui se refusait à nos valeurs, il en va de même pour nos frères humains d’outre atlantique dont la presse se déchaîne actuellement contre ces cochons et libertins de frenchies qui se vautrent dans le stupre et le lucre.
Je suis scandalisé par l'entreprise actuelle de culpabilisation des medias US qui se mobilisent pour dénoncer cette coupure très latine entre ce qui relève de la vie privée et ce qui procède de la morale publique, césure qui n’existe pas au yankeeland.

Une indignation très sélective. D’évidence, aux States, il est bien pire de violer une soubrette que de mentir pour envahir l’Irak (et provoquer des milliers de morts) ou bien de magouiller en bourse pour niquer l’économie mondiale.
Question de point de vue…
Pipes et cigarettes sont interdites au pays de la prohibition, ils ont vraiment un problème avec l'oralité ces mecs.
Par contre, question substituts phalliques, tromblons et gros calibres, là, en voiture Simone!

Je suis encore plus scandalisé qu’une cinquième colonne française s’en fasse l’écho et appelle, en cette matière comme dans d’autres, à américaniser nos mœurs.
Les français se foutent comme d'une guigne de ce qui se passe dans l'alcove de leurs dirigeants, mais se réjouissent friponnement de leur épanouissement sexuel: et alors?
Les français pardonnent les mensonges de leurs politiques parce qu'ils n'ont pas la naïveté de croire qu'il puisse en être autrement: et alors?
Les français préfèrent des politiques talentueux plutôt que vertueux, des Talleyrand plutôt que des Jimmy Carter: et alors?
Fuck off, comme ils disent les ricains! Fuck off!
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En fait, en la matière il me semble que l’on navigue entre deux pôles opposés.
Ou bien on accepte tout ou partie de la critique et du regard de l’autre et l’on se dirige vers une pensée et un paradigme mondialisés et standardisés (sur la base de la culture dominante bien sûr). On se métisse certes, mais à condition que le produit reste blond avec les yeux bleus.
Ou bien on envoie paître et l’on cultive son jardin culturel et son «génie» national en prenant le risque de l’autisme ou du ghetto.
A mon sens si toute attitude extrême est généralement préjudiciable il n’en demeure pas moins qu’il est difficile, voire impossible, de ne pas être extrême sur cette question, l'introduction d'un doigt dans l’engrenage pouvant y entraîner tout le bras.
Cette alternative brutale pousse aux excès les plus débridés, à un anti-américanisme général (dont les ricains n’arrivent pas à appréhender les causes pourtant limpides) et à des réactions benladeniques par répulsion pour le modèle imposé.

Voir un PRESUME innocent (mais aux States on est présumé coupable…), quel qu’il soit, puissant ou misérable, délibérément menotté, exhibé, humilié, pilorisé, voir son intimité dévoilée dans ses moindres détails, avant même d’en avoir jugé sur la réalité des faits m’est insupportable.
La question n'étant pas de savoir s'il est coupable ou non, mais de se refuser à traîter ainsi un humain de manière dégradante, quoiqu'il ait commis.

Evidemment les esprits chagrins pourraient constater combien l'exigeance morale peut être élastique au Bushland, un mois après que cette contrée, la plus judiciarisée et la plus procédurière du monde, ait dépéché Ben Laden ad patres sans autre forme de procès.
On pourrait pourtant dégainer les gros mots et les sujets qui fachent en évoquant les paradis des Droits de l'Homme tels que Guantanamo ou Abu Grahib ou mieux la différence de traitement entre Palestiniens et Israéliens.
L’application de cette morale puritaine, sous tendue par le concept évangéliste de prédestination (il y a les «élus» et les «damnés») d'imposer avec jouissance un préambule aux tourments de l’enfer au pécheur m’est absolument insoutenable.

