Humeurs taurines et éclectiques

lundi 19 août 2013

Les brutes d’Avalon

Photo Alexandre KLEIN

En 1983, sortait un tome d’une saga de Marion Zimmer BRADLEY, intitulé: «Les brumes d’Avalon» qui évoquait cette île de la mythologie celtique et de la légende arthurienne.
En fait, via Saint Isidore de Séville, le mythe trouve sa source dans une description par Pomponius Mela, le plus ancien des géographes romains lorsqu’il évoque ces «Îles Fortunées où la terre produit sans culture des fruits sans cesse renaissants, et où les habitants, exempts d’inquiétude, coulent des jours plus heureux que dans les villes les plus florissantes.».
Avalon est le lieu frontière entre les mondes du réel et de l’irréel, celui des hommes et celui des fées et des elfes, la patrie secrète où les héros, las des turpitudes des hommes se retirent emportés par Morgane, l’ainée des sept sœurs.
Avalon est cachée aux yeux du commun des hommes, nul n’en connait la réalité.
Seuls peuvent l’appréhender et y accéder les cœurs purs, les âmes altières, les vertueux et chevaleresques. Seuls peuvent y pénétrer ceux qui croient à l’empire des rêves et à la course effrénée des chimères.
Avalon existe, ne le répétez pas.

Où? Je ne vous le dirai pas, il faut le mériter.
D’ailleurs, même (et surtout!!!) les «grands esprits» du monde du toro ne le savent pas non plus.
A preuve, samedi 10 et dimanche 11 août, il y avait fête de toros en Avalon, et dimanche, dans les gazettes, dans les grands quotidiens de la PQR (dont trop souvent le R est superfétatoire), personne n’a relaté ce qui s’y était passé. Tous réfugiés plus au sud, les canardiers, les plumitifs, les griffoneurs de babillards, les pisseurs d’encre, et autres tire-poires, dans l’attente d’extases fandiñesques, d’exploits fuenteymbresques gagnés à grandes brassées d’invitations gratuites, de formules mathématiques hasardeuses bourrées de 1 (le chiffre de Dieu) et de 6 (le chiffre de la bête) ou de douleurs extrêmes.

En Avalon, on ne se préoccupe pas excessivement du faste et des manières sophistiquées. Lorsqu'il y pleut, ce sont les «clients» (ici on appelle ces derniers des «aficionados», qui aident à débâcher le ruedo. Pour se sustenter, les tréteaux s’imposent, la vaisselle est de plastique, on s’entasse en se bousculant pour trouver un coin d’ombre, mais toujours on se pousse pour vous laisser assoir.
Le maître des lieux, le grand marabout au profil d’aigle, court de griot en griot, avec une douce gasconnade pour chacun, parfois agrémentée d’un viatique armagnacais. Idem de ses acolytes, mâles et femelles qui s’ingénient à rendre la vie de leurs hôtes plus soyeuse, à les convier à un avant-goût de la fraternité céleste.
Tout n’est ici que simplicité et camaraderie, où il est doux de laisser passer le tantôt dans une quiète somnolence, sans autre obligation que de choisir entre «cluquoter» et batailler avec d’autres heureux élus.

En Avalon, tout n’est pourtant pas idyllique: pour que les verts pâturages le demeurent, il faut bien qu’il pleuve de temps à autres! Apprécie t-on la grâce d’un grand met ou d’un grand cru si l'on en abuse au quotidien?
Photo Alexandre KLEIN

