Humeurs taurines et éclectiques

lundi 12 septembre 2011

Les vêpres dacquoises

L'assassinat du Duc de Guise "Il est plus grand mort que vivant!"
L’homme est un animal social, et il chasse en meute, conservant présent cette impitoyabilité de la horde qui le conduit à se retourner vers le dominant déchu ou en difficulté pour mener la curée.
Il en va de même chez les toros ou le mâle dominant se voit parfois condamné par une sentence secrète et exécuté par ses congénères dés qu’une faiblesse se manifeste.
Constatant ce principe de réalité incontournable, il n’est pas question pour autant de le justifier. L’Homme n’est pas que cela, heureusement, mais il est aussi cela, ce que veulent par trop oublier les angélistes de tous poils qui rêvent d’un monde de bisounours dont toute violence et toute agressivité serait exclue.

Hier à Dax, toute la journée, certains affûtait les couteaux en vue de l’hallali qui guettait l’empresa. Une ambiance lourde et délétère d'assassinat du Duc de Guise ou de vêpres siciliennes où la question taurine, aussi prégnante fût-elle, ne camouflait que fort mal des motivations moins avouables et fort peu aficionadas. Une banderole «Aficion indignée» ne s’improvise pas et ne surgit pas ex nihilo (ceci dit, on aurait tort d’ignorer le message…).

Le cancrelat de service avait en coulisses préparé le forfait par une campagne savamment orchestrée dont les titres évocateurs, loin d’apaiser le climat, s’employaient surtout à jeter de l’huile sur le feu pour satisfaire on ne sait quelle rancune personnelle ou se venger bassement de quelque déconvenue.
Cela ne surprendra plus personne de la part du pompier pyromane qui déplore depuis quelques mois les effets des toros modernes et d’un système gangrené qu’il s’est acharné à promouvoir activement pendant des années.

Hier à Dax, on assista au paradoxe absolu de voir sortir sous les applaudissements, les responsables mêmes de la situation que le public stigmatisa dans la foulée. On n’en est plus à une aberration près! C'est cette aberration là qu'il convient de pointer, de commenter, de dénoncer, et non les épiphénomènes qui en sont les conséquences!
Acclamer El Juli, Morante et El Cid pour beugler ensuite «Des toros!» démontre s’il en est encore besoin non seulement la versatilité ou l’illogisme du public, mais surtout sa totale inculture taurine qui le conduit à ignorer que c’est parce qu’il y a ces toreros là, QU’IL RECLAME, qu’il y a ces toros là.
Pour aller admirer Morante à Dax avec la secrète espérance de lui voir opposer des adversaires de respect et de caste, il faut être con, masochiste, ou bien comme le dit si bien l'un de mes bons amis "croire à la poupée qui pète"...
On rétorquera que tout cela n’excusait en rien la présentation pour le moins déficiente des bestioles.
Certes! Mais même si on n’est pas un spécialiste de la question, on ne saurait ignorer que le recours à la vaseline n’a jamais empêché la sodomisation. Au contraire, il la facilite!

Dans tous les cas de figure, il y a quelque chose de passablement méprisable dans la curée à l’œuvre. Surtout quand elle est tellement excessive, téléguidée et si peu motivée par des propositions alternatives. Des temporadas foireuses, des journées noires, qui n’en a pas connu? Faut-il rafraîchir les mémoires et rappeler combien s’ingéniaient jadis à maquiller de maigres succès en jours de gloire?
Christian LABORDE et le «staff» dacquois ne manqueront pas de repérer où sont leurs vrais amis.
Non pas ceux qui leur passaient la main dans le dos en attendant quelques unes de ces faveurs dont certains sont friands.
Non pas ceux qui prudemment s’éclipsent des lieux (local de la Commission) auparavant très convoités lorsque tout allait pour le mieux.
Non pas ceux qui se refusaient à la flatterie et persistaient dans une critique bienveillante et constructive.
Mais ceux qui restent à l’heure de l’épreuve et qui tiennent ferme parce qu’il en va du destin dacquois, et que ce destin exige les mutations complexes, risquées et difficiles à mettre en œuvre auxquelles on s’est refusé sous les mandats précédents.