Comme dans ce Deep South où lyncher un nègre ou s'acommoder au quotidien d'un SDF (évidemment black ou latino) sur son trottoir a toujours infiniment moins scandalisé qu’une fellation ou pire, horreur, la sodomie.
Tennessee Williams est toujours d’actualité.
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Ah ils jubilent les ricains! Ils avaient loupé Polanski et ne s’en étaient jamais remis. Désormais ils l’ont leur frenchie obsédé et débauché qui va payer pour les autres au pays de la dénonciation permanente du harcèlement sexuel (mais nullement du harcèlement social).
Et du super, de l’extra, avec la gueule de l’emploi, l’air salace, éventuellement perfectionné par 30 heures de garde-à-vue ou le choix des photos les plus expressives.
C’est la curée, l’hallali, le haro sur le baudet (en France, c'était sur le Baudis).
En plus, avec un gonze qui s’était employé à tempérer, un peu, l’extrême rigueur libérale du FMI. Un peu juif sur les bords (donc libidineux) pour ces bien-pensants W.A.S.P. (White, Anglo-Saxon and Protestant). Tout un symbole! DSK Satan l'habite, pour sûr!
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Le monde anglo-saxon en général et les amerloques en particulier prétendent nous donner des leçons et leur presse se déchaîne, relayée par les habituels affidés.
On ne parlerait que cul, on pourrait en rire, et à la limite leur montrer le nôtre, en guise de réponse.
Le problème c’est que l'enjeu va bien au delà et que ces injonctions moralisatrices se généralisent dans tous les aspects de notre quotidien.
On veut nous ricainiser.
C’est bien le fond du problème avec cette vision des rapports homme/animal qui nous envahit sans que nous n’y ayons pris garde.
La «pet society» (société de l’animal de compagnie) importée après guerre, qui faisait rire en Gaule en attendant que comme chez les civilisés ricains, on y érige aussi des mausolées à son matou, ou on y lègue ses biens à son médor (comme le voudrait la taulière du Negresco).
Là bas, à Bervely Hills, on finance à prix d’or la psychanalyse des cabots, les musicothérapies pour gorets apprivoisés, voire même on consulte des astrologues pour connaître l'avenir de Pomponnette.

Honte! Honte définitive et absolue!
Et ces gens prétendent nous donner des leçons!
Et leurs succursales bestialistes, comme dans un autre créneau l’Eglise de Scientologie, les mormons ou les Témoins de Jéhovah font action de lobbying forcené pour se développer sur le marché européen.

Assez de tout ce fourbi, on se retient de gueuler de nouveau: «Yankees go homme»!
Gardez votre Mickey ou votre Donald asexués et «propres sur lui», nous préférons montrer à nos enfants que les toros ont des couilles.
Cada uno en su sitio…
Xavier KLEIN

PS: Et si en représailles on en chopait un lors d'un voyage. Georges W, par exemple, qu'on jugerait pour crime économique au 3ème degré, bellicisme au deuxième degré, ou intelligence avec le complexe militaro-pétrolo-industriel au 1er degré. On pourrait te lui coller 15 jours de TIG comme assistant sexuel.
Marrant non?

lundi 16 mai 2011

CHULO, le retour

Après un intermède hivernal, avec la nouvelle sève, nous revient Maître Chulo, remonté comme une montgolfière.
http://adioschulo.blogspot.com/
Chulo, ses colères, ses indignations, et surtout une sensibilité à fleur de peau, une générosité de sentiments qui rompent tellement avec le cynisme, le réalisme et le conformisme ambiants.

On le sait, l’idéalisme, ou plus simplement la fidélité à une éthique font mauvais genre de nos jours. Pedrito (et son blog http://puraficion.blogspot.com/), comme Chulo, ou même votre serviteur sont à l’occasion brocardés, ringardisés voire ridiculisés.

Qu’importe! A l’âge des retournements de veste et de la glorification des revers de soie que l’opération dévoile, il me semble rassurant –quoiqu’on pense du contenu- de trouver encore des esprits libres qui ne veulent pas renoncer à leurs rêves et à leurs espérances, fussent-ils utopiques.

«Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis.» rétorquera l’abruti médian, dont la philosophie se glorifie d’un prétendu bon sens populaire. Evidemment le fait d’en changer sans cesse, limite considérablement le risque de se tromper… Chacun vise les succès qu’il peut!

Personnellement, nonobstant les différences de point de vue, j’ai toujours eu une tendresse pour les vieux anars ou les vieux cocos qui ne démordent pas de leurs engagements de jeunesse.
La fidélité me touche, la générosité de l’âme m’émeut, même si elles deviennent de plus en plus incompatibles avec la règle du jeu individualiste de notre société libérale mondialisée.