Cette année, en dépit des efforts forcenés et des espoirs des hôtes, le dieu cornu n’avait pas outrancièrement béni la fête. Et quand, parfois, sortait dans l’enclos sacré un regalo, l’officiant ne savait pas toujours l’honorer comme il eût convenu.
On vit des toros d’un autre âge, de ceux que la plupart des toreros ne VEULENT plus affronter.
On en vit d’autres qu’ils ne PEUVENT plus affronter, ayant perdu ou négligé le savoir pour le faire.
On vit de jeunes gens s’y confronter sans certes toujours se hisser au niveau de leurs opposants, mais sans qu’aucun n’ait démérité, ni se soit déconsidéré par manque d’honneur ou de volonté.
Qu’importe ! Jamais l’ennui ne fut au rendez-vous, jamais on ne vit de ces bestioles ridicules qui font honte au nom de toro. Jamais n’apparurent de ces collaborateurs de bas étage, conçus tout exprès pour que des divas puissent s’en amuser.
On éprouva la peur et souvent cette admiration pour la fougue destructrice des fauves.
Il n’y eut rien d’indigne (le mot est à la mode!!!), bien au contraire, rien que du sérieux, du sans complaisance commerciale.
Photo Alexandre KLEIN


A l’ultime vesprée, portés par l’ambition la plus respectable, celle qui a nom afición de verdad, déçus dans leurs espérances, certains des avalonites laissaient poindre quelque humidité océane dans des regards perdus. La poussière du ruedo, sans doute.
Qu’ils en soient assurés, tous les preux, tous les Quijotes, tous ceux qui savent que la loi du désir et de la volupté s’établit sur l’attente et l’acceptation de l’échec seront présents l'an prochain à la San Bertomiu. 
Xavier KLEIN

mercredi 7 août 2013

ORTHEZ 2013, le bilan

Photo Pierre THOMAZO
Comme dab, après l’édition 2013, quelques propos forcément subjectifs sur la journée taurine d’Orthez.

On se reportera, utilement à mon sens, aux reseñas précises et documentées d’Olivier BARBIER (http://torobravo.fr/orthez-les-novillos-de-zaballos-meritaient-mieux/)
et http://torobravo.fr/orthez-lennui-sinstalle/) ou de Dominique VALMARY de la FSTF (http://www.torofstf.com/content/dimanche-28-juillet-2013-novillada-de-miguel-zaballos-et-corrida-de-raso-del-portillo-%C3%A0)

Après lecture de divers commentaires, me viennent quatre considérations préalables.
 
1°) La difficulté, voire l’impossibilité de beaucoup de «reseñeros» à remettre les évènements dans leur contexte. Orthez n’est ni Vic, ni Céret, ni Dax, ni Arles, ni Béziers, etc...
Elle n’en a ni les moyens financiers, ni le poids!
Il convient d’y juger ce qui s’y fait, avec les moyens dont elle dispose. D’autant qu’hors des circuits mundillesques, Orthez n’a aucune aide à attendre –tout au contraire- du «milieu»… De plus, sa ligne taurine est à contre-courant.
Orthez ne se veut pas restaurant 4 étoiles avec chasseurs, sommeliers et cuistot à toques, mais halte de campagne à coté de la rivière, avec la «daoune» qui fait une savoureuse cuisine de terroir avec les produits de la tierra. Et quelquefois, quand «lou maiste» passe et lui pince coquinement la fesse, il peut arriver que la garbure soit un peu plus salée…
 
2°) De même, il me semble aberrant de ne tenir aucun compte des critères que la Commission se fixe de façon délibérée et transparente: une lidia complète, notamment la revalorisation du premier tercio, la présentation d’encastes et d’élevages rares ou méconnus, des toros intègres et dans le type. Mais également le souci de conserver des tarifs raisonnables pour que la corrida demeure ouverte à tous.
 
3°) Certains aficionados français ont la mémoire courte: c’est parce quelques rares ruedos comme Orthez se sont battus pour maintenir des toros ou des pratiques différents que le courant amorcé cette année dans les grandes plazas a pu s’initier. Il s’agirait d’apprécier cette différence en se départissant de la vision des toros «actuels» et ne pas demander aux «toros d’Orthez» qu’ils se comportent et soient toréés comme ces derniers.
 