Il est facile et misérable de courir le coutelas à la main pour servir l’adversaire blessé, de «tatanner» l’ennemi à terre. On en voit peu qui s’y frottaient lorsqu’il était triomphant, lorsqu’on indultait dans l’allégresse et que de s’en émouvoir vous attirait les foudres.
Il y a aussi du «Boule de suif» dans cette affaire là, de cette hypocrisie et de cette bassesse des notables de la diligence qui méprisent la prostituée qui s’est donnée au prussien pour leur sauver la vie.
On devrait créer un Grand Prix du tir sur ambulance ou un concours de mansos. Les primés se bousculeraient au portillon!
Xavier KLEIN

A lire aussi l'article de notre bon Chulo, composé sur le même thème sans concertation préalable. Les grands esprits se rencontrent: http://adioschulo.blogspot.com/2011/09/maintenant-le-pompier-pyromane.html
***

samedi 10 septembre 2011

Sola gratia


Le pape Jules II par Raphael

En réaction aux excès scandaleux de la papauté, et notamment au trafic des indulgences (systématisé par le pape Jules II dés 1505 pour financer la construction de la Basilique Saint Pierre à Rome), la Réforme et notamment Martin Luther développèrent le canon des 5 solae (seules en latin), dont la plus importante SOLA GRATIA (par la grâce seule), constitua la principale différenciation entre l’Eglise catholique et le monde Protestant.

A l’Eglise Catholique qui affirmait que le salut des âmes pouvait être obtenu par les œuvres (actions méritoires), et qui exaltait la primauté et l'efficacité de l'effort personnel dans la pratique de la vertu, Luther et derrière lui le courant Protestant postulaient que seule la foi et la volonté de Dieu à travers la grâce divine pouvaient entraîner le salut.

Chacun des protagonistes s’appuyait qui sur Saint Paul, qui sur Saint Jacques, dans un débat qui n’a connu un début de réconciliation que le … 31 octobre 1999 par une déclaration commune faite à Augsbourg (lieu ou naquit officiellement le luthérianisme en 1530 avec la célèbre Confession d’Augsbourg).

Cela peut prêter à sourire pour ceux qui ne s’intéressent guère à la chose religieuse, et à fulminer pour ceux qui tiennent toute religion pour un produit opiacé vénéneux, mais cette querelle sémantique, apparemment ridicule ou sans objet pour l'Homme contemporain est à l’origine de plusieurs siècles de conflits (dont les Guerres de religion) qui firent des centaines de milliers de morts, et indirectement d’une orientation décisive de notre société.
Si l’on en croit le génial Max Weber, père de la sociologie moderne dans «L'Éthique protestante et l'esprit du capitalisme» 1904-1905, le développement et la doctrine capitaliste serait une conséquence directe de cette «dispute» théologique.

Cela confirme en tout cas, si besoin était, que ce sont les idées qui gouvernent le monde et son évolution.

Mais que vient faire Sola gratia dans un blog taurin, en dehors de l’intérêt manifeste de ses fidèles lecteurs, pour ses périodiques appels à l’élévation de l’âme (alma en spanish)?
C’est que le débat ou plutôt la dichotomie demeure toujours d’actualité et toujours transposable.

Ainsi, il en est sur la planète toros, qui sont convaincus que la salvation taurine ne peut intervenir que par quelque grâce dont le principe le plus absolu s’épanouirait dans une révélation transcendante qui a pour nom «Patrimoine culturel immatériel».

Il en est d’autres qui supposent, les fourbes, que cette même salvation ne saurait procéder d’autres causes que des œuvres des aficionados eux-mêmes, et que, ma foi, «Aide-toi et le Ciel t’aidera».

Dans le premier cas on s’en remet dangereusement à l’Autre, un «Grand Autre».
Dans le second on compte surtout sur soi-même.

On entend ces jours ci déplorer et vouer aux gémonies ces cons d’aficionados de base qui «ne s’engagent pas ou ne réagissent pas quand on leur demande» à l'inverse de l’«infime»minorité d’élus qui ont compris la parole divine.
«S'engager quand on leur demande» quelle étrange manière d'envisager les rapports humains! Comme si l'«engagement» qui porte le sens profond d'un don gratuit et spontané pouvait en quoi que ce soit s'accorder avec une «demande». Il y a là une formulation antithétique et paradoxale des plus intrigantes.

Crise des vocations? Crise d’évocation?
Crise de foi? Crise de foie?
Non, plutôt, sans doute, crise-passion!

Cet aveu d’échec d’une ligne politique qui ne répond nullement aux attentes constitue un événement passablement extraordinaire.
Un moment d’égarement sans doute ou, au contraire une incursion inopinée dans une réalité trop longtemps ignorée.

En fait, le seul engagement efficace, la seule militance opérante tiennent à l'acte le plus évident qui soit: être présent.
Ce n'est ni par des pétitions, ni par des manifestations, ni par des badges et encore moins par des inscriptions au Patrimoine machin trucmuche que la corrida se survivra, mais par le plus simple, le plus naturel et le plus vieux de tous les actes en matière de tauromachie: acheter une place, poser son fessier sur un tendido et laisser faire la nature...