Je préfèrerai toujours les grands sentiments aux bons sentiments.
Resuerte, Don Chulo!
Xavier KLEIN
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samedi 14 mai 2011

DUENDE: la subversion de l'émotion

«C’est avec le duende que l’on se bat vraiment.»

L'ami Pierre, toujours en vadrouille sur le net me transmet cette petite perle.


On se demande si le barbu a été indulté!

Cet envoi tombait bien.
Il y a peu, flânant dans le Vieux Bordeaux, je dénichai un signe des temps et sa «revanche».
Bien que convolant depuis un quart de siècle, j’ai conservé quelques manies de vieux célibataire. Entre autres une certaine fidélité (non conjugale) à des maisons d’honorable fréquentation.
Ainsi, je profitai de la proximité pour pousser jusqu’à la «Machine à lire», une librairie de la plaçotte du Parlement, certes un peu trop modernisée à mon goût, mais qui offrait encore quelque choix.

Après avoir distraitement parcouru mes sitios habituels, ne le retrouvant pas, je m’enquis des coordonnées GPS du rayon tauromachique, autrefois bien pourvu.
Le regard quasi réprobateur de la caissière, trônant telle une tôlière de claque à l’entrée du petit salon rose eût dû m’alerter: «Monsieur, je ne sais pas! Demandez en rayon».
Ayant déniché une boutonneuse binoclarde et «uniformée» de la livrée locale, je retentai l’aventure.

Ma douée, quel regard!
J’aurais réclamé les «Onze mille verges» à soeur Zénobie, bibliothécaire du couvent Sainte Gertrude qu’il n’eût pas été plus noir ni plus réprobateur!
Un truc entre la moue dégouttée de celui (ou celle) qui considère sa semelle qui vient de piétiner un étron baladeur, le mépris du procureur psychorigide confronté à un pédophile multirécidiviste ou la fureur de Jean Marie qui vient de s’apercevoir que Marine vient d’accoucher d’un négrillon.
Et de rajouter fielleusement un truc du genre: «Nous ne faisons plus ce genre d’article.»

Oh putaingue de putaingue! Pute borgne (ou vierge selon les goûts)! Bordel de Dieu …! Quand l’on commence aussi à s’en prendre aux livres, quand l’énoncé même de l’idée passe pour une obscénité, on n’est pas loin de l’ordre moral et il est temps d'envisager le maquis où la retraite cénobitique loin des inquisiteurs en formation.

Ce n’était pas tant l’annonce que le ton qui l’accompagnait, teinté du soupçon jubilatoire des bien pensants quand ils parviennent à baiser les asociaux. Vous savez, l’anti-fumeur patenté, frétillant d’agrafer le nicotinophile abhorré. Cette violence et ce sadisme si soigneusement et hypocritement dissimulés qui se dévoilent soudainement.

Bien qu’étant un salopard de pervers tauromache, je résistai toutefois à la furieuse envie de qualifier la péronnelle d’attributs charmants, à base de «pétasse», «grognasse» et autres civilités, agrémentées de qualificatifs tout aussi poétiques. J'en connais certains qui eussent sans doute failli (n'est-ce pas Gastounet?).
Très british, je lui jetai tout de même d’un ton détaché: «Quand fût célébré le dernier autodafé?».
Elle ne sembla pas comprendre: inculture basique sans doute!
Je m’apprêtais à m’arracher fissa de cet antre de la connerie humaine quand tel Paul de Tarse sur le chemin de Damas, une vision salvatrice vint me tirer des idées noires et assassines qui m’envahissaient.
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Il était là, à la fois offert et discret et me lorgnait, un brin moqueur, avec ce zeste d’ironie décalée, ou plutôt de provocation affectueuse qu’il dût emprunter lorsqu’on le conduisit à sa dernière pinède.
Son image jaillissait des piles d’écrits à la mode, de titres empruntés, de cette masse de papier imprimé, comme l’icône qui luit dans la pénombre encensée des tabernacles.
Federico, l’ange noir, le martyr inutile, l’injure à l’inhumanité et le cri vengeur jeté à la bêtise éternelle venait à mon secours, par la simple grâce d’un modeste opuscule échappé aux censeurs.
Un petit bouquin d’une paume de large, épais comme une ardoise d’écolier, titrant ses 3 euros.
«Jeu et théorie du duende» (2010, éditions Allia), texte bilingue d’une conférence donnée en 1933 à Montevideo. Un texte puissant, pénétrant et inspiré, ramassé comme un guépard qui va fondre sur l'antilope. Des mots qui coulent comme naturelles de Rafaël ou claquent comme talons sur tablaos. Un long cri de prophète rauque qui éructe soyeusement à la face racornie de l’asepsie contemporaine.
Si vous voulez savoir le secret des extases de Sainte Thérèse, les mésaventures de Pastora Pavón, «La Niña de los Peines» , où la geste d’Elvira la Caliente, putain aristocrate de Séville, «qui n’avait pas voulu se marier avec un Rothschild parce qu’il n’était pas à la hauteur de son sang» OUVREZ CE LIVRE SURVIVANT. Conservez le religieusement, précieusement, lorsqu'il aura été mis à l'index pour cause d'immoralité ou de pornographie taurine.
Si vous voulez découvrir les arcanes secrets qui lient l’ange, la muse et le duende, plongez vous dans ces mots de feu qui calcinent ou subliment, au choix, les illusions humaines: «En revanche le duende ne vient pas s’il ne voit pas de possibilité de mort, s’il n’est pas sûr qu’elle va rôder autour de la maison, s’il n’est pas certain qu’elle va secouer ces branches que nous portons tous et que l’on ne peut pas, que l’on ne pourra jamais consoler.»
Horreur! Parlerait-on de mort?