4°)  L’exigence de certains aficionados et de certains commentateurs me paraît souvent paradoxale et parfois outrancière : pour paraphraser Figaro, «Aux vertus qu’on exige dans un torero, Vos Excellences connaissent-elle beaucoup d’aficionados émérites qui fussent dignes de l’être.».
J’entends par là qu’on leur demande d’être toujours à 300%: nous le demandons-nous de même manière ? Et lorsque je lis, comme souvent, des mots définitifs sur tel ou tel maestro (en l'occurrence ROBLEÑO), mots qui s’évaporeront au premier triomphe, je me prends à sourire.
Le triomphe est et doit rester exceptionnel. Il ne saurait être la norme. Quand il n’est pas au rendez-vous, sans que pour autant la journée soit indigne, y a t-il pour autant matière à glapir?
Une dernière réflexion me vient:
En tant qu'organisateur, à partir du moment où un aficionado nous fait l'honneur et l'avantage de venir à Orthez et de soutenir la plaza en y payant sa place, il peut y siffler ou y applaudir autant qu'il lui plait. Peu me chaut et je ne regarde quasiment jamais le public. Pitos ou palmas sont des informations.
En tant qu'aficionado, il me semble qu'il y a l'essentiel (la présentation, l'intégrité des toros, le désir de faire vivre une lidia de qualité, de valoriser le premier tercio, etc.), et le secondaire (musique, oreilles, etc.). Le mieux étant l'ennemi du bien, vouloir être intransigeant pour tout me semble contre-productif, d'autant qu'une bonne moitié du public est composée de néophytes dont il convient de prendre en compte ces désirs secondaires. On ne remplit pas une arène qu'avec des aficionados, et le jour où elle sera désertée par les locaux (qui financent partiellement la chose sur leurs impôts), on sera bien avancés!!!
 
Novillos et toros ont été ce qu’on leur demande d’abord d’être à Orthez: bien présentés, dans le type, forts (plus de 3 piques de moyenne), relativement complets (il y eu des troisièmes tercios).
Le lot de Zaballos m’a paru très intéressant, encasté, mais manquant peut-être de ce zeste de piquant, de cette «chispa» qui lui eût permis d’exploser. Encore eut-il fallu que tous leurs opposants trouvent la mèche ou sachent l’allumer.
Rappelons toutefois que peu de postulants se manifestent devant ce type de bétail et que le jeune Alberto POZO par exemple,  qui mit du cœur à l’ouvrage sans le maîtriser (mais le cœur, l’engagement et l’émotion ne sont-ils pas ce qui manque le plus fans la toreria actuelle), ne compte qu’une demi-douzaine de contrats au compteur depuis l’an dernier. Ceci expliquant et excusant cela.
Le fait est que ces novillos furent largement inemployés et que leurs exigences techniques ne trouvent plus guère d’opposants à même de mettre en valeur leurs superbes embestidas, museau au sol.
Seul Jesus FERNANDEZ sut le faire. En fut-il justement récompensé à son premier novillo?
 
Les Raso de Portillo sortent habituellement en novillada et le mot qui me vient pour les qualifier serait «rustiques» (au coté positif et originel de l’acception).
Il y avait là aussi de quoi faire, car, à part le cinquième que les cuadrillas ne voulaient pas voir (depuis le sorteo de la veille qui s’était prolongé durant 2h), aucun ne présentait de difficulté et tous se prêtaient au jeu, avec sans doute un léger manque de fond. Pour autant, me semble t-il, un lot qui, sans être exceptionnel se situait nettement au dessus de l'ordinaire par sa force, sa présentation, ses qualités morales différentes.
Ils ne se sont pas éteints au fer comme l’année dernière les Vega Teixeira, en dépit d’un tercio de pique conséquent.
 