La vraie question est de savoir pourquoi cette militance là est en berne et d'en comprendre les ressorts.
Mais là, on n'est plus seulement Protestant, on devient Contestataire et ce n'est pas ce que les papes apprécient le plus!
Xavier KLEIN

vendredi 9 septembre 2011

«Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme.»

J’ai souvent évoqué ici le rôle et la fonction essentiels des peñas, qui, comme les associations en général, représentent dans notre pays non seulement l’un des outils essentiels de la culture populaire, mais des rouages démocratiques inégalés.

Les peñas, un thème de discussion récurrent avec nombre d’interlocuteurs et tout dernièrement avec Jean François MOREL, dit «Fanchou», aficionado et «peñista» distingué, de longue date (il a vu s’éteindre le dernier mammouth à l’issue de la dernière glaciation, Würm, si mes souvenirs sont bons).

Fanchou a bu à la source de jouvence et conserve intacts un enthousiasme, un émerveillement, une capacité d’indignation et une libre parole miraculeusement préservés. Un DE-LI-CE!
C’est en sus un grand honnête homme, qui a toujours refusé la brigue, les prébendes, et les honneurs de pacotille pour conserver jalousement son trésor le plus précieux: sa liberté.
Fanchou me confiait tantôt son expérience de 12353 ans de vie associative taurine depuis ses débuts à la Peña Taurine Dacquoise qui jusqu’à la fin des années 70 constituait l’unique association taurine de la cité des Aguas Calientes.
Son impétuosité et son ardeur trouvaient quelques motifs de désagrément devant le désengagement croissant de nombre de ses ouailles de la Peña Campo Charro de Dax. Un constat quelque peu exagéré à mon avis au regard du dynamisme d'une peña qui multiplie activités et animations de grande qualité. 

L’analyse du phénomène et les conclusions que nous en tirâmes (issou), me semblent dignes d’intérêt dans la mesure où elles permettent d’éclairer les temps que nous vivons, notamment du point de vue taurin.

L’affaire ne concerne pas exclusivement le milieu taurin, le phénomène procédant d’une dimension sociétale.
L’évolution de nos sociétés vers un individualisme croissant (accéléré depuis 68 qui est une révolution individualiste et bourgeoise) a abouti à la parcellisation, voire à la «clanisation» du corps social qui a renoncé à une ou des cultures d’ensembles solidaires.
Auparavant on se rattachait socio-culturellement à un groupe dont on se sentait partie prenante (on était ouvrier, bourgeois, catho ou syndicaliste).
Ce n'est quasiment plus le cas.

En outre, on est passé d’une culture solidaire à une culture consumériste. On profite sans se soucier de participer.

L’ensemble du monde associatif comme le monde syndical ont vécu cette douloureuse évolution qui change totalement la donne. La relation sociale devient économique dans la proportion inverse de la désaffection du bénévolat et du militantisme.

Les collectivités doivent désormais foncer pour créer des postes de ci ou de ça (éducateurs sportifs, etc.) pour compenser par exemple la désaffection du papa qui venait encadrer les gamins à l’école de rugby, la maman qui enseignait le macramé ou le passionné qui animait le labo photo. Dans nos villages, l’éducation instrumentale était assurée par les anciens de l’harmonie ou de la batterie-fanfare quant il faut maintenant présenter diplômes et qualifications certes valorisants mais aussi très onéreux.

Qu’on le veuille ou pas, qu’on s’en plaigne ou non, les faits sont là («et le désir s’accroît quand les faits se reculent»). Impossible de revenir en arrière, d’autant que les réglementations ne cessent de s’alourdir, composant une usine à gaz kafkaienne. Toute association doit par exemple satisfaire au stage de formation d’un référent pour pouvoir ouvrir une buvette!!!
Il y a donc un désengagement général de ce type d’activité sociale qui pourtant faisait lien.

Ce mouvement s’ajoute à d’autres. Par exemple le développement de ce qu’on appelle les «réseaux sociaux», par le truchement des nouvelles technologies, mais également par l’explosion des possibilités d’informations.
En 1975, il n’existait en France qu’une revue taurine: la vieille dame, TOROS. Il fallait également s’abonner pour recevoir très imparfaitement l’unique périodique taurin espagnol de masse: Aplausos.
L’accès à l’information taurine globale ne passait que par ces canaux forcément très réducteurs. Idem pour la littérature taurine, infiniment moins développée que de nos jours où les seules nouveautés occupent un rayon entier chez un bon libraire.
Pour voir une corrida, pour rencontrer des aficionados, causer toros, développer ses connaissances, une vision distanciée ou critique, il fallait nécessairement se déplacer et partir à la rencontre de l'Autre.
Aujourd’hui, télévisions, vidéos, blogs, sites internet permettent une information instantanée dans un contexte de masse, là où tout relevait de la transmission orale et personnelle.
On est passé des maîtres (Popelin, Tio Pepe, Tolosa, Lestié, Dumont, Pelletier) aux centimètres.
L’accès même au monde des toros, à celui des toreros passait par des intermédiaires obligés et un parcours du combattant éprouvant, dans lesquels il fallait avoir ses entrées.