Et cette réalité profonde du poète, cette ultime vérité qui condamne les modernes béotiens, la barbarie contemporaine qui se croit tellement exemplaire: «C’est un peu comme si tout le duende du monde classique s’entassait dans cette fête parfaite [la corrida], preuve de la culture et de la grande sensibilité d’un peuple qui découvre en l’homme ses meilleures colères, ses meilleures biles et ses meilleures larmes.
Dans un spectacle de danse espagnole, pas plus qu’à la corrida, personne ne s’amuse; le duende se charge de faire souffrir, par le biais du drame sur des formes vivantes, et il prépare des échelles pour que l’on s’évade de la réalité environnante.»
Horreur! Parlerait-on de souffrance et de drame?

Heureux Lorca! Heureusement disparu dans la poussière rouge des fosses communes de Viznar avant d'avoir connu les errements, les reniements de l'Espagne moderne à laquelle il aspirait!
Ces cons ne pourront jamais déterrer tes os pour les brûler, pour salir tes mots de satin et d’amertume.

«El duende… ¿Dónde está el duende? Por el arco vacío entra un aire mental que sopla con insistencia sobre las cabezas de los muertos, en busca de nuevos paisajes y acentos ignorados; un aire con olor de saliva de niño, de hierba machacada y velo de medusa, que anuncia el constante bautizo de la cosas recién creadas.»

«Et le duende… Où est le duende? A travers l’arche vide, passe un vent de l’esprit qui souffle avec insistance sur la tête des morts, à la recherche de nouveaux paysages et d’accents ignorés; un vent qui sent la salive d’enfants, l’herbe écrasée et le voile de méduse, qui annonce le baptême permanent des choses fraîchement crées.»

Le duende, l'arme ultime contre la connerie, indétectable car inconcevable par les trouducs et les vendeuses boutonneuses.
Il n'y avait que le Prince des Poètes pour inventer celà...
Xavier KLEIN

Et puis, je ne sais pourquoi, j'ai envie de conclure sur cette photo là:

mardi 3 mai 2011

La rage d’interdire

Plus un pouvoir devient impuissant, plus il tend à s’exercer sur les terrains où il peut espérer quelques succès.
Le pouvoir ne sait pas s’abstenir. Contrairement à certaines piles, il croit s’user lorsqu’il ne sert pas.