Je note que le cinquième qui a tant fait jaser ne présentait, de mon point de vue, nul symptôme de difficultés durant les deux tercios  précédant (on se reportera aux vidéos existantes). Sans doute procédait-il de ce que je qualifierais de «toro d’émotion», tel que le premier colorado de Vega Teixeira l’an passé. De ces toros de 4 ou 5 tandas, qui par leur transmission autorisent les triomphes à ceux qui les consentent. Un toro pour Robleño, type de torero guerrier qui apparaît vite fade avec des exemplaires trop pastueños, mais brille dans la difficulté.
Un Fernando Robleño qui ne me paraît mériter en rien l’excès des critiques dont certains l’accablent. La temporada 2012 fut un moment de grâce qu’il peine pour l’heure à renouveler. En termes de contrats, en a-t-il été récompensé comme il eut convenu? Il y a là quelque chose de désespérant! En tous cas, il fut professionnel et honnête, conservons notre confiance à cet homme de pundonor.
Passons charitablement sur Morenito de Aranda qui sut avec maîtrise empocher le sueldo, pour terminer avec Oliva SOTO qui voulut mais ne parvint point, notamment avec le sixième. Il lui manqua toujours les 10 cm qui permettent d’être présent et si le buste souhaitait, les pieds se refusaient de suivre. Il n’est aucunement accoutumé au Santa Coloma. Un pari perdu! Mais faut-il renoncer à vouloir confronter des toreros fins avec des toros encastés?
 
On notera pour le coté pratique:
1°) La durée excessive de la novillada résultant d’une piste défoncée (le vendredi précédant par un spectacle équestre) qu’il a fallu arroser et retracer plusieurs fois, de la difficulté des novilleros et cuadrillas à mettre correctement en suerte pour des tercios de piques qui se sont prolongés, ainsi qu’à la cogida d’Alberto POZO.
2°) Le retard des paseos dus à l’informatique de la billeterie dont l’ordinateur a «flambé» avant la novillada.
3°) Des doubles numérotations de billets (cf 2°).
4°) Un cheval un peu trop lourd.
 
Au final, une journée à mes yeux intéressante, avant tout pour des aficionados affirmés mais qui consacre le paradoxe ortheziens : des toros qui offrent des possibilités souvent inexploitées faute d’opposants motivés ou confirmés. Une journée qui stigmatise une situation actuelle préoccupante où même avec 3 ou 4 contrats, des toreros qui devraient s’engager à fond se permettent des délicatesses de repus. Signe des temps !!!
Des réflexion, des efforts, des améliorations à poursuivre.
6,5/10
On voudra bien excuser les phôtes de style, d’orthografe, de synthaxe et de grandmaire, j’ai beaucoup de difficultés à écrire…
Xavier KLEIN

 

mercredi 26 juin 2013

Précisions

A la suite de mon article précédent, d'aucuns se sont sentis visés et par conséquent quelque peu émus, par ma saillie sur les «quelques dizaines de casse-berles locaux, imbus de leur supériorité supposée, de leurs privilèges callejonesques ou des 30 corridas vues du canapé sur Canal + Espagne».
On sait, ou l'on devrait savoir, qu'étant d'un naturel plutôt franc et impétueux, je n'ai pas tendance à mâcher mes mots et à envoyer par la poste, ce que je peux transmettre en direct aux intéressés.
Que mes compatriotes de la Peña La Lidia d'Orthez se rassérènent donc complètement, ce n'était nullement eux qui étaient dans le collimateur, pas plus que ceux de la Peña Alegria de Dax (ma peña d'origine) qui se réunissent régulièrement en leur local pour suivre les corridas télévisées. D'autant que ces deux honorables associations s'impliquent fortement dans toutes sortes d'actions (conférences, voyages, capeas, etc.) et que l'on rencontre régulièrement leurs socios sur la plupart des tendidos de France et de Navarre.
Quand les peñas taurines se retrouvent le soir autour de la corrida du jour, partagent una copita et échangent leurs impressions, je n'ai rien à y redire, bien au contraire: on est là dans le lien social et le vivre ensemble dont on ne saurait que se réjouir.