Tout cela n’était généralement possible que grâce aux peñas qui organisaient, capeas, sorties au campo, conférences, rencontres, tertulias, discussions de comptoir jusqu’à des heures indoues.

Ce lien social, ce monde de la transmission n’a malheureusement plus de raisons d’être. A mon sens, on ne peut que le déplorer, comme un appauvrissement de ces opportunités de relations humaines. Communiquer par fesse-bouc ou par blog interposé s’avère infiniment plus pauvre et réducteur que les pesanteurs malgré tout bien séduisantes de l’«ancien monde».
Ce brin de nostalgie accompagné d’une esquisse de «l’arme à l’œil» ne doit pas empêcher d’espérer et de considérer les aspects positifs que toute situation nouvelle suppose.

La nature et l’humain ont horreur du vide.

Il faut donc cher Fanchou, que tu te remettes à l’établi pour imaginer d’autres possibles, d’autres outils de convivialité et de rencontre, d'autres utilités captivantes.
Qu’est-ce qui peut intéresser dans une peña de nos jours? Quel intérêt –puisque c’est l’intérêt qui motive l’homme- à se regrouper?

La gamme des réponses me paraît longue à énumérer et recèle nombre de ferments d’espérance.
Encore faut-il se mobiliser et se retrousser les manches pour réfléchir et pour entreprendre.
C’est affaire de jeunesse d’âme, de tonus et pour tout dire de puissance vitale.

Nul doute que le vieux guerrier, blanchi sous le harnais, au visage buriné par le soleil des tendidos et les bourrasques du campo saura trouver les ressources…
Xavier KLEIN








mercredi 7 septembre 2011

«Car nous ne quitterons nos places que par la puissance de la baïonnette.»


Mister Jean Grenet, héritier de la Grenet, Grenet and Co, le clan qui préside aux destinées de Bayonne depuis 1959 (sic) se préoccupe, semble t-il, des destinées de la tauromachie (http://www.sudouest.fr/2011/09/05/des-assises-de-la-corrida-490823-716.php). Ou plus exactement, se pare de tauromachie pour défendre la politique taurine de Bayonne.
Une politique qui, du strict point de vue «artistique», a produit incontestablement la temporada la plus honorable des grandes ferias du sud-ouest 2011.
Ce faisant, le Président du groupe parlementaire taurin de l'Assemblée Nationale, convoque les  «Grands» en conclave dans des «assises» («assises», lapsus révélateur plutôt bien trouvé. N'est-ce pas l'endroit où l'on juge du crime?) qui devraient se tenir mi-octobre.
Les «Grands», vous connaissez: les empresas des 7 plazas de 1ère catégorie du territoire national.

Car les «Grands», sans doute parce qu’ils demeuraient couverts en présence du monarque de toutes les Espagnes, se font, paraît-il, des cheveux.
Découragés, dépités, déboussolés qu’ils sont nos «Grands» français. Car nonobstant leurs efforts désespérés pour racoler l’aficionaveau dans leurs enceintes, à grands coups de figuras, les déficits persistent voire se creusent.

Pour un peu on les plaindrait…
Les autres, les «Petits», doivent être affligés de quelque maladie honteuse, contagieuse peut-être, de quelque tare irrémédiable pour ainsi être bannis des agapes. Ou bien, plus probablement, ne peuvent-ils atteindre à la hauteur de pensée et de jugement des puissants.  

Je n’entends pas grand chose aux affaires budgétaires, ma vocation littéraire, conjuguée à mon implantation villageoise, m’interdisant sans doute de bien calculer, comme de bien considérer.
Mais tout de même, j’ai quelques petits idées -simplistes sans nul doute- sur la question des déficits.

En l’occurrence, celles-ci se résument immanquablement à 3 types de solutions:
          * augmenter les recettes.
          * diminuer les dépenses.
          * conjuguer les deux premières.
Ce type d’alternatives fera passablement sourire la plupart de ceux qui président aux destinées des autres plazas taurines, le «Tiers-Etat», dont l’équation ne se résume qu’à la première des solutions, dans la mesure où leurs dépenses sont au minimum et que leur problème se concentre exclusivement sur l’augmentation des recettes.