Entre le consensus libéral européen et le renoncement voulu de la même vulgate libérale à toute incursion du politique sur l’économique, les gouvernements au pouvoir dans l’Union Européenne se rassurent, quant à leur efficience, en intervenant sur le seul terrain disponible: celui de la vie privée des citoyens.
Cette évolution déjà perçue par Alexis de Tocqueville dans «De la démocratie en Amérique» (1835 et 1840) et remise au goût du jour par Raffaele Simone dans «Le Monstre doux. L'Occident vire-t-il à droite?» conduit à deux dangers d’une part à une «tyrannie de la majorité» qui fonde le vrai et la loi sur l’opinion du plus grand nombre, d’autre part sur un «renoncement démocratique à la liberté» qui conduit à «préférer l’égalité dans la servitude à l’inégalité dans la liberté.».
Le génial vicomte dénonce l'absence d'indépendance d'esprit et de liberté de discussion en Amérique (et par delà dans les futures sociétés démocratiques). Quand toutes les opinions sont égales et que c'est celle du plus grand nombre qui prévaut, c'est la liberté de l'esprit qui est menacée avec toutes les conséquences qu'on peut imaginer pour ce qui est de l'exercice effectif des droits politiques. La puissance de la majorité et l'absence de recul critique des individus ouvrent la voie au danger majeur qui guette les sociétés démocratiques: le despotisme et «l’empire moral des majorités».
Simone vient préciser les processus à l’œuvre en soulignant ce qu’il appelle la «dictature de l’émotion».
***
Ces tendances lourdes de nos vieilles démocraties ne connaissent ni frontières, ni partis. Le gouvernement espagnol finissant du socialiste Zapatero vient de voter une loi anti-tabac du même tonneau que la multitude de lois de circonstances adoptée par notre Nicolas national lorsque l’émotion se fait jour après un fait divers.
J’entendais récemment Notre Dame Royal, en plein délire de ségolinitude, copier sans vergogne la trivialité des expressions et tics de langage sarkoziens: «vous vous rendez-compte», «figurez-vous», «c’est un comble». Cette base sémantique ou ces «idiosyncrasies» (comme on dit à Vieux Boucau) qui procèdent du café du commerce traduisent pleinement l’aspiration de nos élites –ou supposées telles- à faire peuple, à courtiser l’émotion plus que la raison.
Se voulant idéologiquement impuissant sur la chose publique, ayant renoncé à faire plier la banque ou à réguler les marchés, on se rabat allègrement sur la vie privée des citoyens en faisant assaut de moralisme et de «bien-pensance».
Quand l’Etat se mêle de trop gouverner la vie privée des citoyens on verse peu à peu dans le despotisme.
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Je me demande souvent si je ne suis pas plus taré encore que je ne me l’imagine (pourtant mon imagination est féconde!). Je m’indigne d’une évolution qui ne semble perturber personne.
Oui, je ne suis nullement rassuré, au contraire, lorsque je vois à Paris nos gares et nos carrefours envahis d’uniformes, de brodequins et d'armes au point.
Oui, je ne trouve nullement normal que l’on contrôle mon identité sur les routes espagnoles, qu’on me demande où je vais, d’où je viens et pourquoi, sans même me faire souffler dans le ballon, le seul truc amusant de l’opération (j’aime bien la couleur du merdier qui change: ma-gi-que !).
Oui, je vomis la surenchère sécuritaire qui conduit à multiplier les caméras de vidéosurveillance, les radars, les flicages, les règlements de toutes sortes qui tendent à imposer Big Brother dans nos vies quotidiennes, pour notre bien évidemment.
On emmerde les gens pour prouver qu’on gouverne encore, justifiant cette emprise par la sollicitation des angoisses, des peurs et des phobies.
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La dernière mouture de cet envahissement de l’espace privé par le pouvoir dépourvu pourrait être comique si les ressorts n’en étaient si lamentables.
On se préoccuperait désormais de sanctionner les clients des dames du Royaume des Saules (comme disent les japonais).
Nicolas 1er, assisté de sa Marthe Richard personnelle, la Révérende Mère Baloche veut réglementer le plus vieux métier du monde, où plus exactement l’éradiquer en poursuivant les lubriques.

Précisons tout d’abord que j’adhère à cette option philosophique qui se soucie de distinguer la morale (qui doit demeurer une démarche personnelle ne concernant que l’intéressé) du moralisme (qui prétend imposer sa morale aux autres).
En l’occurrence, ce que je peux penser importe peu puisque cela ne regarde que moi. Disons tout de même pour résumer que le commerce de l’humain, le «pain de fesse» n’a guère mes faveurs et que je m’en voudrais d’y recourir jamais.
Pour autant, je m’en voudrais également d’imposer mon éthique aux autres. Chacun fait ce qu’il veut (ou ce qu’il peut) sans avoir à être jugé.
Le maître mot en la matière est LIBERTE.