Non! Je pense aux «onanistes taurino-télévisuels», qui n'ont ni l'excuse de la distance (comme nos amis du nord), ni celle du pouvoir d'achat, mais qui se lamentent sans cesse sur la décadence de la corrida, sans participer en rien à sa préservation.
Ceci dit, à de multiples reprises, j'ai écrit dans la Brega mon sentiment à propos des corridas télévisées dont je suis convaincu -mais c'est une OPINION personnelle et non un FAIT- qu'au bout du compte, elles nuisent dans l'esprit, comme dans leurs conséquences pécuniaires, à la tauromachie.
La corrida est un art vivant qui demeurera, tant qu'il y aura des aficionados dans les gradins. Offrir ce spectacle épique, qui se sent, se vit, se sue, se gueule, s'horripile, à demeure, devant la lucarne magique avec le paquet de chips à côté et maman qui passe l'aspirateur sur la moquette de la chambre des petits, c'est le réduire à la plate vulgarité des quotidiens mornes.
C'est le symbole parfait de ce désenchantement qui cancérise notre monde.
A quand l'aficionado télévisuel en uniforme sanferminesque, panuelo rouge au cou, comme ces supporters qui reluquent leur match télévisé, canette en pogne, avec maillot, écharpe et peintures de guerre de leur club?
Quoi de plus beauf? Quoi de plus con? Du moins à mes yeux fatigués.

Mais revenons à ces peñas qui, pour moi, représentent véritablement les organes vitaux de la fiesta brava.
Peñas bien souvent brocardées, snobées, voire méprisées, notamment par les «élites taurines», mais peñas dont le réseau et l'activité, dont les coups de gueules, dont l'engagement façonnent en France un panorama taurin radicalement différent de celui nos amis espagnols.
Pépinières de recrutement des Commissions Taurines, contre-pouvoirs des empresas, modulatrices des excès, porte-paroles des contestations, gardiennes des valeurs, ces associations évitent à la France taurine de trop donner dans les dérives qui sclérosent la tauromachie ibérique.
Tout cela à la sauce gauloise, avec ce sens de la dérision, de la critique mordante, du «coup de gueule» qui constitue l'antidote, le fer de lance le plus actif et le plus indispensable de la démocratie française contre la cuirasse des caciques (élus ou empresas) paranoïaques ou auto-satisfaits.

Pour finir sur ce thème, évoquons la suractivité créatrice d'une nouvelle-née sur les rives de l'Adour: l'excentrique et tumultueuse phalange des «Tanneurs aficionados».
Constituée d'aficionados dûment patentés et de caractère, elle naquit rue de la Tannerie au Sablar, d'où son nom (enfin, je suppose...). Comme à Dax -comme ailleurs- rien n'est simple l'accouchement s'opéra sinon dans la douleur, du moins dans la controverse, ce qui l'inscrivit d'emblée dans une longue tradition locale.
Par delà les «potinages» autochtones dont nul à part mes coreligionnaires dacquois n'a réellement rien à foutre, ce qui est intéressant dans leur démarche, c'est qu'ils ne semblent nullement décidés à jouer les clubs du troisième âge.
Arpenteurs de campo, explorateurs de pueblos, libres insolents et indépendants, ils se lancent dans la résurgence à Saint Paul les Dax d'une novillada non piquée.
Exaspéré par l'attentisme, je conçois toujours un immense respect pour ceux qui se remuent et entreprennent, courent après des rêves, même et surtout si ce sont des chimères. En dépit de mon physique … avantageux et sanchopansesque, je demeure inoxydablement un admirateur inconditionnel du Quijote et l'aventure de faire toréer des Banuelos dans un théâtre de verdure ne peut que me séduire.
C'est cela l'afición, qu'on adhère au projet ou non: ce désir de croire en ses rêves!
En cela, comme en d'autres matières, les tanneurs aficionados apportent leur touche.
Je ne pourrai malheureusement y être, ayant programmé depuis des mois un séjour à Constantinople...
Suerte!
Xavier KLEIN

A visiter également le nouveau blog de la Peña Campo Charro: http://www.pena-campocharro.fr/
***

vendredi 31 mai 2013

Esprit de clocher


«Le nationalisme est la culture de l'inculte, la religion de l'esprit de clocher et un rideau de fumée derrière lequel nichent le préjugé, la violence et souvent le racisme.»
«Les enjeux de la liberté» Mario VARGAS LLOSA