Il faut croire qu’en matière de tauromachie, à l’instar de la vie des «vrais gens», comme on dit dans les sphères supérieures, les problèmes de la «haute» n’effleurent que très virtuellement l’intelligence sommaire et rustique de la plèbe que nous incarnons.
A priori, l’abruti moyen, dont je revendique le statut, pourrait stupidement penser que de troquer une ou deux figuras, voire un Jose Tomas, contre d’excellents seconds couteaux plus motivés et bien moins onéreux permettrait aisément d’économiser les quelques centaines de milliers d’euros concernés, tout en instillant une competencia de bon aloi.
Pour exemple, avec les émoluments du seul JT, on pourrait organiser 4 corridas ortheziennes.

Le même crétin de base pourrait également postuler que la désaffection incriminée procède, peut-être, d’un mouvement de fond tout autre, et qu’il conviendrait de se poser d’autres questions, notamment sur le sens (ou plutôt l’absence de sens), véhiculé par la corrida-spectacle commerciale, où l’esthétisme sans risques tue l’émotion.
C’est sans compter avec les hautes ambitions des «Grands» et leurs desseins élevés dont la principale préoccupation est de savoir qui d’entre eux pisse le plus loin ou possède «la plus longue», obsession bien compréhensible dans un milieu, on le sait, machiste.

En tout cas on ne manquera pas de s’esbaudir devant la suffisance du corridarque bayonnais qui en convoquant un G7 de pacotille  au bal des faux-culs prétend à évoquer et à résoudre les problèmes de la tauromachie française.
Les petites plazas, très majoritaires, ne manqueront pas d’apprécier en quel peu de cas le maire bâillonneur et bayonnais les tient, dans la première plaza de France (en venant de San Sébastien…), pour prétendre conférer sans elles.
On peut aussi légitimement se questionner sur l’utilité et l’action de l’U.V.T.F. ainsi squeezée et niée par ce sommet des prétendus décideurs.

Don Juan GRENET serait autrement plus inspiré de prêcher par l’exemple plutôt que d’aspirer à régenter l’oligarchie taurine.
Avec l’actuelle présidente montoise de l’U.V.T.F., Dame Darrieussecq, tout aussi imbue de sa supériorité supposée, les deux bourgmestres n’ont conçu aucun scrupule à modifier les dates de leurs ferias respectives en empiétant sur les copains et voisins.
Pousse toi de là que je m’y mette susurrent nos édifiants édiles en imposant l’arrogance des pots de fer aux petits pots de terre tyrossais, garlinois et ortheziens.

Du premier mercredi d’août (http://fr.wikipedia.org/wiki/F%C3%AAtes_de_Bayonne), Bayonne décide de s’avancer délibérément sur juillet, occupant désormais le dernier dimanche, et d’y organiser en outre des corridas, qui de notoriété publique et d'aussi loin que l'on en juge n’ont jamais fait bon ménage avec las hèstas de Baiona.

Quant à Mont de Marsan, on reculera désormais les fêtes (qui débutaient traditionnellement la veille du samedi le plus proche du 14 juillet à condition que le 14 juillet ne soit pas un samedi (http://fr.wikipedia.org/wiki/F%C3%AAtes_de_la_Madeleine) pour qu’elles englobent le 22 juillet, jour de la sainte Madeleine (qui fut une grande pécheresse).

Prises en tenailles, les fêtes de Saint Vincent de Tyrosse, de Garlin et d’Orthez, qui se déroulaient les 3ème ou 4ème dimanche de juillet, selon les années, ne peuvent que souffrir, voire mourir, de la concurrence que le fait des princes leur impose.
C’est sans doute ce que la grande prêtresse montoise et le mandarin bayonnais appellent la défense des cultures locales, ce dernier en rajoutant dans l’humour involontaire en revendiquant «ne pas être soumis au diktat des uns et des autres»: il a la verve ravageuse pépère…

Aux bastions avancés qui se débattent furieusement pour défendre la survie d’une CULTURE taurine, on oppose une logique méprisante, exclusivement commerciale, financière et de prestige, qui trouverait une solution facile dans un retour à la raison et à la modération de leur ligne taurine.

Décidément, comme on ne cesse de le répéter, la planète taurine est infiniment plus menacée par l’implosion interne que par la menace de l’astéroïde «zanti».
Mais de tout cela, on reparlera.