Si la prostitution résulte d’un libre choix, peut-on et doit-on s’y opposer?
Peut-on et doit-on revenir sur l’acquis fondamental de la libre disposition de son corps?
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Comme à l’ordinaire, l’argumentaire gouvernemental répond à coté de la question. On nous cause croquemitaine: les hordes slaves ou pire, yougoslaves (les slaves du sud…) qui viennent jusque dans nos bras… baiser nos fils et nos compagnes. On confond, à dessein, prostitution et proxénétisme, même si souvent les deux marchent de pair.
Bizarre ce désir obsessionnel de vouloir empêcher de baiser chez ceux qui nous baisent si souvent!
Bizarre aussi ces indignations sélectives!

Il ne dérange personne dans les «sphères»  (mais il a de l'artiche en jeu, on ne plaisante plus) que certaines chaînes de la TNT (appartenant aux copains) nous abrutissent de pubs pour des téléphones roses ou des sites de rencontres coquines.
«Trouve une relation chaude près de chez toi en appelant le 6969» qu’ils promettent les hyènes. A votre avis, quel est le tarif de la chaleur à l’heure de la crise énergétique?
Il ne dérange personne non plus d’investiguer sur ce qui pousse un être humain à louer son corps. Il est vrai que le SMIC horaire est un tantinet moins élevé que le tarif d’une turlutte. Sans causer bien sûr du SMIC albanais ou biélorusse qui s’apparente à un pourboire de chez nous!
Pourquoi s’abrutir à la chaîne ou se suicider aux Telecom alors qu’on peut gagner en 3 jours le salaire du mois? Même si l’Etat-Tartuffe prélève aussi un écot appréciable sur une activité si indécente.
Il est vrai que la véritable indécence en Sarkosie, ce serait d’envisager de faire contribuer les actionnaires: il est moral de s’enrichir en dormant, pas en couchant.
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J’aime assez l’approche réaliste des pays protestants du Septentrion qui se résumerait à la maxime: ce que nous ne pouvons empêcher, aménageons le au mieux.
J’aime aussi la liberté d’esprit du Siècle des Lumières pour laquelle la question devait être traitée avec sérieux.

Il faut IMPERATIVEMENT lire cette curiosité de Restif de la Bretonne, alias «le Hibou», «le Spectateur Nocturne», «le Rousseau du ruisseau», «Monsieur Nicolas» qui a nom «Le Pornographe ou la prostitution réformée»*: «Je te vois sourire; le nom demi barbare de PORNOGRAPHE erre sur tes lèvres. Va, mon cher, il ne m’effraie pas. Pourquoi serait-il honteux de parler des abus qu’on entreprend de réformer?»
Restif veut rationaliser et moraliser une profession incontournable avec un véritable souci de bonheur du genre humain. Si l’on peut s’étonner du propos, des préjugés de l’époque, on se réjouira de l’absence d’hypocrisie et même d’une certaine jubilation lancinante. Le cul est gai à l’âge d’or des vrais libertins, ceux pour qui l’importance du mot est dans sa racine: LIBERTE.
Nous en sommes fort loin tant qu’on ne pourra imaginer la mère Bachelot en guêpière et porte jarretelle lubriques, lascivement alanguie façon Boucher, le popotin à l’air.
Allez donc parler de Restif à Nicolas: à la lettre R de son encyclopédie personnelle, il n'existe que l'article Rollex!
On devrait plutôt l’envoyer d’urgence en mission en Italie où les berlusdéconades lui donneraient à méditer.On a les indécences et les immoralités qu’on peut, mais certaines donneraient à rire, s’il ne fallait en pleurer…
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Prostitution, tauromachie, même combat!
Il est temps de rejeter les censeurs et les moralisateurs de tous poils qui veulent à tout prix nous convaincre de peineàjouir de leur triste et morne vertu.
La peste soit des pisse-vinaigres…
Xavier KLEIN


* Nicolas Edme Restif de La Bretonne (1734-1806) était un écrivain philosophe, engagé et curieux de tout, qui traita des thèmes les plus modernes et les plus divers: «Le Mimographe» (théâtre), «Les Gynographes» (condition féminine), «L’Andrographe» puis le «Le Thesmographe» (projets utopiques sur le bonheur), «Le Glossographe» (rationalisation de la langue et réforme de l’orthographe)
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lundi 2 mai 2011

L’indulto salvateur


Ce qui m’irrite le plus dans l’indulto «fondateur» sévillan –fondateur paraît-il d’une nouvelle ère taurine- c’est l’espèce de vieux fatalisme qui en accompagne les commentaires.