La nature, surtout humaine, ayant horreur du vide, et l'actualité taurine -madrilène en cette saison- manquant quasiment de matière et de piment, l'aficionaute se console par quelques joutes dont l'intensité culmine plutôt à proportion inverse de l'altitude.
La galéjade se nourrissant avantageusement de la brièveté, la taquinerie ne saurait qu'être exceptionnelle pour demeurer amicale.
Plus, c'est trop, ... et trop, c'est lourd!

On revit donc en direct un mauvais remake de la croisade contre les Albigeois, mais à front renversé, les agresseurs n'étant plus les méchants chevaliers du nord, mais quelques activistes cathares en mal de chauvinisme mal placé.
Que nos frères oïliphones ainsi maltraités se rassurent: pour la plupart des gascons lambda, le nord commence au sud de … Bordeaux, parfois même des limites communales, les burdigaliens étant aussi décriés, sinon plus, que les parigots!
Le gascon ne monte pas à Paris, il y descend, comme à la cave ou aux poubelles. Et il n'y descend généralement (hormis pour cas de force majeure: Tournoi des 6 nations, Salon de l'agriculture, concert de Nadau à l'Olympia) que contraint et forcé par des impératifs professionnels, jadis pour servir dans l'ost, maintenant dans les respectables administrations de l'Education Nationale, des Douanes ou des Impôts. Il y vit comme Alcibiade en Perse: en exil... tout en profitant bien entendu des fastes de Babylone...

C'est une chose d'être fier de ses racines et de sa culture, c'en est une autre d'en exclure les copains et d'aller leur trouver des pailles oculaires alors même que des poutres vous obscurcissent le regard et l'entendement.
Il en va des parisiengs et des nordistes comme des autochtones: une déclinaison de particules humaines qui part de la connerie la plus abyssale pour parvenir, parfois, à la la plus délectable des subtilités, dans les mêmes exactes proportions au septentrion qu'au méridien.
En cette matière comme en d'autres, l'intolérance est de règle: on supporte toujours mieux le fumet de ses flatuosités que celles de son prochain! La couillonnade énoncée sur les tendidos de Dax ou de Vic passe toujours plus mal quand elle adopte l'accent de Paname.
C'est la vie!

Cet ostracisme n'a pas toujours été de mise, d'autant que les culturés taurins savent se rappeler qu'il fut des arènes en Lutèce (rue Pergolèse) aussi bien qu'au Torodrome de Roubaix.
Il me semble qu'il résulte surtout de l'afflux massif, depuis les années 80, suite à la mourousimania nîmoise, d'une faune en mal de chébran. Dax a connu la même évolution (en plus bordelaise), voulue et mise en scène PAR LES ELITES LOCALES pour remplir leurs redondels.
Les llenos venant, les affiches se faisant somptueuses pour satisfaire aux exigences d'une tauromachie-champagne qui dériva le plus souvent en méchant mousseux, pour finir complètement éventée, le prix des places s'envola pour supporter le luxe et les paillettes, les abonos extériorisés se multiplièrent, privant l'indigène de l'accès à cette tauromachie populaire et locale à laquelle il était attaché et provoquant parfois son ire (beaucoup de dacquois ne trouvaient plus de places).
En conséquence, dans les ruedos, la réprobation devenue majoritaire des «chutistes» couvrit peu à peu la saine, vigoureuse et subversive activité des aficionados de verdad -qu'ils fussent ou non du cru-
De là vient le mal. De la perception erronée que l'afflux d'estrangers aurait subverti financièrement et dans l'esprit la culture locale.