L’hiver sera chaud, il ne sera pas question de se laisser plumer sans rien faire et sans rien dire…
En 1789, la détermination du Tiers-Etat et la justesse de sa cause ont triomphé des baïonnettes, qu'on nommait à l'époque bayonnettes.
Xavier KLEIN

Saint-Perdon blues


Toujours à la hauteur les copains de Saint-Perdon!
Un lot de novillos de Baltasar Iban des plus convenablement présentés (le ruedo montois avait perdu l’habitude de l'honnête trapio) et un effort méritoire pour encourager un premier tercio de qualité (remise d’un prix), voilà qui démontre une année encore le souci de qualité et d’éthique entretenu par l’équipe organisatrice.
Et ma foi, comme à l’accoutumée pour ce genre d’exercice, ce fut le comportement encasté des pensionnaires du Cortijo Wellington qui produisit l’émotion et l’intérêt de l’après-midi. On pourra toutefois déplorer, camouflé par la caste, une faiblesse à laquelle ne nous avait pas habitué la casa Iban.

Pour les gonzes, bis repetitas placent, tant pour la composition du cartel que par leur prestation.
Pour résumer mon sentiment, voilà encore une novillada qui par son piquant et son allant eût dû se solder par un monton de trophées valeureusement remportés, mais qui se résuma globalement à ces conclaves de secrétaires abouliques qui picorent des salades diététiques du bout des lèvres avec le petit doigt en l’air tout en faisant des mines.

Le premier se pique de composer la figure sans jamais vraiment toréer (quand bien même saurait-il le faire!). Très joli devant une psyché ou dans les salons comme il faut.

Le second, sait mais ne force guère son talent. A sa décharge, il «convalesce».

Le troisième nous joue «Maciste contre les cornupèdes», oeuvrant dans la gonflette et l’épaulé-jeté façon fort des halles. 4 faroles de rodillas sur le même terrain, cela devient rare.
Du sincère certes, ce qui fait plaisir, mais du rustique. Avec tout de même cette tendance à négliger la demande d’oxygène et de grands espaces de ses opposants, pour leur coller à tout prix sa camelote porfiriesque, ce qui les porte recta à l'extinction des feux et à la grève sur le tas.

On sort avec un sentiment d’incomplétude, la frustration, non pas de ce qui aurait être fait, mais de ce qui aurait PU être réalisé avec un bétail de cette qualité. Le possible étant affreusement mutilé par la standardisation, l’assèchement drastique de la créativité, de la fraîcheur et de la fantaisie créatrice.
Tout devient si abominablement prévisible!

Il semble toutefois qu’on ait aimé.
N’est-ce pas le plus important par les temps qui courent?
Comme me l’a gentiment fait comprendre un grand chauve moustachu, néanmoins palois et journaliste: «Ich bin ein Taliban».
«Etre exigeant, c’est montrer de l’intérêt.» prétendait André Maurois dans ses remarquables «Lettres à l’inconnue».
On ne lit plus Maurois, c'est bien dommage...
Xavier KLEIN

Dimanche 28 août 2011, arènes du Plumaçon
6 novillos de Baltasar IBAN
Matthieu GUILLON
Sergio FLORES
Fernando ADRIAN

***
Photos d'Alexandre KLEIN

 
















mardi 30 août 2011

Le jour d'après


Juan SANCHEZ-FABRES n'en revenait toujours pas en ce lundi 22 août!
De passage à Salamanque, je lui avais téléphoné, comme je le fais souvent pour lui dire un petit bonjour.
Juan, comme dab, m'avait répondu d'un tonitruant «¡Fenomenal!» en me conviant séance tenante dans ses pénates de Pedro Llen. Ce qui représente déjà en soi une originalité révélatrice dans la mesure où c’est sans doute l’un des seuls ganaderos du Campo Charro à vivre et habiter à demeure dans sa finca.
«Un privilège et un bonheur» de son propre aveu, sauf lorsqu’il s’agissait de jouer constamment les taxis pour la marmaille.

Juan est l’homme le plus adorable, cordial et hospitalier qui se puisse être. Un concentré de tonus, d'enthousiasme et de bonne humeur communicative, de vie quoi…
Il n’a qu’un seul tort, celui d’avoir éliminé une barbe qui le faisait ressembler à l’avatar des amours coupables del Capitán Haddock (de Moulinsart…) et d’Ernest Hemingway. Il partage avec ce dernier une passion effrénée de la chasse, ayant été abondamment traîner ses guêtres en bonne compagnie (Don Juan Carlos ou Julio Robles) du coté du Kilimandjaro. Dans la «casa grande», les massacres d’antilopes, de buffles ou de phacochères (certains sont bon marché) côtoient les têtes des toros célèbres de la maison. Tout un programme!

Pour ceux qui l’ignoreraient, la famille SANCHEZ-FABRES préside aux destinées de la maison mère de l’encaste Coquilla qui après des heures de gloire depuis sa création dans les années 30 jusqu’à la fin des seventies a rudement pâti de l’évolution du «toro madrilène».
A Madrid, il faut de la carrure et de la tête, toutes choses dont les Coquillas ne sont guère prodigues. Leurs qualités se trouvent ailleurs, dans une caste et une bravoure piquante qui ne s’accorde guère avec les standards du «toro moderne». Résultat, les Coquillas de Sanchez Fabres, en dépit de quartiers de noblesse amplement justifiés, sont lamentablement délaissés par les grandes plazas et par les toreros.
Là est le problème de la quadrature du cercle. Un problème longuement évoqué lors de la «cena» chez Juan, en compagnie d’augustes représentants du monde ganadero du Campo Charro.