Irritant à plusieurs titres d’ailleurs.

Tout d’abord par cette démission que l’on retrouve quotidiennement dans la vie politique et économique, ce renoncement à s’opposer, à dire non, à lutter ou tout du moins comme l’invoquait papy HESSEL, à S’INDIGNER.

Un signe parmi tant d’autres, non pas d’un affadissement de notre société (il en a été toujours ainsi depuis que le monde est monde: capitulards de tous les pays unissez-vous!), mais de la pénurie actuelle de consciences morales ainsi que de l’indigence de l’esprit de lutte et de résistance.
On joue les pudeurs (faussement?) outragées tout en se faisant une raison dans une quiétude hypocrite.
On infecte la plaie par des capitulations successives et des propos équivoques avant de se plaindre que la gangrène ait gagné, avant de se résoudre avec force larmoiements crocodilesques à une amputation devenue inéluctable, comme ils disent (il faut relire ce que dissertaient nos têtes pensantes sur l’infamie desgarbadienne: http://signesdutoro.france3.fr/index.php?page=article&numsite=1148&id_rubrique=2273&id_article=8033, quant à moi, voilà ce que j’en écrivais, qui reste totalement d’actualité: http://camposyruedos2.blogspot.com/2008/09/de-la-pitre-trivialit-dune-journe.html).

En fait, tout comme on ne peut se stupéfaire de la «chute de Barcelone» depuis longtemps prévisible, étant donné la désaffection de son environnement taurin local, on ne doit pas non plus jouer les étonnés que Séville, qui déconne sérieux depuis plusieurs années se livre à des outrances baroques qui font partie intégrante de son ADN.
Qu’on se rappelle les délires «curroromeresques» où l’on se pâmait d’importance pour une demie véronique ou un quart de naturelle donnés après trois ou quatre contrats sur la feria concédés au cher vieux débris. Qu’on se rappelle également de ces années 50 où l’on accordait sabot, corne ou même toro entier à des Arruza, des Aparicio ou des Litri.
Faut-il stigmatiser les apprentis sorciers par l’apostrophe à Boabdil (dernier émir de Grenade): «Pleure comme une femme ce que tu n’as pas su défendre comme un homme!»?
A force de louvoyer, de concéder, d’ergoter, de se réconforter trompeusement par des médecines trompeuses, «d’autrucher», de s’autocélébrer ou de s’autocongratuler, on finit par sacrifier l’essentiel à l’accessoire.
On peut continuer à se bercer des illusions que l’inscription aux «patrimoines immatériels», le passage de l’Intérieur à la Culture, l’adaptation ou la refonte des règlements taurins, la Mesa du machin, l’Observatoire du truc et même la pique à l'andalouse, à la française ou à la serbo-croate vont résoudre les problèmes, mais le résultat est là et les faits sont têtus: la «crise taurine» est essentiellement interne et endogène. La tauromachie s’effondre de l’intérieur, par renoncement à ses valeurs, et les remèdes qu’elle croit trouver sont les plus propres à achever le malade.
Quand une société choisit la jouissance (au sens psychanalytique du mot, soit une transgression perverse de l’interdit et de la Loi et donc un abandon du désir) et que cette démarche même est validée par les instances (palco, medias) qui seraient pourtant chargées de la contredire, on progresse vers la véritable barbarie. Non point la barbarie telle que dénoncée par les zantis, mais celle qui consiste à transmuter, pour de basses considérations marchandes, un rituel qui recèle du sens, en spectacle de masse qui n’en porte plus aucun.
Car là est véritablement le nœud du problème, comme il se trouve dans cette immense victoire des «zantis» qui ont parfaitement réussi à polluer le «peuple du toro», comme «ils» disent.
Comment en douter devant ce triomphe qui consacre à la fois la disparition de la pique et celle de la mise à mort? Les Z n’en demandaient sans doute pas tant et n’espéraient pas voir triompher leurs idées au cœur même du temple.
La civilisation taurine a reculé à Séville, du moins pourrait-on le croire.
La sensiblerie ambiante, la dictature de l’émotion ont percé les lignes là où elles se trouvaient les plus fragiles, dans cette Andalousie excessive qui a toujours préféré s’accommoder de la règle plutôt que de s’y soumettre.
Les cassandres se mobilisent pour annoncer l’acte fondateur d’une nouvelle tauromachie.
Il faut toutefois se défier des réactions à chaud, surtout lorsqu’elles sont excessives. On aime bien en mundillo les propos définitifs conjugués sur l’antienne du «retenez-moi ou je ne ferai rien du tout». Séville s’est montrée…sévillane, comme la danse du même nom qui est au flamenco ce que le hamburger est à la gastronomie. Faut-il en faire tout un plat?
Peut-être les cassandres prennent-ils leurs désirs secrets et refoulés pour des réalités. Et peut-être cet indulto, loin d’inaugurer une ère nouvelle constitue t-il l’annonce du reflux du flot après la crue.
Deux raisons me portent à l’envisager.
En matière historique et a fortiori artistique, l’évolution obéit à des cycles ou plutôt des mouvements pendulaires entre des tropismes opposés: action/réaction. Parents autoritaires/enfants laxistes, génération torerista des années 50, 60/génération torista des années 70, 80/génération torerista des années 90, 2000/génération torista des années 2010, 2020???
Après le cycle torerista encore actif, pourquoi ne verrions-nous pas un changement de tendance?
Les ratés et dysfonctionnements constatés ces dernières années, notamment dans les grandes ferias ne sont pas sans conséquences. A n’en pas douter, le déficit d’émotion et d’intérêt généré par le «toro moderne», sa prévisibilité, contribuent grandement à la désertion des arènes. Cette tendance «grand public», d’un «spectacle» facile d’accès et compréhensible par tous se conjugue avec une volatilité de l’auditoire, les aficiónados de tradition ne portant nullement les mêmes attentes.
A l’afición traditionnelle constituée d’habitués fidèles qui s’intéresse à la «question», à cette élite d’un savoir construit sur la durée, l’expérience et le débat s’oppose désormais, comme jamais, un public inconstant de consommateurs-spectateurs, motivé par la «réponse», qui raffole du light, du standardisé, du succès garanti, du rapport qualité/prix.
La démarche comme la réalité de ces ensembles est inconciliable voire antinomique. C’est de ce fossé qui se creuse que la tauromachie pâtit, avec des discours et des attentes qui deviennent incompatibles, la justification de la tauromachie par les uns, condamnant inéluctablement celle des autres (et vice-versa…).
En outre, l’accès régulier par les médias audiovisuels à ce qui se fait de mieux dans les meilleures ferias nuit, comme ailleurs, au spectacle vivant.
C’est ce qu’on pourrait qualifier de syndrome du caviar (ou du foie-gras, ou du saumon, au choix). Le saumon demeurait un plat de luxe, d’autant plus apprécié qu’il était rare. Pourtant, fin XVIIIème, les bateliers de l’Adour plaçaient en tête de leurs doléances le désir de n’en consommer qu’une ou deux fois par semaine, car ils en avaient marre d’en boulotter tous les jours.
A abuser de la rareté et du luxe on finit par s’en lasser. L'ennui naît de l'uniformité.
La faena, paraît-il fort respectable, de Manzana Jr. fait émerger des attentes dans toutes les plazas où il sera programmé, qui n’auront que peu de chances d’être satisfaites. Idem pour la bestiole.
Comment à ce compte ne pas envisager de préférer un abonnement TV au coût modique, plutôt que de risquer un investissement coquet dans un abono sans garantie?
En fin de comptes, caricaturalement,  abonnement contre abono, voilà le vrai dilemne et le véritable enjeu!
Il faut parier sur la lassitude de se gaver de triomphes de pacotilles obtenus à bon compte. Et sur la dictature du désir, du vrai (et non pas de la jouissance), qui lui, ne se satisfait jamais et se nourrit du manque.
C’est toute la différence entre les gourmets et les gourmands, entre les hédonistes et les jouisseurs.
Dans cette optique et cette espérance, sans doute l’indulto sévillan sera t-il salvateur.
Merci ô Maestranza de cette immense manif antitaurine qui ne manquera pas de susciter des réactions salutaires!
Xavier KLEIN
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