On se trompe de cible. On ferait mieux de s'en prendre aux édiles, aux commissions taurines et aux bistroquets locaux qui ont usé et abusé des avantages pécuniaires de cette migration taurine, dont ils ont organisé les agapes frelatées pour leur plus grand profit.
Il n'est nullement indifférent de considérer les signes, apparemment anodins, qui accompagnent les mutations en cours: à Dax par exemple, la conversion à un toro plus sérieux s'accompagne, comme par hasard, de la fermeture programmée d'un symbole éclatant des fastes désormais périmés: le Splendid.

Après l'éclatement de la «bulle taurine» ®, comme il advint de la bulle spéculative, après 30 années de vaches grasses, on revient simplement à la normale. C'est à dire que quantitativement et qualitativement (en terme de figuras et de cartels de luxe), les évolutions vont sans doute nous porter vers l'état originel des 80's.
Il en ira de même des spectateurs du nord comme du sud, les authentiques aficionados continueront à nous enrichir de leur présence et de nous gratifier de leur amitié, quand les bobos déserteront progressivement des corridas qui ne seront plus de leur goût et qu'ils ne pourront apprécier, faute de culture taurine.

Je voudrais toutefois fustiger d'importance les contempteurs de cette magnifique afición nordiste. «Je pense notamment à certains salisseurs de mémoire qui feraient mieux de fermer leur clape-merde».
Combien de peñas méridionales produisent-elles régulièrement le bijou aficionado, ô combien ciselé, que représente «Olé y Palmas», la lettre du Club Taurin du Nord? Combien feraient l'effort de se déplacer fréquemment, comme eux, pour venir voir des festejos badés par les natifs?
Combien des mêmes peñas autochtones vous accueillent avec autant de délicatesse, de gentillesse, d'enthousiasme, et surtout de socios présents que la Peña Angelina de Saint Jean d'Angély? Quand ils se réunissent, ils sont 50 passionnés (seuls les grabataires et les agonisants restent à la casa), quand chez nous, une conférence ou un débat attire difficilement 10 pelés, 3 tondus et 2 galeux (ces derniers ayant vu de la lumière et étant entrés par hasard...).
La Commission Taurine d'Orthez a organisé le week-end dernier un voyage pour visiter les ganaderias des fêtes. 6 inscrits (sur 53) sont venus de toute la France, quand des prétendus aficionados du cru, sans doute blasés, ont jugé superfétatoire de répondre présent. Tant pis pour eux, c'était jubilatoire! Merci aux estrangers, à ces nouvelles amitiés.

Qu'on ne vienne donc pas me chatouiller avec cet esprit de clocher merdique, le même qui oppose nos bourgades, dont chacune rivalise pour occuper le centre du monde, dont chacune croit être le nombril!
Personnellement, je m'honore de l'amitié et de la camaraderie de ces copains d'ailleurs, de Denis le Parisien ou de Denis le Lillois, qui parlent, voient, pensent, plaisantent différemment, comme de celle de mes amis  Shavkat l'Ouzbek, Youssef le Marocain, Mitsuhitsa le Japonais, William l'Ecossais, Firouz l'Iranien ou John le Texan (ils se reconnaitront). Ils sont le sel de ma vie, sans lequel tout serait fade.
Pour ma part, j'échangerais volontiers quelques dizaines de casse-berles locaux, imbus de leur supériorité supposée, de leurs privilèges callejonesques ou des 30 corridas vues du canapé sur Canal + Espagne, contre une poignée d'aficionados de verdad qui font 500 ou 1000 kms POUR ÊTRE PRESENTS et pour nous faire l'honneur de partager convivialement la fiesta dans nos arènes snobées par les aborigènes (ou dans les Landes, les arborigènes).

Et puis mordiou, s'il le faut, je suis prêt à en découdre à l'heure et au lieu qui plairont aux cuistres, de quelque patois qu'ils soient. Le choix des armes (tinto, clarete, chinchon, yoyo ou puces parisiennes) demeurant à la dévolution  de l'offensé.
Je gage qu'à la Brega, beaucoup de témoins se bousculeront pour me seconder dans le duel. 
Xavier KLEIN

Le seul esprit de clocher qui m'agrée (pas le millésime!):