Juan ne manie pas la langue de bois, c'est le moins qu'on puisse dire. On voudra bien se rappeller qu'en 2009, pour d'obscures raisons sanitaires et par l'effet des complications amoureusement élaborées par une administration tatillonne (ce qui dans certains cas est un pléonasme) l'ensemble du troupeau avait failli terminer au matadero.(http://bregaorthez.blogspot.com/search/label/SANCHEZ%20FABRES).
Par nature, Juan conçoit  difficilement la possibilité de se laisser abattre et il a réagi en conséquence, accélérant le rafraîchissement  déjà entamé du sang maison.
Comme il l’explique avec passion, ponctué des opinements de ses homologues, le temps n’est plus au romantisme: pour entretenir des toros, même si l’afición et l’éthique taurine sont au rendez-vous, il faut les vendre.
Et pour les vendre –comme dirait Monsieur de la Palice- il faut qu’on les achète.
Pour persister dans la tautologie, pour qu’on les achète, il faut qu’on en veuille. Et notamment ceux qui font la pluie et le beau temps sur la planète des toros.
Certes Juan admire et apprécie l’effort et l’exigence de ces quelques fous qui, en France le plus souvent, guerroient pour maintenir ce qui peut l’être encore de la diversité d’une cabaña brava en voie d’uniformisation. Toutefois, pour lui, la logique arithmétique élémentaire voue ces efforts méritoires à un échec inéluctable à terme.

Qu’on en juge: il demeure une petite trentaine de ganaderias «différentes» et peu ou prou susceptibles de répondre à l’attente de ces bastions du toro de respect. Ces derniers se comptent en France sur les doigts (plus ou moins amputés) des deux mains et peuvent répondre à l’achat, au mieux, d’une vingtaine de lots entre corridas et novilladas.
L’inadéquation des deux chiffres pose le problème. Un ganadero, pour survivre efficacement doit pouvoir vendre REGULIEREMENT une masse critique suffisante pour lui permettre d’entretenir le troupeau conséquent qui autorise une sélection satisfaisante et lui épargne la consanguinité (pour rappel, au MINIMUM, 2 corridas de toros exigent un troupeau d’une centaine de bestiole). Faute de commercialisation minimale de sa «production», il est condamné à l’étranglement financier ou à l’appauvrissement du sang, donc de la caste de ses cornus.
Le drame actuel se joue en ces termes, même si le recours aux spectacles de rue qui se sont considérablement développés apporte à certains une bouffée d’oxygène salvatrice.

Etranglées par l’absence de demande des empresas taurines, ces ganaderias héroïques le sont également par les toreros et novilleros qui refusent de plus en plus de s’y confronter, et pis, qui n’entretiennent plus l’art de les combattre.
On advient ainsi au paradoxe de la temporada 2011 où de nombreux lots tout à fait remarquables sont sortis dans le sud-ouest, confrontés quasi systématiquement à des professionnels généralement très en dessous de la qualité des bêbêtes, qualifiées de compliquées dés qu'elles sortent des canons modernes.
Pour résumer abruptement, le discours poussé à l’extrême de Juan et de ses petits camarades revient au triste constat: «Vous êtes très gentils, très aficionados, très «éthiques», mais malheureusement, mille millions de mille sabords, vous ne pouvez nous permettre de vivre malgré votre bonne volonté!».
C’est un discours qu’il faut entendre, sans jouer les autruches pour prendre la mesure exacte de la situation actuelle.

Dans ce panorama guère réjouissant d'une diversité et d'une caste qui s'amenuisent sans autres justifications qu'économiques, il demeure des raisons d'espérer.
Un frémissement semble néanmoins se faire jour dont l'un des signes annonciateurs serait que la plaza de Madrid ait jugé bon de programmer une novillada mixte de Coquillas réunissant 3 novillos de Sanchez Fabres et 3 de Sanchez Arjona, le dimanche 21 août 2011.

Le jour d'après, Juan n'en revenait toujours pas que les décideurs madrilènes aient choisi ses novillos qui d'évidence, par leurs trapios et par leurs têtes, ne coïncident guère avec les exigences habituelles de la capitale.

Les lignes frémiraient-elles? 
Reviendrait-on au fond plutôt que s'arc-bouter sur une forme qui n'a plus de sens depuis que sortent régulièrement à Las Ventas des divisions de panzers aux blindages de carton, aux moteurs de pétrolette et aux canons de fer blanc?

Juan en revenait d'autant moins que ses ambassadeurs ont fait bonne figure, portant honorablement les valeurs de la casa à la croix templière .
Manuel Jiménez «Chicuelo» prétendait que les Coquillas étaient «dulce como rosquillas y picante con guindillas» (doux comme des rosquillas et piquants comme des guindillas).
D'évidence à Madrid en ce 21 août de l'an de grâce 2011, les Coquillas se partagèrent équitablement entre rosquillas (gâteaux secs) et guindillas (piments forts).
cf. ci-dessous vidéo, photos et commentaires diversifiés.
En somme, le jour d'après, Juan était HEU-REUX!
***
En hôte passionné et attentionné, Juan ne pouvait manquer de donner à voir ses pensionnaires. Nous empruntâmes donc le 4X4 qui se déglingue un peu plus chaque année (la ventana et la porte passager ne s'ouvrent plus) pour une navigation aventureuse au milieu des «noirs», comme les qualifiait si poétiquement le regretté Patrick Espagnet, l'Antoine Blondin des cornus.
A nos pieds, s'étendait le domaine, baigné de la clarté mordorée du crépuscule.
Profitant d'un virement lof sur lof, je fis remarquer au maître à bord après Dieu, l'état pour le moins arrondi et ... «rustique» de beaucoup de pitones.
Si Juan acceptait que l’on manie la scie ou la râpe sur ses terres, cela se saurait et il y a beau temps que ses Coquillas eussent été troqués contre du vulgaire JPD.

Juan leva les yeux aux cieux, façon Saint François d'Assise vu par le Greco. Je subodorai alors l'avis de grand frais et l'irruption de la risée dévastatrice sur la voilure.
On entama l'empannage par un «Te lo digo yo» du meilleur aloi et un arrêt de circonstance de l’embarcation.
Juan maîtrise parfaitement toutes les subtilités du «taurinement incorrect» et avec calme et détachement, un sourire quasiment narquois aux lèvres, il asséna à peu près cela: «Je ne devrais pas parler comme cela, cela contrarierait quelques illusions, mais tu dois savoir qu’actuellement, aucune expertise de cornes sérieuse ne permet de distinguer un afeitado correctement et habilement pratiqué d’une usure naturelle des cornes.».

Tonnerre de Brest, enfer et damnation, la bordée par tribord de ta mère qui s'fait niquer devant l'Prisunic!
Mais que fait la police? Non, la culture?
Sainte UVTF, au secours, toi le recours des afeités!

«Voy a enseñarte». Et toute voile dehors, par vent arrière de rallier des minis canyons, dont certains d’un profondeur abyssale de 1,20 m:
«Vois ce qu’ils sont capables de creuser avec leurs têtes, mes sapeurs.». Et moi de reluquer pensif les énormes caillasses excavées à la force du piton.
Je photographiai un trou.
C’est dur à photographier un trou!
Comment saisir la béance?
Pourtant, c’est révélateur un trou, c’est même la particularité majeure du gruyère et de Zarah Whites, l'égérie porno-bestialiste!
J’avisai les troueurs quadrupèdes en prenant conscience de leur réalité désormais la plus incontournable: un toro, ça n'existe vraiment que pour faire des trous! Des trous dans la terre-mère ou dans la viande d'homme...

Mais je n’en avais pas encore complètement terminé. Triomphant (c’est le nom d’un sous-marin, non?), Juan me véhiculait aux antipodes du cercado pour fièrement exhiber la production artistique de ses ouailles qui non content de labourer, exerçaient leur talents de sculpteurs sur le tronc des encinas (yeuses en bon français) disponibles.
Du grand art, digne de Joachim-Raphaël Boronali, maître de l’excessivisme (en fait le «Père Frédé», patron du cabarret montmartrois du «Lapin agile») qui fit peindre en 1910 son unique et impérissable chef d’œuvre par son âne «Lolo».
Comment voulez-vous après tant d’activités kératiniques que les puntas ne s’émoussent pas?
C’est sur ces considérations hautement philosophiques que par un prompt renfort, nous nous vîmes vingt deux en arrivant au port. Tant, à nous voir marcher avec un tel visage, les plus épouvantés reprenaient de courage…
Campo, école d’humilité…
Xavier KLEIN

Une vidéo de la novillada:
Pas mal l'échantillon représentatif!

Quelques commentaires diversifiés sur la novillada:

Photos "officielles" du lot:
http://www.flickr.com/photos/copetoros/sets/72157627482633686/

Et celles que j'ai réalisées le jour d'après: